CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


 

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition de la Covid-19 également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

SUR MA ROUTE, avec Vianney Huguenot

 

 

Un dimanche soir vers l'enfance en Lorraine, qui peut intéresser, sinon enchanter même les enfants d'ailleurs et donner envie de prendre la route...avant de prochaines possibles restrictions sanitaires.

Avec l'ami Vianney Huguenot !

 

https://viamoselle.tv/sur-ma-route-best-of-special-enfance/

 

Remerciements à Viamoselle TV

 


Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace. Il anime également une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot est un contributeur du PRé. Il co-anime la rubrique Tutti Frutti.

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LE LOUP ET L'AGNEAU, par Jean de la Fontaine / Timothy Adès

 

Ces deux dames ne l’ont pas trouvé difficile de me persuader à traduire ‘Le Loup et l’Agneau’ de Jean de la Fontaine (1621-1695), de façon que la belle musique d’Isabelle Aboulker soit chantée précisément en anglais comme en français par Julia Kogan.

 

 

 

 

Ci-dessous, le lien avec You Tube : ou bien, on peut faire un achat de toute une gamme de chansons : deux disques, deux langues, l’ensemble.

Revenons à nos moutons écologiques ! La crise exige des démarches rapides et radicales. Méfions-nous des grands bataillons et de leurs excuses !

 

Timothy Adès

 


 

LE LOUP ET L'AGNEAU

 

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un Agneau se désaltérait

Dans le courant d'une onde pure.

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je me vais désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,

Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,

Et je sais que de moi tu médis l'an passé.

- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?

Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.

- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :

Car vous ne m'épargnez guère,

Vous, vos bergers, et vos chiens.

On me l'a dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts

Le Loup l'emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=Gy4JzUeMD00

 

 

THE WOLF AND THE LAMB

 

 

The argument of the strong is always best:

We’ll show you shortly, and put it to the test.

A Lamb was drinking in a brook:

pure water is the best thirst-quencher.

A Wolf who hadn’t fed was in search of adventure

and being hungry he came for a look.

‘Who made you so unwise as to stand in my fountain?’

said this beast, whose fury was mounting:

‘you’ll pay the penalty for your temerity.’

‘Your Grace,’ replied the Lamb, ‘let not your Majesty

work yourself up into a lather,

but your Grace might consider, rather,

where I am standing: if you look,

I drink the brook

some twenty metres further down, Sir,

from which we must conclude, In no possible way

can I disturb your drink today.’

‘You disturb it,’ the cruel wolf gave his answer;

‘and you have done me wrong, slandered me for a year.’

‘But I was not yet born, wasn’t here, wasn’t here,’

the Lamb replied: ‘I’m not weaned from my mother.’

‘If it’s not you, then it’s your brother.’

‘I’ve not got one.’ ‘It’s then one of your own:

Hounding me, one or the other: you, your shepherds, and your curs.

I’ve been advised, I must have my revenge.’

And with that, he seized him and withdrew

into the woods, and ate him up,

without delay, or further ado.

Traduction © Timothy Adès

 

https://www.youtube.com/watch?v=N04UaUTtKzs&index=4&list=PLoGt_myp3jDwqPQi3wkYt7Pz1aPRgA9LM

 

 

 


Estampe de Le Loup et l'Agneau par E. Phosty (18..-19..), illustrateur, Série supérieure aux armes d'Epinal. Fables de La Fontaine (hors groupes). N° 1, Le loup & l' agneau (Éditeur : Pellerin & Cie, imp.-édit. [Epinal, 1895), source BnF

Le Loup et l'Agneau, 1747, par Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), peintre et graveur (Château de Versailles)

The Wolf and the Lamb, 1687, par  Francis Barlow (1626?-1704), peintre, aquarelliste, graveur, dessinateur et illustrateur

Le Loup et l'Agneau par Gustave Doré (1832-1883), caricaturiste, illustrateur

Portrait de Jean de La Fontaine par Hyacinthe Rigaud (1621-1695), collection privée


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LES ROIS, par Émile Verhaeren / Timothy Adès

 

Voici un beau poème d’Émile VERHAEREN (1855-1916), grand Belge, grand européen, extrait du recueil ‘Les Villes à pignons’ (Bruxelles, Deman 1910).

Chantre du vers libre, symboliste, sensible aux questions sociales, six fois proposé pour le Prix Nobel, d’une grande fécondité, il est traduit en vingt langues.

En 1916, le poète, dramaturge, critique d'art et conférencier est invité à Londres où il est célébré depuis 1915 comme « The Prophet-Poet of Belgium »,pour parler de la Belgique : il meurt accidentellement, brutalement, en gare de Rouen, écrasé par un train, après avoir été bousculé par une foule en liesse qui l'accompagnait jusqu'à son quai.

Il avait 61 ans, rentrait chez lui, à Saint-Cloud, au 5, rue de Montretout, où il vivait avec sa compagne Marthe Massin, artiste peintre.

Portrait d'Émile Verhaeren par Georges Tribout

 

Figure éminente de la scène artistique et littéraire au tournant des XIXe et XXe siècles, précocément reconnu en Grande-Bretagne - en France la ville des Hauts-de-Seine lui consacra une exposition  « Emile Verhaeren (1855-1916), poète et passeur d’art » en 2016 au Musée des Avelines pour honorer le centenaire de sa disparation et des générations d'écoliers ont appris par coeur son poème Le vent sauvage de Novembre - il est l'un des plus grands poètes belges flamands d’expression française, que l'on compare pour sa grandeur à Victor Hugo et Walt Whitman.

 

Dans ce poème LES ROIS, nous rencontrons un Noël aux belges bien gelés.

Pour l’illustrer, voici des toiles des deux Pieter Brueghel, père et fils : " L’Adoration des Mages " et les " Pâtineurs au piège d’oiseaux ".

 

BONNE ANNÉE au PRé, POUR UNE REPUBLIQUE ÉCOLOGIQUE, à toutes et à tous !

 

Timothy Adès

 


 

LES ROIS

 

 

C’est une troupe de gamins

Qui porte la virevoltante étoile

De toile

Au bout d’un bâton vain.

 

Le vieux maître d’école

Leur a donné congé;

L’hiver est blanc, la neige vole,

Le bord du toit en est frangé.

 

Et par les cours, et par les rues,

Et deux par deux, et trois par trois,

Ils vont chantant avec des voix

Qui muent,

Tantôt grêles, tantôt fortes,

De porte en porte,

La complainte du jour des Rois.

 

« Avec leurs cœurs, avec leurs vœux,

Toquets de vair, souliers de plumes,

Collets de soie et longs cheveux,

Et blancs comme est blanche l’écume,

Faldera, falderie,

Vierge Marie,

Voici venir, sur leurs grands palefrois,

Les bons mages qui sont des rois. »

 

« Avec leurs cœurs, avec leurs vœux,

Jambes rêches, tignasses rousses,

Vêtement lâche en peaux de bœufs,

Mais doux comme est douce la mousse

Faldera, falderie,

Vierge Marie,

Voici venir, avec troupeaux et chiens

Les vieux bergers qui ne sont rien. »

 

« Avec leurs cœurs, avec leurs vœux,

Sabots rouges, casquettes brunes,

Mentons gercés et nez morveux

Et froids comme est froide la lune

Faldera, falderie,

Vierge Marie,

Voici venir, au sortir de l’école

Ceux qui demandent une obole. »

 

Et sur le seuil des torpides maisons,

Non pas à flots, ni à foisons,

Mais revêches et rarissimes,

Comme si le cuivre craignait le froid,

Sont égrenés, du bout des doigts,

Les minimes centimes.

Les gamins crient,

Et remercient,

Happent l’argent qui leur échoit;

Et chacun d’eux, à tour de role,

Et sur le front, et sur le torse, et les épaules

Se trace, avec le sou, le signe de la croix.

 

 

THE KINGS

 

 

An urchin troupe

Waves the twirling star

Of cloth at the top

Of a lofty prop.

 

Old schoolmaster grants

A half-day off.

Winter’s white, flakes dance,

Snow fringes the roof.

 

In courts and streets

By twos and threes

From door to door they sing

With breaking voices hoarse or strong

This day’s own ballad of the Kings.

 

 

 

“With heartfelt goodwill-vows,

Topknots of ermine, plumes on shoes,

Silk collars, tresses, here we come,

As pale as foam,

Fal-lal, fal-lairy,

Virgin Mary,

On our high palfreys journeying,

We kindly Wise Men, each a king.”

 

“With heartfelt goodwill-vows

And shaggy legs and russet wigs

And shabby garb of hides of cows

As soft as moss,

Fal-lal, fal-lairy,

Virgin Mary,

Here we come with flocks and dogs,

We the old shepherds, merest dross.”

 

“With heartfelt goodwill-vows,

Chins chapped, snot-nosed,

Brown-capped, red clogs,

Cold as the moon,

Fal-lal, fal-lairy,

Virgin Mary,

Here we come from schoolroom door,

For an obol, only a coin, no more.”

 

And on the thresholds

Of torpid households

Not streaming, teeming

But crabbed and sparse, –

Perhaps the brass

Shrinks from the cold? –

Cold hands dispense

Mean sous and cents.

Urchins cry thanks,

Snatch the sum thrown,

And each in turn

On brow, breast, shoulders with the coin

Traces the cross.

 

Traduction © Timothy Adès

 



Portrait d'Émile Verhaeren par Emilien Luce, par  Constant Montald (1862-1944)
Les villes à pignons d'Émile Verhaeren (Paris, L'Edition d'art H Piazza, 1942)
Œuvres de Émile Verhaeren (Mercure de FranceIX. Toute la Flandre, II. Les Villes à pignons. Les Plaines (p. 45-47).
L’adoration des Mages (1564) de Pieter Bruegel l’Ancien – Lumière des étoiles (Londres, National Gallery)
Adoration des Mages sous la neige, par Pieter II Brueghel (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique)
Paysage d'hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux , 1565, par Pieter Brueghel l'Ancien (Musées royaux des beaux-arts de Belgique)

 

Émile Verhaeren en redingote rouge, 1907, par Georges Tribout (1884-1962) (Coll. Musée Émile Verhaeren, Sint-Amands, Belgique)

Une Lecture, 1903 - lecture d'un poème par Émile Verhaeren dans son bureau de Saint Cloud - par Théo van Rysselberghe (1862-1926) (Musée de Gand)

La Lecture (Émile Verhaeren) par Constant Montald (1862-1944)

Portrait d'Émile Verhaeren, 1890, par James Ensor (1860-1949)

Portrait d'Émile Verhaeren (à son bureau à Saint Cloud) signé et dédicacé « Aux bons amis » par Maximilien Luce (1858-1941) (Mantes-la-Jolie, Musée de l’Hôtel-Dieu)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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CANTIQUE, pas Nicolas Denisot & Timothy Adès

 

Bonnes Fêtes à toutes et à tous !

Permettez-moi de vous offrir quelques vers d’un CANTIQUE de Nicolas Denisot (1515-59), poète, cartographe, précepteur des filles d'Edward Seymour.

Il est né au Mans, d’une famille qui habite longtemps Nogent-le-Rotrou, jumelé avec Midhurst dans le Sussex, bourgade que je connais bien. Nicolas Denisot se fait une anagramme à la mode en s’appelant ‘Conte d’Alsinois’. “ Il a esté estimé for bon Poëte et Orateur tant en Latin qu’en François, et surtout très excellent à la peinture, principalement pour le crayon ”. Comme peintre, on ne connaît que son portrait de l’anglais Thomas Seymour (frère de l’épouse no: 3 de Henri VIII, et mari de l’épouse no: 6 devenue veuve ; oncle cadet du jeune Roi Edouard VI ; il essaie de remplacer son frère comme Régent, celui-ci lui donne la mort).

Nicolas est ami du Pléiade : Ronsard, Le Peletier, Tahureau, Rémi Belleau ; il écrit les Noëls et les Cantiques. Un très beau poème de la Naissance du Christ.

 

 

Quatre fourches en carré,
L'une sur l'autres penchantes,
Sous un plancher bigarré,
De tous côtés chancelantes,

 

Étayent les quatre piliers
De ce si tant beau repaire,
Où les anges à milliers
Ont vu la Vierge être mère.

 

Tout le plancher de roseaux
Et de paille ramassée,
De torchis et de tuileaux,
D'herbe sèche entrelacée,

 

Était tout entièrement
Lambrissé en telle sorte,
Qu'on eût dit facilement
Le tout n'être qu'une porte.

 

Le froid, l'humide et le chaud,
L'éclair, l'horreur, le tonnerre,
Bref, ce qui tombe d'en haut
Sur les sillons de la terre,

 

Pouvaient tomber en ce lieu,
En ce lieu sans couverture
Qui a vu l'enfant de Dieu
Naître d'une créature.

 

 

 

Four forks in a square                        

    leaned on one another,                          

propping up a patchwork layer,                

    tottering together:                                      

 

          these were pillars four                        

          of the fine abode                                 

    where ten thousand angels saw              

         Virgin motherhood.                             

 

    All of straw the ceiling                          

    and of gathered rushes,                        

smear of daub and broken tiling,             

    weave of withered grasses:                    

 

         so it was devised,                                

         you would say for sure                        

    all that handiwork comprised                 

         but an open door…                              

 

    Thunder flashing bright,                      

    fog and heat and cold,

all that falls from airy height                    

    on the furrowed field,

 

         so much could intrude                          

         on this roofless room,                            

    that beheld the child of God                     

         born of mortal womb.  

 

Translation: Copyright © Timothy Adès 

 


Portrait de Nicolas Denisot.
Nogent-le-Rotrou, Château St-Jean. Midhurst, Cowdray Castle.
Jérôme Bosch : Adoration des Mages, National Gallery, Londres. Cette toile montre assez bien le bâtiment dans la Cantique.
Portrait par Denisot de Thomas Seymour, Lord High Admiral : Musée d'Art Maritime, Greenwich.
Sudeley Castle : demeure de Thomas Seymour (oncle du Roi Edouard VI et de la Reine Elisabeth I)Cantiques du premier advenement de Jesus-Christ, sous le, pseudo de le conte d'Alsinois (Publication : Avec privilege du Roy. A Paris, chez la veufve Maurice de La Porte. 1553. Éditeur : La Porte, Veuve de Maurice de (14..?-1558?), BnF

Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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CHANT DE MARCHE DE NOEL, par Paul Claudel / Timothy Adès

 

Voici de la poésie très animée de Paul Claudel (1868-1955),
poète, dramaturge, ambassadeur de France au Japon (1921-1927) et membre de l'Institut, Académie française (élu en 1946).

C’est un extrait de son Chant de marche de Noël (1909-11) qui se trouve dans sa ‘Corona Benignitatis Anni Dei ’, “ Couronne de Bénignité de l’An de Dieu ” (Paris, Éditions de la Nouvelle revue française, 1915, Gallimard, Collec Blanche, 1920).

 

A quinze ans, Paul Claudel écrivait son premier essai dramatique : L’Endormie, puis, dans les années 90, ses premiers drames symbolistes (Tête d’Or, La Ville).

 

Chant de marche de Noël (extrait)

 

Pour toi, ville de David et de Booz, ô Bethléem Ephrata,

Certes tu n’es pas la plus mince entre toutes les cités de Juda,

Puisqu’à ton flanc cette nuit doit naître le Sauveur des hommes !

Chacun est venu du plus loin t’apporter ce nom dont il se nomme.

Que de lumières dans tes rues! que de tapage et que d’affaires !

César Auguste aujourd’hui recense toute la terre.

L’Enfant Prodigue, qui traite le Mauvais Larron et les employés du Comput,

Se divertit chez le rôtisseur avec les joueuses de flûte.

Il y a un feu pour chacun, excepté pour le Roi du Ciel.

Pauvre Jésus, quand Tu Te présentes, il n’y a jamais de place à l’hôtel !

Joseph, avec l’humble Marie sur le petit âne, s’en va de porte en porte.

L’aubergiste, quand il voit cette femme enceinte, appelle au secours et main-forte !

Et refoule avec sa serviette sur le perron et sous la branche de sapin

Saint Joseph qui n’a point son auréole sur la tête, mais une vieille casquette en peau de lapin.

 

From Christmas Marching Song

 

As for you, city of David and Boaz, O Bethlehem Ephrata,

You are certainly not the slenderest of all the cities of Judah,

Since from your loins to-night the Saviour of all mankind shall spring.

They bring you this name of His naming, from the world’s ends travelling.

So many lights in the streets! What a noise and what a nuisance !

Caesar Augustus is holding to-day the Worldwide Census of Persons.

The Bad Thief and the counting-staff are guests of the Prodigal Son.

He’s with the girls from the flute-band, in the grill-room, having fun.

A fire is provided for everyone but the King of the Earth and Sky.

Poor Jesus, there isn’t a room to be had at the inn, whenever you try !

Joseph with Mary meek on her foal goes to one door after another.

The hotelier calls up the heavy squad when he sees the expectant mother,

And drives him down the steps by the fir, using his breadcrumb-duster.

The saint isn’t wearing his halo, but an ancient rabbit sou’wester.

 

traduction © Timothy Adès


(1)Le buste de Claudel à 16 ans est l’œuvre de sa sœur Camille, Muse et amante de Rodin, qui sera la malheureuse victime de ces deux hommes.

 

(2) La toile #1 : Le Dénombrement à Bethléem : Pieter Brueghel père, 1566. Une toile de Noël pas du tout comme les précédentes : on a de la neige ; on remarque à peine Joseph et Marie, leur âne, leur bœuf (!), et la grande scie qu’il porte, Joseph le charpentier. L’hiver de 1565-66 était très sévère. La foule paie leurs impôts sous le blason de Charles-Quint qui serait l’héritier impérial de César Auguste. La toile de Brueghel père est à Bruxelles au musée Oldmasters ; son fils en a fait plusieurs copies.

 

(3) Blason de Charles Quint

 

(4) La toile #2 : Saint Joseph cherche un gîte à Bethléem : gouache de Jacques Joseph Tissot, alias James Tissot, c. 1890 : image réaliste d’une ville d’orient. (Brooklyn Museum). Jacques Tissot, peintre et graveur français a passé une partie de sa vie en Angleterre où il était apprécié comme peintre, en particulier de la haute société de l'époque victorienne. À l'Académie des Beaux-Arts, il a étudié avec deux artistes français importants du XIXe siècle - Hippolyte Flandrin et Jean-Auguste-Dominique Ingres.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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Emmanuel, un rêve de Noël, par Leconte de Lisle / Timothy Adès

 

Le poète Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-94), né à Saint Paul de La Réunion, devient chef de file du mouvement parnassien qui donna une nouvelle direction à la poésie française.

Sous-bibliothécaire à la bibliothèque du Sénat, collaborateur de plusieurs publications dont La Nouvelle Revue aux côtés d'Octave Mirbeau, Guy de Maupassant, François Coppée, ou encore Ivan Tourguénief, Leconte de Lisle admire Victor Hugo.

Il publie « Poèmes antiques » en 1852, dans lequel il reprend des thèmes mythologiques grecs et orientaux. Il devient l'un des porte-flambeaux de la tradition intellectuelle française, en même temps que Flaubert et Renan. Républicain convaincu, Leconte de Lisle compose un « Catéchisme populaire républicain » (1871) qui fit grand bruit à l'Assemblée nationale.

Il sera élu (en 1886) à l’Académie française au fauteuil de Victor Hugo. 

 

Les vers que je nous ai choisis en ce dimanche, à quelques jours de Noël, sont extraits du poème Les Paraboles de Dom Guy, rassemblé avec 80 autres poèmes dans le Recueil Poèmes barbares (édité une première fois sous le titre "Poésies Barbares" en 1862), l'une des oeuvres les plus remarquables de Leconte de Lisle avec Poèmes tragiques (1884) et Derniers Poèmes (1894). Poèmes barbares s'inspire de thèmes bibliques et mythologiques. "Barbares" au sens grec ancien du terme, c'est à dire pour désigner tout ce qui n'est pas grec et surtout ce qui relève des religions souvent trop fanatiques et violentes à son goût.

Les vers ci-dessous évoquent des scènes évangéliques, la nativité...

 

C’est l’empire d’Auguste : vainqueur de Cléopâtre, il est maître de l’Orient ; mais une nouvelle lumière surgit dans ce quartier… Tout se change.

 

 

Emmanuel : Un Rêve de Noël

 [... ]

Par les noirs tourbillons de l’ombre j’ai gravi

Les trois sphères du ciel où saint Paul fut ravi;

Et, de là, regardant, au travers des nuées,

Les cimes de la terre en bas diminuées,

J’ai vu, par l’œil perçant de cette vision,

L’empire d’Augustus et l’antique Sion;

Et, dans l’immense nuit de ces temps, nuit épaisse

Où s’ensevelissait toute l’humaine espèce

Comme un agonisant qui hurle en son linceul,

J’ai vu luire un rayon éblouissant, un seul!

Et c’était, entre l’âne et le boeuf à leur crèche,

Un enfant nouveau-né sur la paille fraîche:

Chair neuve, âme sans tache, et, dans leur pureté,

Étant comme un arôme et comme une clarté !

 

Le père à barbe grise et la Mère joyeuse

Saluaient dans leur coeur cette aube radieuse,

Ce matin d’innocence après la vieille nuit,

Apaisant ce qui gronde et charmant ce qui nuit;

Cette lumière à peine éclose et d’où ruisselle

L’impérissable vie avec chaque étincelle!

Et les bergers tendaient la tête pour mieux voir;

Et j’ai soudainement ouï par le ciel noir,   

Tandis que les rumeurs d’en bas semblaient se taire,

Une voix dont le son s’épandit sur la terre,

Mais douce et calme, et qui disait: Emmanoël!

Et l’espace et le temps chantaient: Noël! Noël![...]

 

 

Emmanuel: A Dream of Christmas                

 

Through swirling mists and eddying gloom I scaled

three spheres of heaven where St Paul was haled;

across the clouds I saw in distant show

Earth and her peaks diminished far below:

with mystic piercing eye I did behold

Augustus’ empery and Sion of old;

and in that age’s vast obscurity,

thick night, that shrouded all humanity

like one in cerements who strains to scream,

I saw a single shining, dazzling beam!

There at the cattle-stall on fragrant hay

by ox and ass a new-born infant lay:

new flesh and spotless soul, whose purity

seemed an aroma and a clarity!

 

The joyful Mother and the father grey

opened their hearts to greet this radiant day,

innocent morning after age-long night,

that charms the hurtful and assuages spite,

the streaming light that never can be dark,

imperishable life in every spark!

And as the shepherds craned their necks to see,

through the black sky I heard it suddenly,

while all the murmurs from below were stilled:

a sounding voice, by which the earth was filled!

Gentle and calm, it said, Emmanuel;

and Time and Space sang out: Nowell! Nowell!              

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


 Le ravissement de saint Paul – peint pour Paul Scarron, poète, créateur en France du genre burlesque (1649-1650), par Nicolas Poussin, peintre classique du XVII° siècle (Musée du Louvre, Huile sur toile, 148 x 120 cm. Sujet tiré de la 2e Épître de Saint Paul aux Corinthiens - chapitre 12).

L'Adoración de los Pastores ("L'Adoration des bergers") de Le Greco (Musée du Prado à Madrid, Huile sur toile, tableau de format vertical, de 320 x 180 cm, exécuté entre 1612 et 1614)

Dessin de Leconte de Lisle par Verlaine

Statue d'Auguste

The Age of Augustus, the Birth of Christ, peinture de Jean-Léon Gérôme (1824–1904) (J. Paul Getty Museum, Huile sur toile, 38.1 × 55.2 cm)

Poèmes Barbares (Paris, Librairie Alphonse Lemerre)

Photographie de Leconte de Lisle (Atelier Nadar 1910,  BnF, département Estampes et photographie)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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JEANNE ETAIT AU PAIN SEC, par Victor Hugo / Timothy Adès

 

 

L’art d’être grand-père, dernier livre de poésie de Victor Hugo, m’est une œuvre spéciale que j’ai traduite entière à l’anglais (How to be a Grandfather : chez Hearing Eye).

Dans tout le livre, voici le poème qui a le plus d’humour et que je récite le plus souvent. Est-ce que Victor est sage, est-ce qu’il est méchant ?

Enfant, père, grand-père, j’ai eu tous ces rôles, et je ne sais pas comment répondre.

Mais face à la crise du climat, il me semble certain que les règles que nous connaissons, les habitudes et les disciplines, ne sont plus valables.

Puisque nous aimons nos enfants et nos petits-enfants, nous devons vite faire et subir des transformations difficiles. Vols d’avions, viandes, vêtements, voitures…

 

 

 

Jeanne était au pain sec

 

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,

Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,

J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,

Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture

Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,

Repose le salut de la société

S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce: -

Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce;

Je ne me ferai plus griffer par le minet.

Mais on s'est recrié:- Cette enfant vous connaît;

Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.

Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.

Pas de gouvernement possible. A chaque instant

L'ordre est troublé par vous; le pouvoir se détend;

Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.

Vous démolissez tout.- Et j'ai baissé la tête,

Et j'ai dit:- Je n'ai rien à répondre à cela,

J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là

Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.

Qu'on me mette au pain sec.- Vous le méritez, certe,

On vous y mettra.- Jeanne alors, dans son coin noir,

M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,

Pleins de l'autorité des douces créatures: -

Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.

 

Un très beau film :

https://www.youtube.com/watch?v=6r8U5-E8bf8&t=39s

 A l'occasion du bi-centenaire de la mort de Victor Hugo,

le club 9.5mm d'Albi a réalisé un court métrage de "Jeanne au Pain sec". Le tournage fut réalisé au château de Mauriac et Bernard Bistes y interprête un Victor Hugo assez bluffant.

 

The Pot of Jam

 

Jean was shut in the dark on bread and water,

For some offence. Not doing what I ought to,

I broke the ban, dropped by her, ‘on the lam’,

And slipped her a clandestine pot of jam,

Outside the law. All those who, in my town,

See that the general good is not done down,

Saw red. Jean’s voice was sweetly modulated.

“I shall not thumb my nose again,” she stated;

“I won’t make Pussy scratch me.” Uproar. “Look!”

They cried. “That child can read you like a book!

She knows how weak and wet you are. She’s seen

The way you laugh whenever there’s a scene.

How can we govern her? You overthrow

Discipline, every time. The rules just go

For nothing. Standards fall, the reins are slack.

You ruin things. What’s left to hold her back?”

I hung my head and said: “I’ve no reply.

I’m in the wrong. This is the laxity

That’s always ushered peoples to their doom.

Put me on dry bread in a darkened room.”

“You’ve earned it, and we’ll do it.” Closeted,

Jean raised her lovely eyes to me, and said,

Serene as any dear sweet-natured lamb,

“All right, I’m going to bring you pots of jam.”

 


(2) Manuscrit de "Jeanne au pain sec" (BnF)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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ANTOINE ET CLEOPATRE, par José Maria De Hérédia / Timothy Adès

 

 

Encore une fois, je vous offre José-Maria De HÉRÉDIA (1842-1905), maître du sonnet.

Voici la romance historique à la plus grande échelle : les amants qui ont inspiré tant de livres, de films, de productions, d’opéras…

Antoine et Cléopâtre (in Les Trophées)

 

 

 

Et l’écologie ? C’est que l’histoire est la narration des vainqueurs : et ces deux vaincus, surtout l’égyptienne, sont les victimes d’un gros mensonge. Elle se serait lâchement retirée de la bataille : ainsi nous le raconte la propagande des romains : mais il semble plutôt que, la bataille déjà perdue, tous deux se sont sauvés pour se rendre à leur capitale.

Nous aussi, le genre humain, nous sommes les victimes de gros mensonges dans le domaine écologique.

Nous nous éveillons, mais très tard.

 

Antoine et Cléopâtre

 

Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,

L’Égypte s’endormir sous un ciel étouffant

Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu’il fend,

Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.

Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,

Soldat captif berçant le sommeil d’un enfant,

Ployer et défaillir sur son coeur triomphant

Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.

Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns

Vers celui qu’enivraient d’invincibles parfums,

Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;

Et sur elle courbé, l’ardent Imperator

Vit dans ses larges yeux étoilés de points d’or

Toute une mer immense où fuyaient des galères.

 

 

 

La bataille d’Actium :

 

https://www.youtube.com/watch?v=Tk4i6oGuiR8

 

L’opéra de Massenet : duo, la mort d’Antoine :

 

https://www.youtube.com/watch?v=sfESsB_PQgI

 

Antony and Cleopatra

 

Together from the terrace they could see

Egypt bed down beneath a sultry sky;

through the black delta, fatly, massively,

to Saïs or Bubastis, Nile rolled by.

A captured soldier, like a sleeping child

the Roman held that lovely form, and felt,

through his thick breastplate, the enchantress melt

on his triumphant heart, and, pliant, yield.

Turning her pale head that the brown hair framed,

she offered lips and bright eyes to the one

unconquerable fragrances enflamed:

hunched over her, the ardent prince discerned,

in those great eyes where golden star-points burned,

a whole wide sea, and warships on the run.

 

       Translation: Copyright © Timothy Adès

 



 

Voici, moins digne – mais c’est typique – le sonnet d’Albert Samain, 1858-1900 :

 

Cléopâtre

 

Lourde pèse la nuit au bord du Nil obscur.

Cléopâtre, à genoux sous les astres qui brûlent,

Soudain pâle, écartant ses femmes qui reculent,

Déchire sa tunique en un grand geste impur,

Et dresse éperdument sur la haute terrasse

Son corps vierge gonflé d’amour comme un fruit mûr.

Toute nue, elle vibre ! Et, debout sous l’azur,

Se tord, couleuvre ardente, au vent tiède et vorace.

Elle veut — et ses yeux fauves dardent l’éclair –

Que le monde ait ce soir le parfum de sa chair !

O sombre fleur du sexe éparse en l’air nocturne…

Et le Sphynx immobile aux sables de l’Ennui

Sent un feu pénétrer son granit taciturne ;

Et le désert immense a remué sous lui.

 

(Contexte de l’époque : le canal, le coton, les Khédives…)

 

Cleopatra

 

Night weighs down heavy on the darkened Nile.

Stars burn; pale Cleopatra kneels, and bares

her breast: her women, shocked, recoil; she tears

her tunic with a gesture grandly vile,

and on the lofty terrace flaunts, entire,

ripe as a love-blown fruit, her virgin form.

She shimmers, nude, uncoiling to the warm

devouring wind, a serpent of desire.

Dark flower of sex, that rides the breeze of night!

To pleasure her (the tawny eyes flash bright)

the world shall now her fleshly perfume take…

The Sphynx becalmed on ocean monotone

feels under him the mighty desert wake,

and thrill of fire invade his silent stone.

 

Version anglaise publiée dans Cleopatra, Fatal Beauty, British Museum Press, 2001.

 


La rencontre d’Antoine et de Cléopâtre (Venise, Palais Labia), par Tiepolo, Giambattista (1696-1770)

Antoine et Cléopâtre, la fin, par Alexis Van Hamme (1818-1875)

Antoine et Cléopâtre à la La bataille d'Actium, par Johann Georg Platz (1704-1761)

Photographie de presse de De Hérédia en académicien, agence Rol, 1925 (Source gallica.bnf.fr / BnF)

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LE RECIF DE CORAIL par José-Maria de Hérédia / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous offre deux très beaux poèmes du grand José Maria de Hérédia. Administrateur de la Bibliothèque de l'Arsenal (1901). - membre de l'Académie française (élu en 1894), José Maria de Hérédia est connu pour être un des maîtres du mouvement parnassien; il fondera la Société des Poètes Français. Son poème fameux Les Conquérants sonne encore aux oreilles des petits et des grands : " Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal / Fatigués de porter leurs misères hautaines / De Palos de Moguer, routiers et capitaines / Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal..."


 

 

 

   Ce n'est pas seulement pour leur beauté que l'on essaie de sauver les coraux.

Environ le quart des poissons du monde y trouvent leur abri et leur nourriture : c'est donc notre récolte marine qui est menacée. D'ailleurs ils protègent les côtes, ils servent aux pêcheries locales...

 

Voici Le Récif de corail, ce beau poème de José-Maria de Hérédia (1842-1905), poète français né à Santiago de Cuba, grand maître surtout du sonnet.

 

Son œuvre poétique est constituée d’un unique recueil publié, « Les Trophées » comprenant 118 sonnets qui ambitionnent de retracer l’histoire du monde.

 

Le récif de corail

 

 

Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,

Éclaire la forêt des coraux abyssins

Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,

La bête épanouie et la vivante flore.

 

Et tout ce que le sel ou l’iode colore,

Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,

Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,

Le fond vermiculé du pâle madrépore.

 

De sa splendide écaille éteignant les émaux,

Un grand poisson navigue à travers les rameaux ;

Dans l’ombre transparente indolemment il rôde ;

 

Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu

Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,

Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.

 

 

 

The Coral Reef  

 

Sun under sea, the mysterious aurora,

lights up abysses and forests of corals

mingling in depths of their warm-water basins

creatures resplendent, ebullient flora.

 

All that the salt or the iodine colours,

moss, hairy seaweed, anemones, urchins,

covers, in sumptuous designs of deep purple,

beds of the madrepore’s worm-patterned pallor.

 

Quenching his scales that are fiery enamels

comes a big fish moving clean through the branches,

lazily browses in shady transparence:

 

suddenly whisking his fin pyrotechnic,

makes the blue motionless lack-lustre crystal

thrill to the pearl-gleam, the gold, the smaragdine.

 

 

        Translation: Copyright © Timothy Adès


 

Vidéos :

 

Hérédia, Le récif de corail : voix excellente de Jean Marchat :

https://www.youtube.com/watch?v=GyK3kDp__VI

 

Deux vidéos au sujet du sauvetage des coraux :

https://www.youtube.com/watch?v=Q3d9LpiXuIw

https://www.youtube.com/watch?v=jKyXIEp2uwU

 

Un hommage à Jacques-Yves Cousteau :

https://uk.video.search.yahoo.com/yhs/search?fr=yhs-Lkry-SF3&hsimp=yhs-SF3&hspart=Lkry&p=jacques+cousteau+recifs+de+corail#id=0&vid=c4a591e04d2af44e97e37ae634d9e9e1&action=click

 

Une oeuvre d’humour de son fils Jean-Michel Cousteau :

https://www.youtube.com/watch?v=nEvwsrHZNZE

 


Et voici un autre poème très touchant de Hérédia : ‘Le lit’. Par hasard ma traduction anglaise suit exactement la formule des rimes, abba abba : ce qui se trouve très rarement dans les deux cent cinquante sonnets que j’ai traduits. Dans la langue anglaise, les voyelles se combinent dans une trop grande gamme de sons, donc les rimes sont difficiles : mais en éliminant la lettre E comme chez l’Oulipo, et comme je l’ai fait pour les 154 sonnets de Shakespeare, ça devient plus simple !

 

LE LIT

 

Qu’il soit encourtiné de brocart ou de serge,
Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
C’est là que l’homme naît, se repose et s’unit,
Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.

Funèbre ou nuptial, que l’eau sainte l’asperge
Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
C’est là que tout commence et là que tout finit,
De la première aurore au feu du dernier cierge.

Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon
Triomphalement peint d’or et de vermillon,
Qu’il soit de chêne brut, de cyprès ou d’érable ;

Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
Dans le lit paternel, massif et vénérable,
Où tous les siens sont nés aussi bien qu’ils sont morts.

 

 

 

 

THE BED

 

 Whether ’tis hung with serge or with brocade,

 Sad as a tomb or happy as a nest:

 Here we are born, unite, and take our rest,

 Child, husband, greybeard, crone, young wife, or maid.

 

 Marriage or death, by holy water sprayed

 Under the dark cross, or by branches blessed,

 Bed is our last lair and our earliest,

 From dawn till final candle-light must fade.

 

 Snug, plain and rustic, of rough oak-beams made;

 Cypress, or maple, gallantly arrayed,

 A proud pavilion, painted gold and red;

 

 Happy who, casting fear and care aside,

 Sleeps in his father’s massive, good old bed,

 Where all his own were born, and all have died.

 

         Translation: Copyright © Timothy Adès



3° vignette : portrait de Louise Despaigne, épouse de José Maria de Hérédia (1885), conservé au Musée d'Orsay.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LES EPINARDS, C'EST GRATIGNE ! par Jean-Claude Ribaut

  Venu du Caucase et de la Perse, inconnu de la Grèce et de Rome, l’épinard a été introduit par les Arabes en Espagne.

L’agronome Olivier de Serres développa une variété qu’on appelait le monstrueux de Viroflay ou oreille d’éléphant, consacré par Rabelais (Gargantua, 1534) comme torche-cul idéal : « Son feuillage velouté, soyeux au fondement en fait le plus seigneurial des torche-culs…»

Au XIXe siècle, Brillat-Savarin vante l’excellence de l’épinard pourvu qu’il fût préparé « à la graisse de caille ». Grimod de La Reynière admet que « c’est le matelas le plus ordinaire des langues à l’écarlate ».

Les écrivains se chamaillent. Flaubert et Maupassant détestent les épinards tandis que Stendhal en raffole : « Les épinards et Saint-Simon ont été mes seuls goûts durables », écrit-il. L’Église, il est vrai, prescrivait de manger des épinards le jeudi saint, jour de pénitence. Cela ne pouvait échapper à Stendhal bouffeur de curé impénitent. Lorsque Napoléon eut pris le pape en otage et fermé les couvents (1807), Stendhal exulte : « Ce fut une mesure salutaire que celle qui rendit au travail et à la société ces pieux fainéants, qui, dans leur voluptueuse oisiveté, n’avaient d’autre souci que le soin de leur bien-être. » Ceci explique cela !

Aujourd’hui, on se régale du gratin d’épinards.

Éplucher et laver 500 g. d’épinards et autant de champignons de Paris. Émincer finement ces derniers et les faire revenir au beurre. Plonger les épinards 2 minutes dans l’eau bouillante salée, les rafraîchir, les égoutter. Faire réduire 25 cl de crème liquide à feu doux. Presser les épinards, les faire revenir à feu vif avec une gousse d’ail. Napper le fond d’un plat à gratin avec les épinards, les couvrir avec les champignons en écailles, verser la crème liquide. Faire gratiner 5 minutes dans un four préchauffé à 150 °C (th. 5).

 

JCR

 

N.B : cet article a également été publié dans le numéro de Siné Mensuel d'octobre 2019

 

Nos remerciements à Siné Mensuel et Jean-Pierre Desclozeaux


 

Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique en chômage partiel...

Chroniqueur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, etc. après avoir officié au journal Le MONDE pendant 205 ans, et avoir fait ses premières armes jounalistiques dans COMBAT.

 

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

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LE CINEMA DE CAROLE, par Carole Aurouet


LES YEUX DE MUSIDORA POUR NOUS DEFAIRE DU CLIMAT ANXIOGENE ACTUEL

A l'occasion du colloque " Musidora, qui êtes-vous ? " qu'elle coorganise (avec Marie-Claude Cherqui et Laurent Veray), notre amie Carole Aurouet nous fait le plaisir de nous offrir chaque jour une photographie de l'artiste totale que fut Musidora, alias Irma Vep, alias Jeanne Roques, née à Paris en 1889, actrice, peintre, caricaturiste, réalisatrice, productrice, écrivaine, chanteuse, auteure (1889-1957), première "Vamp" du muet. Affranchie, féministe, muse des surréalistes, égérie de Pierre Louÿs, très proche de Colette, Musidora fut déjà évoquée dans la série de Carole Chaque jour un sourire contagieux pour embellir la journée publiée par le PRé pendant le 1er confinement.


Du fait du confinement, le colloque "Musidora, qui êtes-vous ?" qui devait avoir lieu les 18, 19 et 20 novembre à la Cinémathèque Robert-Lynen et au Centre national du cinéma et de l'image animée est annulé 😪😪😪

Mais nous sommes en train de rebondir en le faisant évoluer sous une nouvelle forme si bien que je vous donne rendez-vous très bientôt ! 🥳🥳🥳
Le compte-à-rebours continue donc avec une photographie de Musidora par jour 💜💜💜

Le programme est téléchargeable ici : https://cine0819.hypotheses.org/3046


Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques, membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert, ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire doctoral sur la critique génétique scénaristique.

 

 

Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Elle est également directrice de deux autres collections : "Les meilleurs films de notre vie" et  "Les films sélectionnés" aux éditions Gremese.

 

Derniers ouvrages parus :

" Jacques Prévert, détonations poétiques ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (Classiques Garnier, 2019).

" Pierre Albert-Birot (1876-1967) : Un pyrogène des avant-gardes ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (PUR, 2019).

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LA LORRAINE DE DE GAULLE, par Vianney Huguenot

« D'une certaine façon, on peut dire que de Gaulle est né à Verdun », dit l'historienne Frédérique Neau-Dufour. Sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, le jeune capitaine vit une rupture, et d'abord le chaos quand « toute liaison vers l'avant comme vers l'arrière est impossible, tout téléphone est coupé, tout agent de liaison envoyé est un homme mort ».

La Grande guerre lui « lamine l'âme » et nourrit sa réflexion sur une nouvelle stratégie militaire rassemblée dans un livre qu'il écrit à Montigny-lès-Metz en 1938. Il est alors le colonel de Gaulle, commandant le 507e Régiment de Chars. Charles de Gaulle, pour des raisons historiques et parfois mystérieuses, entretiendra toute sa vie une relation particulière avec la Lorraine, si souvent blessée, expression de l'idée complexe qu'il se fait de l'histoire de France. Voyage, à l'occasion du 50e anniversaire de sa mort, en Lorraine gaulliste : à Douaumont, Verdun, Montigny-lès-Metz, Metz, Nancy, Sion, Épinal...


   9 novembre 1970, coup de tonnerre : le Général est mort. Le 10, l’ORTF promène sa caméra sur un marché parisien et ramasse les commentaires. « Ce n’était pas un saint, mais c’était un homme intègre, qui aimait la France » dit une mémé, fichu sur la tête. « Je suis pied-noir, voyez, pourtant j’ai beaucoup de peine », laisse filer un homme pressé. Le micro rejoint la troupe, attrape un autre souvenir. Une femme au chignon parfait : « Rarement dans notre histoire, nous avons eu un personnage aussi énorme et aussi pur ». Un gros barbu pleure et ne décroche aucun mot. Ancien de 68, celui-ci a la mine de s’excuser : « J’ai été manifestant mais je le regrette un peu, il aurait peut-être fallu qu’il reste ». « En 1940, il a été un flambeau pour les pauvres gens qui se sont vus sous la botte allemande », commente l’homme au chapeau. Charles de Gaulle entame en ce 10 novembre 1970 l’ultime étape de sa carrière politique. Il est en voie de mythification.

 

 

Cinquante ans plus tard, le mythe est plus solide que jamais, grâce, entre autres, à une classe politique dépouillée de toute vision allant au-delà du prochain combat électoral, ne célébrant plus la France qu’à coup de dictons et piètres coups de menton. « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France», propos de Charles de Gaulle trituré sur les tréteaux des campagnes par un unanimisme suspect : une pléthore se veut gaulliste, se dit gaulliste, se rêve de Gaulle, témoignant, comme dans une fable de l’arroseur arrosé, de la pauvreté de la pensée et de la rareté de l’homme providentiel. De Gaulle est rare, il est à part dans l’Histoire – tels Bonaparte, Jaurès ou Clémenceau – parce que, dit-on simplement, c’est ainsi. Mystère et mystique enveloppent la fabrique de ces chefs, penseurs, visionnaires, sûrs de leur destin, combattants instinctifs.

 

    « Fils d’un professeur d’histoire, de Gaulle envisage la France comme le fruit d’une histoire multiséculaire très particulière. Dans les ouvrages qu’il y consacre dans l’entre-deux-guerres, il montre les soubresauts du destin national : depuis la guerre des Gaules, la France s’est bâtie par une succession de batailles et de changements souvent brutaux de régimes politiques. Cette spécificité est constitutive de notre pays, héritier tout autant de la monarchie que de la Révolution, de l’Empire que de la Commune », écrit l’historienne Frédérique Neau-Dufour, ancienne directrice de la Boisserie et auteure d’un livre remarquable, entre anecdotes et fondamentaux, sur de Gaulle et les régions de l’Est (1). Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine, violentées plus que d’autres par ces « soubresauts du destin », prennent ainsi une place singulière dans l’imaginaire et la pensée gaullistes. Frédérique Neau-Dufour unit deux dates, l’une inconnue, l’autre solennelle, 2 mars et 18 juin : « Sa participation aux combats de Douaumont le 2 mars 1916 constitue un tournant majeur dans sa vie, un tournant aussi net que le coup de baïonnette qu’il reçoit alors dans la cuisse lors d’un corps-à-corps (...). 2 mars 1916 constitue une date aussi déterminante que le sera plus tard le 18 juin 1940 : un moment de rupture entre un avant et un après. Mais alors que le 18 juin est le fruit de sa seule volonté et le début d’une épopée collective, le 2 mars est un événement qu’il n’a nullement désiré et qui ouvre en lui une longue et solitaire période de honte. Les deux dates ne sont cependant pas sans rapport : un lien intime, fait de résilience et d’esprit de revanche, les rattache l’une à l’autre par-delà les années. D’une certaine façon, on peut dire que De Gaulle est né à Verdun » (1)

 

"D’une certaine façon, on peut dire que de Gaulle est né à Verdun"

 

    Les écueils de la Grande guerre nourrissent sa réflexion sur une nouvelle stratégie militaire. Le colonel de Gaulle, alors commandant du 507e giment de Chars basé à Montigny-lès-Metz, use de cette parcelle de pouvoir et en-voie des messages : il faut moderniser, développer l’outil blindé, et au lieu d’une ligne Maginot sur laquelle il émet des doutes, bâtir « une frontière mobile et d’acier », exalter l’esprit de l’offensive. Le 11 novembre 1937 – il vient d’arriver en terre messine – il organise un défilé de chars et dit à Jean Auburtin : « J’ai sorti et fait défiler en vitesse sur l’esplanade 63 chars modernes qui ont fait une impression considérable. On annonce pour le 23 une visite de M. Daladier [alors ministre de la Guerre, NDLA]. Dans ce cas, on lui offrirait le même spectacle » (1). Jean Auburtin, avocat à la Cour de Paris, séduit par l’idée d’une armée motorisée, ouvre son carnet d’adresses et fait rencontrer de Gaulle et Reynaud, Blum, Chautemps. Parmi les rares soutiens de Charles de Gaulle, quelques personnalités lorraines, dont les députés de gauche Olivier Lapie et Philippe Serre, lecteurs de La France et son armée, par de Gaulle, rédigé dans sa période montignienne (1937/39).

 

Douaumont, photo par Vianney Huguenot

 

L’édition de ce livre, initialement commandé par Philippe Pétain « au nègre de Gaulle », couronne la brouille entre les deux hommes (écrit par Charles de Gaulle, il devait être signé de Philippe Pétain sous le titre Histoire du soldat français). Ainsi, les retrouvailles Pétain–de Gaulle sont glaciales le 28 octobre 1938. La scène se déroule à la cathédrale de Metz, les deux hommes assistent au mariage de la fille du général Giraud – dont Pétain est le témoin – en présence du colonel de Lattre de Tassigny, témoin du marié et pas encore plus jeune général de France.

À l’instar de cette cathédrale Saint Étienne, la Lorraine assiste à plusieurs grands épisodes, et abrite plusieurs grands personnages (lire par ailleurs), de l’épopée gaulliste.                                                                                                                                                                              

 

De juin 1944 à mai 1945, la France est libérée par vagues successives, lentes ici, là brutales, formant parfois une surprenante proximité d’îlots occupés et libérés. Dix jours après la libération de la ville, Charles de Gaulle est à Nancy le 25 septembre 1944. Au balcon de l’Hôtel de Ville, il succède au maréchal Pétain de seulement quatre mois. Le 26 mai, Pétain était accueilli par le chant Maréchal, nous voilà ! À la foule, de Gaulle demande de chanter « pieusement » La Marseillaise et d’entretenir la flamme libératrice des régions de Lorraine toujours sous emprise allemande (Baccarat sera libérée le 31 octobre, Saint-Dié le 21 novembre, Metz le 22 novembre, Sarreguemines le 16 décembre).

 

Dans le peuple lorrain, il a trouvé une robuste fidélité à sa personne et à ses idées

 

   « Selon l’historien Raymond Tournoux, lors de sa visite à Nancy, le chef du gouvernement provisoire aperçoit une photographie prise le 26 mai 1944 lors de la venue de Pétain au même endroit. Une foule tout aussi nombreuse se presse sous le balcon, ce que de Gaulle commente sobrement : « Regardez ! Vous pourriez retrouver les mêmes visages » (1).

Le grand Charles aperçoit par la fenêtre de la mairie l’inconstance du peuple français. Dans le peuple lorrain, il trouve pourtant une robuste fidélité à sa personne et à ses idées. Plus qu’ailleurs, les Lorrains lui apportent leur soutien, qui ne se fissure qu’en 1969 à l’occasion du référendum portant « sur la création de régions et la rénovation du Sénat », transformé en plébiscite : de Gaulle, stop ou encore ?                                         29 septembre 1946, Discours de De Gaulle à Epinal pour prononcer un discours fondateur sur les institutions

 

   Plus tôt, de 1946 à 1958, pendant la période dite de traversée du désert, il peut compter sur les gros bastions de sympathisants RPF de l’Est. De Gaulle non plus n’est pas avare de marques d’affection. En septembre 1946, c’est Épinal qu’il choisit pour prononcer un discours fondateur sur les institutions et l’esprit de la Ve République. Les Vosges ne sont pas un hasard, elles sont à la fois « môle de la patrie » et pays de Jules Ferry « qui, en 1875, fit inscrire dans les lois constitutionnelles que « la forme républicaine du gouvernement n’est pas susceptible de révision ». Une formule qui a permis à de Gaulle en 1940 « de dénier la légitimité de Vichy comme de rétablir une légalité héritière des justes lois de la République » (1). C’est également à Épinal, place du maréchal Foch, qu’il esquisse la notion de gaullisme : « des convictions qui n’ont pas de parti, convictions ni de droite ni de gauche, et n’ayant qu’un seul objet qui est d’être utile au pays » (1). De la Lorraine, Charles de Gaulle aimait sa foule et l’ardeur de son peuple, autant que le silence de ses lieux reclus, dont la colline de Sion et son couvent où il se pose avec Yvonne le 24 novembre 1951, après les assises nationales du RPF. Elles avaient lieu à Nancy, conclues par Malraux honorant dans un même élan Barrès et Jaurès.

 

MUSELIER, MONDON, MESSMER et les autres

 

L'univers gaullien est peuplé de Lorrains. Ceux auxquels il se réfère parfois, les Vosgiens Barrès, Ferry et Jeanne d'Arc : « La prégnance de la guerre, mais aussi de figures légendaires comme celle de Jeanne d'Arc, sont à ses yeux le point commun des départements qui courent tout au long de la frontière allemande », écrit l'historienne Frédérique Neau-Dufour. Et ceux qui intègrent le rang des fidèles : l'amiral Émile Muselier, qui en souvenir de son père lorrain souffle à de Gaulle l'idée de la Croix de Lorraine comme emblème, Raymond Mondon, maire de Metz (1947/70) ou Pierre Messmer, qui fut son ministre des Armées (1960-69) presque tout au long de sa présidence, avant de devenir Premier ministre de Pompidou, maire de Sarrebourg et président du Conseil régional de Lorraine. Président de la République lorsque le colonel de Gaulle est en poste à Montigny-lès-Metz, le Meurthe-et-Mosellan Albert Lebrun débarque en revanche dans le contre-univers gaulliste. De Gaulle raconte, dans Mémoires de guerre, sa rencontre avec Lebrun (qui avait nommé Pétain président du Conseil) et lâche, vache : « Au fond, comme chef de l’État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef et qu'il y eût un État ». La puissance de de Gaulle se mesure également à la force de certaines inimitiés. Celle des partisans et nostalgiques de l'Algérie française est féroce. Ce giron de l'extrême-droite fait courir la rumeur – à partir de 1966 et jusque dans un passé pas si lointain – d'un de Gaulle« lâche » à Verdun en 1916, se rendant aux Allemands sans combattre. C'est un des leurs, le Lunévillois et lieutenant-colonel Bastien-Thiry qui organise l'attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle en 1962, jugeant « la séparation d'avec l'Algérie plus grave que celle d'avec l'Alsace-Lorraine».

 

(1) De Gaulle aime l’Est, par Frédérique Neau-Dufour (Éditions La Nuée Bleue, Juin 2020, 250 pages)

N.B : cet article a également été publié jeudi par le mensuel L'Estrade de novembre 2020 , sous le itre "La Lorraine de Charles de Gaulle" (avec un portrait dessiné de De Gaulle par Philippe Lorin). Avec nos remerciements.


Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace. Il anime également une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot est un contributeur du PRé. Il co-anime la rubrique Tutti Frutti.

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LE CINEMA DE CAROLE, par Carole Aurouet


LES YEUX DE MUSIDORA POUR NOUS DEFAIRE DU CLIMAT ANXIOGENE ACTUEL

A l'occasion du colloque " Musidora, qui êtes-vous ? " qu'elle coorganise (avec Marie-Claude Cherqui et Laurent Veray), notre amie Carole Aurouet nous fait le plaisir de nous offrir une photographie de l'artiste totale que fut Musidora, alias Irma Vep, alias Jeanne Roques, née à Paris en 1889, actrice, peintre, caricaturiste, réalisatrice, productrice, écrivaine, chanteuse, auteure (1889-1957), première "Vamp" du muet. Affranchie, féministe, muse des surréalistes, égérie de Pierre Louÿs, très proche de Colette, Musidora fut déjà évoquée dans la série de Carole Chaque jour un sourire contagieux pour embellir la journée publiée par le PRé pendant le 1er confinement.


Du fait du confinement, le colloque "Musidora, qui êtes-vous ?" qui devait avoir lieu les 18, 19 et 20 novembre à la Cinémathèque Robert-Lynen et au Centre national du cinéma et de l'image animée est annulé 😪😪😪

Mais nous sommes en train de rebondir en le faisant évoluer sous une nouvelle forme si bien que je vous donne rendez-vous très bientôt ! 🥳🥳🥳
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Le programme est téléchargeable ici : https://cine0819.hypotheses.org/3046


Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques, membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert, ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire doctoral sur la critique génétique scénaristique.

 

 

Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Elle est également directrice de deux autres collections : "Les meilleurs films de notre vie" et  "Les films sélectionnés" aux éditions Gremese.

 

Derniers ouvrages parus :

" Jacques Prévert, détonations poétiques ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (Classiques Garnier, 2019).

" Pierre Albert-Birot (1876-1967) : Un pyrogène des avant-gardes ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (PUR, 2019).

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LE FENOUIL EST UN SANS CULOTTE, par Jean-Claude Ribaut

 

 

   Fenouil, est le nom donné par Fabre d’Eglantine au 12ème jour de Fructidor, dernier mois du Calendrier républicain (1793), afin de « ramener le peuple français à l’agriculture ». Pour lui, le nom d’un saint donné à chaque jour de l’année n’était que « duperie ou charlatanisme ».

Le fenouil est républicain !

Cette ombellifère - une des quatre semences chaudes des Anciens – est réputée pour son action carminative et eupeptique (l’une fait péter, l’autre digérer) ; elle facilite l’allaitement maternel, elle est aphrodisiaque.

 

C’est une plante méditerranéenne, vivace, connue aussi en Chine. Sauvage, le fenouil pousse au bord des chemins et, en Provence, sert de refuge aux mourguettes (petits escargots blancs).

 

 

Jean-Claude Ribaut croqué par Desclozeaux

 

A Marseille, il donne un goût anisé aux poissons cuits sur l’arête, comme un pastis vegan ! Les graines servent d’épice et d’aromate dans les cuisines italienne, juive et chinoise (mélange aux cinq parfums).

La variété cultivée est appréciée pour le renflement charnu (faux bulbe) des feuilles imbriquées les unes dans les autres.

C’est le fenouil doux apprécié par Stendhal, servi cru, émincé, en salade.

 

Fenouil vient du latin fenuculum (petit foin). En Italien finocchio (fenouil) est employé péjorativement par un homophobe pour stigmatiser un « omosessuale ». Les bourreaux, dit-on, jetaient du fenouil dans le bûcher des « sodomites » pour atténuer l’odeur de leurs corps carbonisés, lorsqu’ils étaient condamnés par la « Sainte » Inquisition. Les historiens sont assez peu convaincus, d’autant qu’à cette époque, l’exemple venait de très haut.

 

Les papes Benoit IX, Léon X, Sixte IV (qui avait autorisé « la sodomie en été à cause de l’ardeur brûlante que provoque cette saison »!), Jules II, Léon X, Jules III...étaient tous, notoirement homophiles. Quant à Ratzinger - le « Pape rose » selon Sodoma (1) - il est squatter au Vatican...

 

(1) Sodoma. Enquête au cœur du Vatican, de Frédéric Martel (Robert Laffont.2019)

 

Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique en chômage partiel...

Chroniqueur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, etc. après avoir officié au journal Le MONDE pendant 205 ans, et avoir fait ses premières armes jounalistiques dans COMBAT.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé.

 

N.B : Cet article a également été publié dans  Siné Mensuel  (numéro de novembre 2020 paru mercredi dernier), "Le Journal qui fait mal et ça fait du bien-

Un journal satirique avec des dessins, bien sûr, mais aussi des reportages des enquêtes, des coups de gueule, comme vous n'avez pas lu ailleurs...".


La rubrique Tutti Frutti est faite de chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition de la Covid-19 également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.

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AUX ARBRES, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Je ne puis regarder une feuille d'arbre sans être écrasé par l'univers. ’ Ainsi Victor Hugo. Mais nous savons que c’est la race humaine qui risque d’être à la fois l’écrasée et l’écraseuse, faute de sauver les forêts. Les couper pour nourrir nos vaches : vachement inefficace. Pour faire marcher nos voitures : mauvaise démarche. Les copeaux comme carburant des usines génératrices en place du charbon : douteux comme tout.

 

 

 

"Château dans les arbres", Victor Hugo (1802-1885), dessinateur, environ 1850.
Collection particulière© Collection particulière

 

Les arbres nous assainissent les villes ; ils nous donnent de quoi respirer ; ils nous soulagent les âmes.

D’ailleurs, le 14 juillet 1870, chez lui à Hauteville House avec les petits-enfants, il plante un gland… et voici Anne Hidalgo et François Pinault qui posent devant le "chêne des États-Unis d’Europe".

Voici donc Aux arbres, juin 1843 ( Victor Hugo in "Les Contemplations", 1856, Tome.1, Livre III, XXIV) et, comme à l'accoutumée, ma version en langue anglaise que j'ai toujours autant de plaisir à vous offrir.


Aux arbres    

 

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!

Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;

Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,

Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.

Vous le savez, la pierre où court un scarabée,

Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,

Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.

La contemplation m’emplit le coeur d’amour.

Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,

Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,

Questionner tout bas vos rameaux palpitants,

Et du même regard poursuivre en même temps,

Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,

L’étude d’un atome et l’étude du monde.

Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,

Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!

Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,

Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,

Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,

Vous savez que je suis calme et pur comme vous.

Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,

Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!

La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;

Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –

J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,

Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

 

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,

Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,

Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,

Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!

Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,

Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,

Dans votre solitude où je rentre en moi-même,

Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!

 

Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,

Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,

Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,

C’est sous votre branchage auguste et solitaire,

Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,

Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

 

 To the Trees    

 

You forest trees, how well you know my mind!

The envious crowd is raucous and unkind;

You know my soul! You’ve seen me as I’ve gone

Gazing and musing in your depths alone:

You know the outcrop that the beetle scours,

The humble raindrop falling through the flowers,

A bird, a cloud: all day I cannot move,

As contemplation fills my heart with love.

Often you’ve seen me, in the shady glen,

Find words to put to nature from the brain,

Quietly questioning your trembling boughs;

Then, equable, and simultaneous,

Pensive, head down, eyes on the leaves of grass,

I quiz the atom and the universe.

Trees, in your sounds I hear your every word:

Through you, I flee from man and seek the Lord!

You leaves that quiver at a branch’s end,

Nests whose white feathers journey on the wind,

Clearings, green vales, wild places, bane or balm,

You know that, just like you, I’m pure and calm.

My prayers climb to heaven like your fragrance;

My skill is to forget, as yours is silence!

In vain upon me hatred’s bile is poured;

Hear this, you woods belovéd of the Lord!

All bitter thoughts are banished and must fade:

My heart is still the heart my mother made!

 

I love the trees that shudder in the groves,

And ivy too, mute climber on mute boughs;

Ravines where living springs are heard to spill,

Shrubs the birds plunder, feasting with a will!

Surrounded in your forests, mighty trees,

Safely concealed, I know this truth, at ease

Within myself, and all alone with you:

That a great being hears and loves me too!

 

Forest, I’ll seek your shade and mystery,

Under your solemn lonely canopy,

And hide my grave in calm obscurity:

For when I sleep, it’s there I wish to be.

 


Translation: Copyright © Timothy Adès



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

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LE CINEMA DE CAROLE, par Carole Aurouet


LES YEUX DE MUSIDORA POUR NOUS DEFAIRE DU CLIMAT ANXIOGENE ACTUEL

A l'occasion du colloque " Musidora, qui êtes-vous ? " qu'elle coorganise (avec Marie-Claude Cherqui et Laurent Veray), notre amie Carole Aurouet nous fait le plaisir de nous offrir une photographie de l'artiste totale que fut Musidora, alias Irma Vep, alias Jeanne Roques, née à Paris en 1889, actrice, peintre, caricaturiste, réalisatrice, productrice, écrivaine, chanteuse, auteure (1889-1957), première "Vamp" du muet. Affranchie, féministe, muse des surréalistes, égérie de Pierre Louÿs, très proche de Colette, Musidora fut déjà évoquée dans la série de Carole Chaque jour un sourire contagieux pour embellir la journée publiée par le PRé pendant le 1er confinement.

Merci Carole !


Du fait du confinement, le colloque "Musidora, qui êtes-vous ?" qui devait avoir lieu les 18, 19 et 20 novembre à la Cinémathèque Robert-Lynen et au Centre national du cinéma et de l'image animée est annulé 😪😪😪
Mais nous sommes en train de rebondir en le faisant évoluer sous une nouvelle forme si bien que je vous donne rendez-vous très bientôt ! 🥳🥳🥳
Le compte-à-rebours continue donc avec une photographie de Musidora par jour 💜💜💜

Le programme est téléchargeable ici : https://cine0819.hypotheses.org/3046


Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray.

Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc.

Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire doctoral sur la critique génétique scénaristique.

Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place). Elle est également directrice de deux autres collections : "Les meilleurs films de notre vie" et  "Les films sélectionnés" aux éditions Gremese.

 

Derniers ouvrages parus :

" Jacques Prévert, détonations poétiques ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (Classiques Garnier, 2019).

" Pierre Albert-Birot (1876-1967) : Un pyrogène des avant-gardes ", codirection avec Marianne Simon-Oikawa (PUR, 2019).

" Le Cinéma de Guillaume Apollinaire. Des manuscrits inédits pour un nouvel éclairage "(Ed de Grenelle, 2018).

" L'étoile de mer, Poème de Robert Desnos tel que l'a vu Man Ray " (Ed Gremesse, 2018)

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LA PREMIERE FOIS QUE JE SUIS ALLE A NEW- YORK, par Jean-François Kervéan, écrivain


     La première fois que je suis allé à New York, je devais avoir 25 ans.

De JFK Airport à Times Square, j'ai pris le métro. Je me suis souvenu de Visions de Cody (Visions of Cody), où d'une seule phrase de plusieurs pages, Jack Kerouac décrit les quais de Brooklyn, la suie. Après la banlieue et un tunnel, quand la rame est entrée dans Manhattan, j'en ai chialé.

 

Kérouac by Allen Ginsberg

Les gratte-ciels, les cab jaunes, les fumées, les réservoirs sur les toits, tout était comme dans le feuilleton Starsky et Hutch, les films de Steve McQueen. Je n'en revenais pas d'être là. Pendant trois jours, j'ai marché partout, sur les docks, à Central Park, jusqu'à l'embarcadère pour la statue de la Liberté, ébloui. Acheter un hot-dog en pleine rue me filait un frisson. Le dimanche, j'en rêvais depuis longtemps, j'ai assisté à une messe chantée en negro spiritual dans une église baptiste de Harlem.

C'était un office de gratification aux donateurs. Les familles s'étaient endimanchées, les mamas portaient des robes roses, jaunes, bleues, des chapeaux à voilettes et des gants blancs. Le pasteur annonçait les donateurs, par groupes successifs.

Chaque couple, bras-dessus, bras-dessous, à la queue-leu-leu, entonnait un tour d'honneur entre les bancs. J'ai mis du temps à comprendre. Plus les donateurs avaient versé d'argent, plus la chorale chantait fort et longtemps. C'était fou. C'était les USA.

 

J'attends que Joe Biden prenne la parole. J'attends le 46e président des Etats-Unis parce que depuis quatre ans, Trump m'a volé cette part de mon enfance, de ma jeunesse, d'un imaginaire, ce grand espace qui s'appelle America.

 

"Trump est sous cacheton maintenant" m'a mailé Andrew. Il dit aussi que la rage de Trump vient du fait qu'il n'aurait absolument plus d'argent, rien qu'un gouffre de dettes devant lui, gouffre dont la présidence le protégeait. Les télés américaines évoquent le débat au sein de l'état-major démocrate entre ceux conseillant de ne surtout pas bouger et d'autres qui considèrent une folie, au nom de la neutralité, de laisser l'espace aux proférations de Trump et au poison du complot.

 

2h51, heure de Paris. "Joe Biden ne prendra la parole que s'il est vainqueur", dixit l'animateur de BFMTV. Il ne cesse de contredire ses chroniqueurs, promettant un discours de Biden depuis deux heures pour garder un peu d'audience. Au fond, ils n'en savent rien. J'attends. Tout le monde attend. Tu attends, nous attendons que l'Associated-Press ou qu'une grosse télé déclarent le vainqueur. J'imagine Joe Biden devant la taloche, son paletot sur le bras du fauteuil, attendant de sortir ou de piquer un somme. C'est dingue.

J'attends de voir à travers leurs rues, la joie.

 

4h45, heure de Paris. Joe Biden arrive à son QG de Wilmington. 28.000 voix d'avance pour lui en Pennsylvanie. 80.000 suffrages restent à dépouiller. CNN affirme que son discours a été remanié. Biden ne pourra toujours pas se déclarer.

Il parle.

"74 millions de votes pour nous. 70 millions pour Trump".

"Nous progressons dans tous les états".

"Jamais un président n'aura été élu avec tant de voix".

"Chaque bulletin représente un homme, un américain".

Il rallie. "Nous sommes des Américains". "Mes adversaires ne sont pas mes ennemis". "Prendre soin de tous les Américains, c'est ça, le job". Il ne dit jamais Je.

Il reprendra la parole demain.

4h57. Joe Biden s'en va.

 

Retranché à la Maison-Blanche, Trump retwitte une analyse obscure sur des fraudes massives, vagues, sans ajouter un mot. (Il va la retwitter à nouveau une demi-heure plus tard, la même, comme groggy).

Le chef de cabinet de Donald Trump vient d'être tester positif au Coronavirus.

J'ai été rechercher Visions de Cody dans la bibliothèque pour voir, avant d'aller dormir, sur quels mots Kerouac achève son roman en 1952. Deux mots. Jack Kerouac écrit :

"Adios, Roi."


Jean-François Kérvéan est écrivain, journaliste, critique littéraire et chroniqueur français.

Prix du premier roman 1995 (pour "La Folie du moment", 1994); Prix Renaudot des lycéens 1996 (pour
" L'Ode à la reine " , 1996); Prix Albert Bichot 2015 pour "Animarex".

Avec la cinéaste Catherine Breillat, il co-signe "Abus de Faiblesse" .

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TROIS SONNETS, Charles Baudelaire / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Trois sonnets de Charles Baudelaire (1821-1867) dont l'oeuvre est en butte à la morale bourgeoise de son milieu. Le 20 août 1857, Baudelaire et son éditeur sont condamnés par la justice pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Le procès pose, plus de cinquante ans après l’abolition de la censure par la Révolution française, la question des rapports de l’écrivain avec la liberté d’expression.

Pour conjurer aujourd'hui, selon l'expression de Timothy Adès, " les temps terribles " ...


 

Voici trois sonnets de l’œuvre glorieuse de Baudelaire, Les fleurs du mal : non pas de ceux qui ont fait scandale, mais ce sont les trois que Georges Perec a choisi pour orner son beau roman La Disparition qui ne contient nulle part la lettre E, la plus fréquente de l’alphabet. Donc Perec a refait ces trois sonnets selon ce principe ; quant à moi, en les traduisant en anglais j’ai fait le même, ainsi que je l’ai fait pour les 154 sonnets de Shakespeare.

 

Pour nous autres qui proposons une République écologique, voici dans les Correspondances (Livre IV) une tranquillité, une révérence quasiment religieuse envers la Nature ; voici Les chats (poème énigme figurant dans la première section des "Fleurs du mal", intitulée "Spleen et idéal") fiers et beaux comme on les aime - celui de Baudelaire s'appelait Tibère; et dans le Recueillement, l’âme et l’esprit qui retrouvent la paix.

 

Timothy Adès


CORRESPONDANCES

 

La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

 

LES CHATS

 

Les amoureux fervents et les savants austères

Aiment également, dans leur mûre saison,

Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

 

Amis de la science et de la volupté

Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;

L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,

S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes

Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,

Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;

 

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,

Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,

Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

 

RECUEILLEMENT

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir; il descend; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

 

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

Sur les balcons du ciel, en robes surannées;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

 

Le soleil moribond s'endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

ACCORDS

 

This world’s a worship-hall: its columnry

Half-murmurs, on and off, a word or two;

Symbols grow thick and tall, as man walks through,

And watch him with familiarity.

 

A distant, long cacophony confounds

Its clangour in dark gulfs of harmony,

Monstrous as night, and vast as clarity:

A caucus of aromas, colours, sounds!

 

Fragrant as baby-limbs, mild odours waft

From rolling grasslands, ocarina-soft;

Or arrogant, triumphant, rich and high,

 

Far out, and growing to infinity,

Musk and patchouli, cinnamon, copal:

Transport and song of spirit, mind and soul.

 

CATS

 

Passion may burn, and scholarship may chill:

But, swains and savants, jointly doff your hats!

Lords of our roost, our puissant pussy-cats

Match you for craving warmth and sitting still.

 

Cats quarry facts and stalk voluptuous bliss,

Finding a dull or downright Stygian spot;

Cats could sign on as four-in-hand of Dis,

If cats could justify a minion’s lot.

 

A cat that’s sunk in thought looks proud and grand,

Grand as a big old sphinx, aloof and sprawling,

Down chasms of hypnotic fancy falling.

 

From loins prolific, sparks of magic flow;

And grains of gold-dust, smooth and small as sand,

In dark and mystic iris dimly glow.

 

CHILL OUT, MY SORROW

 

Chill out, my sorrow: play it cool: calm down:

You said night ought to fall; you got your way.

Twilight cuts in: dusk sinks upon our town,

Doling out consolation or dismay.

 

Lust cracks his whip, that hangman void of pity;

Most of humanity, a vulgar throng,

Will wallow, and will blush for doing wrong.

My sorrow, hold my hand: now, quit this city:

 

Stand by. A rack of gowns that could not last,

Lining an upstairs rail: that is our past:

Smiling contrition in salt surf is born;

 

Sunlight is fading, dying in an arch.

Think of a long shroud trailing off to dawn:

Hark, darling! Night kicks into forward march.

 


Translation: Copyright © Timothy Adès



Le portrait de Baudelaire gravé par Manet

Baudelaire par Franz Kupka

Les Fleurs du Mal. Illustrations de Carlos Schwabe. Paris, Imprimé pour Charles Meunier, 1900

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

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LES PYRENEES, par Guillaume de Salluste, Sieur du Bartas / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Notre ami poète-traducteur anglais nous offre cette fois-ci ‘Les Pyrénées’ de Guillaume de Salluste, Sieur du Bartas (1544-1590). Il raconte :


 

  

 

   En 1960, libéré de l’école, innocent, j’achète un vieux Lambretta à Bordeaux, je vais au Pays basque et au col de St-Ignace où j’apprends à me pencher à droite ou à gauche. Je fais tout le circuit des Pyrénées, les quatre grands cols, Gavarnie, le Pic du Midi de Bigorre, la Principauté, j’arrive au Canigou.

Plus tard, je trouve ce poème dans le Oxford Book of French Verse, je le traduis.

 

 

Les Oeuvres de G. de Saluste, sr Du Bartas (volume anglais, 1621)

 

   Gascon, huguenot, soldat du Vert-Galant, son grand poème ‘La sepmaine ou création du monde’ (1578) lui apporte une grande renommée, de son vivant et post-mortem : Milton, Goethe, Nerval, tous l’applaudissent.

Entre ses nombreux traducteurs se trouve le roi Jacques VI d’Écosse, fils de la malheureuse Marie Stuart (voir la rubrique Tutti Frutti Pré du 12 avril) mais protestant, qui devient Jacques 1er d’Angleterre.

Du Bartas envoyé en Écosse vise aux fiançailles de celui-ci avec la sœur de son Roi ; envoyé en Danemark, c’est peut-être lui qui achève l’union de Jacques à la princesse Anne. Ou bien, puisqu’elle est fort catholique, il ne réussit pas à l’empêcher.

 

    Shakespeare nous a laissé 154 sonnets de ses amours : je les ai traduits tous sans la lettre E, comme chez l’Oulipo, dans mon livre ‘Loving by Will’. On a proposé que quelques-uns seraient des traductions d’œuvres d’Agrippa d’Aubigné à la cour de Navarre ; le Bel Ami et la Dame seraient le Roi et la Reine ; du Bartas, lui, serait le Poète Rival.

 

Voici donc ma traduction de ‘Les Pyrénées’ en deux modes, traditionnel et contemporain :

 

François, arreste–toi, ne passe la campagne
Que Nature mura de rochers d’un costé,
Que l’Auriège entrefend d’un cours précipité;
Campagne qui n’a point en beauté de compagne.
Passant, ce que tu vois n’est point une montagne:
C’est un grand Briarée, un géant haut monté
Qui garde ce passage, et défend, indomté,
De l’Espagne la France, et de France l’Espagne.
Il tend à l’une l’un, à l’autre l’autre bras,
Il porte sur son chef l’antique faix d’Atlas,
Dans deux contraires mers il pose ses deux plantes.
Les espaisses forests sont ses cheveux espais;
Les rochers sont ses os; les rivières bruyantes
L’éternelle sueur que luy cause un tel faix.

 

 

 

 

 

 

Translations: Copyright © Timothy Adès

 

 

Frenchman, hold hard, nor pass beyond that land
That nature fortified with rocky walls,
That Ariège thrusts through with headlong falls,
Land garlanded, most gallant and most grand.
What thou seest, passing here, is no high–land;
Rather a mighty Briareus, a giant
Set high to guard this passage, and, defiant,
Spain’s way to France, France’s to Spain command.
One arm to France, t’other to Spain is spread;
Upon his crest sits Atlas’ ancient weight;
His feet the two opposing seas betread.
The thickets are the thick hairs of his head;
The rocks his bones; the roaring mountain–spate,
The sweat his burthen ever makes him shed.

 

Published in Outposts

 

 

FRENCH NATIONALS STOP HERE. NO TRANSIT through
The Ariège (Dept. no. 9).
A natural break: cascade, scarp, anticline.
No contest: champion country. Get that view!
VISITORS
THIS IS NOT A MOUNTAIN CHAIN.
You’re looking at a brontosaurus which
Has got across the middle of the pitch
Showing a No Way card to France and Spain.
Ne passez pas. No pase el paso usted.
His spiky neck is what jacks up the sky;
Feet in the Bay of Biscay and the Med;
The forest canopy tops out his head;
His bones are rocks. The long–term power supply?
Sweat, leached from stress–points on the watershed.

 

Published in Modern Poetry in Translation

 


Guillaume Salluste du Bartas, par Nicolas II de Larmessin (1632-94)

Les Oeuvres de G. de Saluste, sr Du Bartas (Paris : J. de Bordeaulx, 1610-1611)

La sepmaine ou création du monde, 21 cm, 230 p

Briarée, un des trois géants à cent mains (Hécatonchires, Centimanes) dans la mythologie grecque, de la Terre et du ciel, c'est    selon, ou fils de Poséidon, plus puissant que son père (Homère, Il., I, 404), et aussi de Pontos et de Thalassa. Son nom signifie le fort; le redoutable; ses deux frères sont Cottos et Gygès. Il fait partie du groupe des personnifications des forces de la nature auquel appartiennent les Titans et les Cyclopes, appelé par Thétis (mère d'Achille), gravure allemande (1795)

Château du Bartas situé sur la commune de Saint-Georges (Gers, Occitanie)

Statue de Salustre du Bartas, située sur la place du même nom en plein coeur d'Auch, juste devant la bibliothèque municipale

Réédition en 2012 par la BNf et Hachette Livre de La sepmaine, ou Création du monde


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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DEMOCRATIE, LAICITE, RELIGION

JeSuisProf # Libertéd’expression

 

«  Toujours, les hommes qui prétendent combattre pour Dieu, sont les plus insociables de la terre.
Parce qu'ils croient entendre des messages divins, leurs oreilles restent sourdes à toute parole d'humanité
 »

 

Stefan Zweig (in Marie Stuart, 1935)


Samuel Paty

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MARS ÉMERVEILLÉ, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

Encore un poète Résistant : Jean Cassou (1897-1986), dit "Le Grand Méconnu". Jean Noir dans la clandestinité.

On vous l’a déjà présenté le 21 juin, avec ses célèbres 33 Sonnets composés au secret, à savoir, en plein hiver 1941-42 dans la prison à Toulouse où, selon Louis Aragon ‘ il avait la nuit pour son encre, la mémoire pour son papier ’.

Grand historien, critique et amateur de l’art, Jean Cassou créera plus tard la collection magnifique du Musée National d’Art Moderne ; en attendant, il écrit beaucoup de prose, beaucoup de poèmes, y compris celui ci-dessous, Mars émerveillé en 1952 publié dans Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953).

 

 

Mars désarmé par Vénus, David, 1824

Le plus bel hommage latin à la Déesse de l’Amour reste celui de Lucrèce dans son De Rerum Natura - Liber I (v. 1-43) :

[...]

effice ut interea fera moenera militiai

per maria ac terras omnis sopita quiescant;

nam tu sola potes tranquilla pace iuvare

mortalis, quoniam belli fera moenera Mavors

armipotens regit, in gremium qui saepe tuum se

reiicit aeterno devictus vulnere amoris,

atque ita suspiciens tereti cervice reposta

pascit amore avidos inhians in te, dea, visus

eque tuo pendet resupini spiritus ore.

hunc tu, diva, tuo recubantem corpore sancto

circum fusa super, suavis ex ore loquellas

funde petens placidam Romanis, incluta, pacem.

...

 

[...]

« Cependant, assoupis les fureurs de la guerre ;

Car toi seule aux mortels sur l’onde et sur la terre

Dispenses les douceurs du bienfaisant repos.

Oui, Mars, le dieu du glaive et des sanglants travaux,

Souvent se laisse aller dans tes bras ; la blessure

D’un éternel amour l’enchaîne à ta ceinture ;

Et, son col arrondi sur ton beau sein couché,

Tout béant de désir, l’œil au tien attaché,

Il repaît ses regards avides ; et son âme

Qui monte, suspendue à tes lèvres, se pâme.

Que tes membres sacrés d’un long embrassement

Enveloppent, déesse, enivrent ton amant !

Que ta bouche, épanchant le baume des prières,

Nous obtienne la fin des luttes meurtrières. »

...

(Traduction d'André Lefèvre, 1899)



MARS ÉMERVEILLÉ

 

Quoi ? disait ce guerrier, c’est dans mes bras, Vénus,

que tombe ton destin de beauté souveraine:

tes cheveux nonpareils, ta gorge, tes pieds nus

et le trésor marin que tes cuisses detiennent !

 

Entre tant de servants du nombre universel,

indiscernables chacun de chacun, pourquoi

celui-ci qui ne répond: moi, qu’au seul appel

de lui-même, sans doute aussi dénommé moi ?

 

Mais, oh ! l’obscure voix qui s’aventure ainsi

Sous l’armure pareille aux pareilles armures,

quel enfouissement de fol orgueil parmi

la rigoureuse égalité des morts futurs!

 

Choix de la foudre ! Vol frémissant de la bille

tremblant de prononcer son chiffre, et toi, couteau,

aile d’oiseau de mer, qui sinues et scintilles

sur la vaste étendue des cornes de taureaux !

 

Mon taureau ! Noir ou blanc, fils du sort, je t’embrasse.

J’embrasse tout destin par la nuit projeté

et, sur l’autel massif de mon thorax, j’enlace

mon propre chef de mes deux bras de fer noués,

 

attendant qu’à leur place, adorable mystère,

apparaissent, Vénus, tes bras, fleuve de lait

d’amande douce, odeur condensée de lumière,

collier, bouche d’abîme et de suavité.

 

Loin de m’y engloutir, j’y trouve ma naissance

et le cercle lustral de mes fonts baptismaux.

J’existe par tes cris, tes extases, tes transes

et c’est pour ma saillie que tu jaillis des flots.

 

Et toi, n’est-ce étonnant que de tant de déesses

et de nymphes des bois, des prairies, des rochers,

ce soit toi qui, sitôt que je dise : maîtresse,

t’encoures sur mon cœur ton visage cacher ?

 

J’écarte tes cheveux, j’écarte tes paupières,

je te regarde jusqu’ au fond de ton regard.

Non, je ne connaîtrai jamais d’heure dernière

et dans l’éternité je mets tout notre espoir.

 

In Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953)

N.B : Je l’ai trouvé dans l’édition bilingue d’Erker-Verlag.

MARS AWESTRUCK

 

What !' said the warrior, `Venus, in my arms

your destiny as sovereign beauty lies.

Bare feet, and throat, your hair's unrivalled charms,

and the sea-treasure guarded by your thighs!

 

Of all the whole world's interchangeable

obedient servants, madam, tell me why

this one, who answers `I' to one sole call:

his own, and that itself is surely `I'.

 

But, high adventure for this voice, half-heard,

in this plain armour of the armoury!

High pride, in strict equality interred,

plunged among equals who are doomed to die.

 

Thunder must choose! the bullet's whirring flight

trembles to speak its number, and the blade,

wing of a seabird, sinuously bright,

thrusts through wide horns of bulls its estocade.

 

Bull of my fate! White, black, in my embrace!

I grasp the fate thrust on me by the night.

On my great breastplate's altar I enlace

my own head, in my two strong arms locked tight,

 

till in their place, mysterious, marvellous,

Venus, your arms appear, soft stream of milk

of almonds, sweet quintessence luminous,

necklace and mouth abyssal, smooth as silk.

 

I'm not submerged, but find my birth in this,

find my baptismal springs, my lustral home,

exist in your cries, trances, ecstasies.

To mate with me you spurted from the foam.

 

Strange that of all those goddesses, divine

nymphs of the woods, the fields, the mountain-crest,

you are the one, when I say: mistress mine,

who runs to hide her forehead in my breast !

 

I brush aside your lashes and your hair,

gaze deep into the chasms of your gaze.

No, I shall never know a final hour:

I store up all our hope in endless days.'

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

Published in : Jean Cassou, The Madness of

Amadis and other poems, translated by Timothy Adès (Agenda Editions, 2008).

 



La peinture Mars désarmé par Vénus de Jacques-Louis David est conservée dans les Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles 

Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953)

Jean Cassou, The Madness of Amadis and other poems, translated by Timothy Adès (Agenda Editions, 2008).

L'autoportrait aux trois collets (1791) de David au Musée des Offices, à Florence.

La photo (1963) de Cassou souriant est du serbe Stevan Kragujevic, reporter photographe et photographe d'art (1922-2002).


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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C, par Louis Aragon / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Pour oublier les lundi tristes...