CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


 

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition du Covid-19 également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

LES PYRENEES, par Guillaume de Salluste, Sieur du Bartas / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Notre ami poète-traducteur anglais nous offre cette fois-ci ‘Les Pyrénées’ de Guillaume de Salluste, Sieur du Bartas (1544-1590). Il raconte :


 

   En 1960, libéré de l’école, innocent, j’achète un vieux Lambretta à Bordeaux, je vais au pays basque et au col de St-Ignace où j’apprends de me pencher à droite ou à gauche. Je fais tout le trajet des Pyrénées, les quatre grands cols, Gavarnie, le Pic du Midi de Bigorre, la Principauté, j’arrive au Canigou.

Plus tard je trouve ce poème dans le Oxford Book of French Verse, je le traduis.

 

Gascon, huguenot, soldat du Vert-Galant, son grand poème ‘La sepmaine ou création du monde’ lui gagne grande renommée, vivant et mort : Milton, Goethe, Nerval tous l’applaudissent.

Entre ses nombreux traducteurs se trouve le roi Jacques VI d’Écosse, fils de la malheureuse Marie Stuart (voir la rubrique Tutti Frutti Pré du 12 avril) mais protestant, qui devient Jacques 1er d’Angleterre.

Du Bartas envoyé en Écosse vise aux fiançailles de celui-ci avec la sœur de son Roi ; envoyé en Danemark, c’est peut-être lui qui achève l’union de Jacques à la princesse Anne. Ou bien, puisqu’elle est fort catholique, il ne réussit pas à l’empêcher.

 

Shakespeare nous a laissé 154 sonnets de ses amours : je les ai traduits tous sans la lettre E, comme chez l’Oulipo, dans mon livre ‘Loving by Will’. On a proposé que quelques-uns seraient des traductions d’œuvres d’Agrippa d’Aubigné à la cour de Navarre ; le Bel Ami et la Dame seraient le Roi et la Reine ; du Bartas, lui, serait le Poète Rival.

 

Voici ma traduction de ‘Les Pyrénées’ en deux modes, traditionnel et contemporain …

 

François, arreste–toi, ne passe la campagne
Que Nature mura de rochers d’un costé,
Que l’Auriège entrefend d’un cours précipité;
Campagne qui n’a point en beauté de compagne.
Passant, ce que tu vois n’est point une montagne:
C’est un grand Briarée, un géant haut monté
Qui garde ce passage, et défend, indomté,
De l’Espagne la France, et de France l’Espagne.
Il tend à l’une l’un, à l’autre l’autre bras,
Il porte sur son chef l’antique faix d’Atlas,
Dans deux contraires mers il pose ses deux plantes.
Les espaisses forests sont ses cheveux espais;
Les rochers sont ses os; les rivières bruyantes
L’éternelle sueur que luy cause un tel faix.

 

 

 

 

 

 

Translations: Copyright © Timothy Adès

 

Frenchman, hold hard, nor pass beyond that land
That nature fortified with rocky walls,
That Ariège thrusts through with headlong falls,
Land garlanded, most gallant and most grand.
What thou seest, passing here, is no high–land;
Rather a mighty Briareus, a giant
Set high to guard this passage, and, defiant,
Spain’s way to France, France’s to Spain command.
One arm to France, t’other to Spain is spread;
Upon his crest sits Atlas’ ancient weight;
His feet the two opposing seas betread.
The thickets are the thick hairs of his head;
The rocks his bones; the roaring mountain–spate,
The sweat his burthen ever makes him shed.

Published in Outposts

 

 

FRENCH NATIONALS STOP HERE. NO TRANSIT through
The Ariège (Dept. no. 9).
A natural break: cascade, scarp, anticline.
No contest: champion country. Get that view!
VISITORS
THIS IS NOT A MOUNTAIN CHAIN.
You’re looking at a brontosaurus which
Has got across the middle of the pitch
Showing a No Way card to France and Spain.
Ne passez pas. No pase el paso usted.
His spiky neck is what jacks up the sky;
Feet in the Bay of Biscay and the Med;
The forest canopy tops out his head;
His bones are rocks. The long–term power supply?
Sweat, leached from stress–points on the watershed.

 

Published in Modern Poetry in Translation

 



Briarée, un des trois géants à cent mains (Hécatonchires, Centimanes), dans la mythologie grecque, fils, selon, de la Terre et du ciel, ou fils de Poséidon, plus puissant que son père (Homère, Il., I, 404), et aussi de Pontos et de Thalassa. Son nom signifie le fort; le redoutable; ses deux frères sont Cottos et Gyès ou Gygès. Il fait partie du groupe des personnifications des forces de la nature auquel appartiennent les Titans et les Cyclopes, appelé par Thétis (mère d'Achille), gravure allemande (1795)

 

Château du Bartas situé sur la commune de Saint-Georges (Gers, Occitanie)

 

Statue de Salustre du Bartas, située sur la place du même nom en plein coeur d'Auch, juste devant la bibliothèque municipale

 

Guillaume Salluste du Bartas par Nicolas II de Larmessin (1632-94)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

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DEMOCRATIE, LAICITE, RELIGION

JeSuisProf # Libertéd’expression

 

«  Toujours, les hommes qui prétendent combattre pour Dieu, sont les plus insociables de la terre.
Parce qu'ils croient entendre des messages divins, leurs oreilles restent sourdes à toute parole d'humanité
 »

 

Stefan Zweig (in Marie Stuart, 1935)


Samuel Paty

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MARS ÉMERVEILLÉ, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

Encore un poète Résistant : Jean Cassou (1897-1986), dit "Le Grand Méconnu". Jean Noir dans la clandestinité.

On vous l’a déjà présenté le 21 juin, avec ses célèbres 33 Sonnets composés au secret, à savoir, en plein hiver 1941-42 dans la prison à Toulouse où, selon Louis Aragon ‘ il avait la nuit pour son encre, la mémoire pour son papier ’.

Grand historien, critique et amateur de l’art, Jean Cassou créera plus tard la collection magnifique du Musée National d’Art Moderne ; en attendant, il écrit beaucoup de prose, beaucoup de poèmes, y compris celui ci-dessous, Mars émerveillé en 1952 publié dans Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953).

 

 

Mars désarmé par Vénus, David, 1824

Le plus bel hommage latin à la Déesse de l’Amour reste celui de Lucrèce dans son De Rerum Natura - Liber I (v. 1-43) :

[...]

effice ut interea fera moenera militiai

per maria ac terras omnis sopita quiescant;

nam tu sola potes tranquilla pace iuvare

mortalis, quoniam belli fera moenera Mavors

armipotens regit, in gremium qui saepe tuum se

reiicit aeterno devictus vulnere amoris,

atque ita suspiciens tereti cervice reposta

pascit amore avidos inhians in te, dea, visus

eque tuo pendet resupini spiritus ore.

hunc tu, diva, tuo recubantem corpore sancto

circum fusa super, suavis ex ore loquellas

funde petens placidam Romanis, incluta, pacem.

...

 

[...]

« Cependant, assoupis les fureurs de la guerre ;

Car toi seule aux mortels sur l’onde et sur la terre

Dispenses les douceurs du bienfaisant repos.

Oui, Mars, le dieu du glaive et des sanglants travaux,

Souvent se laisse aller dans tes bras ; la blessure

D’un éternel amour l’enchaîne à ta ceinture ;

Et, son col arrondi sur ton beau sein couché,

Tout béant de désir, l’œil au tien attaché,

Il repaît ses regards avides ; et son âme

Qui monte, suspendue à tes lèvres, se pâme.

Que tes membres sacrés d’un long embrassement

Enveloppent, déesse, enivrent ton amant !

Que ta bouche, épanchant le baume des prières,

Nous obtienne la fin des luttes meurtrières. »

...

(Traduction d'André Lefèvre, 1899)



MARS ÉMERVEILLÉ

 

Quoi ? disait ce guerrier, c’est dans mes bras, Vénus,

que tombe ton destin de beauté souveraine:

tes cheveux nonpareils, ta gorge, tes pieds nus

et le trésor marin que tes cuisses detiennent !

 

Entre tant de servants du nombre universel,

indiscernables chacun de chacun, pourquoi

celui-ci qui ne répond: moi, qu’au seul appel

de lui-même, sans doute aussi dénommé moi ?

 

Mais, oh ! l’obscure voix qui s’aventure ainsi

Sous l’armure pareille aux pareilles armures,

quel enfouissement de fol orgueil parmi

la rigoureuse égalité des morts futurs!

 

Choix de la foudre ! Vol frémissant de la bille

tremblant de prononcer son chiffre, et toi, couteau,

aile d’oiseau de mer, qui sinues et scintilles

sur la vaste étendue des cornes de taureaux !

 

Mon taureau ! Noir ou blanc, fils du sort, je t’embrasse.

J’embrasse tout destin par la nuit projeté

et, sur l’autel massif de mon thorax, j’enlace

mon propre chef de mes deux bras de fer noués,

 

attendant qu’à leur place, adorable mystère,

apparaissent, Vénus, tes bras, fleuve de lait

d’amande douce, odeur condensée de lumière,

collier, bouche d’abîme et de suavité.

 

Loin de m’y engloutir, j’y trouve ma naissance

et le cercle lustral de mes fonts baptismaux.

J’existe par tes cris, tes extases, tes transes

et c’est pour ma saillie que tu jaillis des flots.

 

Et toi, n’est-ce étonnant que de tant de déesses

et de nymphes des bois, des prairies, des rochers,

ce soit toi qui, sitôt que je dise : maîtresse,

t’encoures sur mon cœur ton visage cacher ?

 

J’écarte tes cheveux, j’écarte tes paupières,

je te regarde jusqu’ au fond de ton regard.

Non, je ne connaîtrai jamais d’heure dernière

et dans l’éternité je mets tout notre espoir.

 

In Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953)

N.B : Je l’ai trouvé dans l’édition bilingue d’Erker-Verlag.

MARS AWESTRUCK

 

What !' said the warrior, `Venus, in my arms

your destiny as sovereign beauty lies.

Bare feet, and throat, your hair's unrivalled charms,

and the sea-treasure guarded by your thighs!

 

Of all the whole world's interchangeable

obedient servants, madam, tell me why

this one, who answers `I' to one sole call:

his own, and that itself is surely `I'.

 

But, high adventure for this voice, half-heard,

in this plain armour of the armoury!

High pride, in strict equality interred,

plunged among equals who are doomed to die.

 

Thunder must choose! the bullet's whirring flight

trembles to speak its number, and the blade,

wing of a seabird, sinuously bright,

thrusts through wide horns of bulls its estocade.

 

Bull of my fate! White, black, in my embrace!

I grasp the fate thrust on me by the night.

On my great breastplate's altar I enlace

my own head, in my two strong arms locked tight,

 

till in their place, mysterious, marvellous,

Venus, your arms appear, soft stream of milk

of almonds, sweet quintessence luminous,

necklace and mouth abyssal, smooth as silk.

 

I'm not submerged, but find my birth in this,

find my baptismal springs, my lustral home,

exist in your cries, trances, ecstasies.

To mate with me you spurted from the foam.

 

Strange that of all those goddesses, divine

nymphs of the woods, the fields, the mountain-crest,

you are the one, when I say: mistress mine,

who runs to hide her forehead in my breast !

 

I brush aside your lashes and your hair,

gaze deep into the chasms of your gaze.

No, I shall never know a final hour:

I store up all our hope in endless days.'

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

Published in : Jean Cassou, The Madness of

Amadis and other poems, translated by Timothy Adès (Agenda Editions, 2008).

 



La peinture Mars désarmé par Vénus de Jacques-Louis David est conservée dans les Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles 

Recueil, Jean Cassou (Rodez, Éditions du Lampadaire,1953)

Jean Cassou, The Madness of Amadis and other poems, translated by Timothy Adès (Agenda Editions, 2008).

L'autoportrait aux trois collets (1791) de David au Musée des Offices, à Florence.

La photo (1963) de Cassou souriant est du serbe Stevan Kragujevic, reporter photographe et photographe d'art (1922-2002).


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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C, par Louis Aragon / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Pour oublier les lundi tristes...


 

Hier, samedi 3 octobre, c'était l’anniversaire de la naissance de Louis Aragon (1897-1982) : poète, éditeur, écrivain, surréaliste, Croix de Guerre, Résistant.

 

Le 19 juin 1940,  avec son régiment en débâcle, il traverse les Ponts-de-Cé pour gagner la ‘Zone Libre’ et rejoindre la Résistance.

Cet endroit stratégique, le dernier point de passage de la Loire, a vu des combats acharnés en 51 A.C., 1432, 1620, et ... 1940.

 

 

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On peut noter aussi que Lancelot (dans Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes) avait franchi le périlleux Pont de l’Épée pour l’amour de Guenièvre…

 

Le poème "C"  fait partie du recueil Les Yeux d'Elsa (1942) publié par les Editions La Baconnière de Hermann Hauser (Neuchâtel, Suisse) dans la collection Cahiers du Rhône dirigée par Albert Béguin.

Il est plus qu'un hommage à la Dame aimée, incarnée ici par Elsa Triolet, sa compagne : il est un hymne à la France occupée, un chant d'amour blessé, une protestation contre la défaite (via le recours à la poésie médiévale) et l'attitude de Vichy.

Ce qui lui permettra sur le moment d'éviter la censure. Aragon le dira lui-même : ce poème "C" correspond à une « poésie de contrebande » à la façon du troubadour du Périgord Arnaut Daniel (XIIe siècle).

 

Francis Poulenc (1899-1963) l'a mis sa musique en 1943 : c’est un ‘Lai’, à savoir un poème d’octosyllabes à une seule rime, célébrant l’amour, souvent impossible, et la chevalerie.

Typiquement médiéval dans sa forme, le genre est maitrisé surtout par la mystérieuse Marie de France du 12e siècle...


« C »

 

J’ai traversé les ponts de Cé
C’est là que tout a commencé

 

Une chanson des temps passés
Parle d’un chevalier blessé

 

D’une rose sur la chaussée
Et d’un corsage délacé

 

Du château d’un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés

 

De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée

 

Et j’ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées

 

La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versés

 

Et les armes désamorcées
Et les larmes mal effacées

 

Ô ma France ô ma délaissée
J’ai traversé les ponts de Cé

 

‘C’

 

I’ve crossed the Loire at Cé (that’s ‘C’),
the start of this whole tendency.

 

A song of ancient minstrelsy,
a knight, a nasty wound has he,

 

a rose on roads of vagrancy,
and breasts bereft of decency:

 

castle of some duke’s lunacy,
swans on the ditches’ buoyancy,

 

meadow of dancing ecstasy,
a bride’s eternal constancy.

 

I drank chilled milk, fake fantasy:
false glories, long lay’s poesy.

 

The Loire sweeps all my thoughts to sea,
trucks belly-up, sad sight to see,

 

and weapons lacking potency,
a smear of tears: despondency.

 

Dear France, forlorn expectancy!
I’ve crossed the bridge at Cé, or C.

 


Translation: Copyright © Timothy Adès


 

Voici une très belle vidéo de "C", mise en images par Tapioca, musique de Poulenc (1943), avec la voix du ténor Hugues Cuénod : https://www.youtube.com/watch?v=TvRzyjMIHY8

 

On y trouve aussi une sélection de magnifiques soprans.

 

Egalement avec la voix lumineuse de la soprano Sandrine Piau : youtube.com/watch?v=YOSLUmhlfB0

(Deux poèmes de Louis Aragon (FP. 122): I. C 00:00 II. Fêtes galantes 02:48 Poulenc, Francis (1899-1963) -composer Sandrine Piau -soprano Susan Manoff -piano ..)



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LES RENCONTRES DE VIANNEY


ROGER BRIESCH, ANCIEN DIRIGEANT DE LA CFDT, ANCIEN PT DU CESE EUROPEEN


 

 

Roger Briesch est une de mes plus belles rencontres des dix dernières années.

 

 

 

 

L'homme est élégant, passionnant, drôle, en même temps droit dans ses bottes, carré, pas le gus qui navigue en zigzag.

On ne rigole pas avec la classe ouvrière ! Il l'a défendue des dizaines d'années durant, à la tête du syndicat de la sidérurgie de l'est, au secrétariat national de la CFDT ou à la présidence du Conseil Économique et Social Européen.

Nous nous sommes rencontrés la première fois par hasard, j'écrivais un portrait de lui pour le magazine du camarade Aziz Mebarki, L'Estrade. J'ai revu Roger, nous sommes devenus amis, il est de ces quelques-uns dont j'aime occuper le salon avec une seule revendication et un seul slogan : et si on se prenait l'apéro !

 

Un autre hasard a fait qu'il sera présent dans l'émission que j'anime sur Moselle TV et Vosges TV, « Sur ma route ».

Il est l'oncle de l'invitée Fabienne Betting, scientifique et écrivaine, qui l'a choisi comme second invité (c'est le principe de l'émission).

Avant le montage de l'émission (réalisé par le camarade Azzedine Brahimi), je suis allé voir Roger. Je lui demande quelques clichés d'archives pour illustrer son parcours. Il déterre des albums, étale les images sur sa table de salle-à-manger, des rencontres sur lesquelles, pour la plupart, il était resté discret. On le voit avec Lula, dans son appartement, avant qu'il soit président du Brésil (les deux métallos sont amis depuis longtemps), on le voit chez Lech Walesa, au lendemain de sa libération de prison, avec Georges Bush à la Maison blanche, avec Yasser Arafat, Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Delors, Edmond Maire, Jacques Chérèque qu'il aimait tant... des personnages qui ont fait une époque.

 

Sacré Roger, resté simple et proche de son Talange natal, à Hagondange.

 

Avant de critiquer les syndicats, on devrait regarder de plus près ce que ces militants ont donné, de temps, d'énergie et de talent, pour la défense des salariés. Il est la Lorraine comme j'aime !

 

L'émission sera diffusée samedi 3 octobre sur viaMoselle TV (13h30 et 20h45) et viàVosges TV (19h et 22h).


Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace. Il anime également une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot est un ami et un contributeur du PRé. Il co-anime la rubrique Tutti Frutti.

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LE PONT DU NORD, par Pierre Mac Orlan / Timothy Adès


Notre ami Timothy Adès n'a pu se résoudre hier de quitter Juliette Gréco et son cher Desnos sans nous faire partager son coup de coeur pour cette cette " grande chanson " qu'est Le Pont du Nord de Pierre Mac Orlan, toujours interprétée par Juliette Gréco.


Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager cette autre chanson interprétrée magistralement par Juliette Gréco : Le Pont du Nord de Pierre Mac Orlan (1882-1970). Assortie, comme à l'accoutumée, de ma traduction en anglais, elle figure également dans le nouveau numéro de la revue distinguée de

Collège de Pataphysique, édité par Alastair Brotchie de Atlas Press, un régent du collège.

 

 

Ecrivain et poète, auteur de contes, romans, nouvelles et essais, critique photographique, auteur de chansons, Pierre Mac Orlan est connu également pour l'adaptation cinématographique fameuse de son roman Le Quai des brumes en 1938 par Marcel Carné (scénario de Jacques Prévert). Mac Orlan inspira quelques auteurs des générations d'écrivains : entre autres René Fallet, Henri Calet, Antoine Blondin, Alexandre Vialatte, voire Patrick Modiano, et même Guy Debord (Cf.Panégyrique).

 

Le Pont du Nord figure avec 10 autres chansons enregistrées avec entre juin 1961 et mai 1963 et sorties dans l'album " Gréco chante Mac Orlan " qui obtient le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros en mars 1964.

 

Sur une musique de Philippe-Gérard
youtube.com/watch?v=IUAO6Nzl_Sw

Le Pont Du Nord (Album Version) Artist Juliette Gréco; Licensed to YouTube by UMG (on behalf of Universal Music Division Decca Records France); EMI Music Publishing; Song J'Ai Dans La Caroline ...

A écouter à partir des 13 mn 45 de l'album.
Je vous souhaite un bon lundi et une belle semaine,
Timothy Adès

Le Pont du Nord   Pierre Mac Orlan

 

Je n’ai pas pu payer ma taule.

Je dois deux semain’s et ma clé

N’ouvrira plus la rue des Saules:

Ainsi l’a voulu le taulier.

La neige tomb’, c’est grand’ vacherie

Dans l’ciel, sur la terre et sur moi.

Le froid mord dans mes joues maigries

Et me ronge le bout des doigts.

 

Ma mèr’ m’a dit, il y a longtemps,—

«C'est sur le Pont du Nord qu’Adèle

Ta soeur aînée a foutu l'camp

Pour danser la java rebelle

Loin des conseils de ses parents.

C’est là qu’ell’ perdit sa ceinture,

La vie et l’air de la chanson.

Les Rabouin’s, la Bonne Aventure,

Tout ça c’est de l’accordéon.»

 

Quand ma mère eut fermé la bouche,

Mon premier soin, ru’ Durantin,

Fut d’aborder une Manouche.

On peut dir’ qu’elle tombait bien.

Sa jupe à volants était mûre;

Elle a regardé dans ma main

Et m’a dit la Bonne Aventure

Devant la port’ d’un marchand d’vin—

 

«Tu seras marié pour toujours

Avant que la lune se couche

Dans la lumièr’ du petit jour

Tout d'suite après ta premièr’ touche:

Car c’est ainsi que naît l’amour.

Tu me paieras à la prochaine...

Es-tu rassuré’ sur ton sort ?

Il est au bout du Pont des Peines,

Autrement dit le Pont du Nord. »—

 

«Monsieur, demandai-je à tout l'monde,

Où se trouve le Pont du Nord?»

Les uns disaient: Au bout du monde

Et d’autres: Au bout du corridor.

Dans les neiges indifférentes

J’ai aperçu le pont brumeux.

Il n’avait pas de main-courante

Et frôlait le fleuve et les cieux.

 

Le vent, tel un homme en folie,

Bouscula les points cardinaux;

Et la neige fondit en pluie

Pour mieux vous refroidir les os.

Et la chair promise au tombeau

La fille aperçut-elle un signe

Qui lui fit entrevoir les corps

Des mal marié's à la dérive ?...

Ce n'est plus de notre ressort

Le Pont du Nord

 

Can’t pay my rent. Two weeks behind.

My key won’t open Rue des Saules:

The landlord’s wish, he isn’t kind.

It’s snowing, snowing wretchedly

On earth, on heaven, and on me.

On my thin cheeks the snowflakes fall:

The cold bites into them, and nips

And gnaws my frozen finger-tips.

 

My mother told me long ago

‘Le Pont du Nord is where Adèle,

Your elder sister, went awol

And whooped it up, a ne’er-do-well,

Far from her parents’ good advice.

She lost her belt, she lost the tune,

Her life and luck and good fortune:

Drop-outs and chancers, no-one nice,

Sad song, cheap music, rotten show.’

 

Soon as my mam had turned it up,

My first requirement was to step

To Gypsy Rose, rue Durantin,

A palmist, doing rather well:

The skirts she wore were flounced and full.

She read my hand, my fate and all

My future and my fortune in

The doorway of a bottle-shop.

 

‘Before the setting of the moon

You shall be wed for evermore

At the first light of early dawn,

As soon as you’ve embarked on your...

For that’s the way that love is born.

Pay me next time. I reassure

My clients: all you hear is gain.

You’ll need to cross the Bridge of Pain

 That’s also called Le Pont du Nord.’

 

 I asked if anyone could say

Where I might find the Pont du Nord.

Some said: it’s half the world away,

Some said: it’s down the corridor.

The snow just fell without a thought.

I saw the bridge in misty guise:

No handrail, no police report,

It skimmed the river and the skies.

 

The wind was like a man insane:

The compass-points were all assailed.

The snow was melting into rain,

By which your bones are truly chilled.

The flesh is promised to the tomb.

Did the girl see by any chance

A sign that let her glimpse the doom

Of brides in sad mésalliance?

That’s now beyond our competence.


Translation: Copyright © Timothy Adès


Gréco vue par Mac Orlan : « Si vous entendez une voix qui est l'appel de l'ombre, c'est Gréco. Si les yeux clos, vous entendez la chanson de votre adolescence… c'est Gréco. C'est Juliette Gréco qui mène la chanson chez qui la lui réclame. »


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet


La chanteuse Juliette Gréco est morte Par Véronique Mortaigne - Le Monde Chanteuse et actrice, Juliette Gréco est morte le 23 septembre, à Ramatuelle (Var), à 93 ans. Elle fut la muse du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre et l’interprète inoubliable de Brel, Gainsbourg, Vian, Roda-Gil, Miossec ou Biolay… https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/09/23/la-chanteuse-juliette-greco-est-morte_6053355_3382.html

 

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LA FOURMI, par Robert Desnos / Timothy Adès

 

 

JULIETTE GRÉCO nous a quitté.

 

En tant qu’anglais, je n’ai pas assez connu son œuvre. Néanmoins je suis conscient comme tout autre de son charme et de son éclat. Aussi ai-je plaisir à vous offrir cette petite chanson exquise, La Fourmi (1949), ainsi que, comme à l'accoutumée dans cette rubrique, ma traduction en anglais.

Les paroles sont de Robert Desnos et figurent dans son livre Chantefables, publié par les Éditions Gründ dans ce Paris libéré auquel on avait arraché pour toujours le poète.

 

 

 

Juliette GRECO en 1966

 

On raconte que chacune des Chantefables avait une signifiance secrète qui évoquait la Résistance. Fourmies, ville industrielle du Nord de la France, produisait les locomotives que l’on appelait, elles aussi, des Fourmis. Donc, s’agirait-il ici des moteurs ou des wagons de 18 mètres qui enlevaient les victimes du Nazisme ?

Jean Matthysens, un des animateurs de la manifestation étudiante interdite du 11 Novembre 1940, confirme cette fourmi comme une possible locomative (Robert Desnos - rencontré par l’entremise de Claude Aveline, Pt des écrivains résistants, lors d’une réunion préparatoire à la création du Conseil de la Résistance - à Matthysens qui s’étonnait d’une fourmi de 18 m : « Mais mon p’tit gars, faut pas tout prendre au premier degré, c’est peut-être une locomotive ! » ) …de celles qui partaient vers la Pologne ?

…Eh ! Pourquoi pas ? (émission France Culture du 25/12/2005 ; 20 h 30 « Une vie, une œuvre »).

 

Quoi qu’il en soit, voici la divine Juliette qui chante (sur une musique de Joseph Cosma) :

 

https://www.youtube.com/watch?v=YfsxVn-4DF8

 

Timothy Adès.


LA FOURMI

 

Une fourmi de dix-huit mètres

Avec un chapeau sur la tête,

Ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Une fourmi traînant un char

Plein de pingouins et de canards,

Ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Une fourmi parlant français,

Parlant latin et javanais,

Ça n’existe pas, ça n’existe pas.

Eh! Pourquoi pas?

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

THE ANT

 

Ant, an eighteen-metre ant,

Hat on head insouciant,

Cannot happen on this planet.

Ant that hauls a pair of trucks

Crammed with penguins and with ducks,

Cannot happen on this planet.

Ant that spouts with fluent ease

Latin, French and Javanese,

Cannot happen on this planet.

Or can it?

 



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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VIVE LA FRANCE ! par Vianney Huguenot

Le soir, quinze minutes sur les réseaux sociaux, voilà un excellent thermomètre pour mesurer l'état d'excitation du pays (et de sa presse). Tu vois que la disparition de Juliette Greco est devancée de justesse par la conférence de presse du ministre de la santé et la fermeture des bars à Marseille. Benalla victime du Covid 19 fait quasi jeu égal avec la mort de Michael Lonsdale, qui n'est pas mort du Covid, ceci expliquant peut-être cela.

 

A part ça, en creusant bien, tu apprends que Juppé aimait Chirac, que JK Rowling est accusée de transphobie (je ne sais même pas ce que ça veut dire, ce qui conforte les propos du président du Loir-et-Cher sur les « 80% de Français qui sont des cons »), que Bourvil est mort il y a 50 ans, qu'il y a comme un pâté chez Roland Garros, que Pierre Richard rend hommage à Roger Carel, que les trous dans les jeans c'est pas républicain, mais les trous du cul, oui, et que « des tests salivaires vont être mis en place pour désengorger les queues »... Vive la France !


Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace. Il anime également une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot est un ami du PRé, un de ses précieux contributeurs; il co-anime la rubrique Tutti Frutti composée de chroniques et de rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace.

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BRISE MARINE, par Mallarmé / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

En résonnance avec les vacances, mais aussi les retours, ou les voyages impossibles, voici le beau sonnet ‘Brise Marine’ de Stéphane Mallarmé (1842-1898).

Elu Prince des Poètes par ses pairs, succédant ainsi à Verlaine, Mallarmé était encore jeune lorqu'il écrivit ce poème en 1865, il avait 23 ans.

On y trouve les thématiques baudelairiennes du voyage et de l'ennui et la quête de l'absolu qui fut la grande affaire de Mallarmé toute sa vie. Ici, le voyage se fait quête intérieure et se révèle comme la métaphore du voyage poétique.

 

Mallarmé par Manet (1876), huile sur toile de 27 x 36 cm

 

Ce poème fut publié en 1866 avec une dizaine d'autres poèmes (dont l'Azur, et Les Fleurs) dans le premier Parnasse contemporain.

 

J’ajoute ma traduction lipogrammatique sans la E. C’est Georges Perec qui m’a inspiré : dans son livre La Disparition, cette lettre-là ne se trouve nulle part : ce sonnet de Mallarmé est l’un des célèbres poèmes français qu’il adapte en évitant la E, donc le titre devient ‘Bris Marin’. Livre brillant, incontournable !


Brise Marine

 

 

La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres,

Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres

D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe

O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son’enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l’ancre pour une exotique nature!

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages

Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles ilôts …

Mais, ô mon Coeur, entends le chant des matelots !

 

Sailor's Wind (sans la lettre E)

 

 

Limbs flag and fail; j’ai lu all books of words.

To fly away ! I think of soaring birds

In sky unknown, and spray, mad-drunk with flight.

No arbours, mirror’d back from orbs of sight,

Can stay my soul from plunging totally,

O nights ! nor lamplight’s arid clarity

On my blank writing-pad’s forbidding wall;

Nor a young woman with a sucking doll.

I go! You throbbing ship with masts that sway,

Up anchor, and to magick lands away !

Vain longings haunt us; harsh monotony

Still trusts in waving chiffon’s last goodby;

And masts that summon storms may soon bow down

To roaring winds, by ruin’d hulks that drown,

Lost, with no masts, nor islands blossoming …

But hark, my soul ! What songs our sailors sing !

 


Translation: Copyright © Timothy Adès


En voici une belle lecture : Stéphane Mallarmé - Brise Marine


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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POESIE PAR TEMPS DE VACILLEMENTS, par Laurent Doucet

 

Ciel bleu Ou gris Presque sans avion

Air frais Et silence d'oiseaux

A peine dérangé par quelques bruits de moteurs

L'après sera-t-il comme l'avant Ou le retour forcément pire du pendant Ou autre chose

La mise à distance physique A ralenti la course à l'abyme

Un temps

De manière spectaculaire mais crédible

Grâce à l'infiniment petit

Qui semble nous protéger du pire

Par bénéfice secondaire

Et malgré les milliers de victimes

Mais qui ne sont pas les millions De la peste Et de la grippe dite espagnole

 

Ce virus sait beaucoup de choses sur notre organisme

Corps parlant

Muet et aveugle

Peut-être nous lance-t-il un appel

Avant les grandes catastrophes de notre culte de Baal

Historiquement cyclique

Et exponentiel

 

Saurons-nous l'entendre

Ou serons-nous dressés par le chien robot de Singapour

La dictature écolo-numérique qui vient

 

Il y a 100 ans Sigmund Freud écrivait Au-delà du principe de plaisir

Il y a 100 ans était publié le premier texte surréaliste en écriture automatique

Les Champs Magnétiques :

« Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes plus que des animaux perpétuels.

Nous courons dans les villes sans bruits (...) »

 

 

Laurent Doucet, Printemps – été 2020


 

Poète, professeur de Lettres, Histoire et Géographie, Laurent Doucet préside l'association La rose impossible (créée en 2014) qui gère la Maison André Breton (MAB) à Saint-Cirq-Lapopie, le village où le fondateur du Surréalisme passa ses étés de 1951 à 1966. Un village en Quercy, dans le Lot, que le poète écrivain avait décrit, dans le livre d'or de la commune, comme une « rose impossible dans la nuit ».

Fondateur du festival Poésie Jour & Nuit  en Limousin; co-directeur, avec Marie Virolle, de la revue A Littérature-Action, Laurent Doucet est l’auteur, avec le photographe Philippe Fontalba, de A Coney Island in my eyes, en édition bilingue - traduction anglaise : Kevin Harrigan, sous la supervision de Dan Wood - (éditions Black-out, Février 2020), un ouvrage sur l’envers de la célèbre plage de New York, un des lieux mythiques de la pop-culture américaine, « entre freak show et surréalisme ».

Dédié à Lawrence Ferlinghetti (qui a eu 100 ans en 2019), poète américain, et à son œuvre la plus connue, A Coney Island of the Mind (publiée en 1958), cet ouvrage se présente comme un carnet de voyage et nous embarque dans une enquête à la fois sociale, politique et poétique, en nous montrant les dessous de cette partie méconnue de Brooklyn, à quelques stations de métro de la capitale mondiale de la finance, de Manhattan et de Wall Street, également l’énergie remarquable des déshérités et des laissés-pour compte de l’Amérique de Trump pour résister à la dureté du quotidien.

 

Principales publications :

L’Afrique en héritage, co-auteur, récits réunis par Martine Mathieu-Job et Leïla Sebbar (Ed Bleu autour, 2020)

Neige et Magma – Carnet d'un voyage en Sicile - poésie bilingue français - italien et photographies d'Olivier Orus - (Ed Marsa, 2018)

Conjonction d'Insubordination - entretiens avec les poètes Christian Viguié et Laurent Albarracin (Ed La Passe du Vent, 2017)

Au Sud de l'Occident - South of the West - poésie bilingue français – anglais - (Ed La Passe du Vent, 2015, troisième réédition 2018). Plusieurs de ses textes sont sortis en revue et ont été traduits en turc, grec, roumain, espagnol, arabe et japonais. Sa poésie se nourrit de son envie du monde et de l'incessant tour qu’il y fait, de l'Afrique à Moscou, et de la Chine à New-York, traversant l'Europe et la Méditerranée…

 

laroseimpossible@laposte.net

https://www.facebook.com/maison.Breton/

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À JEANNE, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Victor Hugo en voulant amener ses deux petits-enfants voir les animaux au Jardin des Plantes, avait écrit un poème pour Georges, que nous vous avons offert dimanche dernier dans sa version bilingue; il en a composé un autre, non moins beau, pour Jeanne : le voici.

Les deux poèmes se trouvent dans son dernier recueil poétique, L’Art d’être grand- père (1877), qui n'a rien d'un "manuel" pour être un "bon" grand-père, mais se révèle être une somme qui nous dit que la poésie pour les enfants se doit d'être de la poésie pour tous avec sa part d'obscurité, d'insouciance, de fantastique, son emportement et parfois même son érudution.

 

 

‘L’homme-océan’ y a consacré de nombreuses pages aux bêtes, leurs variétés, leurs caractères, leurs destins.

Pour Darwin la science, pour Hugo la poésie.

Jeanne Hugo (29 septembre 1869 à Bruxelles - 30 novembre 1941 à Paris) épousera d’abord le fils peu aimable d’Alphonse Daudet, puis M. Charcot, puis M. Negroponte. Héritière, elle donnera Hauteville House, la superbe maison familiale de Guernesey, à la ville de Paris, qui la protège depuis lors et la valorise comme musée.

 

N.B : " L'homme océan " : nous devons cette formule à Victor Hugo qui l'invente à l’occasion du jubilé de William Shakespeare pour désigner une lignée des génies qui ont fait les flux et les reflux de la pensée humaine; il y évoque égtalement Juvénal, Dante, saint Paul et l'on sent que c’est aussi son propre génie aux multiples facettes qu’il définit ainsi...
Une vidéo : de la chenille au papillon
 

À Jeanne

 

Je ne te cache pas que j'aime aussi les bêtes;

Cela t'amuse. et moi cela m'instruit; je sens

Que ce n'est pas pour rien qu'en ces farouches têtes

Dieu met le clair-obscur des grands bois frémissants.

 

Je suis le curieux qui, né pour croire et plaindre,

Sonde, en voyant l'aspic sous des roses rampant,

Les sombres lois qui font que la femme doit craindre

Le démon, quand la fleur n'a pas peur du serpent.

 

Pendant que nous donnons des ordres à la terre,

Rois copiant le singe et par lui copiés,

Doutant s'il est notre œuvre ou s'il est notre père,

Tout en bas, dans l'horreur fatale, sous nos pieds,

 

On ne sait quel noir monde étonné nous regarde

Et songe, et sous un joug, trop souvent odieux,

Nous courbons l'humble monstre et la brute hagarde

Qui, nous voyant démons, nous prennent pour des dieux.

 

Oh ! que d'étranges lois ! quel tragique mélange !

Voit-on le dernier fait, sait-on le dernier mot,

Quel spectre peut sortir de Vénus, et quel ange

Peut naître dans le ventre affreux de Béhémoth ?

 

Transfiguration ! mystère ! gouffre et cime!

L'âme rejettera le corps, sombre haillon;

La créature abjecte un jour sera sublime,

L'être qu'on hait chenille on l'aime papillon.

Translation: Copyright © Timothy Adès

To Jean

 

I like the wild beasts too, I won’t deny.

You they amuse, and me they edify.

It’s surely by design that God displayed,

In these fierce heads, the jungles’ light and shade.

 

Born to protest, to probe, and to believe,

I see the sneaking asp beneath the rose:

The flower fears not the serpent, but yet Eve

Must fear the fiend. I delve these sombre laws.

 

We give the earth our orders. We are kings,

Kings who ape monkeys, and are aped by them,

Be they our forebears or our crafted things.

Far down beneath our feet, in fateful gloom,

 

We, who some dark astonished world regards,

Have with our sometimes odious yoke subdued

The creeping monster and the haggard brute:

We are like fiends, they take us to be gods.

 

Strange laws and grim confusion! Has this earth

 Seen the last fact, observed the final truth?

Might Venus give new apparitions birth,

Angels yet spring from fearsome Behemoth?

 

Mystic transfiguring! Gulfs and pinnacles!

The soul discards the body’s dismal tatters.

Wretch made sublime! The same vile grub that crawls

Is the loved butterfly that freely flutters.

 


Jeanne Hugo (21 ans) photographiée par Grut (1890)
Maison de Victor Hugo - Hauteville House
CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LE BON, LA BRUTE ET L'APHORISME, par Thierry Faggianelli

Mots-valisme, méthonymisme, anaphorisme, homophonismes, contrepétismes et oxymorons


Thierry Faggianelli :  " SI L'APHORISME REND FORT, LE CONFORMISME REND CON "

 

Voici un recueil d'aphorismes mitonné par notre ami Thierry Faggianelli

(un hors-série "J'attends le numéro 1", 9 juillet 2020).


Revue de presse (factice) :
" Un concentré d'esprit juvénile dans un corps adulte " ,Okapi;

" Diurétique si l'on aime rire...", The Lancet;

" Quelques jolis traits...", l'Arbalétrier;

" Une puissance alternative d'au moins 100 mégalowatts ", Engie;

" De la finesse qui se perd", Gros Plan, etc.

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À GEORGES, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Il y a peu d’hommes qui ont incarné leur siècle comme Victor Hugo (1802-1885)

au XIXe siècle. Il y en a encore moins dont l’œuvre a gardé au-delà du temps, et la faveur des Français et celle des lecteurs étrangers. Poète puissant, dramaturge fécond, romancier devenu une référence, mais aussi une source d’inspiration, pour ne pas dire une boussole, notamment pour qui garde intact l’amour de la République, dans l’hexagone comme à l’international, lutteur infatigable pour la liberté, figure quasi iconique pour toutes celles et tous ceux qui continuent de désirer l’Europe, le monde et l’humanité, Victor Hugo laisse une œuvre immense, rare, sur le fond et la forme. Une œuvre qui emporte souvent l’enthousiasme, inspire encore aujourd’hui notre pratique de la vie, une œuvre populaire et exigeante, accessible et nuancée à la fois.

 

Illustrations des Chantefables de Desnos, édition bilingue

Par Cat Zaza, traduction Timothy Adès

Notre ami britannique Timothy Adès qui nourrit une véritable passion pour Victor Hugo nous offre ce dimanche A Georges, un poème dédié à son petit-fils  Georges (fils de Charles Hugo et de Alice Lehaene) avec bien sûr, comme à l'accoutumée, sa traduction (poétique) en anglais. Ecrit à une époque, nous rappelle Timothy Adès, où  il avait perdu presque toute sa famille, sauf deux jeunes petits-enfants. 

" Georges Victor-Hugo est devenu artiste, père de l'artiste Jean Hugo, dont la fille est l'artiste #MarieHugo. Elle a créé les imprimés et les tasses qui étaient des prix dans le concours de The Victor Hugo in Guernsey Society que j'ai récemment co-jugé ".

" Les  réflexions de Victor Hugo sur l’enfance, la vieillesse, la politique, l’histoire, les royaumes naturels et les animaux, sont déversées dans ces poèmes avec une énergie torrentielle ".


" À Georges "

Encore des animaux grands, beaux et rares ! À nous écolos de les conserver. Voici Victor Hugo qui amène son petit-fils Georges au Zoo, dans le Jardin des Plantes. Le poème se trouve dans son dernier recueil, L'art d'être grand-père, publié en 1877. J’ai traduit le livre entier à l’anglais : il est plein de charme et de sentiment, mais aussi de sagesse et de noblesse. Ainsi fut l’homme-océan.

 

Mon doux Georges, viens voir une ménagerie
Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où;
Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie,
Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.

 

Viens voir les léopards de Tyr, les gypaètes,
L'ours grondant, le boa formidable sans bruit,
Le zèbre, le chacal, l'once, et ces deux poètes,
L'aigle ivre de soleil, le vautour plein de nuit.

 

Viens contempler le lynx sagace, l'amphisbène
À qui Job comparait son faux ami Sepher,
Et l'obscur tigre noir, dont le masque d'ébène
A deux trous flamboyants par où l'on voit l'enfer.

 

Voir de près l'oiseau fauve et le frisson des ailes,
C'est charmant; nous aurons, sous de très sûrs abris,
Le spectacle des loups, des jaguars, des gazelles,
Et l'éblouissement divin des colibris.

 

Sortons du bruit humain. Viens au Jardin des Plantes.
Penchons-nous, à travers l'ombre où nous étouffons
Sur les douleurs d'en bas, vaguement appelantes,
Et sur les pas confus des inconnus profonds.

 

L'animal, c'est de l'ombre errant dans les ténèbres;
On ne sait s'il écoute, on ne sait s'il entend;
Il a des cris hagards, il a des yeux funèbres;
Une affirmation sublime en sort pourtant.

 

Nous qui régnons, combien de choses inutiles
Nous disons, sans savoir le mal que nous faisons !
Quand la vérité vient, nous lui sommes hostiles,
Et contre la raison nous avons des raisons.

 

Corbière à la tribune et Frayssinous en chaire
Sont fort inférieurs à la bête des bois;
L'âme dans la forêt songe et se laisse faire;
Je doute dans un temple, et sur un mont je crois.

 

Dieu par les voix de l'ombre obscurément se nomme;
Nul Quirinal ne vaut le fauve Pélion;
Il est bon, quand on vient d'entendre parler l'homme,
D'aller entendre un peu rugir le grand lion.

              To George

 

 

 

Let’s go, dear George, and see the Zoo:

Jardin des Plantes’, Big Top, wherever:

Off to Assyria! and we’ll never

Leave Paris. Off to Timbuctoo!

 

 Zebras and jackals and ounces; regal

Lions; the sly lynx, and the bear,

(Growl, growl) and that poetic pair,

Vulture of night and sun-drunk eagle;

 

Leopards from Nineveh and Tyre;

Boa constrictor, silent, feared,

And the great bird that grows a beard

And steals our sheep, the lammergeier;

 

The amphisbæna’s there as well,

Job’s two-faced friend, who smiles and lies;

And the black panther’s fearsome eyes,

Two flaming holes that show us hell.

 

We’ll watch in safety, at our ease,

Wing-beats of wild birds, near, not far;

Wolves and gazelles, a jaguar,

And lovely dazzling colibris.

 

Leave human hubbub. In the Park,

Look down, across the stifling murk,

Where sorrows pace, and check, and lurk,

And vaguely call from deepest dark.

 

They may not hear, they may not heed,

For beasts are shadows mazed in gloom.

Their cries are wild, their eyes flash doom;

Yet they affirm some lofty creed.

 

We monarchs, idly chattering,

Know nothing of the harm we do:

Truth comes, and we reject the true,

Against all reason reasoning.

 

The judge’s robe, the bishop’s sleeve,

Can’t match the woods’ wild animal.

Forests set free the dreaming soul:

In pews, I doubt; on peaks, believe.

 

God speaks in shadow-tones, obscure.     

No Court can match the mountainside.

When Man has stood and speechified,

Go out and hear the lion’s roar.

 


Translation: Copyright © Timothy Adès

Lettre autographe (Maison de Victor Hugo - Hauteville House);

Photos animaux, website du Jardin des Plantes;

How to be a Grandfather, Victor Hugo, (Hearing Eye 2012), by Timothy Adès, the new complete edition, revised and enlarged, 184 pages;

Georges Hugo, photographié par Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, dit) (Paris, 06–04–1820 - Paris, 21–03–1910).


Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

 

Il sera au Festival de la poésie de Torbay (Sud-ouest de l'Angleterre) en octobre prochain et dialoguera avec Wolfgang Görtschacher (professeur assistant principal à l’université de Salzbourg, où il enseigne la critique littéraire et les études de traduction.) et Kathleen Kummer (a travaillé comme traductrice à Londres et à Amsterdam, et a enseigné en France, en Angleterre et aux Pays-Bas), à la faveur d'un échange orchestré par Danielle Hope (fondatrice et éditrice de "Zenos", un magazine de poésie britannique et internationale; elle a édité le travail du poète turc, Feyyaz Fergar, et est conseillère éditoriale au Magazine littéraire, Acumen ).

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

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UN MAL QUI REPAND LA TERREUR, par Thierry Libaert

 

Tutti Frutti

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic !

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition du Covid-19 également par Vianney Huguenot et Timothy Adès, ainsi qu' une participation exceptionnelle de Carole Aurouet.

Aujourd'hui, avec ce "Un mal qui répand la terreur", Thierry Libaert nous livre une face cachée de ses (nombreux) talents...

 

Cor à gidouille à dix-huit tours ayant appartenu à Boris Vian

Archives Cohérie Boris Vian, cliché Michel Urtado

Ce cor de chasse (trompe d'Orléans à dix-huit tours) a été baptisé « cor à gidouille » par Boris Vian, à qui ces spirales évoquaient la gidouille chère aux pataphysiciens. Vian en jouait parfois lors des rencontres pataphysiques.


Un mal qui répand la terreur

 

Un mal qui répand la terreur

Mal que le ciel en sa fureur

Le dérèglement climatique,

Puisqu’il faut l’appeler par son nom

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron

Sema partout des scènes de panique.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés.

On n’en voyait point d’occupé

A chercher la sortie d’une mourante vie

Nul mets n’excitait leur envie.

Le lion tint conseil et dit : mes chers amis

Une plainte a été déposée contre nous

En sa sagesse l’ONU a permis

Qu’un dialogue ait lieu entre nous

L’histoire nous apprend qu’en pareil cas

Une solution puisse être trouvée sans fracas

L’effondrement tant annoncé est arrivé

Il convient d’établir les responsabilités.

Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence

Les dégâts dont chacun pourrait être la cause.

Pour ma part, à mon peuple je ne pouvais faire offense

La croissance devait se poursuivre sans pause.

Un dirigeant politique doit être fiable,

Et le mode de vie de mon peuple n’est pas négociable.

Il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi

Pour ma part et le monde des entreprises

L’impératif de compétitivité était de mise

Il fallait empêcher toute entrave à la concurrence

Les contraintes écologiques étaient un obstacle, je pense.

 

Un baudet climatosceptique prit alors la parole

Les informations n’étaient pas claires, nous avions un rôle

Il ne fallait pas ôter l’espoir, cela aurait été trop dur

Et à l’heure du grand embrasement, de quoi sommes-nous si sûrs ?

Le corbeau, ayant laissé choir son fromage,

Représentait les consommateurs à travers les âges

Nos déplacements, notre alimentation, notre habitation

Cela en termes de CO2 a causé beaucoup d’émissions

Mais nous recevions tellement d’incitations

A toujours accroître nos consommations.

Le singe toujours malin et dirigeant publicitaire

Devant tant d’inepties ne peut plus se taire

Les entreprises nous demandent de vendre et les citoyens de consommer

De la société nous ne sommes que le reflet.

Une vache, qui ne représentait qu’elle-même, vint à son tour

En un pré de moines passant, j’ai souvenance

Que la faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense

Pour me rassasier, je broutais sur les prés et aux alentours.

Notre organisme fait que nous relâchons ensuite un peu de méthane

Oh très peu, notre estomac de ruminant ne fait pas de nous des pyromanes.

A ces mots, on cria haro sur le bovin

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu’un tel crime ne pouvait rester vain

Emettre du méthane, quel crime abominable

Les pets à répétition furent jugés un cas pendable.

Devant le tribunal des générations futures

Les prises de responsabilité ne seront toujours pas mures.



Thierry Libaert, universitaire, membre du conseil scientifique et du conseil des membres du PRé est Pt de l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible (ACCS) et membre du CA de l’Institut des futurs souhaitables.

Auteur d'un récent rapport sur « Publicité et transition écologique » remis en juin dernier à la ministre de la Transition écologique et solidaire.

Dernier ouvrage paru : La communication de crise (Dunod, février 2020, 5eme édition d'un livre paru en 2001).

 

A paraître (16 sept 2020) : Comment mobiliser (enfin) pour la planète (Ed du Pommier, collec Essais, manifestes)

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L'HIPPOPOTAME, par Théophile Gautier / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

Théophile Gautier (1811-1872) nous a livré ce charmant poème dédié à l’HIPPOPOTAME, qui figure dans le Recueil La comédie de la mort (1838), la pièce maîtresse de sa période romantique; mais en étudiant les régions qu’il y énumère, on peut craindre qu’il ne se soit trompé d’animal. Alors nous pouvons penser à deux des plus grands et magnifiques mammifères, de plus en plus coincés et menacés dans leurs habitats par les pressions et déprédations humaines. Ils ont de jolis noms allemands qui ne remontent pas au grec : Nashorn, Nilpferd. Parfois agressifs, néanmoins on les adore tous deux !

 

Philippe Roland, dessin à l'encre de chine

 

‘Sauver le rhinocéros’ : voici deux vidéos qui ne montrent pas la douleur :

En Sumatra : https://www.youtube.com/watch?v=kmI7-SMFgUo

et (ne pas dépasser la minute 2.20) https://www.youtube.com/watch?v=lsMs2hPANfA

 


L’HIPPOPOTAME

 

L’hippopotame au large ventre
Habite aux jungles de Java,
Où grondent, au fond de chaque antre,
Plus de monstres qu’on n’en rêva.

 


Le boa se déroule et siffle,
Le tigre fait son hurlement,
Le buffle en colère renifle,
Lui dort ou paît tranquillement.

 


Il ne craint ni kriss ni zagaies,
Il regarde l’homme sans fuir,
Et rit des balles des cipayes
Qui rebondissent sur son cuir.

 


Je suis comme l’hippopotame:
De ma conviction couvert,
Forte armure que rien n’entame,
Je vais sans peur par le désert.

 

THE HIPPOPOTAMUS

 

The sturdy Hippopotamus
inhabits jungles Javanese
where snarl in caverns bottomless
undreamable monstrosities.

 


The boa hisses and unscrews;
snuffles convulse the buffalo;
the tiger caterwauls. He chews,
or slumbers, tranquillissimo.

 


He fears not kris nor assegai,
he looks at man and stands his ground;
he laughs, when shots from the sepoy
spatter his leather and rebound.

 


The hippopotamus and I
have an impenetrable hide.
In armour-plate of certainty
I roam the plains with dauntless stride.

 

Publié dans: ‘In the Company of Poets’  chez Hearing Eye

 


Translation: Copyright © Timothy Adès


Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán. Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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L'EPOPEE DU LION, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

VICTOR HUGO, l’homme-océan !

J’ai traduit son dernier livre de poèmes, L’Art d’être grand-père, y compris ‘L’Épopée du Lion’, œuvre pour laquelle la maison d’édition a créé un élégant dépliant illustré.

À Guernesey, au mois de mars dernier, j’aurais dû faire une visite aux écoles, mais pour cause de Covid-19, cela a dû être abandonnné et remis à plus tard ; hier soir, on aurait dû produire le beau drame ci-dessous*, à la faveur d'un spectacle théâtral de #PierreGrammont, en utilisant mes mots anglais. C 'est sur YouTube en français..

Un concours d’art et littérature a cependant pu eu lieu pour les 150 enfants : j’ai eu le plaisir d'être des des trois juges, et aujourd'hui, les gagnants ont été révélés et les enfants ont pu célébrer les résultats lors d'une fête avec des cupcakes lion.

 

 

Hugo par Rodin

Voici  les premiers vers de ce poème humaniste écrit pour ses petits-enfants mais qui enchante toutes et tous…

* https://www.youtube.com/watch?v=H8gq0wsgAn0  et  https://www.youtube.com/watch?v=YcqMaPsr8WE


L’Épopée du Lion

 

I. Le Paladin

 

 
Un lion avait pris un enfant dans sa gueule,

Et, sans lui faire mal, dans la forêt, aïeule

Des sources et des nids, il l’avait emporté.

Il l’avait, comme on cueille une fleur en été,

Saisi sans trop savoir pourquoi, n’ayant pas même

Mordu dedans, mépris fier ou pardon suprême ;

Les lions sont ainsi, sombres et généreux.

 

 

Le pauvre petit prince était fort malheureux ;

Dans l’antre, qu’emplissait la grande voix bourrue,

Blotti, tremblant, nourri d’herbe et de viande crue.

Il vivait, presque mort et d’horreur hébété.

C’était un frais garçon, fils du roi d’à côté ;

Tout jeune, ayant dix ans, âge tendre où l’œil brille ;

Et le roi n’avait plus qu’une petite fille

Nouvelle-née, ayant deux ans à peine ; aussi

Le roi qui vieillissait n’avait-il qu’un souci,

Son héritier en proie au monstre ; et la province

Qui craignait le lion plus encor que le prince

Était fort effarée.

 

Un héros qui passait

Dans le pays fit halte, et dit : Qu’est-ce que c’est ?

On lui dit l’aventure ; il s’en alla vers l’antre.

 

 

Un creux où le soleil lui-même est pâle, et n’entre

Qu’avec précaution, c’était l’antre où vivait

L’énorme bête, ayant le rocher pour chevet.

 

Le bois avait, dans l’ombre et sur un marécage,

Plus de rameaux que n’a de barreaux une cage ;

Cette forêt était digne de ce consul ;

Un menhir s’y dressait en l’honneur d’Irmensul ;

La forêt ressemblait aux halliers de Bretagne ;

Elle avait pour limite une rude montagne,

Un de ces durs sommets où l’horizon finit ;

Et la caverne était taillée en plein granit,

Avec un entourage orageux de grands chênes ;

Les antres, aux cités rendant haines pour haines,

Contiennent on ne sait quel sombre talion.

Les chênes murmuraient : Respectez le lion !

 

Epic Story of the Lion

 

I.The Paladin

 

 

A lion had clamped its jaws around a child,

And carried it, unharmed, into the wild

Forest, where streams and birds’-nests are at home.

He’d seized it as one plucks a summer bloom,

Not really knowing why, nor even torn

The skin, through tender-heartedness or scorn;

Contempt, or loving-kindness, or defiance.

They’re serious beasts, and generous, are lions.

 

The little prince was in a wretched plight:

Raw meat and grass his diet, weak with fright,

He cowered in the cave, half-perishing.

He was the offspring of the local king:

The boy was ten years old, with sweet bright eyes.

The king had just the one child otherwise,

A little baby girl of two; and since

He was quite old, his thoughts were with the prince,

The monster’s prey. The country-folk were awed:

A lion more fearsome than their own liege lord!

 

 

 

A hero wandered in. They told the brave

Man what was up; he headed for the cave.

 

                             

 

 

A hollow where the very sunshine paled,

And entered warily, was the cave that held

The giant beast, complete with rocky pillow.

 

The wood was in a swamp and in deep shadow,

Set with more branches than a cage has bars,

Dense in the Breton style with tangled briars.

This forest was “right worthy of its consul,”

(Virgil) with menhir sacred to Irmensul;

A jagged skyline ended and began it;

The cave was sculpted out of solid granite,

With mighty oaks for stormy retinue.

Caves detest cities, and to pay their due

May harbour some dark instrument of vengeance.

Respect the lion: the oaks intone the sentence.

 



Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

 

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PORTRAIT-INTERVIEW D'UN ANCIEN PATRON DE LA LYONNAISE DES EAUX, par Vianney Huguenot

Bernard Guirkinger: «  Je crois à l’action publique, politique, j’aime l’engagement, j’ai le goût su social et de la chose commune. »

 

Bernard Guirkinger est délégué régional Grand Est du Groupe SOS, important acteur de l’Economie Sociale et Solidaire (15000 salariés) actif dans le médico-social, la santé, le handicap et la jeunesse. Ingénieur de formation, il a occupé de nombreuses responsabilités en entreprise, mais s'est aussi engagé sur le terrain sanitaire et social ; il a été ainsi vice-président de l’Institut Pasteur.

 


Dans le débat cafouilleux et paralysé par les postures, sur les forces et faiblesses du pays, voici un point de vue intéressant, que j'ai recueilli pour un portrait-interview paru dans le Mensuel L'Estrade. C'est celui de Bernard Guirkinger, longtemps PDG de la Lyonnaise des Eaux puis directeur général adjoint du groupe Suez, aujourd'hui vice-président de Moselle Attractivité, maire d'Oudrenne, dans le pays des Trois Frontières, et délégué régional du groupe SOS.

 
Extrait : "« Nous sommes un pays fantastique, où les gens sont éduqués, cultivés, travailleurs, plus disciplinés qu'on l'imagine, une population formée capable d'attraper les opportunités. Nous avons des élites de bonne qualité, des cadres dirigeants d'entreprise exceptionnels, on est parmi les meilleurs mondiaux. Nos infrastructures, routes, autoroutes, ports, aéroports, infrastructures numériques, sont de qualité. Notre système social est remarquable... ». Mais... la peur des réformes, la faiblesse du pouvoir politique face au pouvoir économique triomphant, « une bureaucratie terrible qui complexifie l'organisation territoriale et produit des sous-ensembles avec des luttes de pouvoir entre les uns et les autres », « l'abandon d'une pensée et d'une politique d'aménagement du territoire, qui seule permettrait de partager une vision et de corriger les inégalités territoriales », les dénis, les postures, les discours trop corrects, l'hyper centralisation, « l'erreur colossale de la désindustrialisation », la vague libérale des années Thatcher-Reagan « appliquée en France de façon excessive et un peu naïve », une relation des Français à l'entreprise « pas mature, où beaucoup pensent que l'entreprise est avant tout un endroit où on exploite les travailleurs », « l'exercice difficile de l'autorité », énième citation au registre des handicaps français, dans lequel Bernard Guirkinger colle aussi l'art de la castagne, « notre capacité à nous disputer sur tout »".
A lire dans L'Estrade : https://fr.calameo.com/read/001198172f39937531509