CHRONIQUES TUTTI FRUTTI



Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Ancien chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

LA FEVE, par Maurice Donnay / Timothy


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Je vous propose de revenir à Maurice DONNAY (1859-1945) avec son poème La Fève. 

Un peu tard pour la "Fête des Rois" : mais il me fallait perfectionner ma version anglaise.

Nous autres anglo-saxons n’avons pas cette belle coutume ; pour nous, le 6 janvier n’est que le jour de sortir l’arbre et d’enlever les cartes et les parures festales.

 

 

 

 

Fèves de la fin du 19°

 

 

Maurice Donnay : dramaturge, poète ; Académie française, 1907 ; Grand Officier de la Légion d'honneur 1935 ; Membre du Comité de la Société des gens de lettre 1944.

Le rôle de Lysistrata, tentatrice, d’après Aristophane, lui est créé par Gabrielle Réjane ; dans ‘L’autre danger’ il profitait de l’art de Cécile Sorel.

 

La Fève

 

Tu nous dindonneras encor plus d'une fois,

Chère âme, et près des tiens nos moyens sont infimes.

Je me souviens toujours d'un dîner que nous fîmes,

Un beau soir, dans Auteuil, à la porte du Bois

 

Et tu faisais de l'œil à ton voisin de face,

Et tu faisais du pied à tes deux amoureux

A gauche, à droite, et ton amant était heureux,

Car tu lui souriais tout de même avec grâce.

 

Ah ! tu n'es pas la femme aux sentiments étroits

Qu'une fidélité trop exclusive gêne.

Entre tous, Pierre, Jean, Jacques, Alphonse, Eugène,

 

Tu partages ton cœur comme un gâteau des Rois.

Et, si grand est ton art, aimable fille d’Ève,

Que chacun se croit seul à posséder la fève.

 

 

 

 

 

 

Twelfth Night: the Bean

 

You’ll stitch us up again, and more than once,

Dear soul: compared to you, we haven’t got the means.

I can’t forget that dinner one fine night: we were

Out in Auteuil, just where you get into the Bois.

 

To the sitting-opposite guy, you gave the eye,

Played footy-foot with the two who fancied you,

To left and right; your lover was in clover,

As you anyway gave him a smile with lovely style.

 

You’re not a woman prone to narrow sentiments,

Whom high fidelity might inconvenience.

Between all these, John, Peter, James, Eugene, Alphonse,

 

You share your heart out like a Twelfth Night frangipane.

And so great is your art, delightful feminine,

That each one thinks himself sole owner of the bean.

 

 Copyright © Timothy Adès

 

 


Dernier poème de Maurice Donnay présenté et traduit par Timothy Adès :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/03/13/lettre-d-amour-par-maurice-donnay-timothy-ad%C3%A8s/

 

La comédienne et directrice de théâtre Réjane (1856-1920), photographiée par Ateliers Nadard, dans "Lystratata", pièce en 4 actes de Maurice Donnay, (dans une adaptation très libre de la pièce d'Aristophane) donnée au Théâtre du Vaudeville à Paris, 06-05-1896 (Gallica / BnF) / La comédienne Cécile Sorel (1873-1966) qui a joué dans "l'Autre danger", comédie en quatre actes de Maurice Donnay créée à la Comédie française le 22-12-1902, photographiée par Leopold Emil Reutlinger (Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris) / Restaurant Le Village d'Auteuil à Paris


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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MEMOIRE LONGUE par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Je reviens à Jean CASSOU (1897-1986), héros de la Résistance, créateur du Musée National d’Art Moderne, qui serait néanmoins ‘le grand méconnu’.

Blessé en 1944, longtemps inconscient, de Gaulle lui accroche la Croix de la Libération.

C’est avec lui et ses 33 Sonnets composés au secret (composés de tête en prison) que j’ai commencé ma carrière de poète-traducteur rimant.

 

 

 

Le poème du jour se trouve dans mon deuxième recueil de Cassou, The Madness of Amadis and Other Poems, édition bilingue chez Agenda Editions, ainsi que dans la belle édition suisse de chez Erker, elle aussi bilingue mais à textes français et allemand.

 

De quoi s’agit-il dans ces vers ? Je les ai traduits, je ne peux pas vous le dire !

 

 

MÉMOIRE LONGUE

 

Aventures d’amour par les rues anxieuses

            de l’attente du couvre-feu,

souvenirs parmi les ténèbres périlleuses,

            jeux de spectres silencieux,

 

vous voilà donc tombés au creux d’un somnambule

            gouffre d’intemporalité.

J’étais libre et puissant dans ce pur crépuscule

            et je me sens déshabité.

 

J’ai laissé le plus lourd de moi-même à des ombres,

            je leur ai délesté mon cœur

comme ouvre son trésor un navire qui sombre

            en d’amoureuses profondeurs.

 

Une sphère étrangère a condensé l’haleine

            de tous mes esprits expirés,

insondable pays d’où jamais ne reviennent                   

             échos, fantômes ni reflets,

 

Patrie d’exil, cité suspendue dans la fièvre,

            ô plénitude évanouie!

D’un tel épais bonheur ne m’est resté qu’aux lèvres

         la saveur des seins de la nuit.

 

Mes bras sont retombés de cette étreinte noire.

           Défait, déshérité de moi,

de moi désorienté, je regarde sans voir                                      

           s’anéantir n’importe quoi.

 

Car tout le lendemain qui m’échoit en partage

          est un rien que multiplie rien

au prix du dénuement et de l’orphelinage

        qui dès lors seront mes vrais biens.

      

Ô nostalgie, ô mes instants, mes grains de sable,                             

         seuls comptes qui pour moi comptez,

visages disparus, villes méconnaissables,

         je ne suis que ce que j’étais.

 

Je ne suis que ce flot qui sans cesse reflue

         loin des bras ouverts des grands ports,

plus loin encor, perdu et fier de n’être plus

         que la voix confuse des morts.

 

LONG MEMORY

 

You adventures of love, when the anxious roads

         wait for curfew to end the day,

you memories, games in the perilous shades

         that phantasms silently play,

 

you’ve fallen, I see, in the deep sleep-walk

         in the chasm where time stands still.

I was free, I was strong in this pure half-dark,

         now I feel like a home in hell.     

                                                      

I’ve left to the shadows my heaviest part,

         like a ship that sinks in the sea:

as it pours out its wealth, I unburdened my heart

         to the depths that made love to me.

 

My spirits have died and their breaths condense

         in the grasp of a foreign sphere,

a land beyond sounding, that never sends

         echoes, phantoms, reflections here,

 

a homeland of exile, a city that’s hung

        (vanished fullness!) in eyes fever-bright.

Of a joy so rich, nothing’s left on my tongue

        but the taste of the breasts of night.

 

My arms fell away from that black embrace.

        Dispossessed of myself, undone,

unhinged, I observe, with a sightless gaze,

        self-destruction of oddments unknown.

 

For all of the future that falls to my lot

        is a nil that is nil times none,

at the price of privation and parent-loss,

        my real assets from this time on.

 

O yearning, my moments, my grains of sand,

        you’re the one count that counts for me:

you faces that vanished, you towns out of mind,

        I am not what I used to be.

 

I am only the wave that keeps ebbing away

        from great harbours’ arms that spread,

still further, and lost, proud merely to be

        the inchoate voice of the dead.

 

Copyright © Timothy Adès


Portrait de Jean Cassou par Marcel Gili (1914-1993), vers 1956 (Musée d’Art moderne de Paris) / Jean Cassou, 19 août 1945 : 1ère cérémonie commémorative de la Libération de Toulouse (Photo J. Dieuzaide) / Buste de Jean Cassou, Jardin des Plantes, Toulouse (Photo Jason Riedy) / Portrait de Cassou par Marcel Janco (1895-1984)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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HENRY MILLER, L'HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES, par Renée Fregosi

 

 

   Un thriller biographique, c’est comme cela qu’on pourrait définir cet ouvrage.

Car François-Xavier Freland, s’il est journaliste et reporter international intrépide, n’en est pas moins un romancier de talent. Avec son style bien à lui, incisif, un peu haletant, il nous emporte en phrases rythmées, dans un jeu de miroirs. Cette randonnée parisienne menée au pas de charge à travers les rues de la capitale, nous amène à bout de souffle jusque sur la côte ouest des États-Unis où Henry Miller termine sa vie comme il l’a menée : paradoxal, jouisseur ascétique un brin exhibitionniste. Et toujours indéfectiblement lié à la France.

 

« C’est en France que cet Américain se révèle à lui-même. »

 

« C’est sur son lit de mort, à Pacific Palisades, qu’il donne une célèbre interview quasi posthume, à la télévision française, avec une mise en scène aussi impudique que ses écrits érotiques des années parisiennes ».

C’est en France que cet Américain se révèle à lui-même. Dès les années 30, grâce à des amis intimes qui sont comme des jumeaux, Blaise Cendras, écrivain grand voyageur, et le photographe Brassaï qui l’introduit au monde intellectuel et artistique de l’époque. Et à travers une foule de rencontres jusqu’aux années 60, comme celle avec Georges Simenon en qui il se reconnait sans doute un peu lorsqu’il lui dit dans un échange amical : « Je considère l’homme qui balaie dans la rue, ou qui sert dans un restaurant, l’égal de tout le monde, de moi ».

 

Mais ce n’est pas seulement cette sensibilité à l’humain dans sa touchante légèreté ou sa tragique banalité qui le rapproche de Simenon. Sans doute a-t-il aussi perçu chez lui « l’homme aux dix-mille femmes ». Pas qu’Henry Miller ait été à proprement parler un  "homme à femmes", un collectionneur ou un obsédé sexuel. Henry Miller est plutôt un homme qui aime les femmes, fasciné par le mystère de l’altérité. Comme pour son compatriote Philip Roth le Professeur de désir qui pourrait être un autre double, le sexe par la passion et l’excès qu’il peut provoquer ouvre à une autre dimension, celle du "plus " et de la création.

 

Henry Miller ne serait pas sans les femmes

 

Henry Miller avec une femme devant un train au Havre, photographie de Jéhan, Louis (1906-1996)

 

Il a eu cinq épouses mais c’est la seconde, June Mansfield, et son amante Anaïs Nin qui ont été les plus décisives pour son devenir d’écrivain, par leur soutien à la fois financier et intellectuel, et par le partage de leur entregent. June, fut « le déclic », celle qui lui fit connaître Paris, les mœurs libres et les affres de la passion amoureuse. Anaïs Nin, quant à elle fit connaître Henry Miller. D’abord en lui présentant « les bonnes relations. Parmi elles, deux personnes déterminantes, Bradley, son futur agent et Jack Kahane, ex-industriel britannique (…) qui s’engage presque aussitôt à publier Tropique du Cancer ». Puis par ses propres ouvrages : « J’ai donné de l’amour… Henry a merveilleusement bien utilisé mon amour : il en a fait des livres », résume-t-elle dans Inceste ». Or aujourd’hui en France, Anaïs Nin qui a fait de lui un personnage central de son Journal, est sans doute plus connue qu’Henry Miller. Pourtant, leurs œuvres n’ont-elles pas été écrites comme en miroir ainsi que le laisse à voir leurs écrits érotiques croisés ?

 

« Anaïs Nin débride son corps et son esprit à son contact, il trouve en elle inspiration et assurance. »

 

Anaïs Nin, l’autre féminin d’Henry Miller : libérée, toujours libre. Contrairement à ce que prônent aujourd’hui des pseudo-féministes la sexualité hétérosexuelle n’est pas forcément maquée du sceau de la domination patriarcale, ni d’avantage exclusive d’une sexualité plurielle où l’homosexualité a elle aussi sa place. Si la passion amoureuse est toujours ravageuse, elle est aussi libératrice et créatrice. Si Henry Miller aime les femmes, il n’est pas misogyne et sa relation avec Anaïs Nin en témoigne.

La réciprocité est au cœur de leurs démarches créatives respectives. Ils se soutiennent et se lisent mutuellement. Elle débride son corps et son esprit à son contact, il trouve en elle inspiration et assurance. Et bien loin de la relation de couple monogamique !

 

   Comme le dit François-Xavier Freland : « Miller aime les humains, sans différence de sexe, avec un léger complexe d’infériorité néanmoins pour la femme… Et s’il se sert des autres, il a au moins le mérite d’utiliser autant ses amis hommes que femmes ».

Notre époque du rejet de l’universalisme humaniste, du boomerang puritain, de la peur de la chair sous toutes ses formes, de la viande rouge saignante au sexe affranchi des injonctions moralisatrices, tendrait à reléguer Miller à l’enfer des bibliothèques.

Osons donc lire et relire Henry Miller ! François-Xavier Freland nous y invite avec fougue et élégance, dans une empathie fascinante avec son auteur fétiche. En nous glissant dans ce « rêve parisien », c’est déjà l’atmosphère des livres d’Henry Miller qui nous saisis, grâce à son autre double contemporain, l’écrivain, l’amoureux, l’ermite d’Un été à Anafi, le roman précédent de François-Xavier Freland.

 

Henry Miller, un rêve parisien, de François-Xavier Freland, 180 p (Ed. Magellan, septembre 2022)

 

N.B : cet article a également été publié par la Revue des Deux Mondes (23-01-2023) (https://www.revuedesdeuxmondes.fr/)

 


Renée Fregosi, philosophe et politiste est écrivain essayiste. Présidente de l'ONG CECIEC (Centre Européen pour la Coopération Internationale et les Échanges Culturels) depuis sa création en 1991.

Ancienne enseignante-chercheur à l'IHEAL (Institut des hautes études de l'Amérique latine) et directrice de recherche en Science politique à l'Université Paris-Sorbonne-Nouvelle.

Dernières publications : Comment je n'ai pas fait carrière au PS. La social-démocratie empêchée (Ed. Balland, 2021); Le bêtiser du laïco-sceptique, avec Nathalie Heinich, Virginie Tournay et Jean-Pierre Sakoun. Dessins de Xavier Gorce (Ed. Minerve, 2021); Français encore un effort... pour rester laïques ! (Ed L'Harmattan, 2019) et Les nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates (éd. du Moment 2016). 

Dernière contribution au PRé :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2020/06/05/un-tout-petit-monde-par-ren%C3%A9e-fregosi/

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2020/06/05/un-tout-petit-monde-par-ren%C3%A9e-fregosi/

 

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CROQUIS PARISIEN, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un poème de saison de Paul Verlaine (1844-1896).

Extrait du recueil «Poèmes saturniens » , ce poème est le premier de la deuxième partie "Eaux- fortes", après "Melancholia" (Résignation, etc.), avant ceux de "Paysages tristes" (Soleils couchants, etc.), et de "Caprices" (Femme et chatte, etc.), troisième et dernière partie.

 

 

 

 

 

 

 Portrait de Paul Verlaine par Willem Witsen - 1892

Croquis parisien

 

La lune plaquait ses teintes de zinc
               Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.

Le ciel était gris. La bise pleurait
                 Ainsi qu'un basson.
Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d'étrange et grêle façon.

Moi, j'allais, rêvant du divin Platon
               Et de Phidias,
Et de Salamine et de Marathon,
Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.

 

Parisian Sketch

 

The sky was grey. The bitter north wind wept

Like a bassoon,

And thick black plumes of smoke formed fives, and leapt

From lofty pointed roofs towards the moon,

 

Which spread a plating, blunt and angular,

In dull zinc hues.

A cat, less warm than watchful, somewhere far                                 Uttered its eerie, high-pitched mews.

 

I walked, I dreamed of godlike Phidias

And Plato too,

I dreamed of Marathon and Salamis…

The gas-lamps’ eyes were watching, winking, blue.

 

Copyright © Timothy Adès


La République de Platon / Recueil Poëmes saturniens, Verlaine (Imprimé par D. Jouaust pour Alph. Lemerre, libraire éditeur, 1866), BnF, département Réserve des livres rares, RESP-YE-1151 et sa Préface par Verlaine / La bataille de Salamine, peinture sur toile (62x105 cm), 1858, de Wilhelm von Kaulbach (1805-1874), Munich, Neue Pinakothek / Statue chryséléphantine, qui ornait l'intérieur du Parthénon, représentant Athena armée, sculptée par Phidias vers 438. - Une réplique (beaucoup plus petite) du IIe siècle, dite "Athena du Varvakeion", au Musée national d'Athènes, évoque l'aspect de cette statue colossale disparue.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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BALLADE DE PROTECTION (BLUES), par Pierre Mac Orlan / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Nous revoici en compagnie de Pierre Mac Orlan (1882-1970) avec ‘Ballade de la Protection (Blues )’.

C’est le dernier des quatre poèmes de Mac Orlan que j’ai traduits pour un ami, Alastair Brotchie, de l’Institut Pataphysique de Londres.

Il les a publiés dans leur journal dont il est ‘Proveditor and Propogator’, en honorant Thiéri Foulc qui ‘avait fait le geste de mourir’, comme le disent les pataphysiciens.

 

 

Pour eux d’ailleurs, la dame d’Alastair porte le titre de ‘Sa Magnificence’.

Elle gère la minuscule librairie Bookartbookshop avec son Bar Peixoto : j’y ai pu offrir des poèmes traduits à treize personnes, maison remplie.

 

Ballade de la Protection (Blues)

 

Souvenez-vous, Seigneur, ô Lord du temps passé,

Quand vous m’accompagniez dans les prairies fanées

De Bagatelle, ornées de rousses gigolettes

A tiges bien tournées, revêtues de bas noirs.

Vous conduisiez mes mains pour que je les bénisse

Ces pauvres innocents des bienfaits judiciaires,

Ces gibiers de prison, ces pauvres orphelins,

Ces minables crétins au visage éphémère.

O Lord ! C’est vraiment vous qui conduisiez mes mains.

 

Seigneur affranchi ! Dieu riche d’expériences,

C’est vous que j’aperçois le long du bataillon,

Dans la poudre et verglas des routes de Lorraine.

Nous vous avons bien vu, moi et mes compagnons.

Vous chantiez avec nous Le Père Barbançon

Et vous preniez mon sac, ô Seigneur des casernes !

Mon sac et mon fusil, plus tard mon mousqueton.

Vous chantiez, Domine, le vide des gibernes.

On braillait les refrains de notre garnison.

 

Dieu des si puissants catholiques galas !

Présentez quand il faut l’amour sur vos tréteaux.

Donnez-nous de l’amour la signification

Précise afin de l’utiliser çà et là,

Selon les besoins de la vie, au jour le jour,

Un sens bref comme un coup de couteau amical

Au moment de régler nos bontés et nos comptes.

 

Seigneur et Lord ! Docteur en toutes compétences !

Donnez-nous de ces mots la monnaie non rognée.

Donnez-nous du mépris la fière intelligence

Pour mieux nous protéger des autres et des uns.

Quand un pressentiment rend la nuit plus peuplée,

Quand la chambre à coucher se transforme en chapelle,

Quand l’ampoule électrique est telle une chandelle,

Éloignez de nos yeux la présence des cierges.

 

O Créateur, vêtu comme un vrai chien d’aveugle

Pour mieux nous avertir en marge des chaussées

Ma femme et puis moi et ma lourde bouledogue

Et mon accordéon dans son étui couché,

Encore réunis comme à l'accoutumée.

Donnez-nous pour ce soir la paix dans nos foyers.

Demain ?…

 

            ENVOI

 

Qu’un honorable calme escorte nos ennuis

Demain ? On verra bien. Pour l'instant, c'est fini.

Les anges nouveau-nés en gais flocons de neige

Tourbillonnent dans un ciel gris, couleur adolescente,

Couleur de tous péchés. maintenant « abolus ».

— Ce n’est prière de Picard — Seigneur, donne à cil

La chance sans essoine et… mille « Ainsi soit-il ».

 

 

 

 

 

 

Chanteuse: Monique Morelli

https://www.youtube.com/watch?v=ZaJMrg6Tu_o

 

 

 

Protection Ballad (Blues)

 

Remember, O Lord God, remember times gone by,

When you went at my side into the faded fields

Of Bagatelle, adorned with redheads on the game,

With those well-rounded calves, black stockings clothing them :

You guided my two hands to bless these luckless ones,

The paupers who received no kindness from the bench,

The jailbirds serving time, orphans in penury,

Sad imbeciles, their faces seen for just a day.

Lord ! Truly it was you who guided my two hands.

 

Enfranchised Lord ! O God rich with experience,

It’s you who I perceive all along the battalion,

In the black ice and slush of roadways in Lorraine.

We saw you very clear, myself and my companions,

You used to sing with us that ‘Old Man Barbançon’.

You even took my pack, O Lord of barrack-blocks!

My knapsack and my rifle, my side-arm after that.

Dear Lord, you sang about our kitbags’ emptiness.

And we roared out refrains, songs of our garrison.

 

O God of galas, powerful and catholic !

Present us on your trestles love in its due time,

Give us to know the true significance of love,

Precisely, so we may apply it here and there

According to the needs of life from day to day,

A meaning like a knife-blade’s friendly cut, so neat,

Just when we settle our accounts and kindnesses.

 

O Lord and God ! Doctor in every competence !

Give us the unclipped coinage of words.

Give us that proud intelligent mistrust,

The better to protect ourselves from one and all.

When a foreboding fills night with more presences,

When the familiar bedroom turns into a chapel,

When the electric bulb is like a candle-flame,

Remove the presence of wax tapers from our eyes.

 

Creator ! dressed like a real guide dog for the blind,

To warn us better on the edge of roads,

My wife and then myself, my heavy revolver

And my accordion at rest inside its case,

All once again together in the usual way :

Give us for this evening peace at our firesides.

Tomorrow...?

 

            ENVOI

 

May an honourable calm guide away our troubles

Tomorrow ? We shall see. For the moment, it’s all done.

Angels are new-born where snowflakes are gambolling

And whirl in a grey sky of adolescent hue,

The colour of all sins now absolved, now abolished.

- It’s quite a simple prayer.

Lord, give the nod

To luck unhampered and... a thousand times ‘Let it be so’.

 

Copyright © Timothy Adès

 

 


- Monique Morelli (1923-1993) chante Pierre Mac Orlan (Arion, 1968, réédité sous le titre "Chansons du Quai des Brumes", Arion 1978) : La chanson de Margaret ; La rue qui pavoise ; Le Pont du Nord ; Merci bien ; Les rues barrées ; Les Compagnons du Tour de France ; Nelly ; Marie-Dominique ; La route d'Aigues-Mortes : Bel-Abbès ; Rose des Bois ; Ballade de la protection

- Intérieur de la BookArtBS avec les livres de Timothy Adès exposés

- Photo (d'une partie) de la famille Adès prise dans la librairie Bookartbookshop avec son Bar Peixoto


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

 

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MA SELECTION DE LIVRES 2022, par Jean-Marie Pierlot, chercheur en communication des associations, spécialiste de la communication stratégique


Voici 10 lectures de livres parus en 2022 axés autour des questions d'écologie et de construction du monde de demain que notre ami Jean-Marie Pierlot a plaisir à nous proposer en ce début d'année 2023.

Avec ses meilleurs voeux et les nôtres,

Salut et fraternité !


 

1. Bruno Frère et Jean-Louis Laville : La Fabrique de l’émancipation – Repenser la critique du capitalisme à partir des expériences démocratiques, écologiques et solidaires (Seuil, collection "La Couleur des idées", 09/09/2022).

 

Un hommage à la puissance instituante des associations, par-delà les critiques centrées uniquement sur la théorie (L’École de Francfort – en particulier Habermas et Honneth ; Bourdieu & ses épigones ; Latour, etc.).

2. Hartmut Rosa : Accélérons la résonance – Entretiens avec N. Wallenhorst – Pour une éducation en anthropocène (Le Pommier, collection Essais - Manifestes, 05/01/2022).

 

Le titre choisi par cet opuscule de 62 pages est affirmatif dans la tête de l’intervieweur, il me semble qu’il aurait plutôt tendance à être interrogatif pour l’interviewé. A la question « Que faire ? », Rosa, dernier illustre représentant en date de l’École de Francfort, répond qu’avant d’agir pour transformer le monde, il faut d’abord s’arrêter, ouvrir un processus d’autoréflexion à l’écoute du monde. Lecture à compléter par celle des entretiens avec le pédagogue Wolfgang Endres, Pédagogie de la résonance (également Le Pommier).

 

3. Timothée Parrique : Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance (Seuil, collection Essais-Documents, 16/09/2022).

 

J’étais un peu sceptique par rapport aux idées sur la décroissance, surtout venant de Serge Latouche. Ici, il fait une démonstration très convaincante des impasses de l’économie de la croissance. Ses réponses aux objections provenant des chantres de la croissance sont excellentes aussi. J’aime moins son développement sur une économie post-croissance – je préfère les hypothèses de ma compatriote belge Isabelle Cassiers, développées dans Vers une société post-croissance (ouvrage collectif, L’Aube, 2017).

 

4. Philippe Chanial : Nos généreuses réciprocités – Tisser le monde commun (Actes Sud, mars 2022).

 

C’est l’éditeur de la Revue du MAUSS, qui succède dans ce rôle à Alain Caillé. Il passe en revue les diverses extensions de la théorie du don en l’opposant  à celle de l’utilitarisme. Indispensable pour construire le monde de l’après-croissance.

 

5. Fabien Benoît et Nicolas Celnik : Techno-luttes – Enquête sur ceux qui résistent à la technologie (Seuil / Reporterre, 16/09/2022 ).

 

L’enquête de deux journalistes sur les technologies imposées, dans différents domaines, des « Smart Cities » à l’Agriculture 4.0, en passant par les objets connectés. Utile de savoir qu’on n’est pas seuls dans ces combats pour une société moins artificielle.

 

6. Norbert Alter : Sans place ni classe – L’improbable histoire d’un garçon venu de nulle part (PUF, collection Hors collection, 06/04/2022).

 

Récit autobiographique d’un sociologue pas comme les autres, spécialisé dans l’innovation en entreprise, proche du mouvement du MAUSS. Son regard sur les écarts entre Donner et Prendre est éclairé par son expérience vécue.

 

7. Bruno Latour avec Nikolaj Schultz : Mémo sur la nouvelle classe écologique (Les Empêcheurs de penser en rond, janvier 2022).

 

Même si constituer une classe à partir des oppositions entre les « terrestres » et les « hors-sol » n’est pas totalement crédible, sa réflexion pousse à avancer sur une réappropriation de « habiter sur terre » par ceux qui tentent de construire un espace habitable pour demain.

 

8. Joëlle Zask : Ecologie et démocratie (Premier Parallèle, 10/02/2022).

 

Elle a raison : ces deux pôles de la réalité sont inséparables. Elle m’a fait découvrir la pensée de John Dewey et ses conceptions d’expérience et d’enquête (je m’apprête à lire « Le public et ses problèmes » - Folio 2020, qu’elle a traduit en français).

J’ai eu l’honneur de publier le compte-rendu du livre de J. Zask sur le site du PRé : https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/09/28/ecologie-et-democratie-jo%C3%ABlle-zask-note-de-lecture-de-jean-marie-pierlot-chercheur-en-communication-des-associations/

 

9. François Gemenne : L’écologie n’est pas un consensus – Dépasser l’indignation (Fayard, collection Documents, 02/11/2022 ).

 

Il a le mérite de nous faire sortir de l’illusion que tout le monde aurait envie de vivre la transition vers une société post-croissance. C’est un combat, dommage qu’il ne se réfère pas à Latour qui en sait plus que lui sur ce sujet 😊.

 

10. Nicolas Bérard : Ce monde connecté qu’on nous impose (Le passager clandestin, août 2022).

 

Un petit livre de combat. Je n’imaginais pas que la 5G allait nous imposer à ce point un monde ultra-connecté. Pourtant, d’ores et déjà les dégâts des services numérisés à outrance (« Tous nos collaborateurs sont occupés, veuillez rester en ligne » - grrrr !) nous rendent la vie plus contraignante que les « vrais » rapports entre humains. Il faut se battre pour empêcher que se réalisent les mirages de la société hyperconnectée. Lecture à compléter avec le n° 5.


Jean-Marie Pierlot, chercheur en communication des associations, spécialiste de la communication stratégique, de crise et du Fundraising, a travaillé durant 25 ans en Belgique francophone dans divers secteurs (santé, environnement, aide humanitaire, développement, droits humains) et a enseigné la communication du non-marchand à l’UCLouvain (Université catholique de Louvain).

Cet ancien administrateur de Greenpeace Belgique (1989-95) fut aussi membre du LASCO, le Laboratoire d'Analyse des Systèmes de Communication d'Organisations (de 2000 à 2014); il a participé à l'édition d'un n° spécial de Recherches en Communication (UCL) sur Légitimation et Communication (n° 25, 2006) et a co-édité les Actes du colloque "Contredire l'entreprise" (Presses Universitaires de Louvain, 2010). Egalement membre du Centre d'Etudes de la Communication (CECOM) de l'UCLLouvain (1986- oct.2021).

Il est aujourd’hui administrateur de l'association Entraide et Fraternité; membre du "comité sociétal" de NewB, banque coopérative belge, "éthique et durable" (depuis juin 2022). Jean-Marie Pierlot est un ami et un contributeur du PRé.

Auteur de plusieurs livres dont La communication des associations (Ed Dunod, 2014); Les nouvelles luttes sociales et environnementales, avec Thierry Libaert (Vuibert, 2015).

 

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/10/14/bruno-latour-de-la-sociologie-des-sciences-au-monde-des-vivants-un-long-parcours-par-jean-marie-pierlo

 

 

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LE MAGE QUI PERD SON ETOILE, par Patrice de la Tour du Pin / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un tout petit poème du Comte Patrice DE LA TOUR DU PIN (1911-75), descendant de l’ancienne noblesse, côté paternel, de René, Marquis de la Charce, conseiller d’Etat du Vert-Galant ; néanmoins un poète des plus catholiques; et, côté maternel, de Condorcet, ce qui faisait de lui accessoirement un petit cousin de Charles Baudelaire, le père de ce dernier, ancien prêtre devenu voltairien, étant allié aux Condorcet.

Poète et mystique catholique discret, résolument non médiatique, il entra en dialogue avec tous les milieux de son temps, y compris la pensée athée.
élevé par sa mère et sa grand-mère, avec sa sœur et son frère aîné, entre Paris et le Bignon-Mirabeau dans le Gâtinais. Poète et mystique catholique discret, résolument non médiatique, il entra en dialogue avec tous les milieux de son temps, y compris la pensée athée
élevé par sa mère et sa grand-mère, avec sa sœur et son frère aîné, entre Paris et le Bignon-Mirabeau dans le Gâtinais. Poète et mystique catholique discret, résolument non médiatique, il entra en dialogue avec tous les milieux de son temps, y compris la pensée athée

 

En classe de philosophie à Janson-de-Sailly, aux cotés de Maurice Schumann (alors président de la fédération des Etudiants socialistes), il s'inscrivit ensuite aux facultés de droit et de lettres de la Sorbonne, pour gagner, sitôt un certificat obtenu, rue Saint Guillaume pour y suivre des sciences politiques bien plus excitantes de son point de vue.

 

Emprisonné pendant " la drôle de guerre ", il reste en Allemagne trois ans, période productive. « Il a joué aussi, on le sait peu, un grand rôle dans la rédaction de la traduction de la Bible pour la liturgie catholique francophone, après la décision de Vatican II d'utiliser les langues vernaculaires pour la messe. Il participa particulièrement à partir de 1964 à la rédaction des psaumes dans le cadre de la Commission liturgique de traduction. Il a aussi rédigé un grand nombre des premiers chants liturgiques post-conciliaires pour la liturgie catholique du bréviaire en langue française… »

Il habite le château du Bignon-Mirabeau. Il publie notamment La Quête de Joie (1933) et Une Somme de poésie (1946).  il reçoit le prix Maurice-Trubert de l’Académie française (1961) et le Grand prix catholique de littérature (1971).

 

Le mage qui perd son étoile

Au milieu des constellations

Suit l’Aigle, Orion ou Andromède,

Sans rien comprendre à sa mission.

 

Au lieu d’errer, fais donc un pas

Dans la lumière d’une d’elles;

Alors elle s’arrêtera:

Chaque nuit peut être Noël !

 

 

 

 

 

Somewhere among the galaxies,

One of the Wise Men lost his star.

Not knowing what his mission is,

He tracks Orion or Aquila.

 

So, do not wander. Make your way

Forward beneath some guiding light,

And somewhere it will stop and stay.

Make every night a Christmas night !

 

Copyright © Timothy Adès


- Patrice de la Tour du Pin à 19 ans

- Le château de Bignon : construit en 1880 sur l’emplacement d'un premier château, où naquit Mirabeau, le Bignon, aujourd’hui classé « Maison d’écrivain », fut la propriété de Patrice de La Tour du Pin, qui y passa une partie de son enfance.

- La Quête de joie, Patrice de la Tour du Pin (La Tortue, 1933)

- Une Somme de poésie, NRF / Gallimard (1946) En 1981-82-83, Gallimard publié l'édition définitive, revue et corrigée par l’auteur. Elle comporte trois tomes (trois « jeux) et rassemble tous les textes publiés du vivant du poète à l’exception de Pépinière de sapins de Noël. Elle se termine avec une « Veillée pascale » inédite.

- Anne et Patrice de La Tour du Pin dans le salon du château Bignon-Mirabeau dans les années 40

- Anthologie d'un choix de poèmes de Patrice de La Tour du Pin ( NRF / Gallimard, 2010). Elle fut publiée à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance. Tous les textes choisis le sont dans leurs versions définitives telles que publiées dans Une somme de poésie (collection blanche, 1981-1983). Cette anthologie est complétée d'un cahier de lettres signées d'André Gide, Jules Supervielle, Jean Paulhan, Paul Claudel, Louis Aragon...


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE REPOS EN ÉGYPTE, Albert Samain / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 "La fuite en Egypte", 1879, 77 x 133 cm, de Luc-Olivier Merson, Musée des Beaux Arts Chéret de Nice

 

 

   Voici un  troisième poème d’Albert Samain (1858-1900): Le Repos en Égypte, tiré de son recueil « Symphonie Héroïque » (Mercure de France, 1901) composé d'une vingtaine de poèmes.

Le poème est tout à fait fidèle à la peinture de Luc-Olivier Merson qui en a fait quatre exemplaires, dont un à Nice, un à Boston, un à Hearst Castle en Californie. …

J’ai vu le Sphinx il y a 70 ans. Nous avons passé les vacances, sauf l’été, en Égypte : nous étions chez nous. Entre les images, le Sphinx à vraie échelle, et une toile de Carlo Labruzzi qui se trouve à Épinal.

 

T.A

 

Albert Samain est l'auteur notamment de Contes, Polyphème, et de trois recueils de poèmes : Le jardin de l’infante (1893), Aux flancs du vase (1898) et Le Chariot d’or (1901).

 

LE REPOS EN ÉGYPTE  

 

La nuit est bleue et chaude, et le calme infini…

Roulé dans son manteau, le front sur une pierre,

Joseph dort, le cœur pur, ayant fait sa prière;

Et l’âne à ses côtés est comme un humble ami.

 

Entre les pieds du Sphinx appuyée à demi,

La Vierge, pâle et douce, a fermé la paupière;

Et, dans l’ombre, une étrange et suave lumière

Sort du petit Jésus dans ses bras endormi.

 

Autour d’eux le désert s’ouvre mystérieux;

Et tout est si tranquille à cette heure, en ces lieux

Qu’on entendrait l’enfant respirer sous ses voiles.

 

Nul souffle…La fumée immobile du feu,

Mont ainsi qu’un long fil se perdre dans l’air bleu…

Et le Sphinx éternel atteste les étoiles.

 

Gaubert Fatma Said, soprane

https://www.youtube.com/watch?v=Y8ieN-zzihE&t=211s

 

Respighi Ian Bostridge ténor

https://youtu.be/OxiQXktZtD4

 

 

RESTING IN EGYPT                   

 

The blue, hot night, the calm that has no end…

Wrapped in his cloak, a stone beneath his head,

Sleeps Joseph, pure in heart, his prayers said;

The ass is by him, like a humble friend.

 

Between the Sphinx’s paws composed to rest,

The Virgin, pale and sweet, has veiled her sight.

The shadow glimmers with a strange, soft light:

The infant Jesus sleeps upon her breast.

 

The time and place are peaceful. Not a sound:

Only the breathing of the babe. All round,

The desert sands their mysteries unfold.

 

The wind is still, the smoke climbs quietly,

Like a long thread, to vanish in the sky;

The timeless Sphinx bids all the stars behold.

 

Copyright © Timothy Adès


- Le Chariot d'Or -Symphonie héroïque d'Albert Samain (Paris. Mercvre de France. 1925. 35° édition).

- Albert Samain, vers 1870 © Rue des Archives/Tal.

- "La fuite en Egypte" de Luc Olivier Merson, une des quatre versions du tableau composées en 1879 conservée au Muséum des Beaux Arts de Boston.

- Esquisse préparatoire de "la Fuite en Egypte " de Luc Olvier Merson.

- "La fuite en Egypte" de Luc Olivier Merson : cette version est conservée au Hearst Castle à San Simeon (comté de San Luis Obispo), en Californie se distingue par sa palette de couleurs de taupes et gris, et par le croissant de lune dans le coin supérieur gauche.

- Luc Olivier Merson (1846-1920), peintre et illustrateur, dessinateur et cartonnier, professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris. - Membre de l'Institut, Académie des Beaux-Arts.

- "Le Repos de la sainte Famille en Égypte" (1775), huile sur cuivre  de Carlo Labruzzi (1748-1817), Musée départemental d’art ancien et contemporain – MUDAAC – Épinal (88).

- Le Sphinx à sa vraie échelle


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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SUR MA ROUTE avec Gilbert Thiel, ancien juge anti-terroriste, par Vianney Huguenot, journaliste


Notre ami Vianney Huguenot rencontre le fameux juge Gilbert Thiel dans le Metz de son enfance, celui-là même qui après avoir instruit des affaires très médiatiques fut affecté début septembre 1995 à la section antiterroriste en pleine vague d'attentats islamistes à Paris. Pendant près de trois ans, il consacrera l'essentiel de son activité aux procédures visant à démanteler les réseaux islamistes implantés en France. Il sera ensuite en charge, entre autres procédures, des dossiers relatifs à l'assassinat du préfet Erignac, de Jean-Michel Rossi, assassinat de François Santoni... Il est l'auteur notamment de On ne réveille pas un juge qui dort (2002), Magistrales insomnies (2005) ou encore Mafias (2014).


Vianney Huguenot avec Gilbert Thiel

   Une journée avec Gilbert Thiel, "l'emmerdeur" (1), c'est tonique !
Des souvenirs d'enfance à Metz, une réflexion captivante sur l'univers judiciaire, des anecdotes sur ses affaires les plus retentissantes – "la diabolique de Nancy", "le tueur de l'est parisien", "le bagagiste de Roissy", l'assassinat du préfet Erignac – de l'émotion, quelques oreilles qui sifflent, dont celles d'Acquittator aujourd'hui garde des Sceaux, de l'humour, de la passion (pour Brassens, Brel, Ferrat, "Ma France" (2), Audiard, le FC Metz et le Tour de France), une nostalgie assumée et la belle voix rocailleuse d'un des magistrats les plus médiatiques de France, désormais retraité, occasionnellement acteur et auteur d'un livre récent chez Robert Laffont "Faites entrer l'acquitté " (septembre 2022).
V.H
(1) "L'emmerdeur" est le nom qu'on lui donnait dans la profession et qu'il revendique. 
(2) " Cette chanson de Ferrat devait être notre hymne national ", dit-il.

 

Le replay de [sur ma route] avec Gilbert Thiel, sur Moselle TV et Vosges TV, avec France Bleu Lorraine, c'est ici : https://youtu.be/wLHJhdhdWG0


Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

 

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FANTASIO, par André Bellessort / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Fantasio : un poème d’André Bellessort (1866-1942) : agrégé de Lettres, poète, critique littéraire, romancier, traducteur et voyageur, membre de l'Académie française (élu en 1935) : et pour moi, surtout, cet aperçu : « Ce poème, par les grands tableaux de la Retraite de Russie, de Waterloo, de Sainte-Hélène et. par la vision de l’ignoble foire du Second Empire, consomme, mieux que ne l’avait fait aucune pièce de son théâtre, l’alliance dans le tragique du sublime et du grotesque(...)Quant au sublime, Hugo n’eût-il jamais écrit que les quatre-vingts vers de Waterloo, il serait encore notre plus grand, notre seul, poète épique. » Que voici : http://www.brindinpress.com/pfhugwat.htm .

 

Pour la découverte du poème, je remercie le distingué baryton François Le Roux, qui l’a chanté à Londres dans un programme du grand Henri Dutilleux.

 

 

Fantasio

 

La mort t’ayant surpris en travesti de bal,

Pauvre Fantasio, de folles jeunes filles

Te firent un linceul de leurs blanches mantilles,

Et tu fus enterré le soir du carnaval.

 

Sous un léger brouillard du ciel occidental

Le mardi gras folâtre éparpillait ses trilles,

Et ton glas, voltigeant sur de lointains quadrilles,

Détachait dans la nuit ses notes de cristal.

 

Des coins du corbillard le feu des girandoles

Éclairait tout un chœur d’étranges farandoles.

Nul n’avait pris le temps de revêtir le deuil.

 

Ta rieuse maîtresse avait gardé son masque

Et tous faisaient jouer derrière ton cercueil

Une marche funèbre à leurs tambours de basque.

 

 

 

Yoon-Sung Choi

 https://www.youtube.com/watch?v=D2N4h26LIFo

 

Patrick Mason

https://www.youtube.com/watch?v=qvn52s5nO54

 

Logan Rebstock

https://www.youtube.com/watch?v=CX9vOT26pe4

 

Fantasio

 

Death caught you costumed for the fancy ball.

Giddy young women (Poor Fantasio!)

lent you their white mantillas for a pall:

they buried you, that night of carnival.

 

In the slight vapour of the western sky

mad Mardi Gras went frittering its trills;

Your death-knell pranced on faraway quadrilles,

etched on the night its crystal threnody.

 

The flames of candelabra round the bier

lit dancers reeling in an eerie choir.

No-one had paused to dress in mourning-gear.

 

Your laughing mistress kept her mask, and all

followed your corse and, played, Fantasio,

on tambourines, a march funereal.

 

Copyright © Timothy Adès

 

Wigmore Hall 2018: Dutilleux birthday :

François Le Roux baritone, Olivier Godin piano

https://arcana.fm/2019/01/31/francois-le-roux-olivier-godin-dutilleux/

My translations of all the songs were in the printed programme.

 




Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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BEGINNING OF WINTER. I had to expand this one... , par Timothy Adès, poète traducteur britannique

Feuillage de dahlia noirci par le gel - (Marilylle Soveran / flickr.com)

 

Beginning of Winter. I had to expand this one...

 

Dahlias are over. So’s ‘Ginster’

Which sounds like a Cornish pasty,

But it’s something much less tasty:

It’s ‘needle furze’ or ‘petty whin.’

NB It isn’t broom or gorse :

I needn’t tell you that, of course.

I know you wouldn’t imagine it,

Despite the link with ‘Plantagenet’.

So :

Dahlias are over. So’s petty whin.

Heating and light now cost a lot.

Again the nights are drawing in.

The days are shrinking. I am not.

 

- 1ère vignette : Heinz Erhardt (1909-1979) est un musicien et acteur allemand d'origine germano-balte, né en Livonie, alors dans l’empire russe.

 Après la guerre, il travaille pour la radio Nordwestdeutscher Rundfunk qui mit dans son programme son Opéra de dix sous (10-Pfennig-Oper) en 1948. Il se fait connaître alors pour ses textes humoristiques et ses chansons légères et devient acteur et mime. Il tourne dans de nombreux films.

- 2ième vignette : Le compositeur anglais Sir Michael Tippett (1905-1998), compositeur de « THE WORLD turns on its dark side — it’s winter », chanté par le chœur vers le début de « A Child of Our Time » (1939-41), un oratorio évoquant la « Nuit de Cristal » du 9 novembre 1938 en Allemagne : https://youtu.be/1L262XNnZUA

 

N.B : Thomas Adès (le fils aîné de Timothy et Dawn Adès) a dirigé à Paris "A Child of Our Time" de Michael Tippett avec 200 chanteurs et 4 solistes lors d’un Concert donné le 7 novembre 2018 dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris (où il a également dirigé l’"Ouverture des Francs-Juges" d'Hector Berlioz) et "Polaris Voyage pour orchestre" de Thomas Adès). Avec Michelle Bradley, soprano, Sarah Connolly, mezzo-soprano, Mark Padmore, ténor, John Relyea, basse, Choeur de l'Orchestre Paris, Choeur de jeunes de l'Orchestre de Paris, Lionel Sow, chef de chœur.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.


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HOMONYMES, Maurice Carême / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Maurice Carême à Margny, dans les Ardennes, durant l'été 1970 - Jeannine Burny / Fondation Maurice Carême

 

 

Des calembours

Pardonnez-moi

Deux fois en vers

L’envers, ma foi !

 

En compagnie du poète belge, " l'émerveilleur " Maurice Carême (1899-1978) dont l'œuvre, abondante et diverse, reste on ne peut plus vivante plus de 40 ans après sa mort, toujours autant récitée, mise en musique et traduite.

 

T A

   Maurice Carême publie son premier recueil de poèmes, 63 illustrations pour un jeu de l’oie en 1925. Impressionné par les mouvements surréalistes et futuristes, suivront ensuite Hôtel bourgeois (1926), Chansons pour Caprine (1930), puis Reflets d’hélices (1932). Instituteur, il publie deux essais consacrés à des textes d’enfants qu’il éveilla à l'émerveillement, au plaisir et au rythme des mots, Poèmes de gosses (1933) et Proses d’enfants (1936). Il co-fonde le Journal des Poètes en 1931, et obtient un Premier prix au Conservatoire de Bruxelles (1933).

Son recueil Mère paraît en 1935 et reçoit le Prix Triennal de poésie en Belgique en 1938.

Il enchaîne les publications et les prix : Prix Victor Rossel (1948), Prix de l’Académie française (1949 et 1954), Prix international Syracuse (1950), Prix populiste de poésie (1951), Médaille de la Ville de Sienne (1956), Prix Félix Denayer (1957), Prix de la poésie religieuse (1958), Prix du Président de la République française (1961), Prix de la Province de Brabant (1964), Prix de la traduction néerlandaise (1967), Grand Prix international de poésie (France, 1968), « Prince en poésie » à Paris en 1972, Prix européen (Italie, 1976), etc.

 

 

Les six dernières années de sa vie, il publie quatorze recueils de poèmes, un roman fantastique, Médua, ainsi qu’un choix de traductions des poètes de Flandre.

Maurice Carême aura passé sa vie à tenter d’approcher le mystère de la condition humaine, dans ses joies et ses peines, comme à dévoiler le merveilleux du quotidien, de l’amour, et de la nature. L’imaginaire de l’enfance, le jeu et le rêve apparaissant comme un "antidote" face à la mort.

 

Homonymes

 

Il y a le vert du cerfeuil

Et il y a le ver de terre.

Il y a l’endroit et l’envers,

L’amoureux qui écrit en vers,

Le verre d’eau plein de lumière,

La fine pantoufle de vair

Et il y a moi, tête en l’air,

Qui dis toujours tout de travers.

 

https://www.youtube.com/watch?v=mciw2EmRMGs

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-vie-une-oeuvre/maurice-careme-poete-tout-simplement-1899-1978-6301915

 

 

Homonyms

 

Green chervil is vert,

An earthworm is ver.

Obverse and reverse,

A lover writes verse.

Clear water-glass, verre

Fur slippers of vair

And me, head-in-air,

The prattler perverse.

 

Copyright © Timothy Adès

 



Et voici également La marchande de Foix  connue par des générations d'écoliers !

Comptine anonyme : La marchande de foie

 

Il était une fois,

Une marchande de foie,

Qui vendait du foie,

Dans la ville de Foix...

Elle se dit ma foi,

C'est la première fois

Et la dernière fois,

Que je vends du foie,

Dans la ville de Foix.

 

https://www.youtube.com/watch?v=cub73ZXO024

 

« Certains pensent même que ce nom de ville a été créée pour la rime, mais que nenni ! Foix est une ville bien réelle, avec un atout considérable, son château »

 

Anonymous : The liver seller

 

Once a liver seller

Went to sell her liver

In the town of Pau

Where she said: Oh woe !

It’s the first time ever.

I shall never ever

Sell again my liver

In the town of Pau.

 

Once a liver seller

Went to sell her liver

Live in Liverpool.

“Feel I’ve been a fool !

It’s the first time ever.

I shall never ever

Sell again my liver

Live in Liverpool.”

 

Copyright © Timothy Adès

 



Dans les pas de Maurice Carême à Anderlecht, une promenade proposée par le site de la ville d’Anderlecht.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES HIBOUX, Robert Desnos / Timothy Adès

Les Hiboux, 2014, par Cat Zaza (in Storysongs/Chantefables, Robert Desnos,

Traductions par Timothy Adès et illustrations par Cat Zaza)

  

   Voici "LES HIBOUX" de Robert DESNOS (1900-1945), extraits de son livre Chantefables. Il écrit une somme de cent poèmes pour enfants. En  avril 1943, il remet ses textes des Chantefables et des Chantefleurs à Michel Gründ de la maison d’éditions Gründ, qui publiera les premiers en mai 1944 avec des illustrations d'Olga Kowalevsky, et les deuxièmes en 1952 avec des illustrations de Christiane Laran.

L’auteur, arrêté par la Gestapo en février 1944, puis déporté, ne verra jamais ces œuvres imprimées.

 

J’ai traduit les trente Chantefleurs en anglais : le très beau livre bilingue relié Chantefables/Storysongs avec les dessins de la parisienne douée Cat Zaza est publié par Agenda Editions. Chaque année (avant la pandémie), le Collège Français Bilingue de Londres m’invite et les petits me posent des questions et me font ensemble un charmant récit de mes paroles… Et je l’ai expliqué dans The London Magazine qui a son origine au 18e siècle.

 

 

LES HIBOUX

 

Ce sont les mères des hiboux

Qui désiraient chercher les poux

De leurs enfants, leurs petits choux,

En les tenant sur les genoux.

 

Leurs yeux d’or valent des bijoux,

Leur bec est dur comme cailloux,

Ils sont doux comme des joujoux,

Mais aux hiboux point de genoux!

 

Votre histoire se passait où?

Chez les Zoulous ? les Andalous ?

Ou dans la cabane Bambou ?

À Moscou ou à Tombouctou ?

 

En Anjou ou dans le Poitou ?

Au Pérou ou chez les Mandchous ?

Hou! Hou !

Pas du tout c’était chez les fous.

 

 

Deux beaux récits :

https://www.youtube.com/watch?v=PpQKTJbXZEk

https://www.youtube.com/watch?v=JNt7tLHCF6g

 

 

THE OWLS

 

The mothers of owls                                    hiboux

Are looking for fleas                                     poux         

On their dear little cabbages                      choux       

Perched on their knees.                               genoux         

Their gold eyes worth jewels                      bijoux          

Their beak hard as pebbles                         cailloux         

They’re soft as soft baubles                          joujoux        

Though owls have no knees !

 

Where did it happen, your whole to-do ?

In land of Zulu or Andalou ?

In an igloo, or lean-to of bamboo ?

In Anjou, Poitou, Kalamazoo

Or Timbuktu or Khatmandu ?

Chez vous, Manchu ? Perhaps Peru ?

To-whit ! To-woo !

No, they were funny folk, that’s who.

 

 Copyright © Timothy Adès

 


- 30 Chantefables (Librairie Gründ, collection « Pour les enfants sages »; mai 1944), BnF, département de la Littérature et Arts

- "Les Hiboux", dessin d'Olga Kowalevsky extrait des 30 Chantefables (Librairie Gründ, collection « Pour les enfants sages », mai 1944), BnF, département de la Littérature et Arts

- Couverture de Storysongs / Chantefables de Robert Desnos, dans une version anglaise de Timothy Adès et des illustrations de Cat Zaza (Agenda Editions, déc. 2014, édition bilingue)

- Cat Zaza, illustratrice des Chantefables, version Timothy Adès

- Couverture de The LONDON magazine (N° August / September 2015), revue de littérature et des Arts datant de 1732

- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant, 527 pages, édition bilingue avec une introduction et une version anglaise de Timothy Adès (Arc Publications, 2017


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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GREEN, Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


  

 

   Nous revoici en compagnie de VERLAINE avec ce poème Green, étudié par des générations de lycéens, un de ceux qui s'ancrent durablement dans la mémoire, une fois adultes.

Il est tiré de son recueil Romances sans paroles (1874), et aurait été écrit en Angleterre, comme tous ceux de la quatrième et dernière partie du recueil (Ariettes oubliées, Paysages Belges, Birds in the Night, Aquarelles), dont il fait partie.

 

C’est un poème élégiaque à forme brève, 3 quatrains d’alexandrins aux rimes croisées, on ne peut plus musical, qui sera mis en musique par de nombreux compositeurs tels Claude Debussy (1888), Reynaldo Hahn, Gabriel Fauré (1891) ou encore Léo Ferré (1964).

 

 

Mathilde Mauté (1853-1914) colorisée,  1870, Alphonse Liebert

 

 

Très impressionniste par ses notes picturales qui font se correspondre ses états d’âme et des paysages, il exprime le sentiment amoureux avec intensité, celui du désir d'aimer et d'être aimé, celui du désir charnel, comme celui du désir de tendresse et de protection. Il dit surtout la détresse de Verlaine pris entre deux désirs (celui pour Rimbaud avec lequel la relation est tumultueuse et celui de renouer avec Mathilde (Mauté de Fleurville) mariée en 1870, “la petite épouse et la sœur aînée”, dont il s’est éloigné, et son fol espoir, qu’il pressent illusoire, d’obtenir son pardon et d’apaiser leur relation.

 

T.A

 

 

Green

 

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

 

J'arrive tout couvert encore de rosée

Que le vent du matin vient glacer à mon front.

Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée

Rêve des chers instants qui la délasseront.

 

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

Toute sonore encore de vos derniers baisers ;

Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,

Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

 

 

 

 

Green

 

 

Here are fruits and flowers, here are leaves and fronds

And here is my heart, only you can make it beat.

Don’t tear it to pieces with your two white hands!

To your beautiful eyes may this humble gift be sweet.

 

I come before you still all covered with dew

That was frozen on my brow by the morning breeze.

I lay my fatigue at your feet, in the hope that you

Will permit it to dream of imminent remedies.

 

Allow my head to loll on your youthful breast,

Still ringing with your kisses when they are strewn;

Let it find peace when the pleasant storm is done,

Let me sleep awhile, for you will be taking your rest.

 

Copyright © Timothy Adès


Couple, 1875, par Renoir


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L'ARCHET, par Charles Cros / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


  

   Charles CROS (1842-88) est un inventeur malchanceux : il invente la photographie couleur, mais Louis Ducos de Hauron (1837-1920) le devance, ainsi que le phonographe (qu'il nomme "paléophone"), et là c'est Thomas Edison (1847-1931) qui le devance.

 

Savant, c'est aussi un poète dont l'oeuvre de son vivant fut méconnue, même si elle recevra un prix de l'Académie française en 1879 et inspirera par la suite le mouvement surréaliste.

Charles Cros fait ses débuts poétiques en 1869 dans L'Artiste, publie la même année Moyens de communication avec les planètes (Paris, Ed. Gauthier-Villars), collabore à La Parodie et au Second Parnasse contemporain; également au Tombeau de Théophile Gautier. En 1874, il devient rédacteur en chef de La Revue du Monde Nouveau et publie Le Fleuve,  illustré de huit eaux-fortes de Manet et, en 1876, les Dixains Réalistes ; puis, entre autres, Le Capitaliste, Le Maître d'Armes, Autrefois, L'Homme Raisonnable, dans Saynètes et Monologues, 3e et 4e série en 1878 ; Le Violon dans Théâtre de Campagne, 8e série en 1882 ; ou encore La Proprété, Monologue en 1888.

 

   Le poème de ce jour, "l'Archet ", est tiré de son (unique) recueil Le Coffret de Santal (174 pages) publié en 1873, après avoir été édité en avant-première, avec un autre de ses poèmes également mis en musique, "l'Orgue", dans La Parodie. Un second recueil sera publié par son fils Guy-Charles pour les vingt ans de la mort de son père : Le Collier à Griffes.

"l'Archet" figure dans la première partie dénommée "Divinations" du recueil original, suivie de sept autres : "Sept portraits", "Printemps" "Eté", "Automne", "Débris", "Sept sonnets", et "Ecole buissonnière". Il est mis en musique par Ernest Cabaner, Gabriel Fabre, puis Claude Debussy et Robert Caby.

Amateur d'absinthe (il se dit qu'à une époque il en buvait jusqu'à vingt par jour dans les cafés parisiens où il avait quelques habitudes avec Verlaine et Rimbaud), Charles Cros écrira en 1873 une de ses plus fameuses poésies inspirée par "la Fée verte" intitulée "Lendemain"… Aujourd'hui, outre l'Académie de musique qui porte son nom (depuis 1947) il donne son nom à un vin de Pays d'Hauterive, je l'achète !

"L'Archet " est l’un des poèmes que j’ai traduits pour la magnifique soprane Julia Kogan, née à Kharkiv : j’y ai suivi la musique qu’avait conçue la compositrice distinguée Isabelle Aboulker pour les paroles françaises.

 

T.A

 

Voici deux notices biographiques sur Charles Cros : https://www.poesie.net/cros2.htm ; https://www.larousse.fr/encyclopedie/litterature/Charles_Cros/172622

 

N.B : "L'Archet", sur la composition musicale de Gabriel Fabre  fut dédiée à la cantatrice Georgette Leblanc, jeune sœur de Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin) ; éditions Lemoine, 1895.


L’Archet

 

Elle avait de beaux cheveux, blonds

Comm' une moisson d'août, si longs,

Qu'ils lui tombaient jusqu'aux talons.

 

Ell' avait une voix étrange,

Musicale, de fée ou d'ange,

Des yeux verts sous leur noire frange.

 

Lui, ne craignait pas de rival,

Quand il traversait mont ou val,

En l'emportant sur son cheval.

 

Car, pour tous ceux de la contrée,

Altière, elle s'était montrée,

Jusqu'au jour qu'il l'eut rencontrée.

 

L'amour la prit si fort au cœur,

Que pour un sourire moqueur,

Il lui vint un mal de langueur.

 

Et dans ses dernières caresses:

"Fais un archet avec mes tresses,

Pour charmer tes autres maîtresses."

 

Puis, dans un long baiser nerveux,

Elle mourut, elle mourut. Suivant ses vœux,

Il fit l'archet de ses cheveux.

 

Comme un aveugle qui marmonne,

Sur un violon de Crémone

Il jouait, demandant l'aumône.

 

Tous avaient d'enivrants frissons

À l’écouter. Car dans ses sons

Vivaient la morte et ses chansons.

 

Le roi, charmé, fit sa fortune.

Lui, sut plaire à la reine brune

El l'enlever au clair de lune.

 

Mais… Mais, chaque fois qu'il y touchait

Pour plaire à la reine, l'archet

Tristement le lui reprochait.

 

Au son du funèbre langage,

Ils moururent à mi voyage.

Et la morte reprit son gage.

 

Elle reprit ses cheveux, blonds

Comm' une moisson d'août, si longs, si long

Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

 

 The Bow

 

She gloried in her tresses, blond

As corn in summer-time, so long,

They reached her pretty ankle-bone.

 

And her voice, magic like an angel’s

Or a fay’s, was so melodious;

Her eyes were green beneath dark fringes.

 

He had no fear of rival’s sword,

As over hill and dale he spurred,

And bore her off to where he would.

 

For all the gallants in the land

She proudly rejected and disdained,

Until the day he kissed her hand.

 

Love pierced her heart, it struck right home:

Instead of sneering, making game,

She was wan, wounded, overcome:

 

And told him, in their last caresses,

“Fashion a bow out of my tresses

To charm all your other mistresses.”

 

Then in a kiss infirm and slow

She passed away. Her wish, just so:

He took her hair and made the bow.

 

In a blind beggar’s mumbling manner

On a violin of Cremona

He would play, he would ask for money.

 

It thrilled them to their very bones

To hear him play. For in his tones

Lived the dead woman and all her songs.

 

The king, bewitched, made his fortune,

Knew how to please his dark-eyed queen,

To bear her off beneath the moon.

 

Yet… Yet every time he sought to show

Sweet music to the queen, the bow

Uttered harsh words that brought him low.

 

Amid the ringing commination

They fell dead with their journey half done.

The dead woman reclaimed her long loan.

 

Yes, she reclaimed her tresses, blond

As corn in summer-time, so long, so long

 They reached her pretty ankle-bone.

 

 

Copyright © Timothy Adès

 


Isabelle Aboulker / Julia Kogan en français : https://www.youtube.com/watch?v=1K7oWN_Vz90

Isabelle Aboulker / Julia Kogan en anglais : https://www.youtube.com/watch?v=aKaRe9hgkHo


 

Claude Debussy / Natalie Dessay (7 strophes)

https://www.youtube.com/watch?v=jzSv-ZWduoA

 

Mario Brassard

https://www.youtube.com/watch?v=qpSvHmDtbiQ

 

 

- Charles Cros dans La Parodie avec 'L'Orgue' et 'l'Archet', 1869

- L'Archet, poésie de Charles Cros, Ernest Cabaner (1833-1881), compositeur (Paris, Éditeur  :  chez Mr Crouzat, 1876),  BnF, département Musique, VM7-38140

- Portrait de Charles Cros, 1900, par les Ateliers Nadar (BnF, département Estampes et photographie, FT 4-NA-238 (2)

- "Le coffret de santal", Charles Cros (Paris, Éd. A. Lemerre; Nice, Éd.J. Gay et fils, 1873), BnF, département Réserve des livres rares, RESP-YE-1948

- Préface de Le Coffret de Santal

- Une enveloppe "Premier jour" à l'effigie de Charles Cros, 1977, Fabrezan (village de l'Aude où il est né)

- Vin de Pays d'Hauterive, Carignan, Cellier Charles Cros


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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FEERIE AU CLAIR DE LUNE, par Raymond Genty / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Ce dimanche, je vous propose un poème de Raymond GENTY (1881-1950), poète, parolier et auteur dramatique, quelque peu oublié de nos jours : "Féerie au clair de lune", écrite vers 1939.

Sa carrière littéraire d’auteur dramatique est lancée par ‘L’anniversaire, à propos à la gloire de Corneille’ joué à l’Odéon dès 1905.

En 1913, Raymond Genty est secrétaire de rédaction de la revue satirique ‘le Gil Blas‘ et en 1914 il est mobilisé puis blessé grièvement en novembre. Démobilisé, il rejoint en 1916 le Théâtre national de l'Odéon dont il devient le secrétaire général. Il rédige un carnet de route édité en 1917 par Berger-Levrault : La flamme victorieuse,  pour lequel il recevra en 1918 le Prix Montyon de l'Académie (française) puis La Route lumineuse en 1939 (Ed. René Debresse, Paris), un volume de 100 pages d'où est tiré le poème, pour lequel il recevra en 1940 le Prix Artigue de l'Académie.

 

 

Raymond Genty, 23 ans, dans l'appartement de ses parents à Paris,

 rue de Varennes, en 1904

 

Féerie au clair de lune a donné lieu à une création musicale du grand Henri DUTILLEUX (1916-2013), publiée à Paris en 1943 par Durand et C.ie : Quatre mélodies pour baryton ou mezzo-soprano composées en 1941-42 dont une première exécution (version avec orchestre) sera donnée à Paris le 14 décembre 1943, par Henri Tomasi (baryton) et la Société des concerts du Conservatoire.

Ces Quatre mélodies comprennent donc "Féerie au clair de lune" (n° 1), également "Pour une amie perdue" (Edmond Borsent) (n° 2) ; "Regards sur l'infini" (Anna de Noailles) (n° 3) ; "Fantasio" (André Bellessort) (n° 4).

Je ne suis pas un spécialiste de ce recueil : c'est le grand baryton François Le Roux qui me l'a envoyé et qui le chante, comme l’a composé Dutilleux, mais j'aime assez ce poème de Genty !

 

Féerie au clair de lune

 

Un grillon fait un signal

Sur un timbre de cristal

Et dans la pénombre chaude

Où les parfums sont grisants,

La rampe des vers luisants

S’allume, vert émeraude.

 

Un ballet de moucherons

Tourne, glisse, fait des ronds

Tourne, glisse, fait des ronds

Dans la lumière changeante.

Un grand papillon de nuit

Passe en agitant sans bruit

Son éventail qui s’argente.

 

Les parfums des grands lys blancs

Montent plus forts, plus troublants,

Dans cette ombre où l’on conspire.

Mais dans cette ombre il y a

Obéron, il y a Titania,

Il y a du Shakespeare.

 

Les moustiques éveillés

Bruissent autour des œillets

Tout baignés de crépuscule;

Acteurs lilliputiens,

Chorégraphes aériens,

Mille insectes verts et bleus,

Mille insectes merveilleux

Tournent autour des œillets

Et font une ronde effrénée.

 

 

Puis, ayant tourné longtemps

Sous les roseaux des étangs,

Sous le hêtre et sous l’yeuse,

Les petits danseurs ailés

Soudain se sont en allés

Dans l’ombre mystérieuse.

 

Tout se tait. Seul, par moment,

Le léger sautillement

D’une oiselle à longue queue.

Puis, plus rien, plus aucun bruit,

Il n’y a plus que la nuit

Magnifique, immense et bleue.

 

Fairies’ Moonlight

 

A cricket gives a signal

striking a bell of crystal

and in the warm half-light

of enervating fragrance

the fireflies’ rack of lanterns

flares, emerald, alight.

 

Ballet-dancing midges

go turning, gliding, circling

go turning, gliding, circling

in inconstant light.

A great night butterfly

noiselessly passes by

shaking his silver fan.

 

The great white lilies’ odour

ascends, more troubling, louder,

in this conspiring shadow.

But in this shadow are

Oberon, Titania,

here we have Shakespeare.

 

Mosquitoes awaken,

buzz round the carnations

that twilight imbues;

airborne Lilliputians,

stage Terpsichoreans,

the greens and the blues,

a marvellous thousand

small insects revolving

around the carnations

in frantic rotation.

 

Then, after long whirling

in pond-reeds and ivy

and under dwarf oak,

the little winged dancers

are suddenly gone

in mysterious dark.

 

All’s quiet. But hold hard:

long-tailed little bird,

hop-hopping, so light.

Then nothing, no sound,

but blue and profound

magnificent night.

 

Copyright © Timothy Adès


 

Henri Dutilleux, Quatre Mélodies : Féerie au clair de lune

Avec Marielou Jacquard, mezzo soprano Kunal Lahiry, piano (Recorded at Knutson Studio, Berlin, Germany (2018) : https://www.youtube.com/watch?v=Gb2IXQpclh4

Avec Marc Callahan and Clara Yang, récital à UNC Chapel Hill Moeser Auditorium : https://www.youtube.com/watch?v=iKq8sAg9yf0

 

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LA MER EST PLUS BELLE, Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  

   Accusé de tentative de meurtre, pour avoir, en état d'ivresse, tiré un coup de feu sur RIMBAUD (1873), Paul VERLAINE est emprisonné pendant deux ans en Belgique (Bruxelles, puis Mons), où il va écrire en partie Sagesse, un recueil de poèmes écrits initialement entre 1875 et 1877 (selon le manuscrit autographe de Verlaine), qui finalement réunira des poèmes écrits entre 1873 et 1880. Ce recueil est publié en 1880 par la société générale de librairie catholique (sous la date de 1881), d'où est extrait le poème de ce jour : "La mer est plus belle", écrit à Bournemouth, en Angleterre.

L’œuvre se présente comme un kaléidoscope de sa vie, atteste du cheminement spirituel du poète et de l’évolution de sa poétique, comme de son aspiration à changer sa vie, à retrouver l’espoir, à se relever.

 

L'écriture de Sagesse coïncide avec la conversion en prison à la foi catholique de Verlaine. Le recueil se fait l’écho d’un certain élan mystique de son auteur. Ce dernier promet de mener une vie meilleure et de lutter contre ses travers. Il aimerait se réconcilier avec sa femme Mathilde. Il lui envoie le "manuscrit primitif" de Sagesse. Trop tard. A sa sortie de prison, après des retrouvailles également ratées avec Rimbaud en Allemagne, il devient professeur de français et de dessin en Angleterre (1875-77), à Stickney, Boston, Bournemouth, puis de français, anglais et histoire à Rethel (1877-78) où il retrouve ses Ardennes. Il retourne en 1879 en Angleterre, à Lymington, avant de revenir se fixer en France en 1880.

 

   Quand il compose Sagesse, nous sommes sous la IIIème République, Verlaine n’est tourné que vers sa vie intérieure, il n’y figure donc plus véritablement d'ancrage politique, plutôt une immense désillusion face à tout idéal collectif, dont témoignent ces vers : « Ton peuple, il se pille ou s’enchaîne / Et l’étranger y pond sa haine. » Il s’y lit cependant, en lien avec la conversion religieuse et avec l’idéologie monarchique légitimiste, une défiance (une haine ?) de la démocratie moderne. Ainsi, tout se trouve balayé, comme si la démocratie ne pouvait qu’être associée à la fête du corps, à l’ivresse et à la débauche. … Il évoque ensuite les élans républicains de sa « jeunesse, élevée aux doctrines sauvages ». Enfin, sa conclusion est une vibrante célébration de la « France ancienne ».

 

« La mer ! écrit-il dans le même manuscrit, mais dans un autre poème (troisième partie, II), puisse-t-elle / Laver ta rancœur, / La mer au grand cœur, / Ton aïeule, celle / Qui chante en berçant / Ton angoisse atroce, / La mer, doux colosse / Au sein innocent, /Grondeuse infinie / De ton ironie ! »

 

If only the sea / Could cleanse you of bile ! / Your great-hearted forebear / Who sings to beguile / Your anguish to rest, / The sweet giant sea / With innocent breast / Scolds infinitely / Your irony !

 

T. A

 

La mer

(in Troisième partie, XIV)

 

La mer est plus belle

Que les cathédrales,

Nourrice fidèle,

Berceuse de râles,

La mer sur qui prie

La Vierge Marie !

 

Elle a tous les dons

Terribles et doux.

J'entends ses pardons

Gronder ses courroux.

Cette immensité

N'a rien d'entêté.

 

Oh ! si patiente,

Même quand méchante !

Un souffle ami hante

La vague, et nous chante :

" Vous sans espérance,

Mourez sans souffrance ! "

 

Et puis sous les cieux

Qui s'y rient plus clairs,

Elle a des airs bleus,

Roses, gris et verts...

Plus belle que tous,

Meilleure que nous !

 

 

Bournemouth,

 

The Sea

 

 

The sea has more beauty

Than all our cathedrals:

Our wet-nurse on duty,

Our cradler of rattles:

The sea, oratory

Of God’s mother Mary !

 

The sea has the guerdons,

The fearsome, the good.

I’ve heard how it pardons,

Rebukes its foul mood.

In all the great ocean,

No ossification !

 

And oh, how forgiving,

Despite misbehaving !

A kindly breeze haunts

The billow, and chants

“All ye who lose heart,

Grieve not, but depart !”

 

And under the skies

Benign and serene

It takes on a guise

Pink, blue, grey, or green.

There's nothing more fair.

We cannot compare !

 

Copyright © Timothy Adès

 


- "Un coin de table", 1872, scène d’un dîner des "Vilains bonshommes", d’Henri Fantin-Latour. Assis, de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d’Hervilly, Camille Pelletan. Debouts, de gauche à droite : Pierre Elzéar, Émile Blémont, Jean Aicard (© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt)

- Couverture du manuscrit autographe de  Sagesse, reliure signée Loisellier (Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. NAF 27342) / Titre du manuscrit portant de la main de l'auteur : « Paul Verlaine / Sagesse : 1875-1877 / Stickney-Rethel / tôme [sic] II [biffé] » avec envoi du manuscrit : « à ma femme / ce manuscrit primitif / 1881. / P. V. » (idem)

- Manuscrit du poème La mer est plus belle

- Verlaine, 1883, photographié par Alcide Allevy

- Sagesse (Paris, Ed. Société générale de librairie catholique, 1881) (BnF). Réédition revue et corrigée en 1889 chez Léon Vanier, Paris

- Verlaine attablé au café François 1er, 1892 (71 Bd St Michel, Paris) par Jules Dornac

- Sagesse (Paris, Ed. Ambroise Vollard, 1911), images de Maurice Denis, gravées par Beltrand (Gallica BnF)

- Verlaine, 1893, photographié par Jules Hautecoeur (Houghton Library, Harvard University)

- Portrait de Verlaine par Eugène Carrière (1849-1906)

- La mer : trois esquisses symphoniques / Claude Debussy, 1905 (BnF)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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MES DEUX FILLES, Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Les deux filles de Victor HUGO : deux tragédies : l’une, Léopoldine (1824-1843), est morte noyée en pleine jeunesse, l’autre, Adèle (1830-1915), de vieillesse, longtemps enfermée à l’asile.

Voici un poème de bonheur, tiré du recueil Les Contemplations - Livre I ("Aurore"), III, rassemblant en 6 livres 158 poèmes (écrits entre 1834 et 1855) que Hugo publie pendant ses années d’exil à Guernesey, en 1856, les définissant dans la préface comme « les Mémoires d’une âme », mais dont la date indique que la plus grande douleur est proche.

 

T.A

 

Mes deux filles

 

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,

L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,

Belle, et toutes deux joyeuses, ô douceur !

Voyez, la grande soeur et la petite soeur

Sont assises au seuil du jardin, et sur elles

Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,

Dans une urne de marbre agité par le vent,

Se penche, et les regarde, immobile et vivant,

Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,

Un vol de papillons arrêté dans l'extase.

 

La Terrasse, près d'Enghien, juin 1842.
Les Contemplations, Victor Hugo.

My Two Daughters

 

Evening. The sweet cool twilight up above.

One like a swan, the other like a dove,

Both beautiful, both joyful, and so dear!

Big sister, little sister, sitting near

The garden’s edge, where white carnations rear

Towards them on long slender stems, and yearn

As the breeze shakes them in the marble urn:

Living things rooted, watching, tremulous

In shade; they keep their vigil, from the vase.

And crowding at the vase’s rim, these blooms could be

A flight of butterflies, stopped short in ecstasy.

 

Copyright © Timothy Adès


- Léopoldine, Adèle, Charles et François-Victor Hugo dessinés par Mme Hugo.

- Léopoldine Hugo à 13 ans (1837), dessin à la mine de plomb et au fusain par Louis Boulanger, papier blanc 20 x 15 cm, musée Victor Hugo de Villequier (Seine-Maritime)

- Adèle Hugo, Anonyme, photograveur, entre 1853 et 1855 (Maison de Victor Hugo - Hauteville House)


‘Lhistoire d’Adèle’, belle œuvre de François Truffaut avec Isabelle Adjani 

https://www.youtube.com/watch?v=fvH77u47d7k