CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des contributeurs. Publiés généralement le week-end. Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin, et, depuis 2020, également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Initié pendant ses études d'archi au goût et à la cuisine par le chef Jacques Manière, sa première chronique gastronomique paraît en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics (sous le pseudonyme Acratos - celui qui ne met pas d’eau dans son vin).

Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin, de 1989 à 2012.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il fait ses premières armes journalistiques à Combat, participe à la création du magazine d'Architectures et dirige la première Maison de l'Architecture jusqu’en 1996. Il collabore à diverses publications, participe à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il publie avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Ancien chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

LE PELICAN, par Robert Desnos / Timothy Adès

 

 

   Voici l’une des trente Chantefables de Robert DESNOS, qu’il compose en 1943 et livre aux Éditions Gründ.

En 1944, Paris est libéré, le livre est publié sous le titre Trente Chantefables pour enfants sages, mais l’auteur déporté ne le verra jamais.

L’accumulation d’éditions, d’images, et de musique est épatante, on n’y croirait pas : parfois avec aussi les cinquante Chantefleurs, aux dessins par exemple de Krejcova ; dans l'édition de 1955 de Chantefables et Chantefelurs réunissant au total 80 poèmes à déclamer, à chanter ou à chantonner, « Il me plaît – écrivait Youki (compagne de Robert Desnos) dans la préface de l’édition de 1955 – que ce qui reste de cette sinistre époque soit ces belles fleurs et ces paisibles animaux, dédiés avec amour aux enfants, donc à l’avenir. »

Une seule fois en texte bilingue, Storysongs/Chantefables, avec mes paroles anglaises, à obtenir directement auprès de moi.

 

Livre-disque Les Chantefables, Robert Desnos, René Méchin (le pélican, les hiboux, la chauve-soris, le gnou, la sauterelle, la coccinelle, l'hippocampe, la girafe, le léopard) - Anne et Gilles (avec J. cassard, Gilles, J.L. Mechali - illustrations H. galeron)

 

LE PÉLICAN

 

Le capitaine Jonathan,

Étant âgé de dix-huit ans,

Capture un jour un pélican

Dans une île d’Extrême-Orient.

 

Le pélican de Jonathan,

Au matin, pond un œuf tout blanc

Et il en sort un pélican

Lui ressemblant étonnamment.

 

Et ce deuxième pélican

Pond à son tour, un œuf tout blanc

D’où sort, inévitablement,

Un autre qui en fait autant.

 

Cela peut durer pendant très longtemps

Si l’on ne fait pas d’omelette avant.

 

On nous offert maintes vidéos, dont voici la plus belle :

https://www.youtube.com/watch?v=wTB-cfYSC_Q

Un gosse charmant : https://www.youtube.com/watch?v=CP5Oe7s1BOI

De l’humour en dessins : https://www.youtube.com/watch?v=1KqF0FRvyfg

THE PELICAN

 

A captain known as Jonathan,

Who’s turned eighteen, become a man,

Captures, one day, a pelican,

On Gan, Hainan, or Banaban.

 

The pelican of Jonathan

Lays a white egg, at nine a.m.

Out of it jumps a pelican

With an astonishing resem-              

 

Blance to the first. This pelican

Lays its white egg in turn, and then,

Of course, another pelican

Jumps out to do the same again.

 

This state of things may never end

Unless an omelette bucks the trend.

 

 


30 chantefables pour les enfants sages, à chanter sur n’importe quel air, Robert Desnos, Olga Kowalevsky, illustratrice (Librairie Gründ, coll. Les enfants sages, Paris, 1944)

- "Le Pélican", 30 chantefables pour les enfants sages, à chanter sur n’importe quel air, Robert Desnos, Olga Kowalevsky, illustratrice (Librairie Gründ, coll. Les enfants sages, Paris, 1944)

- Chantefables & Chantefleurs, Robert Desnos, ouvrage illustré de 9 dessins de Christiane Laran (Gründ, 1952)

- Chantefables & Chantefleurs, Robert Desnos, illustrations de Gabrielle Sauvain ( Ed. Gründ, 1955)

- Contes et fables de toujours, Chantefables et Chantefleurs de Robert Desnos, illustrations Zdenka Krejcova (Gründ, 1995)

- Chantefables et Chantefleurs, Robert Desnos, illustrations de Jean-Claude Silbermann (Ed. Gründ, 2000)

- Chantefables / Chantefleurs, Robert Desnos, traduction Timothy Adès, dessins de Cat Zaza (Agenda éditions, 2014)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédactionLauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico(Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant" (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ROSE D'ALEXANDRIE, Sonnet 10 de Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

 

   Voici le Sonnet 10 des 33 Sonnets du poète, romancier, critique d'art, directeur de la revue Europe  et traducteur Jean CASSOU (Bilbao 1897- Paris 1986), composés dans son esprit dans la prison militaire de La Fourgole à Toulouse où il avait été mis au secret, après avoir été  arrêté par la police de Vichy pour ses activités de résistance.

Ce sonnet est empli de souvenirs musicaux de l'enfance.

Composés entre décembre 1941 et février 1942, littéralement imprimés dans sa mémoire, ne disposant pas de papier pour les noter, ces Trente-trois sonnets composés au secret, numérotés et non titrés, seront publiés clandestinement en février 1944 dans les Cahiers de la Libération, puis aux Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de Jean Noir. Ils étaient présentés par un certain « François le Colère » (Louis Aragon).

 

Portrait de Jean Cassou, 1929, fusain d'André Aaron Bilis (1893-1971)

 

Libéré, Jean Cassou rentre au maquis. Plus tard, celui qui était Inspecteur des Monuments historiques (dès 1932) et fut du cabinet de Jean Zay, ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, créera le Musée National d’Art Moderne (dont il deviendra le conservateur en chef), qui exposera les onze premières toiles de Picasso... 

 

   Soyons trilingues ! – le miracle de la traduction rimée, et deux fois, avec l’écrivain allemand Max Rieple, qui a traduit d’ailleurs les poésies de Louise Labé, et bien d’autres. …Et Rose d’Alexandrie ? c’est peut-être ma grand’-mère ! Mais qui connaît cette chanson ?

 

T.A

 

Rose d'Alexandrie… C'était une chanson

qu'étoilaient et striaient les fusées de la plage.

Et la nuit éclatait de partout, comme à l'âge

où la première fête entre dans la maison.

 

Oui, une joie d'enfants nous pressait au balcon

d'où nous contemplions les danses du village.

Et pourtant, bien-aimée, que d'ombres sous ton front,

 et que nos mains tremblaient en tournant cette page !

 

Mais dans l'été, c'était bien lui, dont brusquement

la griffe avait foncé sur nous, l'espoir dément !

Il était là ! — Il est peut-être là toujours.

 

Car nous sentons rôder le long de notre vie,

à travers la forêt où nos pas sont plus lourds,

une bête farouche et jamais assouvie.

 

Yes, `Rose of Alexandria' was sung

as rockets streaked and starred along the shore:

the night was all lit up, as when the young

have carnival they never had before.

 

The balcony: our childish joy. Look down -

the villagers were dancing to the band.

We watched. And yet, my love, you wore a frown!

We turned this page with an unsteady hand.

 

But in the summer, there it was, the thing

that gripped and clawed us: fond imagining!

Yes, there it was. Perhaps it never goes:

 

for through our lives we sense a prowling beast

across the forest, as our footfall slows -

malevolent, and not to be appeased.

 

Copyright © Timothy Adès

 

 


 

 Übersetzt von Max Rieple

 

„ O Rose Alexandriens...“ so klang ein Singen,

besternt, geflammt von einem Feuerwerk am Strande.

Und Nacht brach funkelnd auf ringsum im ganzen Lande

wie einst, als unser erstes Hausfest wir begingen.

 

Ja, Kinderglück war's, was auf dem Balkon wir fanden;

von da aus konnten wir den Tanz im Dorfe sehen;

doch sah ich, Liebste, Schatten deine Stirn umwehen,

wie zitterte die Hand uns, als dies Blatt wir wandten!

 

Jedoch irn Sommer packte sie so hart uns an

mit ihrer Klaue, jene Hoffnung voller Wahn!

Da stand sie! — Vielleicht ist sie da zu jeder Frist!

 

Denn während unsres ganzen Lebens fühlen wir,

wie uns im Wald, wo unser Schritt gehemmter ist,

umschleicht ein wildes, unersättlich gieriges Tier.

 

1- Sonnets composés au secret, Jean Cassou, (Comité national des écrivains, Centre des intellectuels, Toulouse S.d, 1944).

2- Tapuscrit des Trente-trois sonnets écrits au secret, composés et mémorisés par Jean Cassou durant sa détention à la prison militaire Furgole de Toulouse en 1942. Dans sa préface à leur édition partielle dans les Cahiers de Libération, Aragon salue « un document sans pair de l’homme et de ses rêves et, dans les chaînes, de ce qui ne peut s’enchaîner. Nés dans les fers, ils sont la négation de ces fers ». Complétés par le dessin à l’encre noir d’un Prométhée enchaîné non signé (© Photo Pierre Verrier - Collections du CHRD, Ar. 2111 / Fonds : Jules Meurillon ; Don, 2018).

3- Médaille de la Croix de la Libération :  Jean Cassou  est Compagnon de la Libération. Egalement Grand Officier de la Légion d'Honneur; Croix de Guerre 39/45 (1 citation); Médaille de la Résistance avec rosette; Commandeur des Arts et Lettres; Commandeur des Palmes Académiques; Officier d'Orange-Nassau (Pays-Bas); Officier de l'Ordre du Mérite de la République Italienne; Officier de l'Ordre de Léopold (Belgique).

4- Max Rieple, traducteur en allemand de Jean Cassou.

5- Trente-trois Sonnets composés au secret, jean Cassou, préface d'Aragon (Gallimard, Poésie, 1995).

6- Jean Cassou, 33 Sonnets of the Resistance, traduction Timothy Adès, Introduction Alistair Elliot (édition bilingue, Arc Publications, second edition, 2005).

7- Une vie pour la liberté, Jean Cassou (Robert Laffont, Paris, 1981).


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédactionLauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico(Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant" (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES TISSERANDS SILESIENS, par Heinrich Heine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 Soyons de nouveau trilingues ! Voici le grand Heinrich HEINE traduit de l’allemand par le haïtien Charles MORAVIA.

La date, 1844 : c'est l'année de la grande révolte des ouvriers en Silésie réprimée par les troupes prussiennes; les tisserands à main ne peuvent lutter contre l'introduction de nouvelles machines dans les usines. Avec l’insurrection paysanne de Galicie en 1846, cette révolte des tisserands annonce le printemps 1848. 

 

 

Les Tisserands silésiens, 1844, Carl Wilhelm Hübner (1814-1879)

(Museum Kunstpalast, Düsseldorf)

 

Heine est à Paris : le poème  y est publié la première fois le 10 juillet dans le journal de langue allemande Vorwärts ("En avant "), édité par le jeune Karl MARX, qui est vite expulsé de la France, … et dont le tombeau est à Highgate, Londres, tout près de chez moi. 

 

DIE SCHLESISCHEN WEBER, Heinrich HEINE

 

Im düstern Auge keine Träne

Sie sitzen am Webstuhl und fletschen die Zähne:

Deutschland, wir weben dein Leichentuch,

Wir weben hinein den dreifachen Fluch -

Wir weben, wir weben !

 

 

 

Ein Fluch dem Gotte, zu dem wir gebeten

In Winterskälte und Hungersnöten;

Wir haben vergebens gehofft und geharrt -

Er hat uns geäfft, gefoppt und genarrt -

Wir weben, wir weben!

 

 

 

Ein Fluch dem König, dem König der Reichen,

Den unser Elend nicht konnte erweichen

Der den letzten Groschen von uns erpreßt

Und uns wie Hunde erschießen läßt -

Wir weben, wir weben !

 

 

 

Ein Fluch dem falschen Vaterlande,

Wo nur gedeihen Schmach und Schande,

Wo jede Blume früh geknickt,

Wo Fäulnis und Moder den Wurm erquickt -

Wir weben, wir weben!

 

 

 

Das Schiffchen fliegt, der Webstuhl kracht,

Wir weben emsig Tag und Nacht -

Altdeutschland, wir weben dein Leichentuch,

Wir weben hinein den dreifachen Fluch,

Wir weben, wir weben !                    

 

 

 

 

Dr Ludwig : https://www.youtube.com/watch?v=GCTykIG_NLU

 

Michasound : https://www.youtube.com/watch?v=J5nmSstYaDo

Katja Ebstein : https://www.youtube.com/watch?v=vBt0sNhncvk

DieSchmetterlinge : https://www.youtube.com/watch?v=_1yKJ29I5ZE

Liederjan : https://www.youtube.com/watch?v=BABjeTH9t3g

Texte und Töne

 

LES TISSERANDS SILESIENS

 

Pas de pleurs dans leurs yeux ardents

Mais, devant leur métier assis, les tisserands

Chantent, et leur chant s’accompagne

De grincements de dents.

Ils chantent : “ Nous tissons ton linceul, Allemagne,

Nous mêlons à ces fils nos malédictions ,

Nous tissons, nous tissons !

 

Maudit soit le Dieu des heureux

Qui fut insensible à nos vœux,

À nos prières angoissées

S’élevant vers les cieux

Dans les jours de famine et dans les nuits glacées,

Dieu qui nous a trompés dans nos afflictions…

Nous tissons, nous tissons !

 

Maudit soit le roi des richards ,

Lui qui pour nous fut sans entrailles,

Qui nous déposséda de notre dernier liard,

Et fait que ses soudards

Aujourd’hui nous mitraillent

Comme des chiens, sans cœur et sans compassion...

Nous tissons, nous tissons !

 

Maudite soit notre patrie

où ne prospère sous le ciel

Que l’opprobre et que l’infamie,

dont le mensonge est un produit naturel ;

où toute fleur avant de s’ouvrir est flétrie,

où tout pue à plein nez la putréfaction…

Nous tissons, nous tissons !”

 

Le métier craque sous leurs mains,

La navette vole au refrain

De ce chant qu’un grincement de dents accompagne.

Ils chantent jour et nuit, croisant les fils de lin :

“ Nous tissons ton linceul de mort, vieille Allemagne,

Nous mêlons à ces fils nos malédictions,

Nous tissons, nous tissons!” 

 

Traduction Charles Moravia


1- Portrait d'Heinrich Heine, 1831, par Moritz Daniel Oppenheim (1800-1882). Dès son arrivée à Paris, en 1831, Heine s’intéresse au courant du Saint-Simonisme, ainsi qu’aux différentes théories socialistes / 2- Le jeune Karl Marx, anonyme. Flickr / 3- Buste de Karl Marx au cimetière d'Highgate, Londres / 4- Charles Moravia (1875-1938), instituteur, éditeur, poète, auteur dramatique, diplomate haïtien, traducteur de Heine

 

THE SILESIAN WEAVERS 

 

There’s never a tear in the sorrowful eye,

But gnashing of teeth where the weavers ply:

Deutschland, we weave a shroud for your hearse,

And we weave within it the threefold curse -

We weave, we weave !

 

A curse on the God to whom we prayed

In winter’s cold and in hunger’s need:

We gave him our hope and our trust in vain,

He gulled us and fooled us and mocked us again -

We weave, we weave !

 

A curse on the King, the rich men’s king,

Who could not be moved by our suffering,

Who took our last penny and squeezed us dry,

To be shot like dogs by the soldiery.

We weave, we weave !

 

A curse on our cheating Fatherland,

Where only shame and dishonour stand,

Where quickly broken is every bloom,

Where blight and rottenness cheer the worm –

We weave, we weave !

 

The loom-frame groans and the shuttle’s in flight,

We labour and weave by day and by night -

Old Deutschland, we weave a shroud for your hearse,

And we weave within it the threefold curse,

We weave, we weave !

 

Copyright © Timothy Adès

 

1- Weberzug (« cortège des tisserands »), gravure réalisée en 1897 par Käthe Kollwitz, illustrant le soulèvement des tisserands en proie à la famine  / 2- Le journal Vorwärts / 3- Heinrich Heine avec Karl et Jenny Marx


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédactionLauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico(Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant" (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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BUGARAH, LES EXTRATERRESTRES, LES FLEURS SAUVAGES ET LA FIN DU MONDE, par Yves Paccalet, naturaliste philosophe et photographe


Yves PACCALET, « coureur de grands espaces et de petits bonheurs », comme il se définit lui-même, nous propose une randonnée florale, philosophique, en Occitanie, dans les Corbières, jusqu'au fameux puech (puèg en occitan), pic de Bugarach, au cœur de nombreux mythes et légendes. Il se dit que le puech devrait son nom à Bug et Arach, deux lutins partis implorer Jupiter pour protéger les terres des foudres de Cers, fils d’Éole, maître des vents... La montagne en fleurs est le 'Jardin d’Épicure' d'Yves Paccalet. Il nous invite à la marche pour éprouver le sentiment géographique, la sagesse d'une parenthèse à l'écart des chaos du monde, pour éprouver des sensations physiques, pour vivre tout simplement une expérience de plaisir, de vie et de pensée tout à la fois, qui ménage une disponibilité au dehors, à l'autre, à l'inattendu;  une disponibilité extraordinaire au « simple bonheur d'exister sur la planète des fleurs ». La beauté libre, la poésie et la richesse du monde.


 

   Le puech (le "pic") de Bugarach domine le village homonyme, au coeur du pays cathare, dans le massif des Corbières (et l'Aude) dont il constitue le point culminant...

Grimpette raide et rocailleuse : 600 mètres de dénivelée par l'itinéraire du col de Linès, le plus indulgent pour le rythme cardiaque et les mollets...

Cette montagne est devenue fameuse au tournant de l'An 2000, lorsque s'est répandue une double fausse nouvelle épatante :

1. Ce roc sert, depuis longtemps, de base d'atterrissage aux vaisseaux des Extraterrestres...

2. Lorsque viendra la fin du monde, qui ne saurait tarder, les humains réfugiés sur ce promontoire géologique seront épargnés par le désastre...

 

 

Au sommet du puech ("pic") de Bugarach,

un Extraterrestre de la catégorie "raplapla" (photo Robert Sa.)   

 

Par conséquent, j'y grimpe, en compagnie de Robert et de Dominique.

Ni les Petits Hommes Verts, ni le cataclysme final ne sont au rendez-vous...

Mais il existe, sur l'éminence ou à son pied, des trésors de vie sauvage qui racontent les légendes locales avec leurs lettres de couleurs, je veux dire : leurs merveilleux pétales.

 

Je découvre trois de ces beaux bavards :

1. Le tout petit mais sublime narcisse d'Asso, d'un jaune solaire et à la dimension de l'insecte.

2. A la base du puech, le rarissime ophrys speculum (ou ciliata), dont Robert et Dominique dénichent deux pieds fleuris.

3. La magique fritillaire des Pyrénées, dite aussi "noire", dont la corolle rouge, orange et charbonneuse évoque un athanor d'alchimiste, en accord avec la présence des Extraterrestres et l'imminence du cataclysme ultime !

 


Naturaliste et journaliste, écrivain, polémiste, scénariste, marcheur philosophe et photographe, Yves Paccalet a collaboré à plusieurs titres de presse dont Terre sauvage, Géo Magazine, au Nouvel Observateur, Figaro Magazine, etc. Il a également été chroniqueur à Europe 1 et a créé des documentaires pour la télévision. Auteur ou coauteur d’une multitude de livres - y compris de BD - dont de nombreux avec le commandant Cousteau, fameux océanographe, explorateur  et lanceur d’alerte sur l’état des océans (dont il sera le collaborateur de 1972 à 1990), et autres articles sur la nature et les animaux, parmi lesquels Le Destin du Nil, en collaboration avec Jacques-Yves Cousteau (Flammarion, 1982) ; L’Odeur du soleil dans l’herbe - Journal de nature (Robert Laffont, 1992) ; Le Bonheur en marchant (Jean-Claude Lattès, 2000) ; Mes plus belles balades en France (Jean-Claude Lattès, 2001) ; La Vie secrète des requins (L'Archipel, 2002) ; Le Bonheur sous la mer, avec Sophie de Wilde, photographe (Le Chêne, 2002); Soigner l'homme, soigner la Terre, en collaboration avec le Dr Michel Chast (Jean-Claude Lattès, 2003) ; ou encore le Dictionnaire énervé de l'écologie, les Mots pour le pire (L'Opportun, collection Petit dictionnaire énervé, 2010)…

Militant écologiste, défenseur depuis toujours de la diversité des écosystèmes, de la « diversité de la vie » et d'une croissance responsable, Yves Paccalet devient président de la section française de Green Cross (de 2006 à 2008), réseau d’organisations non gouvernementales (ONG) de plaidoyer et de projets créé par Mikhaïl Gorbatchev en 1993 dans la continuité du Sommet de la Terre à Rio (1992).

Il signe en 2006 un pamphlet décapant, pour ne pas dire acide, au verbe enlevé, flirtant par instants avec l’humour noir : L'Humanité disparaîtra, bon débarras ! (chez Arthaud) qui sera mise en scène pour le théâtre. Un « livre coup de gueule » comme il l’a présenté lui-même, qui traduit dans le même temps la désillusion d’un militant écologiste formé à la philosophie à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, qui ne veut plus faire semblant de croire avec certitude dans l’avenir des terriens. Avec Le Grand Roman de la vie, paru en 2009 (chez Jean-Claude Lattès), c'est aux origines de la vie sur terre que cet éveilleur de conscience depuis plus de 40 ans, qui ne cesse d’en appeler à une solidarité globale, à l’arrêt de la dilapidation des ressources de la planète, qui  promeut l’art de la frugalité et le partage des richesses, s'intéresse, une manière de mettre en perspective les (immenses) enjeux de son engagement pour la planète Terre.

En 2010, il saute le pas, entend mettre en pratique l’agir local et le penser global, et décide de se frotter aux rugosités du réel et du mandat local en se présentant sur une liste EELV (Europe Ecologie - Les Verts) dont il deviendra la tête de liste. Il sera élu conseiller régional en Savoie. Il quitte EELV en 2013.

En 2014, le naturaliste, qui n’aura eu de cesse d’œuvrer pour un « réalisme poétique » publie Éloge des mangeurs d’hommes - Loups, ours, requins... sauvons-les ! (Arthaud, 2014), un nouvel essai, sans concessions, qui établit clairement combien l’espèce humaine menace l’équilibre naturel.

Prix Jacques-Lacroix 2003 de l'Académie française pour Le Bonheur sous la mer.

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QU'IL EST BEAU LE BOSON ! par Françoise Guichard / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un grand scientifique anglais (prix Nobel de physique 2013) vient de nous quitter : le professeur Peter HIGGS (Newcastle, le 29 mai 1929 - Édimbourg, le 8 avril 2024).

Il avait prédit depuis longtemps l’existence d’une particule élémentaire que l’on a pu découvrir quelques 48 ans après, en 2012, dans l’énorme accélérateur de particules souterrain du CERN, le plus puissant jamais construit, près de Genève, qui franchit la frontière française.

 

La particule s’appelle le "boson Higgs", ‘the Higgs boson’ et a littéralement révolutionné notre compréhension de l'Univers.

 

Le poème est de Françoise GUICHARD, qui l’a publié sur Facebook, ainsi que beaucoup d’autres.

 

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2024/04/10/le-physicien-peter-higgs-pere-du-boson-est-mort_6226904_3382.html

 

Qu'il est beau le boson !

 

Hourra! Hourra! Hourra! on tombe en pamoison!

Le Nobel en physique est dédié au boson

Et à Higgs et Englert tous deux au diapason

Tandis que des labos s'élève une oraison.

 

Car moults particules naissaient comme à foison,

Les chercheurs ajoutant les noms à leurs blasons.

Dans leur cœur néanmoins se trouvait ce poison :

Pas moyen d'isoler ce satané boson....

 

Les physiciens du CERN pas très loin des Grisons,

Augmentant la vitesse à péter les cloisons

Allant bien au-delà du galop des bisons

À la masse prévue, ont piégé le boson.

 

 

 

The bodacious boson

 

Hurrah ! We swoon, like those the monsoon blows on !

The Nobel physics prize rewards the boson:

For Higgs and Englert booms the diapason

And lab assistants celebrate, with reason.

 

Particles teemed throughout the silly season,

Whose names researchers added to their blazon.

Yet ever in their hearts remained this poison:

They could not isolate the blessed boson.

 

The CERN physicians fairly near the Grisons

Raised speeds to match a brazen mason’s arson,

Beyond the galloping of any bison:

Foretold the critick mass, corralled the boson !

 

Copyright © Timothy Adès


Peter Higgs après une conférence de presse à l'université d'Edimbourg, Ecosse, 2013, photo AFP / Peter Higgs par Claudia Marcelloni / CERN, 2008 / Hommage à Peter Higgs, codécouvreur du boson de Higgs, Prix Nobel de physique 2013 / Peter Higgs et sa Majesté la Reine d'Angleterre

 

 

Microbiologiste, passionnée de littérature, oulipienne dans l’âme, Françoise Guichard est une grande admiratrice de Georges Perec.

Elle écrit et pratique le collage. Elle a ainsi réalisé une série de cartes postales « 54 véritables cartes postales adressées à Georges Perec »  à partir du texte de Perec 243 cartes postales en couleurs véritables *.

 

Cette série a donné lieu à une exposition et à une publication par la maison d'édition Caractères en janvier 2019.

 

* 243 cartes postales en couleurs véritables, 243 textes de Georges Perec figurant au dos de cartes postales imaginaires publiés dans numéro 8 de la revue Le Fou parle d’octobre/novembre 1978. Repris en 1989 par le Seuil sous le titre L’infra-ordinaire, collection « La Librairie du XXIe siècle. 

 

francoiseguichard.fr


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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J'AIME L'ARAIGNEE, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

  Ce poème de Victor HUGO (écrit en juillet 1842) a plu à ma femme Dawn [Aube], alors, je l'ai vite traduit pour elle, elle a présenté ma version au cercle d'amis. 

 

 

 

  " J'aime l'araignée", Les Contemplations, Livre III, "Les luttes et les rêves"  XXVII, 1856)

 

 

 

J'aime l'araignée

  

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,

Parce qu'on les hait ;

Et que rien n'exauce et que tout châtie

Leur morne souhait ;

 

Parce qu'elles sont maudites, chétives,

Noirs êtres rampants ;

Parce qu'elles sont les tristes captives

De leur guet-apens ;

 

Parce qu'elles sont prises dans leur oeuvre ;

Ô sort ! fatals noeuds !

Parce que l'ortie est une couleuvre,

L'araignée un gueux;

 

Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,

Parce qu'on les fuit,

Parce qu'elles sont toutes deux victimes

De la sombre nuit...

 

Passants, faites grâce à la plante obscure,

Au pauvre animal.

Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,

Oh ! plaignez le mal !

 

Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;

Tout veut un baiser.

Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie

De les écraser,

 

Pour peu qu'on leur jette un oeil moins superbe,

Tout bas, loin du jour,

La vilaine bête et la mauvaise herbe

Murmurent : Amour !

 

Lecture d’Élissa Alloula, pensionnaire de la Comédie-Française : https://www.youtube.com/watch?v=jFKhprbtEQ0

 

I Love the Spider

 

I love the spider and the nettle

Since they are hated;

Their sorry needs are penalised

And never sated;

 

Since they are paltry and accursed,

Dark lurking things,

Since they are wretched prisoners

Of their snarings:

 

Since they are caught in their own toils,

Coiling too clever,

And since the nettle is a snake,

Ragtag the weaver,

 

Because they have the shade of chasms,

From which we flee,

Because they both are dark night’s victims,

They gladden me.

 

Passer-by: pity the dim weed,

The hapless creature !

Carp at the the sting, the ugly sight,   

The misadventure !

 

All things know sadness, all desire     

To be embraced.

Untamed and vile they are: but - spare,

Leave them uncrushed !

 

Throw them a less disdainful glance    

From far above:

The loathsome beast, the evil plant,    

Will murmur: Love !

 

Copyright © Timothy Adès


1- « Victor Hugo écoutant Phèdre », photographie de Victor Hugo par Auguste Vacquerie (1819-1895)

2- La Vie des insectes en dix récits... (1910)

3- Ernst Haeckel, Kunstformen der Natur (1899-1904)

4- Arachnê dans Le Purgatoire de Dante Alighieri, avec les dessins de Gustave Doré

5- "La femme araignée". Affiche du cirque Daniellis (Ville de Paris / Bibl. Forney)

6- Hugo caricaturé par Benjamin Roubaud, « Panthéon charivarique », Le Charivari, 10 décembre 1841 © Maisons de Victor-Hugo/Roger-Viollet

7- Victor Hugo sur le balcon de sa maison, Hauteville House, Guernesey


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ELOGE DE L'INFIDELITE, par Vianney Huguenot


Journaliste, chroniqueur, également présentateur, chineur, flâneur, passeur de mémoires, défenseur de la langue française, notre ami Vianney HUGUENOT dont nous recommandons le dernier livre - réjouissant - LES GLORIEUX - Cent Lorrains d'ombre et de lumière, de naissance ou de cœur, dont « un juge et un assassin, des communards et des curés, des anars et des ministres, des déprimés et des flamboyants, des héros et des salauds, des premiers de la classe et des laissés pour compte, bizarrement jetés dans les oubliettes de l’histoire », nous livre son dernier billet fait d'humeur du jour et de réflexion.

 

LES GLORIEUX - Cent Lorrains d'ombre et de lumière (Editeur La Valette, coll République, août 2023), publié en partenariat avec France Bleu Lorraine où il est chroniqueur, préface  de l’ancien juge Gilbert Thiel, illustrations Philippe Lorin, avec les portraits entre autres de Jeanne Bécu, dite Comtesse du Barry, Georges Bernier, dit le professeur Choron, Jean-Pierre Coffe, Nicolas Joseph Cugnot, Pierre Dac, Nina Kanto, l'abbé Pierre, Jeanne de Funès, Fernand Braudel, Sophie Thalmann, Nicolas Mathieu, Jean Burger, Stéphane Brogniart, Geneviève de Fontenay, Cascadeur, Jean Cocteau, Émile Coué, Darry Cowl, Hubert Curien, Alain Devaquet, Charles Enderlin, Caroline Fiat, Alexis Gruss, Laurent Mariotte, Danielle Mitterrand, Tom Novembre, Raphaël Pitti, Jean-Marc Reiser, Marthe Richard, Suzanne Thiam, Alexis de Tocqueville, Gilbert Thiel, Claude Vanony, Philippe Séguin, Paul Verlaine...) 


Remerciements au Courrier Messin qui a publié ce billet sous forme d'édito dans son édition du 4 avril 2024 

https://courriermessin.fr/le-courrier-messin-n37-du-04-avril-2024/


 

Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres :  « Les Glorieux », 364 p  (Editeur La Valette, coll République, août 2023); « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015);« Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014); « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013); « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

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LE CIEL EST, PAR-DESSUS..., par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Le 30 mars est l’anniversaire de VERLAINE (1844-1896). Le voici en prison : il a tiré sur Rimbaud, il lui a blessé le poing, j’imagine que Rimbaud s’était levé la main pour se protéger.

Verlaine va se repentir : il composera un beau poème pour sa femme, ‘Green’ (PRé au 13 novembre 2022) *.

 

*https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/11/13/green-paul-verlaine-timothy-ad%C3%A8s/

 

 

 

Couple peint par Renoir - 1875

 

Le ciel est, par-dessus…

 

Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

 

La cloche, dans le ciel qu’on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau sur l’arbre qu’on voit

Chante sa plainte.

 

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

 

– Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

 

 

Fauré, Gérard Souzay : https://www.youtube.com/watch?v=lkIJRHQ4FMQ

Séverac, Jaroussky : https://www.youtube.com/watch?v=mssMuQDZAQU

Alain Jacques, Jacques Pottier : https://www.youtube.com/watch?v=3rWmaiXaAjo

 

There is the sky

 

There is the sky above the tiles,

Blue and at rest.

There is a tree above the tiles,

Rocking its crest.

 

The belfry in the sky we see

Pleasantly rings.

A bird upon the branch we see

Tunefully sings.

 

Dear God, dear God, life’s easy here,

Winds gently down.

The quiet murmur that we hear

Comes from the town.

 

How did you use them, you who now

Shed ceaseless tears,

How did you use them, tell me now, T

hose youthful years?

 

 

There is a setting by Delius.



Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre, par Louise Labé / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   

 

   On vient de publier une adorable petite brochure, bilingue, numérotée, chez Bar Peixoto qui se trouve dans l’adorable petite librairie Bookartbookshop à Londres, au 17 Pitfield Street, près de Old Street. 

Dedans : les trois Élégies de Louise Labé (1524-1566), ‘la belle cordière de Lyon’, femme qui entre en bataille et en lice, qui chante librement ses amours…

On vous a déjà offert l’une des Élégies* (le 29 avril 2020)  : voici un sonnet

(Sonnet XIV) aussi charmant, et plus court.

 

 

 

 

 

Lithographie d'André Masson (1896-1987), Sonnets Louise Labé, 1972

 

 

 

 

Dans la vitrine de la librairie, la production de la famille Adès mise en exergue : à gauche, mes ouvrages, au centre, une édition limitée d'un livret bilingue de Louise Labé établie par mes soins; à droite, une sélection de ceux de Dawn et de notre fils Harry, ainsi que des œuvres musicales de notre Thomas...

 

*https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2020/04/26/elegies-et-sonnets-par-louise-lab%C3%A9-timothy-ad%C3%A8s/

 

PS à l'intention des londoniens, des français  de Londres et de tous les autres en escapade dans la capitale britannique : le dimanche 24 mars, de 11 à 17h, Timothy Adès sera avec sa librairie de POÉSIE TRADUCTION, dans le quartier de  Hammersmith Riverside Studios, un carrefour des arts doté d'un restaurant européen, le jour du marché de producteurs local, éthique et durable "Duck Pond Market", magnifique spot sur le "Riverside Walk" , près du pont sans circulation, au bout de la rue Queen Caroline.


 

SONNET XIV

 

Tant que mes yeus pourront larmes espandre

À l’heur passé avec toy regretter;

Et qu’aus sanglots et soupirs resister

Pourra ma voix, et un peu faire entendre;

Tant que ma main pourra les cordes tendre

Du mignart lut, pour tes graces changer;

Tant que l’esprit se voudra contenter

De ne vouloir rien fors que toy comprendre;

Je ne souhaite encore point mourir:

Mais quand mes yeus je sentiray tarir,

Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel sejour

Ne pouvant plus montrer signe d’amante;

Priray la Mort noircir mon plus cler jour.

 

Franklin Hamon

https://www.youtube.com/watch?v=TSqOwVOWWBI  

Ezéchiel Pailhès - Tant que mes yeux (official audio) https://youtu.be/7Erfbz74Lag

 

Et voici une série d'œuvres d'André Masson https://www.belgian-art-gallery.be/en/andr-masson/

 

SONNET XIV

 

As long as I can sit with streaming eyes

And want to spend another hour with you;

As long as I can stifle sobs and sighs

And use my voice to get a message through;

As long as I’ve a hand can tune the strings

Of my guitar, to sing a song of you;

As long as I’ve no heart for other things

But only want to get the hang of you:

There’s no way I’ll be lying down to die.

No, but the day I feel my eyes run dry,

My voice crack up, my hand with zero power,

My heart, too close to earth, no longer giving

Signals that lovers give, then I’ll quit living:

Death, turn my daylight black, that very hour !

 

1- Édition de 1556 des œuvres de Louise Labé (première édition en 1555), Bibliothèque municipale Orléans

2- Louise Labé, portrait gravé par Pierre Woeiriot (1555), BnF

3- Gouache représentant la poétesse Louise Labé ("Loise Labe"), "la belle cordelière", habillée en Jeanne d’Arc, attribué au poète et portraitiste français Nicolas Denisot (1515 - 1559). Dimensions de l’image 22,5 x 15,5, du cadre 45 x 37. Louise Labé, l’une des plus grandes femmes de lettres du XVIe siècle, était considérée comme une femme très émancipée à son époque - elle fit  de l’émancipation des femmes et de l'amour, ses thèmes favoris, instruite sur de nombreux sujets, ayant également suivi des cours d’équitation et d’escrime. Acclamée avec ses "Oeveres de Louise Labé, Lyonaise", publiés en 1555, elle est considérée aujourd’hui comme le représentant le plus important de l’École de Lyon.

4- Médaillon buste de Louise Labé, Vienne milieu du XVIe siècle

5- Louise Labé, vitrail de Lucien Bégule (1848-1935), Lyon 1896, Musée Gadagne. 

6- André Masson, par Dawn Adès (Academy editions et Albin Michel 1994). L'historienne britannique de l'art et spécialiste du surréalisme Dawn  Adès nous présente André Masson, figure du mouvement artistique surréaliste, dès ses débuts dans les années 1920, les œuvres de l'artiste, complexes, poétiques et chargées de sens psychologiquement, ses années à Paris, sa lutte contre le fascisme espagnol dans les années 1930 et son exil américain en France occupée par les nazis dans les années 1940.

7-  Timbre poste en hommage à Louise Labé, émis en mai 2016; inspiré d’un portrait gravé d’époque et d’éléments graphiques provenant du recueil de poèmes publié en 1566. Un luth et une plume représentent sa pratique des arts et de l’écriture. Derrière elle est dessinée la cathédrale Saint-Jean de Lyon.

8- Louise Labé, œuvres complètes, édition de Mireille Huchon ( NRF, coll. Bibliothèque de la Pléiade, oct. 2021), 736 pages Les amateurs de poésie et admirateurs de Louise Labé, pour la lire, devaient remonter au XVIe siècle en se confrontant aux difficultés du « moyen français » et ne connaissaient bien souvent d’elle que trois élégies et vingt-quatre sonnets (dont le premier est en italien). Soient 662 vers en tout et pour tout. Louise Labé fait partie de ces autrices dont le nom, au moins, est connu du grand public – ce qui n’est pas si courant pour les périodes anciennes. Bien qu’elle ait été rééditée au XVIIIe siècle, c’est le critique Sainte-Beuve, au XIXe siècle, qui a véritablement sorti l’œuvre de Labé du brouillard de l’histoire littéraire, à une époque où l’on redécouvre les poètes du Moyen Âge et de la Renaissance. Aussi pouvons-nous saluer cette édition de la Pléiade qui restitue à « Louïze Labé, Lionnoize » son oeuvre dans sa totalité et la fait connaître d'un plus grand nombre. 


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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RIEN QU'UN PETIT BONHEUR, par Géo Norge / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici Rien qu'un petit bonheur du poète belge Georges Mogin dit Géo Norge (Bruxelles 1898-Mougins 1990). 

Après sa première production publique théâtrale Tam-Tam (1923), il publie son premier recueil avec 27 Poèmes incertains (1923), suivi entre autres de La belle Endormie (1935), Joies aux âmes (1941), L'Imagier (1942) et de Râpes (1949).

 

 

Carte premier jour - Timbre poste belge en hommage à Norge, 1998

 

En 1931, il crée le Journal des poètes, un hebdomadaire avec Pierre-Louis Flouquet et Edmond Vandercammen. Egalement Les Cahiers blancs qu’il cofonde en 1936. Et, à partir des années 1950, il écrit plusieurs nouveaux recueils, publie notamment la série des Oignons (1953-1980); le Gros Gibier (1953); la Langue verte (1954); les Quatre Vérités (1962); le Vin profond (1968) ; les Cerveaux brûlés (1969) ; Eux, les Anges (1978) ; le Stupéfait (1988). Norge (il finira par signer simplement “Norge”) s’essaie à faire coïncider le désir et le réel et à fixer la "brillance du monde". Cet humaniste pratique une palette poétique originale extrêmement variée, précise dans sa syntaxe, ciselant ses mots, jouant avec eux. En marge des modes, des conventions et des institutions, il convoque la richesse de la culture populaire, son langage, ses folklores, ses adages, les contes, les légendes jusqu’aux almanachs.

Il se fait le chantre de ce que le fameux médecin, poète, romancier, explorateur et archéologue Victor Segalen (1878-1919) a appelé "la puissance du Divers".

Au total, Norge (Grand Prix SGDL de poésie 1984), loué par Aragon, nous livre une œuvre  abondante et prolifique. Le poète et éditeur Pierre Seghers, ancien résistant, disait de lui qu'il était « Gouleyant, interférentiel, fricassant, ayant du "punch" et le faisant brûler, inquiétant bien sûr, comme tous les tendres qui sont d’affreux cruels (et vice versa), maître-ès-langage de la composition au contrepoint, de la matière au boyau de chat sous l’archet, il invente, non pas en virtuose (ce qu’il est) mais en magicien. Ah! on ne s’ennuie jamais avec Norge, qui pose cependant les questions les plus graves… »

 

Rien qu'un petit bonheur

 

Rien qu'un petit bonheur, Suzette,

Un petit bonheur qui se tait.

Le bleu du ciel est de la fête,

Rien qu'un petit bonheur secret.

 

Il monte! C’est une alouette,

Et puis voilà qu'il disparaît.

Le bleu du ciel est de la fête

Il chante, il monte, il disparaît.

 

Mais si tu l'écoutes, Suzette,

Si, dans tes paumes, tu le prends,

Comme un oiseau tombé des crêtes,

Petit bonheur deviendra grand. 

 

 

Only a little blessing

 

Only a little blessing, dear,

Little and inarticulate.

There’s joy in heaven’s vaults azure:

A blessing small and intimate.

 

A singing skylark, see it soar,

Hey presto, soon to disappear.

There’s joy in heaven’s vaults azure:

It sings, it soars, to disappear.

 

But if you let its voice be heard,

And if you grasp it in your hand,

Then, like a downward-speeding bird,

Your blessing turns out great and grand.

 

Copyright © Timothy Adès


Trois styles de chanson…

Agathe MD https://youtu.be/guLtV1k3rTY

Michèle Micalou https://www.youtube.com/watch?v=N1rswE4Ul3g

Kaloubadia https://www.youtube.com/watch?v=c8wbQ7OsTUk

 

Et la glorieuse Jeanne Moreau, que j’ai vue dans ‘Jules et Jim’, et qui illumine ‘Viva Maria’ avec Bardot, chante plusieurs de ses poèmes, mais non pas celui-ci. La voici par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=AE3B6XbaPoc&list=PLn0e0RKXbhO0kYeJ5t_2-CAwhsaorj9p9

1- Portrait de Géo Norge jeune

2- Le Journal des poètes - hebdomadaire international d'action et de documentation poétiques (2e année) N° 2 - 22 nov. 1931

3- Les Cahiers Blancs : poésie, philosophie, critique / n° du 1er nov. 1936; rédaction : Franz Briel (Éditeur  :  R. Henriquez (Bruxelles), BnF,  département Littérature et art, 8-Z-30151

4- NORGE, Robert Rovini (Pierre Seghers éditeur, 1956); couv.: portait de Norge par Denise Perrier

5- Jeanne Moreau chante Norge : en 1978, le célèbre directeur artistique et producteur musical français Jacques Canetti apporte à Jeanne Moreau les Œuvres poétiques 1923-1973 de Norge, tout juste rééditées par Pierre Seghers, qui s’enthousiasme aussitôt avec une préférence pour les recueils de 1949 à 1973.  « Ses poèmes m’ont paru simples, évidents, avec des mots qui allaient droit au cœur…  J’ai eu envie de les dire puis d’en faire des chansons pour un disque. Certaines sont drôles ou cruelles, d’autres tendres, agressives, humoristiques », dira-t-elle plus tard aux journalistes, ajoutant que cette poésie véhicule « le besoin d’amour, la rage créatrice, la cruauté de la vie, le goût du néant, l’espérance d’un idéal, le dérisoire état de l’homme. » (Daniel Laroche, in Le Carnet et les Instants, Blog des lettres belges et francophones). 22 poèmes de Norge sont choisis et, au bout d'un travail en collaboration avec Philippe-Gérard, auteur de multiples chansons pour Maurice Chevalier, Nat King Cole, Marlene Dietrich, Édith Piaf, Franck Sinatra, et autres figures célèbres du music-hall, compositeur associé à plusieurs poètes,  les vingt-deux poèmes mis en chansons et en musiques sont enregistrés et un double « 33 tours » est commercialisé en septembre 1981. L'accueil fut positif et les critiques élogieuses au point qu'il est réédité en 1989 sur CD par Jacques Canetti, puis en 2017 avec Françoise Canetti, la fille de Jacques, sous la forme d’un double album vinyle accompagné d’une version CD. A noter la sortie en 1984 d'un album "NORGE Poèmes" dits par Lucienne Letondal avec la participation de Henri Rollan, NORGE et Georges Brassens (Philips).

6- NORGE Poésies (1923-1988), édition et préface de Lorand Gaspar (Collection Poésie/Gallimard, 1990). 

«En ces temps où la littérature mue par le désir de tout dire sur nos angoisses et nos haines finit quelquefois par s'enfermer dans le ressentiment, dans le culte du négatif, du désespoir et de l'autodestruction, la parole de Norge est d'un bout à l'autre non seulement une affirmation de la vie mais aussi de sa confiance en cette vigueur dont la poésie se nourrit, que toute vie incarne.»

Lorand Gaspar.


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus :  "Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914), 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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SUR LA PLANETE DES MOUCHES, par Christian Morgenstern / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Soyons encore une fois trilingues ! Cette fois-ci avec le poète et écrivain allemand Christian Morgenstern (1871-1914), également traducteur, notamment d'Ibsen, Strindberg et de Knut Hamsun. Notez bien ses dates : il évite les guerres.

Mon premier livre de poésie allemande avec mes traductions anglaises s’appelle Morgenstern’s Magic : il est imminent !

Ce petit texte français est le mien, alors rarissime. J’avais trouvé ‘Sur la planète volante’ : c’est faux.

 

 

Portrait de Christian Morgenstern,

Par Andreas Noßmann

 

 

Auf dem Fliegenplaneten

 

Auf dem Fliegenplaneten,

da geht es dem Menschen nicht gut:

Denn was er hier der Fliege,

die Fliege dort ihm tut.

 

An Bändern voll Honig kleben

Die Menschen dort allesamt,

und andre sind zu Verleben

in süßliches Bier verdammt.

 

In einem nur scheinen die Fliegen

Dem Menschen vorauszustehn:

Man bäckt uns nicht in Semmeln,

noch trinkt man uns aus Versehn.

 

Sur la planète des mouches

 

Ah ! Sur la planète des mouches,

les gens ne vont pas du tout bien :

car ce qu’on fait ici aux mouches,

elles le font là-bas aux gens.

 

Les gens s’y trouvent tous collés

à des rubans de miel visqueux,

pour d’autres, la bière sucrée,

voilà la triste mort pour eux.

 

Voici un seul truc chez les mouches

qui semble être supérieur :

on ne nous cuit pas en brioches,

on ne nous boit pas dans l’ erreur.

 



The Planet of Flies

 

The planet of flies

isn’t good for us guys:

what we do to them here

they do to us there.

 

Folk stick to strips of honey,

just as flies do here.

Others by grim destiny

perish in sugary beer.

 

There’s one point of preference:

flies don’t ever bake

people into currant buns,

or drink them, by mistake.

 

Copyright © Timothy Adès

1- Christian Morgenstern enfant / 2- Christian Morgenstern, 18 ans / 3- Christian Morgenstern, 39 ans / 4- Margareta (Gosebruch von Liechtenstern), épouse de Christian, anthroposophiste, ami avec son mari de Rudolph Steiner. A la mort de ce dernier, elle s'évertue à rassembler ses papiers, ses écrits, ses poèmes; c'est elle qui lui assurera la postérité. / 5- Christian Morgenstern, Galgenlieder,Fisches Nachtgesang ("Chanson nocturne de poisson" in Chants du gibet), 1905 / 6- Christian Morgenstern, Oeuvres collectées, 2014; il s'd'une édition allemande établie à l'occasion du 100e anniversaire de sa mort, il a imaginé le Nasobem, le Mouton de la Lune et le 'Palissade avec espace', autant de classiques de la poésie humoristique de Christian Morgenstern. Mais son œuvre comprend bien plus que quelques vers célèbres - le vaste univers de son œuvre poétique est à découvrir dans cette édition : les 'Galons' et les 'Poèmes de Palmström', 'Palma Kunkel' et 'La Gingganz', les chansons et poèmes pour enfants, les satires, les  absurdes, les parodies, ainsi que les recensions, également des réflexions et de nombreuses lettres. / 7- Couverture de Morgenstern's Magic, 154 pages, livre de Timothy Adès à paraître. Portrait de Morgenstern par Anna Gestrich (Christian Morgenstern Literaturmuseum). Il s’agit d’une édition bilingue établie par Timothy Adès des poèmes allemands de Christian Morgenstern surtout connu comme un poète absurde, pour ses "chansons de potence" autour de ses deux personnages que sont Korf et Palmström. Ces œuvres ont toujours été très populaires, apparaissant dans de nombreuses éditions, très citées et mises en musique. Morgenstern était également essayiste, et un traducteur célébré, surtout du norvégien et du français. Son registre mystique est en revanche moins connu, en tous les cas des lecteurs anglais et sans doute également français.


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ETRE POETE, par Florbela Espanca / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

   Soyons de nouveau trilingues !

Je vous présente l'auteur-poète, récitante, linguiste, traductrice, musicienne, pédagogue, concertiste luth et guitare, Carolyne Cannella.

Suivez-la chez YouTube sous le titre Gata Xanga.

 Voici sa traduction de la première poète féministe portugaise, Florbela EspancaFlorbela da Alma da Conceição - (1894-1930), avec son poème "Etre poète" extrait de son dernier recueil, Charneca em flor, 1930

 

Carolyne Cannella

 

Ser Poeta, par Florbela Espanca

 

Ser poeta é ser mais alto, é ser maior

Do que os homens! Morder como quem beija!

É ser mendigo e dar como quem seja

Rei do Reino de Aquém e de Além Dor!

 

É ter de mil desejos o esplendor

E não saber sequer que se deseja!

É ter cá dentro um astro que flameja,

É ter garras e asas de condor!

 

É ter fome, é ter sede de Infinito!

Por elmo, as manhãs de oiro e de cetim…

É condensar o mundo num só grito!

 

E é amar-te, assim, perdidamente…

É seres alma, e sangue, e vida em mim

E dizê-lo cantando a toda a gente!

 

 

 

 

Être Poète 

 

Être poète, c'est être plus haut, être plus grand

Que les hommes ! Mordre comme l'on embrasse !

C'est être un mendiant et donner comme si tu étais

Roi du Royaume de l'en deçà et de l'au-delà de la douleur !

 

C’est avoir mille voeux de splendeur

Sans même savoir ce que l’on désire !

C’est avoir en soi une étoile flamboyante,

Avoir des griffes et des ailes de condor !

 

C’est avoir faim, avoir soif d’Infini !

Pour diadème, les matins d’or et de satin…

C’est condenser le monde en un seul cri !

 

Et c’est t’aimer, ainsi, éperdument…

C’est l’âme, le sang et la vie en moi

Et le dire en chantant à tout le monde !

 

Traduction par Carolyne Cannella

 


Being a poet

 

Being a poet: being taller, larger

Than men; to bite, the way that others kiss;

A beggar, lavish as a maharajah,

King of the kingdom of all wretchedness;

 

To have a thousand wishes in their splendour,

Not knowing what it is that we desire!

To have within oneself a flaming star,

To have the wings and talons of the condor!

 

To hunger and to thirst for the immense!

With gold and satin mornings for a wreath…

With just a cry, to make the world condense!

 

To love you to distraction and to death…

That is the soul and blood and life in me,

To sing it loud for all humanity!

 

Copyright © Timothy Adès

Charneca em Flor, sonetos par Florbela Espanca (Coïmbra, librairie Gonçalvez) / Buste de Florbela Espanca, Jardin public à Vila Viçosa, ville de rois et de princesses où naquit Florbela / Florbela Espanca par Norberto NunesLe Livre des chagrinsSœur Saudade, Bruyère en fleur et Reliquiae, de Florbela Espanca (Escampette, 2022) : cet ouvrage réunit quatre recueils de Florbela Espanca (1894-1930), aujourd’hui considérée comme une des poétesses majeures de la littérature portugaise 


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EIN LIEBESLIED, par Else Lasker-Schüler / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Le 11 février est l’anniversaire de deux grands poètes allemands, Bertolt Brecht et Else Lasker-Schüler.

Il revient de l’exil, elle n’en revient pas.

Elle fut traduite par Raphaëlle Gitlis (chez les éditions Héros-Limite) et plus récemment par Camille Logoz qui a découvert Else Lasker-Schüler par son journal de Zurich (Quelques feuillets du journal de Zurich (pot-pourri), dans la "vive traduction" de Raphaëlle Gitlis :

 

 

 

 

Ein Liebeslied      Else Lasker-Schüler       (1943)

 

Komm zu mir in der Nacht - wir schlafen engverschlungen.

Müde bin ich sehr, vom Wachen einsam.

Ein fremder Vogel hat in dunkler Frühe schon gesungen,

Als noch mein Traum mit sich und mir gerungen.

 

Es öffnen Blumen sich vor allen Quellen

Und färben sich mit deiner Augen Immortellen .....

Komm zu mir in der Nacht auf Siebensternenschuhen

Und Liebe eingehüllt spät in mein Zelt.

Es steigen Monde aus verstaubten Himmelstruhen.

Wir wollen wie zwei seltene Tiere liebesruhen

Im hohen Rohre hinter dieser Welt.

 

 

Love-Song      

 

Come to me in the night – we’ll sleep, twined close, held hard.

I’m lonely, been awake, so very tired.

Long before dawn, the song of some strange bird: 

With me, and with itself, my dream still sparred.         

 

Flowers are blossoming where waters spring,

Your eyes lend immortelles their colouring…

Come to me in the night, be shod with seven stars,

Be swathed in love, come late into my tent.

Moons climb aloft from heaven’s dusty coffers.

Like two rare beasts we’ll sleep the sleep of lovers

In the high pass behind the firmament.     

 

Publié online chez poetrywivenhoe, décembre 2022.

 Copyright © Timothy Adès

 

 


Chanson d’amour 

 

Viens à moi dans la nuit

 – nous dormons entrelacés.

Je suis très fatiguée, seule de tant veiller.

Un oiseau étranger a chanté dans le matin obscur, 

Tandis que mon rêve luttait encore contre moi et contre lui-même.

 

À toutes les sources des fleurs éclosent 

Et se teintent de tes yeux immortelles…

 

Viens à moi dans la nuit, chaussé de sept étoiles

Et dans ma tente l’amour enveloppé tard.

Des coffres de ciel empoussiérés s’élèvent des lunes.

 

Reposons en amour comme un animal rare

Dans les hauts roseaux derrière ce monde.

 

Traduction Camille Logoz

 

1- Portrait Else Lasker-Schüler, gemalt von Hansegger, 1935

2- Else Lasker-Schüler (1869-1945) fut l’une des figures littéraires les plus influentes de Berlin au début du XXe siècle, l'une des représentantes de l'avant-garde du modernisme et de l'expressionnisme. Else Lasker-Schüler a produit une importante œuvre poétique, trois pièces de théâtres, des lettres, de nombreux dessins. Elle était connue pour son Stammtisch littéraire et ses rencontres, au Café des WestensEn 1932, elle reçoit le Prix Kleist pour l'ensemble de son oeuvre. L’année suivante, les SA frappent en pleine rue, cette" juive pornographique". Le 19 avril 1933à l'âge de 64 ans, elle émigre en Suisse , puis à Jérusalem où elle décèdera. Elle est enterrée au pied du mont des Oliviers. Sur sa tombe, qui n’existe apparemment plus, mais où subsiste une plaque commémorative, on lira son dernier poème : « Je sais que je dois mourir ».

3- Die Flötenspielende Frontispiz des Brieffromans Mein Herz / Le frontispice de La Lettre de mon Coeur, 1912, dessin d'Else Lasker-Schüller (Collection privée, Marbach)

4- Ange pour Jérusalem, mémorial Else-Lasker-Schüler d'Horst Meister, Jérusalem

5- Quelques feuillets du journal de Zürich, Else Lasker-Schüler; traduction Raphaëlle Gitlis (Genève, Ed. Heros-Limit, 2012). Fuyant l'Allemagne nazie, la poétesse dépeint sa vie de réfugiée à Zürich, entre 1933 et 1938, y confie ses pensées dans une prose très poétique où s'inscrivent par moments des poèmes. C’est le récit d'une poétesse pour qui « L'âme du poète est sa patrie, c'est pourquoi le poète est celui qui supporte avec le plus de fermeté son émigration. »

6- Mes Merveilles, Else Lasker-Scüller (Ed Héros-Limit, janvier 2024) : réédition d'un recueil paru en 1911, traduit ici par Guillaume Deswarte)qui reprend trente-trois poèmes d'un livre antérieur, Le septième jour, auxquels viennent s’ajouter vingt-cinq autres

 

Else Lasker-Schüller – Une Vie, une Œuvre : 1869-1945 (France Culture, 1994) Émission « Une Vie, une Œuvre », par Blandine Masson, diffusée le 24 mars 1994. Invités : Helma Sanders-Brahms, Jean-Yves Masson, Zilke Haas, Helen Adkins, Lionel Richard, Michel Rachline, Jorg Afnauger, Judith Koukert et Hanna Schygulla : https://www.youtube.com/v/i2NUmeJ8l3A&showsearch=0

 

Else Lasker Schüler, la tragique: Une étoile à Weimar, par Jean-Michel Palmier (Le Monde Diplomatique, juin 1995) : http://stabi02.unblog.fr/2008/10/22/else-lasker-schuler-la-tragique-une-etoile-a-weimar/


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Le HIBOU & LE DIVERTISSEMENT GRAMMATICAL, par Maurice Carême, Pierre Menanteau / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   

   Vous vous souvenez peut-être du poème de Robert Desnos avec les sept pluriels en- oux : 

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/.../les.../ 

Il est dans mon livre Chantefables/Storysongs avec le beau dessin de Cat Zaza, collègue douée, dessin qui a embelli aussi The London Magazine ;

 

les élèves du Collège français bilingue de Londres me le récitent avec leurs gestes charmants.

Alors en voici deux pareils, par le belge Maurice Carême et le vendéen Pierre Menanteau

 

Pierre Menanteau (1895-1992), formé à l'école normale de La Roche-sur-Yon, consacre sa vie à l'enseignement; après la guerre, il  ira d'écoles en écolesde Guéret à Poitiers, en passant par Saint-Cloud, directeur d’école normale d’instituteurs d’Evreux, puis inspecteur d’académie à Paris. Egalement comme poète, romancier, essayiste, auteur de contes, d'anthologies et de florilèges, critique littéraire, peintre. En 1980, il obtient le prix Gérard de Nerval, avec "Le joli temps aux demoiselles" et "Quand la feuille est verte". Il décède le 7 avril 1992 à Versailles. Il est inhumé à Péault, en Vendée, où il avait l'habitude de passer une partie de ses vacances en famille.

 

Maurice Carême    Le Hibou

 

Caillou, genou, chou, pou, joujou, bijou

Répétait sans fin le petit hibou.

Joujou, bijou, pou, chou, caillou, genou

Non, se disait-il, non, ce n'est pas tout.

Il y en a sept pourtant, sept en tout :

Bijou, caillou, pou, genou, chou, joujou.

Ce n'est ni bambou, ni clou, ni filou...

Quel est donc le septième  ? Et le hibou,

La patte appuyée au creux de sa joue

Se cachait de honte à l'ombre du houx.

Et il se désolait, si fatigué

Par tous ses devoirs de jeune écolier

Qu'il oubliait, en regardant le ciel

Entre les branches épaisses du houx,

Que son nom, oui, son propre nom, hibou

Prenait, lui aussi, un X au pluriel.

 

Le Hibou, mis en musique et chanté par l'auteur-compositeur-interprète Grégoire (album "Poésies de notre enfance"; il a sorti un tout nouveau titre en juin 2023 : "Vivre") :

https://www.youtube.com/watch?v=00Q5rUY_STw

 

 

The Owl

 

Jewel, bauble, pebble, cabbage, knee, flea

The little owl repeated, endlessly.

Jewel, bauble, pebble, cabbage, louse, knee,

But no, that isn’t quite all, said he.

It isn’t bamboo or scrumper or screw,

So what’s the seventh? To-wit to-woo!

His paw on his hollow cheek he laid

And he hid ashamed in a holly-tree’s shade,

And he was so sad and so weary too

With all the schoolwork he had to do

That he overlooked, as he looked at the sky

Through the holly-tree’s close-packed greenery,

That his very own name, which was *le hibou*,

His name took an X in the plural too.

 

 

 

Copyright © Timothy Adès


Maurice Carême portrait / Maurice Carême, La Poésie est un jeu d'enfant, recueil de 30 textes illustrés par Bruno Gilbert (Seuil Jeunesse, 2015) / Maurice Carême

 

Pierre Menanteau  Divertissement Grammatical

 

 

À Tombouctou

Il n'y a pas de Kangourous.

En Afrique, il y a des gnous.

Et chez nous ?

 

Chez nous on entend les hiboux

Leurs petits sont de vrais bijoux.

On mange la soupe aux choux

Et qui tombe sur des cailloux

Risque de s'écorcher les genoux.

La lettre X est la vieille agrafe

Qui fixe encore l'orthographe

Du pluriel des sept noms en OU

Qu'on énumérait d'un seul coup :

Bijou, caillou, chou, genou, hibou...

 

Et puis... il y a les joujoux

Que l'on donne aux petits hiboux

Il y aurait même les poux,

Mais ils n'y tiennent pas du tout.

 

 

 

Grammatical Entertainment

 

 

In Timbuctoo, no kangaroo;

In Africa, they have the gnu.

What about me and you?

 

 

We’ve owls whose young are jewels,

We browse on cabbages,

And if we trip on pebbles,

We sometimes graze our knees.

 

The X is immemorial,

A hook, still fixing how they spell

Their seven nouns *au pluriel*:

Our list was magisterial…

 

 

Add to it, baubles

For baby owls;

And lastly, lice:

Not fleas, not nice.

 

Copyright © Timothy Adès

 


Autoportrait de Pierre Menanteau / Poésie et récitation, Pierre Menanteau (Armand Colin; éditeur :  Bourrelier (Paris), collection : Carnets de pédagogie pratique, 1963), BnF, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme / Pierre Menanteau


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES CORBEAUX, par Arthur Rimbaud / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Arthur RIMBAUD (1854-91) : Les Corbeaux.

La date : 1871, donc il avait 16 ou 17 ans. Il a été publié le 14 septembre 1872 dans Renaissance littéraire et artistique, revue d'information et de critique littéraire et artistique (qui eût notamment comme collaborateurs, Mallarmé, Verlaine, Hugo, des Essarts, Gautier, Rollinat, de Lisle...), dont Rimbaud avait rencontré le directeur, Emile Blémond, par l'entremise de Verlaine.

 

 

Voici un commentaire épatant, je ne saurais plus dire : https://hyperion21.blog/2012/04/30/au-pays-de-papouasie-6-rimbaud-les-corbeaux/

Egalement : http://abardel.free.fr/petite_anthologie/les_corbeaux_texte_et_commentaire.htm

Et je découvre, avec étonnement, les fresques de Charleville-Mézières : https://www.charleville-sedan-tourisme.fr/decouvrir-charleville-sedan-en-ardenne/decouvrir-charleville-mezieres/arthur-rimbaud/le-parcours-arthur-rimbaud/

 

LES CORBEAUX

 

Seigneur, quand froide est la prairie,

Quand dans les hameaux abattus

Les longs angelus se sont tus…

Sur la nature défleurie

Faites s’abattre des grands cieux

Les chers corbeaux délicieux !

 

Armée étrange aux cris sévères,

Les vents froids attaquent vos nids !

Vous, le long des fleuves jaunis,

Sur les routes des vieux calvaires,

Sur les fossés et sur les trous

Dispersez-vous, ralliez-vous !

 

Par milliers, sur les champs de France,

Où dorment les morts d’avant-hier,

Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,

Pour que chaque passant repense ?

Sois donc le crieur du devoir,

Ô notre funèbre oiseau noir!

 

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,

Mât perdu dans le soir charmé,

Laissez les fauvettes de mai

Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,

Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,

La défaite sans avenir.

 

 

CROWS 

 

Lord, when the countryside is cold,

And nature naked and unflowered,

When in the hamlets overpowered

The last long angelus has tolled,

Bring down from your wide heavens those

Adorable, delicious crows!

 

Strange armies of the cheerless cries,

The icy winds assault your homes!

Along the banks of yellowed streams,

On roads of ancient calvaries,

Over the ditches and the delves

Scatter yourselves, unite yourselves!

 

In thousands, on the fields of France,

Where sleep the dead of yesteryear,

Will you not whirl with winter here,

Bring second thoughts to transients?

Give voice, our black sepulchral bird,

Cry duty as your battle-word!

 

Come, saints above, on oaken steep,

Where twilight charms great masts away:

Turn from the warbling birds of May

To those enchained in forest deep,

In thickets where no wings are fleet,

By ineluctable defeat.

 

Copyright © Timothy Adès

 


1- Arthur Rimbaud enfant, photo de classe à l'Institut Rossat (Charleville), le jeune Arthur au 1er rang, 3° à gauche

2- Rimbaud ébouriffé, un projet IA autour de Rimbaud mené par Claire Doz, professeure de français au lycée Paul Valéry à Paris, avec ses classes de 1ères,  dans le cadre d'une « émancipation créatrice », intitulé du parcours associé à l’étude de l’œuvre de Rimbaud au programme 

3 et 4- Début 1888, Paul Verlaine rédige la biographie de Rimbaud pour la revue Les Hommes d’aujourd’hui

5- Numéro 21 du 14 septembre 1872 de la revue La renaissance littéraire et artistique dans lequel est publié  le poème Les Corbeaux de Rimbaud (Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z-2277-2278)

6- Rimbaud, et en arrière plan Verlaine, " Croquis d'après documents" de Frédéric-Auguste Cazals, 1882, (Bibliothèque municipale de Charleville-Mézières)

7- Arthur Rimbaud, Poésies complètes, préface de Paul Verlaine (Léon Vannier, libraire éditeur, 1895)

8- Rimbaud par Picasso (1960)

9- L'homme aux semelles devant, hommage à Rimbaud par le sculpteur Jean-Robert Ipoustéguy. La statue en bronze, fondue dans les ateliers de la Fonderie d’art Landowski à Bagnolet, est réalisée en 1985 et est inaugurée place du Père-Teilhard-de-Chardin (en face de la Bibliothèque de l’Arsenal) en 1988, puis déplacée et désormais exposée au musée de la Sculpture en plein air, dans le jardin Tino Rossi, sur le port Saint Bernard (Paris 5°)

10- Le Bateau ivre est une statue réalisée par le sculpteur aixois Jean Amado en hommage à Rimbaud qui est décédé à Marseille en 1891 (à l’Hôpital de la Conception dans le quartier Baille). Elle se situe dans le Parc Balnéaire du Prado

11- RIMBAUD, l'oeuvre intégrale manuscrite, nouvelle édition augmentée, commentée par Claude Jeancolas (1949-2016) (Ed. Textuel, sept. 2004)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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TANT D'AMOUR, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Je reviens au ‘grand méconnu’ Jean CASSOU (1897-1986) dont les 33 Sonnets composés au secret (1944) m’ont mené à ma carrière de poète-traducteur. Ce petit poème est dans mon livre The Madness of Amadis ; il viendrait du recueil évanoui Vacances Nocturnes ; je l’ai trouvé dans la superbe édition bilingue ‘Das lyrische Werk‘ de chez Erker, à St-Gall en Suisse.

Donc, nous en avons trois versions rimées !

Le beau texte allemand (So viel Liebe) est d’une traductrice remarquable, Hannelise Hinderberger (1904-1992) : je le mets à la page‚ Deutsche Literatur - German Literature.‘

 

 

 

 

 

 

Portrait de Jean Cassou, 1929, fusain d'André Aaron Bilis (1893-1971)

 

TANT D’AMOUR

 

Tant d’amour n’aurait-il mérité d’autre prix

que lui-même ? N’existe-t-il de récompense

en dehors de la propre vertu et du strict

accomplissement ? Cette passion, cette immense

offertoire de soi n’eût été que fumée

et jouet de fumée et fêtu dans le vent ?

Comme l’amour est seul! Et comme tristement

il poursuit son chemin sous d’aveugles regards,

discourant à part soi tel un enfant têtu

et traînant son ballot de choses en retard,

de voyages manqués et de bonheurs perdus!

Amour, chétif amour, triste, triste tristesse,

plaintive plaie au cœur, ne te ferme jamais,           

laisse, amour, couler éperdument tes pleurs, laisse

te submerger sans fin, comme un bateau blessé,

l’universel oubli, l’ombre, l’éternité.

SURELY SO MUCH LOVE ...

 

Surely so much love would deserve a prize

beyond itself? Is there no recompense

apart from one's own virtue and the strict

accomplishment? That passion, that immense

self-offering, was it no more than smoke,

plaything of smoke, and chaff before the wind?

Love is so solitary. See him find

his dreary way amid unseeing glances,

muttering loudly like a stubborn child,

dragging his bag of halts and hesitancies,

lost happinesses, voyages that failed!

Love, wilful love, sorrowful sad sad sorrow,

the heart's complaining wound, oh never close!

Love, weep your oceans: let them drown and swallow

you down for ever like a stricken vessel:

eternal shade, oblivion universal.

 

Copyright © Timothy Adès

 



1- Jean CASSOU Oeuvre lyrique / Das Lyrische werk (Erker, 1971), recueil des oeuvres lyriques de Jean CASSOU, en deux volumes, en français et en allemand 

2- Portait au burin de jean Cassou, 1954, Vie du Morosin, par Abram Krol (1919-2001)

3- Jean CASSOUThe Madness of Amadis and other poems, translated by Timothy Adès (Agenda Editions, 2008)

4- Jean CASSOU, 1963

5- Jean CASSOU, Vingt-deux poèmes, 22 estampes de différents artistes sur les poèmes de Jean Cassou, 1964/ 1978 (Donation Fondation Franz Larese et Jürg Janett, Saint-Gall (2002); Erker Presse, 1994; Collection graphique ETH Zurich, crédit photo) : https://www.e-gs.ethz.ch/eMP/eMuseumPlus?service=ExternalInterface&module=collection&objectId=18787&viewType=detailView

6- Catalogue de l'exposition « Jean CASSOU (1897-1986), un musée imaginé », sous la direction de Florence de Lussy, organisée par la Bibliothèque nationale de France et présentée sur le site Richelieu, galerie du passage Colbert, du 17 mars au 18 juin 1995


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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CHANSON POUR UNE NUIT DE NOEL, par Marie Gevers / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

   Marie Gevers naît à Edegem, près d'Anvers, le 30 décembre 1883. (C’est mon anniversaire d’ailleurs !) ‘Elle ne quittera guère le domaine de Missembourg avec lequel sa vie semble se confondre : trois voyages en Afrique ponctuent seuls une existence sédentaire.

‘Marie Gevers passe son enfance loin des écoles; sa mère lui enseigne la grammaire et l'orthographie… D'immenses lectures complètent cette formation. Mais la fillette apprend l'essentiel à guetter les moindres signes du jardin et de l'étang qui entourent l'habitation. Tels sont les inspirateurs des premiers poèmes; Verhaeren encouragea leur publication.’

‘La jeune femme partage ses journées entre sa famille, l'observation de la nature et la poésie … consacrée aux arbres et au vent, à l'amour maternel.

 

 

La Petite étoile, 1941

 

Elle « avait pour amis les huit vents du ciel et elle s'intéressait aux étoiles. Non aux étoiles des astronomes, non aux soleils vertigineux et espaces terrifiants, mais aux étoiles qui, la nuit, veillaient sur la maison et le jardin, aux constellations rassurantes, dont la préférée était Orion, qui commande l'hiver », raconte son fils Paul Willems.

Elle fait ses débuts avec plusieurs poèmes dans la revue bruxelloise Durendal, et est l'auteure d’une trentaine d’ouvrages, poésies, romans (également pour la jeunesse; pendant la guerre, elle écrivit essentiellement des livres pour enfants), récits, livres naturalistes, les titres de ses œuvres décrivent parfaitement son univers: notamment Les Arbres et le vent (1923), Antoinette (1925), Brabançonne à travers les arbres (1931), La Comtesse des digues (1932), Madame Orpha ... ou la Sérénade de mai (1933) où elle raconte les sensations d'une petite fille qui découvre la nature, Plaisir des météores (1938), Paix sur les champs (1941), La Grande Marée (1943), Des mille collines aux neuf volcans (1952) . Elle a également consacré une « biographie » - qui est aussi la sienne -  à l'étang qui entoure sa vieille maison, Vie et mort d'un étang (1961) considéré comme son chef d'oeuvre  pour lequel elle reçoit le Grand prix quinquennal de littérature française en 1960. Marie Gevers entre à l'Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique le 9 avril 1938, elle y est la première femme.

« C'est une littérature d'accord » écrira Georges Sion, son ami et confrère de l'Académie. « Exprimée dans une langue qui ne paraît jamais recherchée par ce qu'elle trouve, et qui va au meilleur d'elle-même comme par une respiration » Une littérature d'accord, et une vie d'accord, ajoute son fils Paul (1912-1997), devenu auteur dramatique...

 

 

Chanson pour une nuit de Noël

 

Marie Gevers 1883-1975   

 

Viens à la porte. Écoutons.

Bientôt chanteront les cloches,

Les sirens siffleront,

Et tonneront les bourdons,

Écoutons, minuit est proche.

 

Écoutons jusqu’à minuit.

La voie lactée se dénoue,

Et l’enfant Jésus secoue

Le blanc duvet de son lit.

 

Il en neige un lait d’étoiles

Des diamants de poussière,

Des envolements de voiles,

Des présages de lumière,

Un apaisement immense...

 

Il en tombe un grand silence

Le vent porte ses féeries

En offrandes à Noël.

Bientôt minuit sonnera

N’entendez-vous point des pas ?

 

Entrez, Joseph et Marie!

C’est pour vous que luit le ciel,

Voici du pain et du beurre,

Des pommes et du café;

Asseyez-vous au foyer,

Pour attendre ensemble l’heure

Où dans un miracle blanc                        

Naîtra le petit Enfant.

 

Brabançonnes à travers les Arbres.

Antwerp, Lumière, 1931.

 

 

Song for a Christmas Night

 

Translation: Timothy Adès

 

Come to the door. We’ll listen

for singing bells, for sirens

whistling, thunder of organs,

which very soon we’ll hear :

listen, the midnight’s near.

 

Hark, till the hour draws on :

the Milky Way’s undone

and Jesus newly-born

shakes his bed’s eiderdown.

 

It snows a milk of stars,

a diamantine dust:

up and away fly veils!

A hint of light at last,

and peace, unending, vast.

 

Huge silence falls. The winds

bring their enchantments, all     

as Christmas offerings.

Not long till midnight rings.

Don’t you hear footfall ?  

 

Joseph and Mary, welcome !

The sky shines bright for you,

here are bread and butter,

apples and coffee too.

Sit snugly at the hearth

and we’ll await together

the white and hallowed wonder

of the pure infant’s birth.

 

 Copyright © Timothy Adès


Son manoir de Missembourg (documentaire "Missembourg, creuset de la création littéraire de Marie Gevers et Paul Willems")

 : https://www.youtube.com/watch?v=mYFjFzev-JE

 

Sa vie littéraire (ACTU-tv Marie Gevers, un reportage de Marc Quaghebeur et Monique Dorsel) : https://www.youtube.com/watch?v=3QI26cueCBM 

 

Gevers par Magali Domain (in Dans Nord ' 2018/1 (N° 71) : https://www.cairn.info/revue-nord-2018-1-page-55.htm

 

Interview de Marie Gevers sur RTBF, un programme de Jacques Goossens (28-11-1969), " La Dame de Missembourg": elle raconte son enfance, ses souvenirs, sa rencontre avec Emile Verhaeren, Max Elskamp et Georges Duhamel, elle évoque les poètes qui lui tiennent à cœur : Apollinaire, Elskamp, Rimbaud et Valéry: https://www.sonuma.be/archive/tele-memoire-litteraire-du-28111969

 

 

1- Brabançonnes à travers les arbres, Marie Gevers (Editions Lumière, Anvers, 1931)

2- Marie Gevers, jeune

3- Photographie du manoir de Missembourg

4- Plaisir des météores (Stock, Delamain et Boutelleau, 1938), réédition chez Espace Nord, nov. 2023

5- Vie et mort d'un étang, Marie Gevers (Paris, France Illustration, 1950), réédité avec sous-titre "récit autobiographique" chez Brepols, Bruxelles, 1961 et 1979, et chez Jacques Antoine, 1974). Puis en chez Eperonniers, coll Passé Présent, 1997

6- Marie Gevers Correspondance, extraits des correspondances entretenues avec des auteurs belges dont : de Ghelderode, Haulot, Lilar, Muno (Labor, 1986) 

7- L'herbier légendaire, Marie Gevers (Stock, Collection Nature Jacques Lacarrière, 1991)

8- Timbre poste en hommage à Marie Gevers (Maria Theresia Carolina Fanny GEVERS) née le 30 décembre 1883 à Edegem, près d’Anvers, au bord de l'Escaut, au manoir de “ Missembourg” où elle est décédée le 9 mars 1975. Par Anne Wisniewska-Velghe, 1996.

9- Photographie de Marie Givers âgée

10- Femmes écrivains -France du Nord, Belgique  (Editeur Société de Littérature du Nord, Collection Nord', Juin 2018)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA TOUR EIFFEL, MUSE DU CINEMA FRANCAIS, par Carole Aurouet, enseignante-chercheuse en Etudes cinématographiques et audiovisuelles


Notre amie Carole AUROUET  a organisé mardi 12 décembre une "soirée Ciné d'époque" à l'Université de Marne-la-Vallée Gustave Eiffel (Seine et Marne), en offrant un magnifique spectacle cinématographique et musical vivant * à l'occasion du centenaire de la disparition de Gustave Eiffel. Après nous avoir enchantés ici pendant la Covid et les périodes de confinement avec ses deux séries "CHAQUE JOUR UN SOURIRE CONTAGIEUX pour embellir la journée" et "LE CINEMA DE CAROLE", Carole Aurouet revient aujourd'hui sur la place dans le cinéma muet français de celle qui devait devenir plus que la "muse" de tous les cinémas, une "star" à elle-toute seule, figure iconique de Paris inaugurée en 1889 à l’occasion de l’Exposition universelle et du centenaire de la Révolution française : la "Dame de fer".

 

 

* Grâce à une trentaine de musiciens de la compagnie Les Planches à Musique qui ont accompagné certaines projections en direct

 

L'article qui suit a été initialement publié par le media The Conversation (30-11-2023)


La tour Eiffel vue par Luis Jiménez Aranda (1845-1928)

   Le 27 décembre 2023 marque le centenaire de la disparition de Gustave Eiffel. De nombreuses études abordent la façon dont la tour qui porte son nom a inspiré les peintres (Bonnard, Chagall, Delaunay, De Staël, etc.) et les poètes (Apollinaire, Cendrars, Cocteau, Queneau, etc.) depuis sa construction en 1889 à l’occasion de l’Exposition universelle du centenaire de la Révolution française. Mais sa présence dans le cinéma muet, contemporain de la construction du monument, est restée dans l’ombre.

 

Pourtant, quand le cinématographe voit le jour en 1895, six ans donc après la dame de fer, ce nouveau moyen d’expression est d’emblée happé par la tour qui devient sa muse. Dans le catalogue numérisé GP Archives, 121 entrées sur 2 091 sont par exemple proposées pour « tour Eiffel » entre 1895 et le début du parlant en France. Et il s’agit pourtant d’une période pour laquelle beaucoup de bobines ne sont pas parvenues jusqu’à nous, notamment parce que la pellicule 35mm était en nitrate de cellulose, donc inflammable et fragile.

 

DANS LE CINEMA DOCUMENTAIRE DES 1897 

 

En 1897, un appareil de prises de vue Lumière est embarqué pour la première fois dans l’ascenseur de la tour et nous propose un panorama ascensionnel vertigineux de 42 secondes du palais du Trocadéro, avec en premier plan l’ossature métallique de la tour. Cette première n’est peut-être pas très surprenante de la part des Lumière, friands de capturer des images de lieux emblématiques, mais l’originalité réside dans la forme de la séquence, qui superpose audacieusement premier et deuxième plan pour mieux « embarquer » les spectateurs.

 

La présence de la tour est plus surprenante dans les créations de Georges Méliès, mieux connu pour ses fééries et ses films à trucs. En effet, Méliès a réalisé une trentaine de films d’environ une minute consacrés à Paris, entre 1896 et 1900, dont certains donnent à voir le Champ-de-Mars et la tour Eiffel durant l’Exposition universelle de 1900.

 

La même année, les Lumière testent un format expérimental, le 75mm, et mettent à nouveau la tour Eiffel à l’honneur.

 

Leur idée un peu folle consiste à projeter cette bande sur un gigantesque écran de 720 m2 durant l’Exposition universelle – pour repère, le plus grand écran d’Europe est aujourd’hui le « grand large » du Grand Rex, 282 m2. Malheureusement, la construction du projecteur adéquat n’est pas terminée à temps et la projection n’eut pas lieu.

Conservés aux archives du film du CNC à Bois-d’Arcy, ces négatifs extraordinaires ont été restaurés et numérisés en 8K sur un appareil conçu exprès. Projetés uniquement deux fois depuis 123 ans, ils le seront à l’université Gustave Eiffel le mardi 12 décembre 2023 à 19h, lors de la Soirée Ciné d’époque du Centenaire Eiffel.

 

Photogramme de La Course à la perruque de Georges Hatot, 1906

 

DANS LA FICTION DES 1900 

 

En 1906, Georges Hatot met en scène pour Pathé frères La Course à la perruque, une bande comique de 6 minutes truffée de rebondissements, avec une séquence qui transporte le spectateur devant, puis dans la tour Eiffel.

Tous les genres cinématographiques semblent alors contaminés. Ainsi le pionnier du cinéma d’animation, Émile Cohl, créé en 1910 un film d’animation plein d’imagination et de poésie, Les Beaux-Arts mystérieux, une pépite d’inventivité tournée image par image, dans laquelle la tour Eiffel prend forme via un objet du quotidien… des allumettes !

 

Quelques années plus tard, l’engouement ne s’est pas éteint. Durant l’été 1923, René Clair, jeune cinéaste proche de l’avant-garde, tourne Paris qui dort, moyen métrage produit par les films Diamant qui se déroule majoritairement dans la tour Eiffel. Son gardien se réveille et découvre que les rues de la capitale sont vides… Et Clair récidivera cinq ans plus tard avec La Tour, 14 minutes d’une sorte de poème cinématographique qui offre des vues aux angles variés sur la dame de fer.

C’est dans les dernières années du muet que sort Le Mystère de la tour Eiffel de Jean Duvivier, film dans lequel le chef d’une mystérieuse organisation internationale de criminels cagoulés, nommée Ku-Klux Eiffel, envoie des signaux, via la tour Eiffel, à ses membres dispersés en Europe.

 

Le Mystère de la Tour Eiffel  - Les Frères Mironton, 1928, Julien Duvivier © Eye Filmmuseum

 

LA PUISSANCE INSPIRATRICE DE LA TOUR EIFFEL

 

Ces exemples variés montrent bien à quel point la tour Eiffel inspire les pionniers du cinématographe et les metteurs en scène du muet.

S’ils l’insèrent dans des vues documentaires, c’est pour rendre compte de cette prouesse architecturale, construite en 26 mois, et pour signifier combien elle marque les esprits comme le paysage parisien. Rappelons que la tour ne fit pas l’unanimité et qu’elle n’était pas destinée à rester en place. En effet, sa construction a déclenché une levée de boucliers de la part de certains artistes qui sont allés jusqu’à clamer leur protestation le 14 février 1887 dans le grand quotidien Le Temps, publiant une lettre adressée à M. Adolphe Alphand, directeur des travaux de l’exposition universelle. Parmi ces signataires figurent François Coppée, Charles Garnier ou encore Guy de Maupassant.

 

Malgré cette opposition, la tour Eiffel a été érigée et a survécu à sa destruction programmée grâce à la dimension scientifique et stratégique insufflée par Gustave Eiffel : installation d’une station météorologique en 1889 et positionnement d’antennes pour la télégraphie sans fil à partir de 1903.

 

Quant à la présence de la tour dans les films de fiction, elle témoigne de l’impact de son audace architecturale, de son aura esthétique mystérieuse et de sa modernité ; la tour inspire des histoires atypiques, filmées grâce à des plans novateurs, montés de manière ingénieuse.

 

UN ECLAIRAGE SUR L'HISTOIRE DU CINEMA MUET 

 

Si l’on fait si peu état, dans les recherches historiques, de la présence de la dame de fer dans le cinéma muet, c’est sans doute par manque de considération et de légitimation du médium cinématographique lui-même.

Les premiers films, appelés des vues, sont très courts, quelques secondes puis quelques minutes. Ces vues sont projetées dans les foires, sur les places des villes et des villages, dans les cafés et dans certaines salles de théâtre… Le cinématographe est alors un divertissement très populaire, souvent méprisé par l’élite. Les bandes de pellicule sont achetées par des forains qui les usent jusqu’à la corde. Quand elles cassent, ils les coupent, les recollent, si bien que ce ne sont jamais tout à fait les mêmes bandes qui sont projetées.

À partir de 1907 se produit une révolution économique. La puissante société Pathé frères remplace la vente des copies par un système de location. Ce changement modifie l’organisation de la diffusion, et par ricochets la façon de faire et de voir des films. L’exploitation des films donne lieu à une industrie autonome ; des salles dédiées aux projections sont construites et la durée des films s’allonge.

On parle alors de métrage ; de 20 mètres, soit environ 60 secondes, on passe à 740 mètres soit 30 minutes en 1909 ; à 1 500 mètres soit une heure en 1912 ; on atteint même 3 000 mètres soit deux heures en 1913. Les spectacles cinématographiques hybrides mêlent bandes courtes (actualité, comique, animation…) avant ou autour d’un film plus long, noyau dur de la séance. L’ensemble contient des attractions, du jongleur au poète en passant par l’acrobate, et est accompagné de musique, d’un seul instrument à un orchestre, en fonction de l’importance de la salle. Si le cinéma était certes muet (le sonore et parlant n’arrivant qu’à partir de 1927), le cinéma était donc tout sauf silencieux !

 

 N.B : Cet article a été initialement publié le 30-11-2023 par 

The Conversation

L’expertise universitaire, l’exigence journalistique

 

Panorama pendant l'ascension de la Tour Eiffel, 27 novembre 1898, auteur inconnu : https://youtu.be/D6gAGCNNjow

La Course à la perruque, 1906, de Georges Hatot (1876-1959)  : https://youtu.be/RqtSXOl0Umk

 Les Beaux Arts mystérieux, 1910, d'Emile Cohl (1857-1938) : https://www.qwant.com/?t=videos&q=Les+Beaux-Arts+myst%C3%A9rieux%2C+Emile+Cohl&o=0%3AFV4HQ6UQOJA

 

1- Portrait de Gustave Eiffel

2- L'affiche de l'exposition universelle de Paris 1889

3- Vue générale de l'exposition universelle de Paris

4- La Tour Eiffel et la Seine, 1906, par Pierre Bonnard (1867-1947)

5- Les mariés de la tour Eiffel, 1938-1939, huile sur toile, 150 x 136,5 cm, par Marc Chagall (1887-1985),
 Centre national d’art et de culture - Georges Pompidou

6- Tour Eiffel, 1926, 
huile sur toile, 169 x 86 cm, par Robert Delaunay (1885-1941), Musée d’Art moderne de Paris

7- La Tour Eiffel, 1954, par Nicolas de Staël (1913-1955), Museum d'art moderne Troyes

8- Le 4 juillet 1925 la Tour Eiffel s’embrase, révélant le nom de Citroen dans un feu d’artifice. Il s’agit d’une énorme opération publicitaire orchestrée par le constructeur, prévue dans le cadre de l’Exposition des Arts décoratifs organisée cette année là. 6000 mètres de cables et 250.000 lampes seront utilisée à cette occasion. Le concept sera prolongé tous les ans jusqu’en 1934, année de reprise de l’entreprise par Michelin

9- Calligramme sur la Tour Eiffel de Guillaume Apollinaire. « Salut monde dont je suis la langue éloquente que sa bouche ô Paris tire et tirera toujours aux allemands » : nous sommes en 1918, Apollinaire présente la Tour Eiffel comme un symbole de la force de la France devant les allemands. Extrait du recueil Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916, publié le 15 avril 1918 aux éditions Mercure de France

10- Manuscrit du calligramme d'Apollinaire provenant du don de M. Bernard Poissonnier (Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. NAF 25611)

11- Paris qui dort, film de René Clair

12- Extrait de la protestation d'artistes contre la Tour Eiffel sous forme d'une lettre ouverte publiée dans le journal Le Temps le 14 février 1887 (BnF / Gallica) (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k231310n/f2.item.r=eiffel)

13- Revoir le cinéma muet en France (1908-1919), ouvrage dirigé par Carole Aurouet, Béatrice de Pastre et Laurent Véray (Les éditions du Sonneur, 2023) : Télécharger l'extrait pdf


Carole Aurouet, docteure en littérature et civilisation françaises et latines, maîtresse de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques, est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Spécialiste de l’œuvre de Jacques Prévert, ses recherches sont centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. Elle a coorganisé le premier colloque international consacré à Prévert et dirigé pour CinémAction : "Jacques Prévert qui êtes aux cieux" (2001).

D’autres poètes sont au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc.

Auteure d'une vingtaine d'ouvrages dont Les Enfants du paradis de Marcel Carné (Gremese, 2022), Le Cinéma de Guillaume Apollinaire. Des manuscrits inédits pour un nouvel éclairage (Grenelle, 2018), L'Etoile de mer, poème de Robert Desnos tel que l'a vu Man Ray (Gremese, 2018), Carole Aurouet a aussi écrit une soixantaine d’articles, donné ou participé à une centaine de conférences en France et à l’étranger et a assuré la direction ou co-direction d'une dizaine de publications, dont Revoir le cinéma muet en France (1908-1919) avec Béatrice de Pastre et Laurent Véray (éditions du Sonneur, 2023); un admirable Musidora, qui  êtes-vous ? avec Marie-Claude Cherqui et Laurent Véray (Grenelle, 2022).

Déployant une activité intense, Carole Aurouet a également créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » chez Quidam éditeur (qui a succédé à Nouvelles éditions Place). Elle est aussi directrice de deux autres collections : « Les meilleurs films de notre vie » et « Les films sélectionnés »  chez les éditions Gremese, ainsi que « Le cinéma invisible » chez les éditions Invenit.

 

Derniers ouvrages parus :

- Musidora qui êtes-vous ? (Carole Aurouet, Marie-Claude Cherqui et Laurent Véray, Grenelle, 2022)

- Les Enfants du paradis de Marcel Carné, Carole Aurouet (Gremese, 2022)

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L'ECUREUIL ET LA FEUILLE, par Maurice Carême / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Encore un beau petit rien de Maurice Carême (1899-1978), élu « Prince des poètes » au Café Procope à Paris en 1972.

Le mot écureuil remonte au grec ancien ‘skiouros’ : skia = ombre, ouros = queue. Pour les anglais, l’adorable Squirrel Nutkin est la création de l’écrivain Beatrix Potter (1866-1943).

L’écureuil et la feuille

 

Un écureuil, sur la bruyère,

Se lave avec de la lumière.

Une feuille morte descend,

Doucement portée par le vent.

Et le vent balance la feuille

Juste au-dessus de l’écureuil ;

Le vent attend, pour la poser

Légèrement sur la bruyère,

Que l’écureuil soit remonté

Sur le chêne de la clairière

Où il aime à se balancer

Comme une feuille de lumière.

 

Récit d’un enfant brave et doué :

https://www.youtube.com/watch?v=8pvo24pxQHo

 

The Squirrel and the Leaf

 

A squirrel on the heather

washes, with light for lather.

A faded leaf descends,

borne softly on the winds,

who make the dead leaf hover

where Nutkin sits, right over

his furry head, intending

a heather-gentle landing,

when Nutkin goes careering

up the oak-tree in the clearing,

for that is where he loves to hover,

quite like the leaves of light, all roving over.

 

 Copyright © Timothy Adès

 



Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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La ROSE IMPOSSIBLE FETE SES 10 ANS !

APPEL À CONTRIBUTION !
Pour les 10 ans de l'association "La Rose Impossible" présidée par notre ami Laurent DOUCET, à l'origine de la sauvegarde de l'ancienne Maison d'André Breton à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot et des projets surréalistes qui ont suivi, Marie Virolle, directrice de la revue A LITTÉRATURE-ACTION, sollicite toutes celles et ceux qui souhaiteraient manifester leur soutien amical à cette aventure hors-norme sous la forme d'un texte de témoignage, d'une création poétique, graphique, d'un document etc.
Votre contribution est à transmettre pour cette fin d'année voire tout début janvier à l'adresse suivante:
marie.virolle@free.fr
Avec laurent.doucet0898@orange.fr en copie svp.
Nous vous y encourageons vivement, l'association fait un travail vraiment remarquable.
Laurent DOUCET nous promet que l'on fêtera cela ensemble !
DL


Poète, professeur de Lettres, histoire et géographie, Laurent Doucet préside l'association La rose impossible (créée en 2014) qui gère la Maison André BRETON (MAB) à Saint-Cirq-Lapopie, le village où le fondateur du Surréalisme passa ses étés de 1951 à 1966. Un village en Quercy, dans le Lot, que le poète écrivain avait décrit, dans le livre d'or de la commune, comme une « rose impossible dans la nuit ».

Fondateur du festival Poésie Jour & Nuit  en Limousin; co-directeur, avec Marie Virolle, de la revue A Littérature-Action, Laurent Doucet est l’auteur, avec le photographe Philippe Fontalba, de A Coney Island in my eyes, en édition bilingue - traduction anglaise : Kevin Harrigan, sous la supervision de Dan Wood - (éditions Black-out, Février 2020), un ouvrage sur l’envers de la célèbre plage de New York, un des lieux mythiques de la pop-culture américaine, « entre freak show et surréalisme ».

Dédié à Lawrence Ferlinghetti (qui a eu 100 ans en 2019), poète américain, et à son œuvre la plus connue, A Coney Island of the Mind (publiée en 1958), cet ouvrage se présente comme un carnet de voyage et nous embarque dans une enquête à la fois sociale, politique et poétique, en nous montrant les dessous de cette partie méconnue de Brooklyn, à quelques stations de métro de la capitale mondiale de la finance, de Manhattan et de Wall Street, également l’énergie remarquable des déshérités et des laissés-pour compte de l’Amérique de Trump pour résister à la dureté du quotidien.

 

Dernières publications :

- Saint-Cirq La Poésie - Ar(t)chéologies d’un « coup de foudre », Laurent Doucet et David Hébert (Dessins) (éditions des Vanneaux, Collection : Carnets nomades, 01-03-2022)

Biens essentiels (éditeur La Rumeur libre, collection Pépites, 03-01-2022)

- A coney island in my eyes, bilingue français-anglais avec des photos de Philippe Fontalba (Éditions Black Out, 2020)

- L’Afrique en héritage, co-auteur, récits réunis par Martine Mathieu-Job et Leïla Sebbar (Ed Bleu autour, 2020)

- Neige et Magma – Carnet d'un voyage en Sicile - poésie bilingue français - italien et photographies d'Olivier Orus - (Ed Marsa, 2018)

- Conjonction d'Insubordination - entretiens avec les poètes Christian Viguié et Laurent Albarracin (Ed La Passe du Vent, collection Entretiens, 2017)

 J’ai cessé de me désirer ailleurs , ouvrage collectif sur Breton, sous la direction de Laurent Doucet (Ed.La passe du vent, 2016)

- Au Sud de l'Occident - South of the West - poésie bilingue français – anglais - (Ed La Passe du Vent, 2015, troisième réédition 2018). Plusieurs de ses textes sont sortis en revue et ont été traduits en turc, grec, roumain, espagnol, arabe et japonais. Sa poésie se nourrit de son envie du monde et de l'incessant tour qu’il y fait, de l'Afrique à Moscou, et de la Chine à New-York, traversant l'Europe et la Méditerranée…

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LA SAUTERELLE, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

 

   Robert DESNOS Chantefleurs/Storysongs, édition bilingue de chez Agenda Editions : pour avoir ce beau livre, contactez-moi Timothy Adès *. Ma petite-fille, 10 ans, a donné le poème en français à l’école, mon petit-fils, 6 ans, en anglais.

Jour d’émotion !

Tennyson a noté le désastre du prince troyen Tithon, bien-aimé de la déesse Aurore (et ma femme s’appelle Dawn) qui obtient l’immortalité sans la jeunesse : on a pitié, on le convertit en cigale. La radieuse, le vieillard, on les a peints souvent.

Anacréon dit : Nous te bénissons, cigale/sauterelle (τéττιξ téttix, voir ci-dessous)

En traduisant ceci de Desnos, j’ajoute un tout petit vers…

 

 * contact@timothyades.comy compris via cette page

 

 

 

 

Dessin de Cat Zaza dans  Robert DESNOS Chantefleurs/Storysongs

 

LA SAUTERELLE

 

Saute, saute, sauterelle

Car c’est aujourd’hui jeudi.

Je sauterai, nous dit-elle,

Du lundi au samedi.

 

Saute, saute, sauterelle,

À travers tout le quartier.

Sautez donc, mademoiselle,

Puisque c’est votre métier.

 

 

THE GRASSHOPPER

 

Hop, grasshopper, hop away,

Thursday, Friday, Saturday.

I shall hop, we heard her say,

From Monday to the latter day.

 

Hop, grasshopper, hop away,

All around the quarter,

Hop, that’s your job all day,

Being your mother’s daughter.

(That’s what they taught her.)

 

 Copyright © Timothy Adès


 

Benoît Dayrat chante : https://www.youtube.com/watch?v=4KI7kIy3kB8

L’artiste Cat Zaza explique son travail : https://www.youtube.com/watch?v=XIKshiF_Ke0&t=92s

Le poème Tithonus par Alfred, Lord de Tennyson (1809-1892): https://www.poetryfoundation.org/poems/45389/tithonus

Anacréon en français : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Petits_po%C3%A8mes_grecs/Anacr%C3%A9on/Ode_XLIII

De la cigale : https://sarafidis.wordpress.com/tag/anacreon/ 

"l'étrange son de stridulation de la sauterelle géante de Malaisie ! " : https://www.facebook.com/watch/?v=729743904690164

1- Robert DESNOS Chantefleurs/Storysongs (Agenda Poetry, 2014), un livre charmant, en édition bilingue, pour les enfants et les adultes à chanter sur n’importe quel air. Le brillant poète et surréaliste français Robert Desnos (1900-1945), a écrit ces trente Storysongs ou 'Chantefables' en 1943, peu avant d’être déporté en tant que résistant. Ils ont été rapidement publiés, mais il ne les a jamais vus imprimés. Ces poèmes ont ravi des générations d’enfants. Ils ont été subtilement "traduits" en anglais par notre ami traducteur-poète, Timothy Adès. Ce livre précieux est illustré magnifiquement par l’artiste graphique primée Cat Zaza (Caterina Zandonella)

2- Cat Zaza lors d'une atelier dessin avec des enfants au Musée Guimet, à Paris

3- Tithonus poursuivi par la déesse Eos ("Aurore", "Dawn"), céramique, vers 470-460  avant avant JC, du peintre d'Achille (pseudonyme d’un peintre de vase grec attique d’une qualité exceptionnelle dont la figure raffinée d’Achille sur une amphore; considéré comme le plus "classique" de tous les peintres de vase de la période classique au milieu du Ve siècle) trouvé à Vulci, photographie de Jastrow (2006), Musée du Louvre, Département des antiquités grecques, étrusques et romaines); Tithonus ne fut pas le premier des mortels dont Aurore, connue pour être une grande amoureuse, devait s'amouracher, la mythologie en compte de nombreux. Elle eut deux fils avec Tithonus : Émathion et Memnon.

4- Aurore prenant congé de Tithonus, peinture sur toile,1704, de Francesco Solimena (1657-1743), Los Angeles, The J. Paul Getty Museum

5- Aurore et Tithonus, peinture, 1705, de Sebastiano Ricci (1659-1734), The Royal Collection; la déesse Aurore -  Éos dans la mythologie grecque - qui serait la fille du Titan Hypérion et de la Titanide Théia, tombée amoureuse du prince Tihonus (en grec ancien : Τιθωνός / Tithōnós), fils de Laomédon et frère aîné de Priam), voit leur amour voué à l'échec, car Aurore reste toujours jeune, tandis que le prince devait inoxerablement vieillir, se rabougrir, perclus par la vieillesse. Pour sauver son bien-aimé, Aurore demande à Jupiter d'accorder l'immortalité à Tithonus, mais elle commet une erreur : elle oublie de demander explicitement la jeunesse éternelle...

6- Portrait de Lord Alfred Tennyson (1809-1892), poète anglais, par Helen Allingham (1848-1926)

7-"Cat Zaza", Caterina Zandonella (2017), illustratrice et auteure; dernier ouvrage paru : La maison des enfants (Steinkis, 2022)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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CHANSON DE GRAND-PERE, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

 

 

 

 

   Victor HUGO dans son dernier recueil L’art d’être grand-père (que j’ai traduit tout entier) nous donne ‘Deux Chansons’. Celle-ci, Chanson de grand-père, toute douce, est pour les filles, l’autre, (Chanson d'ancêtre) belliqueuse, pour les garçons. Victor voulait que la France reprenne pas seulement l’Alsace-Lorraine mais toute la rive gauche du Rhin, y compris Trêves et la Moselle. Ce qui n’a rien à voir avec ces danses innocentes…   

 

 

 

 

 

 

Chanson de Grand-père

 

 

Dansez, les petites filles,

Toutes en rond.

En vous voyant si gentilles,

Les bois riront.

 

Dansez, les petites reines,

Toutes en rond.

Les amoureux sous les frênes

S'embrasseront.

 

Dansez, les petites belles,

Toutes en rond.

Les bouquins dans les écoles

Bougonneront.

 

Dansez, les petites belles,

Toutes en rond.

Les oiseaux avec leurs ailes

Applaudiront.

 

Dansez, les petites fées,

Toutes en rond.

Dansez, de bleuets coiffées,

L'aurore au front.

 

Dansez, les petites femmes,

Toutes en rond.

Les messieurs diront aux dames

Ce qu'ils voudront.

 

 

 

 

i  Grandfather’s Song

 

Dance, little daughters,

    In a ring.

Seeing your sweetness,

    Woods shall sing.

 

Dance, little queen-bees,

    In a ring.

Lovers in ash-groves

    Dallying.

 

Dance, little dreamers,

    In a ring.

Books in the schoolrooms

    Muttering.

 

Dance, little beauties,

    In a ring.

Birds with their wing-beats

    Welcoming.

 

Dance, little fairies,

    In a ring.

Cornflower headbands

    Shimmering.

 

Dance, little ladies,

    In a ring.

Gentlemen’s words come

    Flattering.

 

 Copyright © Timothy Adès

 

 


Quatre vidéos charmantes :

Trois messieurs qui chantent à la guitare :

Benoît Dayrat, compositeur-interprètein Les Poètes romantiques, 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=3qidQ3P6MMc

Henri Franceschi, compositeur-interprète : https://www.youtube.com/watch?v=fb4JH-4ygG0

Marc Girot, inVieilles chansons du jeune temps (produit par les Zinformels / WWW.fabrique-des-cigales.frhttps://www.youtube.com/watch?v=-O9iOzJei58

Odile Bruckert, in Chansons des rues et des bois, sur une musique de d'Eric Breton : https://youtu.be/8MPRQYI97XI

La comédienne Isabelle Carré lit Chanson de grand-père in Anthologie poétique pour les enfants : https://youtu.be/pJ9zY-I9T1Q

Et une jeune fille devant sa coiffeuse :

Juliette : https://www.youtube.com/watch?v=PiB0imucuOw

 

- Victor Hugo entouré de Jeanne et de Georges, 1881, par Achille Melandri (1845 - 1905).

- L'art d'être grand-père, Victor Hugo (Calmann Lévy, 1877),  BnF, département Réserve des livres rares, RES P-YE-81/ Gallica. 72 poèmes que Victor Hugo dédie à ses deux petits-enfants Jeanne et Georges Hugo, à ses « marmots ». À 75 ans , l’auteur des Misérables y traduit son amour pour Jeanne et Georges, y célèbre la candeur de la jeunesse et la complicité qui peut se nouer entre les générations, tout en offrant une réflexion sur la vie, la mort, l'amour, l'art et la nature.

- Georges et Jeanne Hugo, 1879, peinture à l’huile de Charles Voillemot, Charles (1823 - 1893), Maison de Victor Hugo - Hauteville House.

- L'Art d’être grand-père, première édition illustrée (par Jean-Paul Laurens, Giaccomelli, Frémiet, A. Marie, Bayard, Bac, Habert-Dys, Gosselin, Mouchot, Benett, Claire Guyot, Dascher, Vuillier, Chapuis, A. Brun, Lancon, Méaulle, Dubois, Vogel, Chovin, Riquet, Bacon, Zier, Scott), gravée par Méaulle (Paris, Société anonyme de publications périodiques,1884).

- L'Art d’être grand-père, 1888.

- Hugo par Rodin (Gazette des Beaux Arts, janv. 1889).

- Mon Grand-Père, mémoires biographiques de Georges Victor-Hugo publiés en 1902 à Paris, chez Calmann-Lévy.

- The Children Dancing, Hans Thoma (1839-1924)

- Partition musicale Chanson de grand-père , 1878, par Camille Saint-Saëns (1835-1921)

- L’Art d’être grand-père, Victor Hugo, préface Michel Butor ( Gallimard, mai 2002).


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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PENSEE DE BYRON, par Gérard de Nerval / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Gérard de Nerval (1808-1855) s’adresse à Lord Byron (1788-1824) qui a entamé un long voyage au début de l’été 1809 dans le bassin méditerranéen qui le fera voguer à partir de l’Espagne vers l’Albanie puis en Grèce.

Grand poète charmant/rimant, sans doute l’écrivain le plus célèbre de son temps, connu pour son philhellénisme, Byron s’est mis en tête de traverser à la nage le Tage et les belles Dardanelles. A la fois pour se confronter à la mythologie antique (et singulièrement à Léandre, l’une de ses figures grecques qui l’impressionnait particulièrement) et pour unir l’Europe et l’Asie ; également pour s’inscrire dans l’Histoire, entendant être connu pas seulement pour son oeuvre littéraire, mais aussi pour ses actions ; grand défenseur de la liberté, engagé contre les guerres de conquête, dans les luttes contre l’oppression, il meurt à 36 ans pour la Grèce (alors sous domination ottomane) dont il a épousé - physiquement et financièrement - la cause pour l’indépendance.

 

 

 

Héro et Léandre, estampe, 1912 gypsographie Pierre Roche (1855-1922), BnF

 

Nerval évoque dans ce poème publié dans son recueil Odelettes une rupture amoureuse et ses doutes quant au fait que l'amour et le bonheur soient compatibles. Il croit plus que le bonheur se trouve d'abord en soi-même : Amour ! tu n’es point le bonheur !”

 

 

Pensée de Byron     Élégie

 

Par mon amour et ma constance,

J’avais cru fléchir ta rigueur,

Et le souffle de l’espérance

Avait pénétré dans mon cœur ;

Mais le temps, qu’en vain je prolonge,

M’a découvert la vérité,

L’espérance a fui comme un songe…

Et mon amour seul m’est resté !

 

Il est resté comme un abîme,

Entre ma vie et le bonheur,

Comme un mal dont je suis victime,

Comme un poids jeté sur mon cœur !

Pour fuir le piège où je succombe,

Mes efforts seraient superflus ;

Car l’homme a le pied dans la tombe,

Quand l’espoir ne le soutient plus.

 

J’aimais à réveiller la lyre,

Et souvent, plein de doux transports,

J’osais, ému par le délire,

En tirer de tendres accords.

Que de fois, en versant les larmes,

J’ai chanté tes divins attraits !

Mes accents étaient pleins de charmes,

Car c’est toi qui les inspirais.

 

Ce temps n’est plus, et le délire

Ne vient plus animer ma voix ;

Je ne trouve point à ma lyre

Les sons qu’elle avait autrefois.

Dans le chagrin qui le dévore,

Je vois mes beaux jours s’envoler ;

Si mon œil étincelle encore,

C’est qu’une larme va couler !

 

Brisons la coupe de la vie ;

Sa liqueur n’est que du poison ;

Elle plaisait à ma folie,

Mais elle enivrait ma raison.

Trop longtemps épris d’un vain songe,

Gloire ! amour ! vous eûtes mon cœur :

O Gloire ! tu n’es qu’un mensonge ;

Amour ! tu n’es point le bonheur !

 

Thoughts of Byron      Elegy

 

I thought my love and constancy

Might cause your rigour to relent.

The breeze of sweet expectancy

Had stirred my deepest sentiment.

I let the wasteful months run on

Till they revealed the truth to me:

My hope’s a dream that’s lost and gone,

Only my love remains to me.

 

My love remains, a cleft profound

Between my life and my content,  

An agony, a victim’s wound,

My spirit’s gross impediment.        

I’m in the snare and must succumb,

For all exertions are in vain:

A man has one foot in the tomb,

When hope is lacking to sustain.

 

I loved to re-awake the lyre,

And often full of reveries

I dared, excited by desire,

To bid it play soft harmonies;

And often bitterly I wept

Singing your qualities divine,

Enchantments of a love-adept,

For you inspired those tones of mine.

 

Those days have vanished now; desire

No longer stirs this voice to sing;

Nor can it conjure on my lyre

Notes of our past, re-echoing.

I see my days of bliss in flight

As gnawing sorrow takes its toll;

And if my eye is sparkling bright,

Know that a tear prepares to fall.

 

Dash down life’s cup: one bane the less !

Its liquor is the merest poison.

Though it has pleased my wilfulness,

It left inebriate my reason.

Too long in futile dreams’ duress

(Glory and Love!) my heart was pent;

But, Glory, you are fraudulent !

And, Love, you are not happiness !

 

Copyright © Timothy Adès

 


1- Portrait  photographique de Nerval, Atelier Nadar (date d'édition :  1890-1920), Gallica / BnF.

2- Byron, 1804, auteur inconnu.

3- Portrait de Byron vêtu d’un costume traditionnel albanais, à l'âge de 25 ans, 1813, version par Thomas Philipps (1770– 1845), © National Portrait Gallery, London.

4- Héro et Léandre, 1798, par Joseph Taillasson (1745-1809), musée des Beaux Arts de Bordeaux.

5- Byron est invoqué chaque 30 août par toux ceux qui veulent s’inscrire dans son sillage et, comme lui, dans la tradition conjuguée de l’histoire et de la mythologie,  pour rallier l'Europe à partir de la rive asiatique, la tête pleine des recommandations de leur hérault sur les deux courants contraires qui les guettent. Les candidats nageurs aujourd’hui reçoivent des médailles, des certificats et des T-shirts pour célébrer leur participation.


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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NOUS SOMMES LES PENSEES ARBORESCENTES QUI FLEURISSENT, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Nous restons ce dimanche en compagnie de Robert DESNOS, avec P'Oasis, un poème en prose, écrit entre 1922 et 1923, tiré du recueil l’Aumonyme, publié en tant que section dans Corps et Biens (1930), qui traduit le dialogue intérieur de Desnos en même temps que sa réflexion incessante sur le langage poétique tout en jonglant ou en organisant des jeux poétiques. Egalement avec Dialogue.

André Breton dans ses Entretiens dira qu’ « il  s’y donnera  éperdument, y apportant un goût romantique du naufrage » que traduit le titre même de Corps et biens. Ajoutant que « Nul comme lui n’aura foncé tête baissée dans toutes les voies du merveilleux… »

 

Pour aller plus loin, je vous propose cette analyse qui nous vient du Japon :

https://ir.library.osaka-u.ac.jp/repo/ouka/all/11197/gallia_31_322.pdf, par Agnès Disson, professeur Émérite de littérature française à l’Université d’Osaka, spécialiste de la poésie du XXe et XXIème siècles.

 

 

Portrait de Desnos par André Breton

 

 

                            P’Oasis

                 À Louis Aragon

 

Nous sommes les pensées arborescentes qui

      fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

- Sœur Anne, ma Sainte Anne, ne vois-tu rien

venir ... vers Sainte-Anne?

- Je vois les pensées odorer les mots.

- Nous sommes les mots arborescents qui

     fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

   De nous naissent les pensées.

- Nous sommes les pensées arborescentes qui

        fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

   Les mots sont nos esclaves.

- Nous sommes

- Nous sommes

  - Nous sommes les lettres arborescentes qui

         fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Nous n’avons pas d’esclaves.

- Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers

Sainte-Anne?

- Je vois les Pan C

- Je vois les crânes  KC

- Je vois les mains  DCD

- Je les M

- Je vois les pensées  BC et les femmes  ME

       et les poumons qui en ont  AC de l’R L O  

       poumons noyés des ponts  NMI.

Mais la minute précédente est déjà trop  AG.

- Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur

 

         les déserts des jardins cérébraux. 

 

 

 

 

 

 

  Dialogue

 

- Rien ne m’intéresse.

- Rie, en aimant, Thérèse. 

Poesy’s P’Oasis       pensées = thoughts, also pansies

 

 

We are the poet-tree pansies, the pensées that flower on the paths

              in gardens of the brain.

Sister Anne, my St Anne, do you see nothing coming...

              towards St Anne’s?

-        I see pensées giving their scent to words.

We are the poet-tree words that flower on the paths of gardens

              of the brain,

we give birth to pensées.

We are the poet-tree pensées that flower on the paths of gardens

              of the brain.

Words are our slaves.

- We are

- We are

- We are the poet-tree letters that flower on the paths of gardens

              of the brain.

We have no slaves.

-              Sister Anne, sister Anne, what do U C coming...

              towards St Anne’s?

I  C  Pan CCCCC

I  C skulls after  N  N G O R E S assault

I  C hands that passed  A O A

I love  ’M

I  C  L O pensée and A  D R  D R  L A D

I  C  lungs that have had more than  N F  F  A R  N  C

lungs drowned on  N M E  bridges

But the P R E V S  minute is already  2  O E R E

- We are the poet-trees that flower in the deserts of gardens of the

               brain.

 

 Copyright © Timothy Adès

 

                          Dialogue

Dans mon livre…            In my book …

‘Lo, I’ve nothing to interest my little soul.’

‘Laugh, now think to win, Terry, smile at hell’s hole.’

 

Non ! Dèsormais…        No! From now on…

‘Lo, I’ve nothing to interest my little after-life.’

‘Laugh, now think to win, Terry, smile at a laughter-life.’

 

Copyright © Timothy Adès



1- Page de titre d'un manuscrit de "L'Aumonime" :  Desnos n'a pas encore opté pour le « y » final qui fera la filiation avec L'Ymagier de Gourmont et Jarry (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : BRT 143)

2- Collage original de Desnos figurant dans une chemise contenant des poèmes manuscrits autographes, dessin et collage de Robert Desnos datant des années 1920-1925 (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris : BRT 143)

3- Corps et biens, Robert Desnos (NrF, 1930)

4- Portrait de Desnos par Man Ray dédicacé à André Breton, avec une annotation (de Desnos) manuscrite au recto : « Faux lit des grandes heures. À André Breton seize novembre mil neuf cent vingt trois Robert Desnos ». Et une autre (d'André Breton) au dos : « à André Breton, appartient à André Breton » (Exposition - Paris, Musée national d'art moderne / Centre Georges Pompidou, André Breton, la beauté convulsive, 1991 / © Man Ray Trust / ADAGP, Paris, 2005)

5- P'Oasis, par Danièle Boisselier, plasticienne (exposition MINI LIVRES au Musée de l’Imprimerie à Lyon en 2010)

6- Carte d'annonce vernissage du Café Curieux, Bar surréaliste et solidaire de Morsang sur Orge (91) mettant en exergue le premier vers de P'Oasis à l'occasion d'une exposition  d'artistes (juin-oct 2010)

6- Corps et biens, Robert Desnos (Belin-Gallimard, 2016)

7- Œuvres de Robert Desnos et autres contributions de Marie-Claire Dumas (Gallimard, Coll. Quarto, 1999)

8- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant, 527 pages, édition bilingue, par Timothy Adès qui a choisi et traduit quelques 300 poèmes de Desnos (Arc Publications, 2017).


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE POISSON SANS SOUCI, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Robert DESNOS (1900-45) nous offre encore des trésors poétiques. Ce poisson se trouve dans son recueil La Ménagerie de Tristan (1931) pour le fils de ses amis Lise et Paul Deharme*; Desnos a fait lui-même les dessins. Lise fascine Breton et les autres : on l’appelle "la femme au gant bleu ciel", "le cygne noir" ou encore "la Dame de pique" ; celle qui a beaucoup fréquenté les cercles artistiques de Paris quand elle était jeune fille, ouvre son beau salon aux surréalistes. Breton, Paul Éluard, Dora Maar, Marie-Laure de Noailles, Picasso qui y ont leur rond de serviette en sont les principaux "sociétaires".

Desnos a fait six poèmes pour Tristan et six pour sa sœur Hyacinthe.

 

Le Poisson sans Souci par Desnos

 

*Lise Deharme (1898-1980), poétesse, écrivain prolifique, iconoclaste, volontiers venimeuse, auteure de contes-fables, anticonformiste, penseuse et amoureuse libre, et "salonnière" (terme qu'elle réfutait préférant dire j'ouvre la porte à mes copains), renommée à l'époque du mouvement surréaliste dont elle fut plus qu'une muse, une sorte de "vigie". Elle « aime la mort, l’amour, la boue, le diable, le sexe, le surprenant et l’inconvenant » (Nicolas Perge, in  Lise Deharme, cygne noir, de Nicolas Perge, JC Lattès, 2023)André Breton utilisera l'un des gants de daim bleu ciel de la lauréate du Prix Sainte-Beuve (La Porte à côté, 1949) pour en faire un moulage en bronze et l'ériger comme symbole de la révolution surréaliste.

Paul Deharme (1898-1934), concepteur de programmes radiophoniques, réalisateur, producteur, publicitaire.

 

Le Poisson Sans-Souci 

 

Le poisson sans-souci

Vous dit bonjour vous dit bonsoir

Ah! qu’il est doux qu’il est poli

Le poisson sans-souci.

 

 

Il ne craint pas le mois d’avril

Et c’est tant pis pour le pêcheur

Adieu l’appât adieu le fil

Et le poisson cuit dans le beurre.

 

Quand il prend son apéritif

à Conflans Suresnes ou Charenton

Les remorqueurs brûlant le charbon de Cardiff

Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton.

 

Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb

Avant de s’endormir sur des pierres d’évier

Où l’eau des robinets chante pour le bercer

Car il a voyagé aussi dans des flacons

Que les courants portaient vers des rives désertes

Avec l’adieu d’un naufragé à ses amis.

 

Le poisson sans-souci

Qui dit bonjour qui dit bonsoir

Ah ! qu’il est doux et poli

Le poisson sans-souci

Le souci sans souci

Le Poissy sans Soissons

Le saucisson sans poids

Le poisson sans-souci.

 

Le Poisson sans Souci,  lu par Catherine Fava-Dauvergne, artiste graveur ; formée à la sculpture sur métal, au dessin et au modelage, à la danse contemporaine et au chant lyrique, elle pratique la performance (impro voix-geste) et anime des ateliers de lecture vocalisée : https://www.youtube.com/watch?v=op1W_kqIJrU

Sur une musique de Joseph Kosma, Ursula Wick, mezzo soprano, Gérad Wys, piano :  https://www.youtube.com/watch?v=0ktBO4Dkdwc

…Et avec Paul-Alexandre Dubois, baryton, Denis Chouillet, piano : https://www.youtube.com/watch?v=nbVBJqj05os

 

The Fish Sans Souci

 

The fish sans souci

Good morning says he

And even good evening

How suave he must be

The fish sans souci

 

He’s no Fool in April

Bad luck for the fisherman

Farewell rod and morsel

And fish cooked in butter, man

 

When he sips - and savours - his apéritif

At Conflans, Suresnes, or Charenton,

Any tugboats burning coal from Cardiff

Can’t disturb this connoisseur of bon ton.

 

He has travelled through lead piping

And in hard stone sinks lain sleeping

Water-taps to lull him dripping

He has travelled too in bottles

Shipwrecked swept away and drifting

‘Friends farewell’ the sailor’s message

 

The fish sans souci

Good morning says he

And even good evening

How suave he must be

The sans-souci sea-fish

From Swansea to Woolwich

The ounces-free sausage

The sans-souci sea-fish

 

Copyright © Timothy Adès

 

 

 

 


- Robert Desnos,1930, par Claude Cahun

- Tristan et son père Paul Deharme photographiés par Dora Maar devant la demeure de Lise Deharme, la Villa Montfleury, à Montfort-en-Chalosse (circa 1936-1937) qui deviendra l'annexe campagnarde du Salon parisien de Lise; au second plan, André Breton.

- Cahier de curieuse personne, Lise Deharme (Éditions des Cahiers libres, Paris, 1933), BnF. Avec, en exergue, cette mention: "Ecris tout ce qui te passe par la fenêtre" (Gallica, BnF)

- Lise Deharme dessinée par Valentine Hugo (née Valentine Marie Augustine Gross) pour Cahier de curieuse personne.

- Portrait de Lise Deharme dans son appartement, vers 1935, par Dora Maar (1907-1997)

- Portrait de Lise Deharme avec une poupée cassée vers 1930

- Le déjeuner, André Breton, Nusch Éluard, Lise Deharme et un enfant, par Dora Maar (circa 1936)

- Gant de Lise Deharme, offert à Breton (1896-1966) pour l’illustration de la couverture de NADJA, sculpture en bronze argenté (L. 20,5 x P. 9,5 cm)

- La Ménagerie de Tristan et autres poèmes, Robert Desnos, Illustrations de Martin Matje (Gallimard jeunesse, 2014)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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BORGIA : LA LEGENDE DES SIECLES, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

   Je ne sais pas s’il s'agit du pape Alexandre VI ou de son fils César. Certes ils attiraient tous deux des reproches.

Mais à quelle échelle ? Le Borgia du poème de La Légende des Siècles, série III (1883) ne dit pas qu’il est pire que Satan. Il ne fait qu’un petit geste d’insolence.

Et pourquoi la critique si amère, la renommée si terrible ? Une obscure famille espagnole qui a voulu trop faire trop vite…

 

 

 

Je me penchai. J’étais dans le lieu ténébreux ;

Là gisent les fléaux avec la nuit sur eux ;

Et je criai : — Tibère ! — Eh bien ? me dit cet homme.

— Tiens-toi là. — Soit. — Néron ! — L’autre monstre de Rome

Dit : — Qui donc m’ose ainsi parler ? — Bien. Tiens-toi là.

Je dis : — Sennachérib ! Tamerlan ! Attila !

— Qu’est-ce donc que tu veux ? répondirent trois gueules.

— Restez là. Plus un mot. Silence. Soyez seules.

Je me tournai : — Nemrod ! — Quoi ? — Tais-toi. — Je repris :

— Cyrus ! Rhamsès ! Cambyse ! Amilcar ! Phalaris !

— Que veut-on ? — Restez là. — Puis, passant aux modernes,

Je comparai les bruits de toutes les cavernes,

Les antres aux palais et les trônes aux bois,

Le grondement du tigre au cri d’Innocent trois,

Nuit sinistre où pas un des coupables n’échappe,

Ni sous la pourpre Othon, ni Gerbert sous la chape.

Pensif, je m’assurai qu’ils étaient bien là tous,

Et je leur dis : — Quel est le pire d’entre vous ?

 

Alors, du fond du gouffre, ombre patibulaire

Où le nid menacé par l’immense colère

Autrefois se blottit et se réfugia,

Satan cria : — C’est moi ! — Crois-tu ? dit Borgia.

Bande-annonce de Lucrèce Borgia, Comédie Française :

https://www.youtube.com/watch?v=kb9V2F83f-g

I leaned and I looked in the shadowy zone

Where lurk in dark night all the Scourges of Man.

I called out ‘Tiberius!’ and ‘Well?’ he replied:

‘Just stay there.’ ‘Agreed.’ ‘Nero!’ Rome’s other villain:

‘Who dares to accost me?’ Said I: ‘Good. Stay put.’

‘Sennacherib! Tamburlaine! Attila!’ ‘What

Do you want?’ said three maws. ‘Stay there. Quiet! On your own:  

Not a word.’ I turned. ‘Nimrod!’ ‘What?’ ‘Silence!’ And then

‘Rhamses! Hamilcar! Phalaris! Cyrus! Cambyses!’

‘What is it? ‘Stay there.’ So I passed to the moderns,

Comparing the noises from so many caverns,

The throne to the forest, the cave to the palace,

Pope Innocent screaming, the tiger who bellows:

Evil night which the guilty can never escape,

Not Otto in purple, not Gerbert in cope.

All were present, correct: I checked carefully first:

And I asked them ‘Of all of you, which is the worst?’

 

From deep in the gulf, from the gloom of the gallows,

Where once long ago like a fledgling in danger

He cowered and fled from the infinite anger,

Satan roared ‘It is I!’... ‘Do you think so?’ said Borgia.

 

 Copyright © Timothy Adès


Lucrèce et César Borgia 

La Légende des siècles (Culturea, sept. 2023)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Le roi de Thulé, par Gérard de Nerval / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   Voici que Nerval a traduit Goethe ; moi aussi.

Né en 1808 d’un père médecin militaire de l’armée impériale napoléonienne, Gérard Labrunie est très tôt confié à un grand-oncle installé dans le Valois, en Picardie, alors que son père doit accomplir son service en Allemagne et en Autriche. Sa femme Marie Marguerite Antoinette qui l’y accompagne meurt à Gross-Glogau en Silésie deux ans plus tard, alors que le petit Gérard n’a pas encore trois ans. Cette tragédie marque fortement son œuvre, qui n’a de cesse de revenir sur une origine mystérieuse bien souvent teintée de germanisme.

 

 

Sa première publication importante est une traduction du premier Faust de Goethe, en 1827. Jusqu’à la fin des années 1840, il se livrera à d'autres traductions, avec une prédilection pour la poésie qui fait de Nerval l’introducteur de l’œuvre poétique de Heinrich Heine, en 1848.

 

Où est Thulé ? Pour les Anciens, c’était l’endroit plus au nord, en latin ultima Thule. Maintenant c’est une base aérienne américaine en Groenland.

 

 

Le roi de Thulé

Traduction Gérard de NERVAL

(Recueil Odelettes)

 

 

 

 

Il était un roi de Thulé

A qui son amante fidèle

Légua, comme souvenir d’elle,

Une coupe d’or ciselé.

 

C’était un trésor plein de charmes

Où son amour se conservait :

A chaque fois qu’il y buvait

Ses yeux se remplissaient de larmes.

 

Voyant ses derniers jours venir,

Il divisa son héritage,

Mais il excepta du partage

La coupe, son cher souvenir.

 

Il fit à la table royale

Asseoir les barons dans sa tour ;

Debout et rangée alentour,

Brillait sa noblesse loyale.

 

Sous le balcon grondait la mer.

Le vieux roi se lève en silence,

Il boit, – frissonne, et sa main lance

La coupe d’or au flot amer !

 

Il la vit tourner dans l’eau noire,

La vague en s’ouvrant fit un pli,

Le roi pencha son front pâli…

Jamais on ne le vit plus boire.

 

 

Les paroles chantées ne seraient pas identiques, mais quand même…

 

Berlioz/Barron : https://www.youtube.com/watch?v=LUQv50XjE4Q

Gounod, Callas : https://www.youtube.com/watch?v=288u-gTn7kk

Gounod/Hartig : https://www.youtube.com/watch?v=Krv8ys5ri1A

Roland Pöntinen / Barbara Hendricks :

https://youtu.be/UI7w5kvwxEc?t=5

Belle lecture : https://www.youtube.com/watch?v=plE2ZU209q0

 

 

Der König in Thule 

Poème d'origine de Johan Wolfgang von GOETHE publié en 1782 (repris dans le Recueil Faust, partie I: fredonné par Marguerite le soir de sa première rencontre avec Faust)

  

 

Es war ein König in Thule,

Gar treu bis an das Grab,

Dem sterbend seine Buhle

einen goldnen Becher gab.

 

Es ging ihm nichts darüber,

Er leert' ihn jeden Schmaus;

Die Augen gingen ihm über,

So oft er trank daraus.

 

Und als er kam zu sterben,

Zählt' er seine Städt' im Reich,

Gönnt' alles seinen Erben,

Den Becher nicht zugleich.

 

Er saß beim Königsmahle,

Die Ritter um ihn her,

Auf hohem Vätersaale,

Dort auf dem Schloß am Meer.

 

Dort stand der alte Zecher,

Trank letzte Lebensglut,

Und warf den heiligen Becher

Hinunter in die Flut.

 

Er sah ihn stürzen, trinken

Und sinken tief ins Meer,

die Augen täten ihm sinken,

Trank nie einen Tropfen mehr.

 

Copyright © Timothy Adès

 

Musique de : Schubert, Schumann, Berlioz, Liszt, Gounod, Massenet et bien d’autres.

 

Schumann : https://www.youtube.com/watch?v=SUBTOXrXrdU

Schubert : Elly Ameling : https://www.youtube.com/watch?v=GifxekQOX-U

Schubert: Fischer-Dieskau : https://www.youtube.com/watch?v=AOBjx72XgaU

Maybebop : https://www.youtube.com/watch?v=gxmEv-6evOk

 

 


 

The King in Thule – mes paroles

 

There was a King in Thule

Was faithful to the grave,

To whom his dying consort

A golden beaker gave.

 

He valued nothing higher,

At each meal drained the cup;

His eyes were brimming over

Each time he picked it up.

 

When death was stealing on him,

His kingdom’s towns he told;

 Gave all to his successor,

Except the cup of gold.

 

He sat at royal banquet

With knightly company

In the high hall ancestral,

The castle by the sea.

 

Up stood the old imbiber

And drained life’s final glow,

And hurled the blessed beaker

Into the waves below.

 

He saw it falling, filling,

And sinking in the sea;

Down sank his eyes; and never

Another drop drank he.

 

Copyright © Timothy Adès

Belvedere „Schöne Höhe“ des Johann Gottlob von Quandt mit Fresken zu Goethe-Balladen – Der König in Thule, par Carl Gottlieb Peschel (1787-1859)

Le roi de Thulé, dessin de Ary Scheffer (1795-1858), 1808

Le Roi de Thulé par Pierre Jean Van der Ouderaa (1841-1915), 1896

La Coupe du Roi de Thulé, par Camille Metra-Hubbard (1864-1936) (Paris, Galerie de Landermelle), 1896

"Prince Vaillant", Le Roi de Thulé, BD de Hal Foster, (Hachette, 1974)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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IMPRESSION FAUSSE, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici un poème de Verlaine dont certaines strophes sont bien connues des enfants : non pas celles de la prison; ni, bien sûr, les très beaux dessins érotiques de Bonnard et d'autres  artistes dans quelques éditions de ce recueil Parallèlement qui remonte à 1889, édité  à Paris par Léon Vannier .

 

Selon le website ‘Liedernet’, les paroles  de ‘Dame Souris’ ont inspiré pas moins de vingt-neuf compositeurs : y compris, traduites, un allemand et un anglo-saxon.

 

“Les sept poèmes regroupés sous le titre « Révérence parler », écrits entre 1873 et 1875 durant le séjour à la prison de Mons, étaient prévus à l'origine pour le recueil Cellulairement, finalement abandonné. Ils ont déjà été publiés en 1885 dans la revue Lutèce.“

 

Paul Verlaine par Eugène Carrière, 1890

Huile sur toile (H. 61,2 ; L. 50,5 cm)

(© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski)

 

Impression fausse

 

Dame souris trotte,

Noire dans le gris du soir,

Dame souris trotte

Grise dans le noir.

 

On sonne la cloche,

Dormez, les bons prisonniers !

On sonne la cloche :

Faut que vous dormiez.

 

Pas de mauvais rêve,

Ne pensez qu'à vos amours

Pas de mauvais rêve :

Les belles toujours !

 

Le grand clair de lune !

On ronfle ferme à côté.

Le grand clair de lune

En réalité !

 

Un nuage passe,

Il fait noir comme en un four.

Un nuage passe.

Tiens, le petit jour !

 

Dame souris trotte,

Rose dans les rayons bleus.

Dame souris trotte :

Debout , paresseux ! 

 

 

Et comme musique

Les enfants de Limogne : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=JeS_ezvn4IE

Numa : https://www.youtube.com/watch?v=T5DPtPJ4CXY

Françoise Hardy (lyrique extravagante) : https://www.youtube.com/watch?v=adMGdIDCIeQ

 

 

False Impression

 

Mrs Mouse trots,

Black in grey dusk.

Mrs Mouse trots,

Grey in black dark.

 

Tolling bell:

Turn in, prisoners!

Tolling bell:

Time for slumbers!

 

No bad dreams:

Dream of a lover.

No bad dreams:

Lovelies for ever!

 

Big bright moon.

Near, loud snores.

Big bright moon,

Real, of course!

 

Cloud overhead,

It’s furnace-black.

Cloud overhead:

The half-light, look!

 

Mrs Mouse trots,

In azure rays, rosy.

Mrs Mouse trots:

Rise, shine, you lazy…!

 

 Copyright © Timothy Adès

 


1 et 2- Portrait de Verlaine par le photographe, peintre et graveur néerlandais Willem Witsen (1860-1923), lors d'une une visite aux Pays-Bas en nov.1892

3,4, 5 et 6- Recueil Parallèlement, édition illustrée avec des lithographies de Pierre Bonnard (Ambroise Vollard éditeur, sur les Presses de l'Imprimerie Nationale, 29-09-1900), tiré à 200 exemplaires; poème Impression fausse.

7- Portrait de Verlaine et d'un ami, par Mariette Lydis (1887-1970), 1949

8- Dame souris trotte, choix de poésie, Fasquelle

9- Dame Souris Trotte, par Françoise Hardy, 1970 (Vinyle 45 T Sonopresse produit par Micky Jones and Tommy Brown).

10- Réédition en nov. 2020, chez Hazan, du recueil Parallèlement de Verlaine, édition illustrée par le peintre, illustrateur, graveur et sculpteur Pierre Bonnard (1867-1947)à titre posthume. 


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García LorcaAlberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les  "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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UNE FEMME M'A DIT CECI : - J'AI PRIS LA FUITE, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


"L'Arrestation de Louise Michel" par Jules Girardet (1856-1946)

(Musée d'art et d'histoire Paul Eluard, Saint Denis)

  

  L’Année Terrible.: C'est le titre du livre de poésie de Victor HUGO inspiré par le Siège de Paris en 1871, paru en 1872.

Depuis septembre 1870, HUGO foule de nouveau le sol de France après 19 ans d’exil. Un exil qui fut pour lui « la goutte qui tombe, / Et perce lentement et lâchement punit / Un cœur que le devoir avait fait de granit; / C'est la peine infligée à l'innocent, au juste, / Et dont ce condamné, sous Tarquin, sous Auguste, / Sous Bonaparte, rois et césars teints de sang / Meurt, parce qu'il est juste et innocent ...»)

La période est marquée par la défaite militaire contre la Prusse, ainsi que par un grand ressentiment issu du traité de paix et par la terrible famine endurée par les parisiens en 1870. La Commune de Paris nait en réaction. L'exaspération tourne à l'insurrection quand Adolphe Thiers décide le 18 mars de désarmer la garde nationale de Paris.  La Commune de Paris est très durement réprimée et les Communards exécutés en masse.

 

C'est à Paris, "capitale des peuples", qu'il adresse la dédicace du volume. «  ... Le moment où nous sommes passera, nous avons la république, nous aurons la liberté » écrit-il dans son avertissement (Paris, avril 1872).

La poésie qui suit fait partie de la section Juin.

 

   2022 : pour commémorer la 150e année de la parution de son recueil, le musée Victor Hugo à Villequier ("la Maison Vacquerie"), en Seine Maritime, propose une expo (intitulée « Exposition : L’Année Terrible 1870/1871 – œuvres poétiques au retour d’exil») qui est prolongée jusqu’au 24 septembre 2023.

 

" I want you to act as if our house is on fire. Because it is ",

la jeune activiste Greta Thunberg à Davos en 2019

 

   2023 est pour nous tous, pour le genre humain et notre planète, encore une année terrible d’incendies et d’inondations et surtout de mauvaise gérance. Total et Paribas attaquent sous la glace arctique, tant qu’il y en reste, ainsi que le font bien d’autres, surtout les russes* : ils versent de l’huile sur les flammes : et comme conduite d’entreprises et de gouvernements, c’est trop typique, c’est trop normal. … Il faut que ça change, et vite !

 

* Un rapport 2021 de l'ONG Reclaim Finance montre à quel point les entreprises restent intégrées dans la region [arctique], les auteurs soulignant que les projets de Gazprom PJSC, ConocoPhillips et TotalEnergies SE signifient que la production de pétrole et de gaz dans la région devrait augmenter de 20% au cours des cinq prochaines années. Le rapport a également révélé que de 2016 à 2020, les banques commerciales, dont JPMorgan Chase (18,6 milliards de dollars), Barclays (13,2 milliards de dollars), Citigroup (12,2 milliards de dollars) et BNP Paribas (11,8 milliards de dollars), ont canalisé plus de 314 milliards de dollars vers les principales sociétés développant le pétrole et le gaz en amont dans l'Arctique.

https://reclaimfinance.org/site/2021/03/24/rapport-les-banques-francaises-plus-grands-financeurs-europeens-des-energies-fossiles-en-2020/

 

T.A

 

 

Voici selon Hugo la fin de la Commune en juin 1871…

 

 

 

Une femme m'a dit ceci : - J'ai pris la fuite.

Ma fille que j'avais au sein, toute petite,

Criait, et j'avais peur qu'on n'entendît sa voix.

Figurez-vous, c'était un enfant de deux mois ;

Elle n'avait pas plus de force qu'une mouche.

Mes baisers essayaient de lui fermer la bouche,

Elle criait toujours ; hélas ! elle râlait.

Elle voulait téter, je n'avais plus de lait.

Toute une nuit s'était de la sorte écoulée.

Je me cachais derrière une porte d'allée,

Je pleurais, je voyais les chassepots briller.

On cherchait mon mari qu'on voulait fusiller.

Tout à coup, le matin, sous cette horrible porte,

L'enfant ne cria plus. Monsieur, elle était morte.

Je la touchai ; monsieur, elle était froide. Alors,

Cela m'était égal qu'on me tuât ; dehors,

Au hasard, j'emportai ma fille, j'étais folle,

J'ai couru, des passants m'adressaient la parole,

Mais je me suis enfuie, et, je ne sais plus où,

J'ai creusé de mes mains dans la campagne un trou,

Au pied d'un arbre, au coin d'un enclos solitaire ;

Et j'ai couché mon ange endormi dans la terre ;

L'enfant qu'on allaita, c'est dur de l'enterrer.

 

Et le père était là qui se mit à pleurer.

 

     

 

June 1871

The End of the Paris Commune :

from ‘The Terrible Year’

 

A woman told me this: ‘I took to flight.

My baby at my breast, poor little mite,

Cried, and I was afraid she might be heard.

Imagine, Sir, the child was two months old,

No stronger than a fly. I tried and tried

To stop her mouth with kisses: but she cried,

Rattling. She would have fed, but I was dry:

I only wept. That’s how a night went by.

I hid behind a door. I saw the glint

Of arms, the guns of killers, on the hunt

For my husband. Morning broke. Behind that door,

A curse on it! my darling cried no more.

Sir, she was dead: I touched her, she was cold.

I ran, not caring if I too was killed,

Anywhere, with my daughter. People called

Out to me, but I fled, I don’t know where,

Into the fields, and dug a hole with bare

Hands, in some paddock, in a place of shade.

It’s hard to bury one your breast has fed!

I laid to rest in earth my angel, sleeping.’

 

The father stood beside her: he was weeping.

 

 

 Copyright © Timothy Adès


1- « Exposition : L’Année Terrible 1870/1871 – œuvres poétiques au retour d’exil», Musée Victor Hugo, jusqu'au 24 septembre 2023

2- Musée Victor Hugo à Villequier (76490)

3- "Le Mur des Fédérés". Les derniers Communards sont fusillés au Père-Lachaise

4- Barricade de la Commune de Paris, 18 mars 1871

5- L'Année terrible,  1872 (Paris, Michel Lévy frères, Librairie nouvelle), BnF, département Littérature et art, 8-YE-1010

6- L'Année terrible, 1874, illustration de Léopold Flameng, Léopold (1831-1911), co-illustrateur avec Daniel Vierge (1851-1904), BnF


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EPITAPHE, par Paul Scarron / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Voici l’ÉPITAPHE que s’est écrit l'écrivain, poète et auteur de pièces de théâtre Paul SCARRON (1610-1660). Il a beaucoup souffert physiquement, c’est peut-être la polio. Le meilleur de ses écrits serait le Roman comique. L'auteur également des Nouvelles tragi-comiques qui inspireront Molière épouse Françoise d’Aubigné qui deviendra Madame de Maintenon, venant de NIORT (Deux-Sèvres) comme l’ami Dom Lévèque lui-même.

 

Wikipédia nous raconte :

« Françoise d’Aubigné est la fille de Constant d’Aubigné - lui-même fils du célèbre poète protestant et ami d'Henri IV, Agrippa d'Aubigné - et de sa seconde épouse Jeanne de Cardilhac. Constant d'Aubigné, après avoir abjuré sa foi protestante en 1618, assassine sa première épouse et son amant en 1619, puis dépense rapidement la dot de la deuxième, et est soupçonné d'intelligence avec les Anglais avec qui il est en relation d'affaires.

 

 

Portrait de Paul Scarron

BnF, département Estampes et photographie, RESERVE QB-201 (44)-FOL

 

 

 

 

 

Il est ainsi enfermé dans plusieurs prisons, dont celle de Bordeaux, le Château Trompette, et celle de Niort. Françoise naît le 27 novembre 1635 rue du Pont dans la prison royale de Niort (baptisée à Niort, paroisse Notre-Dame), dans la geôle où son père est incarcéré pour dettes (Jeanne de Cardilhac, trop jeune et désargentée, partageant la cellule avec son mari), ce lieu de naissance étant incertain.” …Une vie qui passe de la honte à la gloire !

 

 

 

 

 

 

Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, représentée en sainte Françoise Romaine, vers 1694, par Pierre Mignard (Château de Versailles)

 

 

Épitaphe

 

Celui qui ci maintenant dort

Fit plus de pitié que d’envie,

Et souffrit mille fois la mort

Avant que de perdre la vie.

Passant, ne fais ici de bruit,

Prends garde qu’aucun ne l’éveille;

Car voici la première nuit

Que le pauvre Scarron sommeille.

 

 

 

 

Epitaph

 

A sleepyhead here is laid.

He's less to be envied than pitied,

who a thousand times over was dead

before of his life he was quitted.

So don't make a sound as you pass:

don't waken him, don't molest:

tonight's the first time, alas,

that Scarron has had a good rest.

 

Copyright © Timothy Adès


Le Roman comique / Portrait de Françoise d’Aubigné, la future Madame de Maintenon, attribué à Pierre Mignard, XVIIe siècle (Photo collections du musée Bernard-d’Agesci  à Niort) / Portrait de Paul Scarron, peinture de l'école française du XVIIIe siècle.(Musée Tessé, Le Mans) /

Le Roman comique, Paul Scarron (Librairie Artistique H.Launette et Cie, Paris, 1888)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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VILLES (Ce sont des villes !), par Arthur Rimbaud / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Le grand compositeur anglais Benjamin BRITTEN a créé de la musique pour des éléments choisis des ILLUMINATIONS de RIMBAUD.

Pour la soprano Julia KOGAN j’ai créé une traduction anglaise conforme à la musique. Julia enregistrera mes Illuminations anglaises en septembre prochain. Quelle gloire !

En voici les premières paroles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai seul la clef de cette parade sauvage. …

 

Villes

 

Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont montés ces Alleghanys et ces Libans de rêve !

 

Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles.

 

Les vieux cratères ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent mélodieusement dans les feux. … …

 

Des cortèges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines.

 

Là-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs tètent Diane.

 

Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune brûle et hurle.

 

Vénus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites.

 

 

Des groupes de beffrois chantent les idées des peuples. Des châteaux bâtis en os sort la musique inconnue. ...

 

Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la Fête de la Nuit. …

 

 

Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette région d'où viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?

1. Fanfare

 

I hold the one key / to all this untamed / parade.

 

2. Cities

 

These are the towns! And a people for whom arose these Alleghenies, these Lebanons of dreaming.

 

These are the towns! Their cottages of crystal and wood are moved by means invisible, by rails and by pulleys.

 

The ancient craters, ringed with colossi and with palm-trees of copper, that rumble melodiously in the flames.

 

These are the towns! The processions of Mabs, in opaline and russet dresses, climb from narrow gorges.

 

Up high, their feet in the cascade and the briars, stags suck milk from Diana.

 

The Bacchantes of suburbs are in anguish, and the moon is burning, howling.

 

Venus appears inside the caverns of toiling smiths and of holy hermits.

 

These are… Belfries assemble to intone the ideas of peoples. From castles built of bone emerges music known to no-one.

 

These are the towns! The paradise of typhoons is collapsing… Savage tribes go endlessly dancing, dancing, endlessly dancing to celebrate the night…

 

These are the towns! What kind arms, what lovely hour will restore me this whole domain from which comes all my sleep and my movements great and small ?

 

Copyright © Timothy Adès

 


1- Manuscrit des Illuminations, Arthur Rimbaud (1854-1891), auteur du texte; Paul Verlaine (1844-1896). auteur de lettres (Date d'édition : 1873-1875), BnF, Département des Manuscrits. NAF 14123 /  2- J'ai seul la clef de cette parade sauvage, Arthur Rimbaud, Illuminations, 1949, lithographie de Fernand Léger / 3- Photographie de Julia Kogan


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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QUAND LES REFLETS VISITENT D'AUTRES TEMPS, avec Carole Epinette, (entre autres) artiste photographe


Si elle a pris du recul avec la frénésie de son travail d'artiste photographe professionnelle - qu'elle exerce depuis près de 25 ans, y compris dans des collaborations avec des titres comme  Rock & Folk, Rolling Stone, Libération  et Le Monde - en s'installant en Dordogne ces dernières années, en interrogeant l'urgence et les enjeux de la transition écologique, en se ménageant au passage son propre jardin, et en entamant une nouvelle carrière d'hypnothérapeute, l'amie Carole EPINETTE, auteure notamment de ROCK Fictions  garde intact sa passion pour le monde de la musique et celui de la photographie.

Preuve en est cette expo au coeur du Périgord Noir, dans un village d'art et d'artistes situé entre Montignac et Les Eyzies  dont la première partie est dédiée aux portraits de figures de légende telles David Bowie, AC/DC, Sex Pistols, Metallica, Amy Whinehouse, Dépeche Mode, Alain Bashnun, Jean-Louis Murat, Red Hot Chili Peppers...

Et une seconde partie dédiée elle à un univers plus large, celui du Vivant, de la "diversité de la vie" comme aime à dire Yves Paccalet *, fait du monde humain, bien sûr, mais aussi de celui du monde animal, végétal et minéral, de leurs connections. Elle y témoigne de son expérience sensible de l'Afrique (Tanzanie, Namibie, Botswana, Congo, Afrique du Sud, Kenya, Zambie...). On peut y découvrir, à la faveur d'une commande d'une ONG, des photos issues d'un documentaire réalisé par Carole sur les enfants pygmées du Congo chassés des forêts par les ravages de la déforestation qui sont sur le chemin de l'école...

DL

 

* Yves Paccalet, écrivain, journaliste et naturaliste français, fit partie de l'équipe du commandant Cousteau de 1972 à 1990, a été élu conseiller régional de Savoie en 2010 pour EELV (Europe Écologie - Les Verts), qu'il quitte en 2013.

 

Une partie du travail de Carole Epinette peut être vue sur le site suivant : www.karoll.f


 

 

  Lemmy assiste au concert de Jean-Louis Murat, J.Higelin à celui de PJ Harvey...🤣😅

Regardez bien....prenez ce temps...

 

Carole EPINETTE

 

Expo photo à Saint Léon sur Vézère (juste au-dessus du point info vers la Mairie) jusqu'au 20 juillet 2023.

 

Horaires : 11h - 18h30 chaque jour sauf mardi 18 juillet : 15h - 20h

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A PROPOS DE "ROCK FICTIONS", l'excellent livre de Carole Epinette, sorti en novembre 2018 (Cherche Midi) :

 

" Rock Fictions, le nouveau livre de Carole Epinette est une aventure à partager. Amateurs de Rock, admirateurs de nos artistes de légendes, vous n’êtes certainement pas passés ces dernières années à côté des nombreuses photos de Carole Epinette.

Depuis maintenant plus de vingt cinq ans, elle s’immisce dans les coulisses, “shootant” les plus grands artistes afin de nous offrir des instantanés mythiques. Iggy Pop, Marylin Manson, The Cure, Motörhead, les Stones, AC/DC… tous ont été figés par l’œil acéré de Carole. Un amour de la photographie au service de la musique rock… ou l’inverse.

 

Puissent ces fugaces observations du monde apporter une petite lueur dans votre âme”, écrit l’artiste en accueil de son site internet.

 

Rock Fictions: un concept original

 

Les photographes ont généralement l’habitude de partager leurs travaux bien souvent chichement commentés, ou plus généralement de servir d’illustration au texte d’écrivains ou de journalistes. Carole Epinette est une créative. Son idée de renverser le concept classique produit un ouvrage aussi riche qu’atypique. Le concept est génial. La photographie illustrée par la littérature, elle qui si souvent est à l’inverse!

 

Des auteurs s’inspirent des photos de Carole

 

Des écrivains, des poètes et des journalistes ont donc choisi une photographie inspirante à leur yeux, pour y laisser divaguer les affres de l’imagination. 21 auteurs au total, dont Amélie Nothomb, Erwan Larher, Gilles Marchand, Bernard Minier, ou encore Thomas VDB et Jérôme Attal, se sont prêtés au jeu. Le livre de Carole Epinette s’intitule Rock fictions. Vous y découvrirez les histoires imaginées à partir de moments authentiques figés sur la pellicule par Carole.

 

Nouvelles sombres, ou récits lumineux, divagations imaginaires, et parfois même déclaration d’amour à un groupe. C’est notamment le cas pour Jean Luc Bizien qui nous conte divinement Motörhead en Live :

 

«L’univers se divise en deux catégories, ceux qui ont vu Motörhead en Live… et ceux qui n’ont pas eu la chance. Pour ces derniers, un rappel succinct. Aller à un concert de Motörhead, ce n’était pas assister à un concert de Rock. C’était vivre une expérience METAPHYSIQUE.» "

(culturesco.com , Auguste Marshal, 24 janvier 2019)

 

N.B : Le livre ROCK Fictions est disponible chez l'éditeur mais aussi directement auprès de Carole EPINETTE, si l'on souhaite une relation plus directe avec son auteure :

carole.epinette@gmail.com

 

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LES POETES, UN JOUR, REVIENDRONT SUR LA TERRE, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


  

 

   Le 9 juillet : anniversaire à la fois de Jean CASSOU qui naquit en 1897, et de mes noces en 1966. C’est avec les *33 sonnets composés au secret* du dit ‘grand méconnu’, que j’ai découvert mon goût pour la traduction de la poésie rimée, et que, débutant, j'ai été honoré par la remise d’un prix !

Dans la prison à Toulouse, le résistant compose ses strophes de tête, ‘la nuit pour son encre, la mémoire pour son papier’, c’est Aragon qui l’a dit.

Les Sonnets seront la première publication des Éditions de Minuit (fondées en 1941) sortie clandestinement le 15 mai 1944 : CASSOU sera Jean Noir, ARAGON, de qui est la préface, sera François LA COLÈRE.

Voici le sonnet numéro 5…

 

 


Hommage à Jean Cassou, lithographie d'André MASSON (1896 - 1987)

Album Jean Cassou, Vingt-Deux Poèmes (édition Erker-Presse à Saint-Gall en Suisse, 1978)

 

 

Les poètes, un jour, reviendront sur la terre.

Ils reverront le lac et la grotte enchantée,

les jeux d’enfants dans les bocages de Cythère,

le vallon des aveux, la maison des péchés,

 

et toutes les amies perdues dans la pensée,

les sœurs plaintives et les femmes étrangères,

le bonheur féerique et la douce fierté

qui posait des baisers à leur front solitaire.

 

Et ils reconnaîtront, sous des masques de folles,

à travers Carnaval, dansant la farandole,

leurs plus beaux vers enfin délivrés du sanglot

 

qui les fit naître. Alors, satisfaits, dans le soir,

ils s’en retourneront en bénissant la gloire,

l’amour perpétuel, le vent, le sang, les flots.

 

 

 

 

 

The poets shall return to earth one day:

the lake and magic cave again they'll see,

Cythera's tanglewoods where children play,

the house of sins, the vale of constancy,

 

and, lost in meditation, every she,

sisters of sighs, fair friends from far away,

unearthly joy and sweet nobility

that kissed their forehead's loneliness away.

 

They'll recognise in masks maniacal,

dancing the farandole in carnival,

their finest verse, freed from the agony

 

that gave it birth: and then, in happiness,

as evening falls they shall depart, and bless

long love and glory, wind, and blood, and sea.

 

Copyright © Timothy Adès


 

 

 » Dès la première nuit j’ai commencé mes sonnets. Couché sur ma paillasse, avec mon pardessus, mon cache-nez, mes gants, mes souliers, je me suis senti comme un bloc passif, la momie, l’Osiris qu’on envoie dans la nuit. (…) Je dormais très peu à cause du froid : je m’occupais donc à mes exercices poétiques, me récitant par cœur les sonnets déjà composés, les corrigeant, les complétant. J’ai ainsi écrit sur la page blanche intérieure à peu près un demi-sonnet par nuit. », Jean Cassou (Jean Noir) – 33 sonnets composés au secret

 

Et voici quelque chose…

https://www.books.com.tw/products/F017701883

 


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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COUVRE-FEU, par Paul Eluard / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

 

 

  Un poème de Paul Eluard (1895-1952) qui nous rappelle les souffrances de la guerre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait de Paul Eluard, 1929,  par  Salvador Dalí

(Fondation Gala-Salvador Dalí, Figueres)

 

Couvre-feu

 

Que voulez-vous la porte était gardée

Que voulez-vous nous étions enfermés

Que voulez-vous la rue était barrée

Que voulez-vous la ville était matée

Que voulez-vous elle était affamée

Que voulez-vous nous étions désarmés

Que voulez-vous la nuit était tombée

Que voulez-vous nous nous sommes aimés

 

 

Curfew

 

What do you think the door was closed

What do you think they placed a guard

What do you think the street was barred

What do you think the town was lost

What do you think she was half-starved

What do you think we were disarmed

What do you think the darkness loomed

What do you think we lived we loved

 

Copyright © Timothy Adès


Manuscrit autographe signé Paul Eluard, le 22 février 1942 à l'Hôtel du Cheval Blanc à Vézelay-Yonne/ Portrait de Paul et Nusch Éluard, Mougins 1937, par Dora Maar / Eluard par Marie Laurencin, 1942 / Lihographie d'Eluard par Picasso / Liberté, par Fernand Léger, livre-objet de Léger & Eluard (Seghers, 1953) / Portait de Nusch et Paul Eluard


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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BYRON VOYAGEANT EN ESPAGNE, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici une vignette du grand poète romantique Lord Byron, selon Robert DESNOS (1900-45). On la trouve dans le quatrain ‘De Silex Et De Feu’, long poème à variations métriques qu’il écrit en 1929, et qui sera dans le recueil Corps et Biens, 1930.

La révolution surréaliste est en désordre, Desnos et Breton sont en grand désaccord, Desnos sachant Yvonne George perdue est épris de Youki Foujita (Lucie Badoud) qui deviendra sa femme.

Le magnifique Lord Byron, ‘swimmer, charmer, rhymer: died for Greece’ : ‘ausus qui tranare Tagum subit Hellespontum’ : il nage à travers le Tage et les Dardanelles, ce dernier étant très osé.

En 1809, il est en chemin de Lisbonne à Gibraltar, vêtu en soldat pour ne pas périr comme espion, en route pour la Grèce où il mourra bien plus tard. Certes il aimait bien les femmes espagnoles.

 

 

 

Portrait de Lord Byron, 1813, par Thomas Philipps

 

               

Byron voyageant en Espagne

Habita longtemps à Tolède

Il y rêvait dans la campagne

aux plus belles et aux plus laides

Il y fut aimé d’une folle

Il fut aimé d’une espagnole

 

Il fut aimé d’une espagnole

La plus belle de la cité

Mais près du lord la tendre folle

Sentait son cœur la tourmenter

Elle mourut d’amour la belle

Comme on fermait la citadelle

 

Comme on fermait la citadelle

On l’emporta dans son linceul

Et le lord en rêvant aux belles

Derrière elle marchait tout seul

Le long des rues le peuple en foule

Regardait passer la dépouille

 

Regardaient passer la dépouille

Les lanceurs de malédictions

Et les bigots au cœur de rouille

Et les traîtres à leurs passions

Mais le lord alors sans mot dire

Marcha vers l’insulte et les rires

 

Marcha vers l’insulte et les rires

Le lord aux yeux lourds d’océans

Devant lui reculaient les sbires

Les toréros les paysans

Il arriva devant les femmes

Les Pepitas aux lourdes mammes

 

Les Pepitas aux lourdes mammes

Les gitanes aux noirs cheveux

Les chanteuses les grandes dames

Devant lui baissèrent les yeux

Parvint devant les demoiselles

Bravo Toro ! dit la plus belle

 

Bravo Toro ! dit la plus belle

Voici mon cœur voici mon corps

Et voici mon amour fidèle

Mes baisers et mes boucles d’or

Byron fut aimé par deux folles

Fut aimé par deux espagnoles

 

 

 

                   

Byron passed the Pyrenees

Reached Toledo tarried there

Dreamed amid the olive-trees

Of the fair and not so fair

He was loved by one insane

Lady with no brain in Spain

 

Lady with no brain in Spain

Quite the fairest in the place

Near milord the lass insane

Felt her heart in turmoil race

Then the beauty died of love

Like a citadel sealed off

 

Like a citadel sealed off

She was carried in her shroud

There alone but dreaming of

Other beauties walked milord

All the crowds along the way

Watched the last remains go by

 

Watched the last remains go by

Men were hurling imprecations

Rusty souls spat bigotry

Some were traitors to their passions

Through the jeers without a word

Through the insults came milord

 

Through the insults came milord

Eyes of heavy ocean swell

Constables and matadors

Country bumpkins back they fell

Till he reached the señoritas

Massively endowed Pepitas

 

Massively endowed Pepitas

Duchesses and ditty-tweeters

Raven-headed Romany

Lasses all with modest eye

When he reached them up ahead

Bravo Toro ! the fairest said

 

Bravo Toro ! the fairest said

Here’s my body and my soul

Here’s my love unlimited

Hugs and kisses twists of gold

He was loved by two insane

Ladies with no brain in Spain

 

Copyright © Timothy Adès

 

 



Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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QU'EST-CE QUE CETTE TERRE ? UNE TEMPÊTE D'ÂMES..., par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

 

   L'art d'être grand-père : le dernier recueil de Victor HUGO (1877),  que j’ai traduit en entier. Voici le deuxième poème…

Les plus grands poètes abordent assez peu l’enfance, à part Hugo qui s’y intéresse profondément.

Ici il préconise, à travers le chaos de la vie humaine, leur innocence.

Victor Hugo : un grand esprit, un grand être humain !

 

 

 

 

 

 

 

L'Art d'être grand-père, lithographie d'Emmanuel Barcet (1870-1942)

(Maison de Victor Hugo - Hauteville House)

 

QU'EST-CE QUE CETTE TERRE ? UNE TEMPÊTE D'ÂMES...

 

Qu'est-ce que cette terre ? Une tempête d'âmes.

Dans cette ombre, où, nochers errants, nous n'abordâmes

Jamais qu'à des écueils, les prenant pour des ports;

Dans l'orage des cris, des désirs, des transports,

Des amours, des douleurs, des veux, tas de nuées;

Dans les fuyants baisers de ces prostituées

Que nous nommons fortune, ambition, succès;

Devant Job qui, souffrant, dit: Qu'est-ce que je sais?

Et Pascal qui, tremblant, dit: Qu'est-ce que je pense ?

Dans cette monstrueuse et féroce dépense

De papes, de césars, de rois, que fait Satan;

En présence du sort tournant son cabestan

Par qui toujours--de là l'effroi des philosophes--

Sortent des mêmes flots les mêmes catastrophes;

Dans ce néant qui mord, dans ce chaos qui ment,

Ce que l'homme finit par voir distinctement,

C'est, par-dessus nos deuils, nos chutes, nos descentes,

La souveraineté des choses innocentes.

Étant donnés le coeur humain, l'esprit humain,

Notre hier ténébreux, notre obscur lendemain,

Toutes les guerres, tous les chocs, toutes les haines,

Notre progrès coupé d'un traînement de chaînes,

Partout quelque remords, même chez les meilleurs,

Et par les vents soufflant du fond des cieux en pleurs

La foule des vivants sans fin bouleversée,

Certe, il est salutaire et bon pour la pensée,

Sous l'entre-croisement de tant de noirs rameaux,

De contempler parfois, à travers tous nos maux

Qui sont entre le ciel et nous comme des voiles,

Une profonde paix toute faite d'étoiles;

C'est à cela que Dieu songeait quand il a mis

Les poètes auprès des berceaux endormis.

 

 

II WHAT IS THIS EARTH ?

 

What is this earth? A storm of souls.

Benighted on uncharted seas,

We miss the port and hit the shoals;

Gales of desires and agonies,

Dark loves and sorrows, vows and cries !

Ambition, fortune, and success

Plant a loose woman’s short-lived kiss.

What do I know? says Job, and sighs;

What do I think? Pascal replies.

Some evil well of monstrous things

Spews popes and emperors and kings;

Fate spins the capstan till it brings

The same floods and catastrophes

That startled the philosophers;

In gnashing void and perjured chaos

Man in the end can clearly see,

Above our funerals, falls and failures,

That Innocence has sovereignty.

Given the human heart and spirit,

Night of the past, night yet to inherit,

All hatreds, conflicts, wars and pains,

Our progress stopped by dragging chains;

Even the best not spared remorse;

The winds from deep in weeping skies

That blast us daily from our course: -

Beneath such black and tangled boughs

It does us good to recognize,

Beyond the teeming woes that rise,

Like veils, between us and the skies,

A peace, profound, all made of stars.

That’s why God lets the poets creep

About the cradles lapped in sleep.

 

Copyright © Timothy Adès

 


 

L'Art d'être grand-père, Victor Hugo (Société anonyme de publications périodiques, 1884) / L’art d’être grand-père, 1888 – cartonnage polychrome de Paul Souze décoré d’une composition florale, dessinée par Adolphe Giraldon / Georges et Jeanne Hugo par Charles / L'art D'être Grand-père (Gallimard, 2002) / Victor Hugo, How to be a Grandfather, par Timothy Adès (Hearing Eye, 2012)


Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables"  et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat  entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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VOYELLES & VOCALISATIONS, par Arthur Rimbaud, Georges Perec / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Manuscrit autographe du poème Voyelles (1871-1872) de Rimbaud- Musée Rimbaud Charleville-Mézières - Photographié lors de l'exposition "Rimbaudmania", Paris

 

VOYELLES, de Rimbaud: composé 1871/2, alors qu'il a 17 ans, publié dans la revue politique et littéraire Lutèce, le 5 octobre 1883, et par Verlaine dans son anthologie Les Poètes maudits, 1884.

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes:

A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

 

Golfes d’ombre; E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles;

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

 

U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux;

 

O, suprême clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges: –

O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

 

 

 

J’ai découvert ce sonnet en lisant La Disparition, un long roman de Georges Perec (1936-1982), le lipogramme le plus célèbre de la littérature française publié en 1969 dont la lettre "e" est totalement absente. Un exploit !