CHRONIQUES TUTTI FRUTTI



Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Ancien chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

DEMAIN, DES L'AUBE, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Léopoldine au Livre d'heures, par Auguste de Châtillon (1808-1881), peintre, 1835. Huile sur toile

(Paris, Maison de Victor Hugo, Inv. 768 © PMVP)

 

 

   Léopoldine HUGO meurt à l'âge de 19 ans, en septembre 1843, engloutie par la Seine, à Villequier (Seine-Maritime) : voici un poème des plus célèbres et des plus émouvants de son père Victor HUGO (1802-85).

Demain, dès l'aube ("Les Contemplations", T.2, IV, XIV, 1856), est écrit le 4 octobre 1847, mais daté dans l’édition du 3 septembre de la même année, veille du jour anniversaire de la mort de Léopoldine, il s'inscrit dans la série des pièces composées chaque année en mémoire de la tragédie.

 

Voici l’histoire de Léopoldine, y compris, en plein détail, ce jour fatal pour la jeune femme enceinte, ainsi que son mari et l’oncle de celui-ci avec son petit-fils qu’il amène : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opoldine_Hugo

Ou bien, on nous la raconte ici : https://www.youtube.com/watch?v=E_vA_Qkp974

 

Dans le bistrot à Rochefort, selon Juliette Drouet : « Sur une table en face de nous, il y a plusieurs journaux. Toto [c’est le surnom affectueux que Juliette Drouet donne à Hugo] en prend un au hasard [Le Siècle, daté du jeudi 7 septembre]. Et moi je prends le Charivari. J’avais eu à peine le temps d’en regarder le titre que mon pauvre bien aimé se pencha brusquement sur moi et me dit d’une voix sourde et étranglée en me montrant le journal qu’il tenait à la main : «Voilà qui est horrible !» Je lève les yeux sur lui. Jamais, tant que je vivrai, je n’oublierai l’expression de désespoir sans nom de sa noble figure. Je venais de le voir souriant et heureux et en moins d’une seconde, sans transition, je le retrouvais foudroyé. Ces pauvres lèvres étaient blanches, ces beaux yeux regardaient sans voir. Son visage, ses cheveux étaient mouillés de sueur. Sa pauvre main était serrée contre son cœur comme pour l’empêcher de sortir de sa poitrine. »

 

Demain, dès l'aube

 

 

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

https://www.youtube.com/watch?v=KR_PaG_Hq5s

 

 

His Daughter’s Grave

Léopoldine had died in a boating accident,

along with her husband and unborn first child.

 

Tomorrow, soon as dawn has lit the land,

I’ll start. I know you’re waiting there, you see.

I’ll walk the woods and hills. I cannot stand

Another day, having you far from me.

 

My eyes will fasten on my thoughts. I’ll tread,

Hearing no noise, seeing no outward sight,

Nameless, alone, hands folded, lowered head,

In sadness: and my day shall be as night.

 

I shall not watch the falling gold of eve,

The distant sails borne down towards Harfleur.

I’ll come and lay my tribute on your grave:

Green holly, gathered tight with ling in flower.

 

Copyright © Timothy Adès



1-Léopoldine  et  son frère Charles Hugo (Victor Hugo a eu cinq enfants avec son épouse Adèle Foucher : trois garçons et deux filles, Charles, François-victor, Léopold, Adèle et Léopodine)

2- Dessin de Léopoldine par Victor Hugo

3- Léopoldine dessinée par sa mère Adèle Hugo (née Foucher), 1856, Guernesey ((Maison de Victor Hugo - Hauteville House)

4- Charles Vacquerie et sa femme Léopoldine Hugo, 1843 (Maison de Victor Hugo - Hauteville House)

5 - Manuscrit du poème Demain, dès l'aube ( Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. NAF 13363)

6- "Café de l'Europe" de Rochefort (devenu ensuite le "bistrot de la Paix") où Victor Hugo, au retour d'un voyage en Espagne, selon le journal intime de Juliette Drouet, son amante, aurait appris la noyade de "Didine", sa fille Léopoldine en lisant le journal Le Siècle .

7- Sépulture de Léopoldine et Charles Vacquerie à Villequier (Seine maritime)

8-  Maison  de vacances de la famille Vacquerie à Villequier


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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VICTOR, SED VICTUS, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  Un poème du dernier recueil de Victor HUGO, ‘L’art d’être grand-père’ (1877), livre que j’ai traduit en entier, plein de sentiments familiers, de l’amour sans pareil des petits et de la nature, et de la haine et mépris contre celui qui l’a banni.

 

"Victor, sed victus" (vainqueur, mais vaincu)  a été écrit le 28 juin 1874. Derrière le jeu de mot avec son prénom, Hugo confie que tout combattant politique infatigable qu'il est, il a du mal à cacher qu'il est rapidement vaincu par le sourire d'une petite fille.

 

Je partagerai jusqu’au bout l’exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai.’ – (Actes et paroles, Hauteville-House, Guernesey, 18 août 1859.

 

Bel été à toutes et tous et rendez-vous à la rentrée !

 

 

Photographie d'Hugo et sa petite fille Jeanne,

Musée municipal de Besançon

 

Victor, sed victus

 

Je suis, dans notre temps de chocs et de fureurs,

Belluaire, et j'ai fait la guerre aux empereurs;

J'ai combattu la foule immonde des Sodomes,

Des millions de flots et des millions d'hommes

Ont rugi contre moi sans me faire céder;

Tout le gouffre est venu m'attaquer et gronder,

Et j'ai livré bataille aux vagues écumantes,

Et sous l'énorme assaut de l'ombre et des tourmentes

Je n'ai pas plus courbé la tête qu'un écueil;

Je ne suis pas de ceux qu'effraie un ciel en deuil,

Et qui, n'osant sonder les styx et les avernes,

Tremblent devant la bouche obscure des cavernes;

Quand les tyrans lançaient sur nous, du haut des airs,

Leur noir tonnerre ayant des crimes pour éclairs,

J'ai jeté mon vers sombre à ces passants sinistres;

J'ai traîné tous les rois avec tous leurs ministres,

Tous les faux dieux avec tous les principes faux,

Tous les trônes liés à tous les échafauds,

L'erreur, le glaive infâme et le sceptre sublime,

J'ai traîné tout cela pêle-mêle à l'abîme;

J'ai devant les césars, les princes, les géants

De la force debout sur l'amas des néants,

Devant tous ceux que l'homme adore, exècre, encense,

Devant les Jupiters de la toute-puissance,

Été quarante ans fier, indompté, triomphant;

Et me voilà vaincu par un petit enfant.

 

Entendre : http://entendre-victor-hugo.com/iv-victor-sed-victus-art/

 

Victor Vanquished

 

Our time is one of frenzies and of wars.

I am a warrior; I’ve fought emperors,

Fought the vile throng of Sodoms, heard again

The mass of waters and the mass of men

Roaring against me, and I would not yield.

Waves crashed against me on the battlefield,

The shadow’s and the storm’s full force assailed,

And all the great Gehenna surged and railed.

Rock-like, I never bent my head, for I

Cannot be frightened by a funeral sky :

Others may tremble on the dark cave’s rim,

I do not fear to plunge in hellish stream.

When tyrants hurled at us, from clouds sublime,

Their sable thunderbolts that flashed with crime,

I have thrown sombre verses at the sinister

Transients, dragging down each king and minister,

False gods, false precepts, sceptres towering high,

Thrones linked to scaffolds, swords of infamy:

I’ve dragged them helter-skelter down to hell.

I’ve faced the giants of brute force, that swell

And rear erect on heaped-up nothingness :

Caesars and autocrats and princes, yes,

All those whom mortals worship, loathe, adore:

I’ve faced the Jupiters of total power

For forty years, victorious, running wild!

Look now: I’m vanquished by a little child.

 

Copyright © Timothy Adès



 

1- L'art d'être grand-père, première édition illustrée, 1884, percaline rouge avec couvertures ornés de dessins, cartonnage polychrome, 320 pages -  Nombreuses illustrations dans le texte et pleine page de 20 illustrateurs de l'époque dont Bayard, Bac, Mouchot, Benett, Meaulle, Zier etc. / 2- Photographie d'Hugo par Auguste Vacquerie, entre 1853 et 1854, réalisée à Jersey (Maison de Victor Hugo - Hauteville House) / Hauteville House, la maison de Victor Hugo, à Guernesey, pendant son exil / 3- Le rocher Ortach, dessin de Victor Hugo, vers 1864. Mine de plomb, encre brune et lavis, rehauts de bleu sur papier crème, 74 x 158 mm (BnF, département des Manuscrits, NAF 13355, fol. 84). Le rocher Ortach situé à proximité de Jersey et de Guernesey, est souvent évoqué dans l'oeuvre littéraire d'Hugo (Les Travailleurs de la mer ou L'homme qui rit...) / 4- Gravure coloriée « Victor Hugo, signée Jules Benoît-Lévy / 5- Portrait de Jeanne Hugo par Arsène Garnier lors de l'été 1872. Jeanne naît en 1869 , lorsque son père décède, Jeanne n'a que deux ans, elle sera comme son frère très proche de son tuteur de grand-père qu'elle adore. Elle épousera Léon Daudet (fils du romancier), dont elle aura un fils, puis Jean Charcot et Michel Négreponte. En 1927, avec ses neveux (les enfants de Georges), elle fait don de Hauteville-House à la ville de Paris. Elle décèdera en 1941 / 6- Photographie de Jeanne et Georges Hugo entourant leur grand-père Victor, 1877 / 7- Victor Hugo, la bande dessinée biographique de Bernard Swysen (Kennes Editions, 2014) illustre en images la vie de Victor Hugo / 8- How to be a Grandfather (L’Art d’être Grand-Père), version anglaise de Timothy Adès (Hearing Eye, 2012)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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SI MORNE !, par Émile Verhaeren / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un poème du grand belge Émile VERHAEREN (1855-1916), extrait de son recueil ‘Débâcles’ (publié en 1888). Un poème des plus désespérés écrit par un Verhaeren alors assez jeune pendant une grave crise traversée par le poète qui a perdu ses parents et souffre de problèmes de santé.

Maurice RAVEL en fait une chanson (en 1898).

Le distingué baryton François le ROUX m’écrit : « Ravel le traite ironiquement, transformant l'atmosphère délétère en jouissance voluptueuse, et peut-être malsaine (pas très éloignée de celle de sa "Shéhérazade") ; je pense qu'il a aimé l'utilisation des mots rares (adorner, Gluer, ourdies...).

 

Émile Verhaeren, 1888

Comment pourrait-on traduire ce poème dans ce sens, pour qu'elle ait un peu de compréhension de la conception (trahison ?) de Ravel ? »

Je lui réponds : « Belle question ! Il me semble qu'en variant le texte on risquerait de commettre une deuxième trahison... Je crois que la musique elle-même indique suffisamment la démarche de Ravel. En tout cas je le trouverais très difficile d'inventer un texte qui serait en contraste avec l'écrit. »

 

Si morne !

 

Se replier toujours sur soi-même, si morne !

Comme un drap lourd, qu'aucun dessin de fleur n'adorne.

 

Se replier, s'appesantir et se tasser

Et se toujours, en angles noirs et mats, casser.

 

Si morne ! et se toujours interdire l'envie

De tailler en drapeaux l'étoffe de sa vie.

 

Tapir entre les plis ses mauvaises fureurs

Et ses rancœurs et ses douleurs et ses erreurs.

 

Ni les frissons soyeux, ni les moires fondantes

Mais les pointes en soi des épingles ardentes.

 

Oh ! le paquet qu'on pousse ou qu'on jette à l'écart,

Si morne et lourd, sur un rayon, dans un bazar.

 

Déjà sentir la bouche âcre des moisissures

Gluer, et les taches s'étendre en leurs morsures.

 

Pourrir, immensément emmaillotté d'ennui ;

Être l'ennui qui se replie en de la nuit.

 

Tandis que lentement, dans les laines ourdies,

De part en part, mordent les vers des maladies.

 

Sur la  musique de Maurice Ravel :

 

Si Morne ! avec Valerie Millot, soprano et David Abramovitz au piano : https://www.youtube.com/watch?v=7pbXh7-E32Y

 

Si Morne ! avec Jessye Norman et Dalton Baldwin au piano : https://www.youtube.com/watch?v=Bcp1ixQHZ7w

Ravel Melodies (Warner Classics/Erato release, ℗ 1984 Warner Music France)

 

 

 

How Grim !

 

Always enfolding on oneself, how grim !

Like unadorned non-floral heavy bedding,

 

Enfolding, being weighted down, subsiding,

Fragmenting into sharp points, black and dim.

 

How grim! And to inhibit one’s desire

Of cutting up life’s cloth in strips for banners,

 

To hide within the folds one’s evil fires,

One’s sorrows and one’s errors and one’s rancours.

 

No silken shivers and no melting moire :

The points of red-hot pins within one’s core,

 

The packet pushed or shovelled to the floor,

Grim, heavy, on a shelf in a bazaar.

 

To sense the mould now acrid in the mouth,

The sticky stains that spread from tooth to tooth,

 

To rot, immensely swaddled in ennui,

To be the ennui enfolded in the night,

 

While slowly in the wool-warp’s devilry,

Through everywhere, the worms of sickness bite.

 

 Copyright © Timothy Adès

 


Les Débâcles, Émile Verhaeren, avec une illustration d'Odile Redon (Éd. E. Deman, Bruxelles,1888), BnF, département Réserve des livres rares, RESM-YE-253 / Estampe, frontispice, 1889, pour le recueil Les Débâcles, par Odile Redon, graveur (1840-1916) (BnF, département Estampes et photographie, RESERVE DC- 354) / "Émile Verhaeren en redingote rouge ", 1907, par Georges Tribout (1884-1962) (Coll. Musée Émile Verhaeren, Sint-Amands, Belgique) / photographie récente de François le Roux / Maurice Ravel


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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CLOTILDE par Guillaume Apollinaire / Timothy Adès


 LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 "Pétales et jardin de la nymphe Ancolie", 1947, Max Ernst (The Menil Collection, Houston)

  

   Voici ‘Clotilde ’ de Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918). Ce poème se trouve dans ce qui devait s’intituler Eau de vie et qui devient Alcools (1913), le recueil qui le rend célèbre : à part le Bestiaire, c’est son premier, orné d’une œuvre de son ami Picasso.

Selon le blog d´un professeur retraité expatrié en Norvège (B O Lancelot) : « Apollinaire a sans doute écrit ‘Clotilde’ à Stavelot (Belgique) en 1899, alors qu´il avait 19 ans. Il l´a pourtant conservé dans son recueil Alcools", à la composition si sûre, publié en 1913. C´est dire qu´il le trouve beaucoup plus accompli que ‘La chaste Lise’ ... Je n´y vois cependant aucune nostalgie, aucun regret, simplement un rappel du passé qui n´est plus. Comparé aux poèmes qui précèdent ou à ceux qui suivent dans le même recueil, ce poème très court montre simplement à mes yeux le chemin parcouru. Ce qui, pour beaucoup d´entre nous, est souvent loin d´être simple. » 

 

Blessé dans la guerre, trépané, Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 des suites de sa blessure et de la terrible  "grippe espagnole". Deux jours avant l'Armistice.

 

 

CLOTILDE

 

L'anémone et l'ancolie

ont poussé dans le jardin

où dort la mélancolie

entre l'amour et le dédain

 

Il y vient aussi nos ombres

que la nuit dissipera

le soleil qui les rend sombres

avec elles disparaîtra

 

Les déités des eaux vives

laissent couler leur longs cheveux

passe il faut que tu poursuives

cette belle ombre que tu veux

 

Leguerney : https://www.youtube.com/watch?v=EONCjoyMqOQ

Honegger, sopran : https://www.youtube.com/watch?v=gzawyFA2BBg

Honegger, ténor : https://open.spotify.com/track/52bgldyxbVZhSKU6UAUYkg#login

Dumitrescu : https://open.spotify.com/track/4CaVic4dwoAiE89D2imt0D

 

 

CLOTILDE

 

Columbine, anemone :

in the garden both have grown.

Love accompanies disdain,

Melancholy sleeps between.

 

Yes and here our shadows come

which the night shall take away

and the sun that darkens them

soon shall vanish as shall they.

 

Living waters’ deities

letting loose their flowing hair.

Lovely shadow you must chase,

chase the shadow you desire.

 

Copyright © Timothy Adès


1- Portrait de Guillaume Apollinaire au chapeau melon, anonyme, Cologne 1902. Tirage non daté (Musée national Picasso-Paris. Dation Dora Maar 1998. Photo A.G).  2- Portrait de Guillaume Apollinaire par Maurice de Vlaminck, 1903. 3- Deux Anémones, avant 1907, huile sur carton, contrecollé sur panneau marqueté, par Edouard Vuillard (1868-1940) (Musée d'Orsay, Paris). 4- Le manuscrit de "Clotilde" telle que composée dans les documents de travail en vue du recueil Alcools ; ce manuscrit est constitué de 68 feuillets autographes ou imprimés avec des ajouts et des corrections. Il rassemble les textes de 38 poèmes d'Alcools (sur les 71 qui composent le recueil). Il comprend manuscrits de travail et pages imprimées portant des corrections en vue de l'édition du recueil (BnF Archives et Manuscrits). 5- Alcools, poèmes, 1898-1913, Apollinaire, avec un portait de l'auteur par Pablo Picasso publié initialement au Mercure de France en 1913. Le recueil ne cessera plus d'être réédité jusqu'à aujourd'hui et sans le monde entier. 6- Apollinaire dessiné par Picasso, non daté. 7- Apollinaire dans l'atelier de Picasso, automne 1910. 8- Arrestation d'Apollinaire, janvier 1911. 9-  L'homme cible, autrement et plus tardivement appelé "Portrait [prémonitoire] de Guillaume Apollinaire", printemps 1914, Huile et fusain sur toile, 81,5 x 65 cm, par Giorgio De Chirico (1888 - 1978) (Paris, Musée national d’art moderne, Centre Georges-Pompidou). 10- Eaux-fortes pour le recueil Alcools, 1934, estampe du graveur Louis Marcoussis (1883 ?-1941). 11- Apollinaire caricaturé en théière, Apollinaire, poète de mystification, par son ami Picasso, vers 1967

Guillaume Apollinaire en janvier 1911
Guillaume Apollinaire en janvier 1911

Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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PRINTEMPS, par Robert Desnos / Timothy Adès


 LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Le vrai dernier poème de Robert DESNOS est ‘Printemps‘, du 6 avril 1944, écrit à Compiègne, camp de transit qu’il quittera bientôt pour Auschwitz, Buchenwald, puis Flossenbürg, Flöha, Terezin. C’est bien alors qu’il ait tenu le printemps au cœur.

Ce poème est le troisième écrit par Desnos au Camp de Compiègne-Royallieu (Frontstalag 122) après ‘Sol de Compiègne‘ (qui fut publié le 1er décembre 1944 dans L'Eternelle Revue sous le pseudonyme de Valentin Guillois) et ‘Chanson de route‘.

 

 

Youki et Desnos, 1944

 

Rrose Sélavy est l’altera ego de Marcel Duchamp des années 20, à laquelle Desnos attribue deux cents phrases extraordinaires.

Selon la docte Mme Marie-Claire Dumas : ‘On perçoit un émouvant retour à Rrose Sélavy, comme aussi dans son admirable dernière lettre de déportation du 7 janvier 1945 : « Je trouve un abri dans la poésie. Elle est réellement le cheval qui court au-dessus des montagnes dont Rrose Sélavy parle dans un de ses poèmes et qui, pour moi, se justifie mot pour mot. »’

 

Marie-Claire Dumas

Professeure honoraire de l’Université Paris-Diderot, Marie-Claire Dumas a édité en recueil de nombreux poèmes et articles inédits de Robert Desnos, réédité, préfacé, annoté nombre de ses livres; elle est à l'origine de l'édition de "DESNOS - Œuvres" (Gallimard, Quarto). On lui doit aussi plusieurs publications collectives sur l’œuvre de Desnos parmi lesquelles les Actes du Colloque de Cerisy, en collaboration principale avec notre amie Carole Aurouet, Marie-Paule Berranger, Marie Bonnot, Kate Conley, Damiano de Pieri et Emilie Frémond, "Robert Desnos en l’an 2000" (Gallimard, 2000). Marie-Claire Dumas est ici photographiée au Cercle Aliénor à Paris, 2015.

 

 

Printemps

 

Tu, Rrose Sélavy, hors de ces bornes erres

Dans un printemps en proie aux sueurs de l’amour,

Aux parfums de la rose éclose aux murs des tours,

à la fermentation des eaux et de la terre.

 

Sanglant, la rose au flanc, le danseur, corps de pierre

Paraît sur le théâtre au milieu des labours.

Un peuple de muets d’aveugles et de sourds

applaudira sa danse et sa mort printanière.

 

C’est dit. Mais la parole inscrite dans la suie

S’efface au gré des vents sous les doigts de la pluie

Pourtant nous l’entendons et lui obéissons.

 

Au lavoir où l’eau coule un nuage simule

À la fois le savon, la tempête et recule

l’instant où le soleil fleurira les buissons.

 

6 avril 1944

 

Springtime [The real ‘last poem’, 6 April 1944]

 

Rrose Sélavy, beyond these bounds you stray.

Meanwhile the waters and the earth ferment;

The rose on fortress-walls pours out its scent;

Love has its sweats and springtime is their prey.

 

The rose has torn the stone-limbed dancer’s side.

While others plough and sow, he treads the boards.

The public, blind and deaf and dumb, applauds

This rite of spring, when he has danced and died.

 

The word that’s writ in soot is wiped away

At the wind’s whim by fingers of the rain.

Nevertheless we hear it and obey.

 

Down at the wash-place where these waters run,

A cloud portrays both soap and hurricane,

Retreating when the thickets bloom in sun.

 

Copyright © Timothy Adès


- Portrait de Robert Desnos en 1927, photo Henri Martinie

- Rrose Sélavy (Marcel Duschamps), 1921, de Man ray

- Le dernier message, écrit sur du papier à cigarette, de Robert Desnos à sa compagne Youki avant la déportation dans le convoi du 27 avril 1944, depuis le camp de Royallieu : "Chérie. Mes baisers avant le départ. ...rassuré sur ta vie et la conduite des amis. Compte sur moi et mon étoile..." ; ce message sera transmis à Youki par un certain M. Pierre dans une lettre écrite le 11 mai. Le message de Desnos est collé en haut de la lettre.

- Destinée arbitraire / Robert Desnos : textes partiellement extraits de diverses revues et publications (1921-1975), réunis et présentés par Marie-Claire Dumas avec de nombreux inédits (Ed Gallimard, 1975). Ce recueil qui doit son titre au premier poème de C'est les bottes (...) se compose de trois sections correspondant à des périodes de la vie de Desnos.

- DESNOS - Œuvres, édition de Marie-Claire Dumas (Gallimard, Collection Quarto, 1999)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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J'ai Tant rêvé de Toi & Ce Coeur qui Haïssait la Guerre, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Robert DESNOS meurt du typhus le 8 juin 1945 au camp nazi de Terezin (Theresienstadt), la guerre en Europe étant déjà terminée. Un jeune homme tchèque a pu identifier le poète malade et amaigri. On raconte que Desnos a vivement lu les palmes de quelques camarades infortunés en leur donnant un avenir imaginaire, tandis que les meurtriers étonnés auraient différé l’acte final. Desnos se serait éteint une rose à la main.

Résistant, il est le seul poète déclaré mort pour la France.

Je vous propose aujourd'hui deux poèmes de Desnos : ‘ J'ai Tant Rêvé de Toi’, et ‘ Ce Coeur qui Haissait la Guerre’.

 

 

Yvonne George

 

La dernière phrase du premier poème adressé 'à la mystérieuse',  un peu changée, est inscrite au Mémorial des Martyres de la Déportation, monument impressionnant et sombre derrière Notre-Dame de Paris. Elle est venue de Terezin en traduction tchèque : on l’a crue son dernier poème, un hymne à la France ou à la Liberté : mais elle remonte au recueil ‘Corps et biens’ composé dans les années vingt, et à Yvonne George (Yvonne de Knops), "la muse de Montparnasse", chanteuse de music Hall qui l'a inspiré passionnément mais qui n’a pas voulu son amour.

 

Le deuxième poème de Desnos également inscrit au Mémorial, très tythmé et à la grande musicalité, est extrait du recueil ‘L’honneur des poètes’. Ecrit pendant la Seconde guerre mondiale (1943), Desnos, pacifiste convaincu,  y appelle les Français à se battre contre Hitler pour défendre la liberté.  Ce poème se présente non seulement comme un appel à la révolte, mais aussi comme une message d'espoir, doublé d'un message de solidarité et de fraternité. Le poème sera republié en 1975 dans le recueil Destinée arbitraire.

Au Mémorial, seul Desnos y est inscrit deux fois.

 

   « La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage », dira Paul Éluard lors des obsèques du poète en octobre 1945. Aragon écrira un long poème (mis en musique et chanté par Ferrat). Desnos, c’est ce « Robert le Diable » : « Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne / Comme un soir en dormant tu nous en fis récit / Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie / Là-bas où le destin de notre siècle saigne ». (Je cite Marie-Joseph Sirach.)

 

J’ai Tant Rêvé de Toi

 

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de

     baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui

     m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant

­    ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plie­raient

    pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante

     et me gouverne depuis des jours et des années, je

    devien­drais une ombre sans doute.

O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute

   que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à

   toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi,

   la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais

   moins toucher ton front et tes lèvres que les premières

   lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec

  ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et

  pour­tant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et

  plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène

  et se promènera allégrement sur le cadran solaire

  de ta vie.

I’ve Dreamed of You So Much

 

I’ve dreamed of you so much that you lose your reality.

Is there still time to reach that living body and to kiss on

        those lips the birth of the voice I love?

I’ve dreamed of you so much that my arms, which always

        find my own breast even as they clutch at your shadow,

        may never close on the contours of your body.

So much that, confronted by one who has haunted and

       controlled me for days and for years, I would certainly

       become a shadow myself.

O the seesaw of emotions.

I’ve dreamed of you so much that it’s probably too late to

       wake up. I’m asleep on my feet, my body exposed to

       all the sensations of life and love, and you, the only

       woman these days who counts for me, I couldn’t

       touch your mouth or your brow as well as I could the

       next one that comes along.

I’ve dreamed of you so much, walked, talked, slept with

       your phantom so much that all that’s left to me, perhaps,

       is to be a phantom among phantoms and a hundred

       times more shadowy than that shadow walking in joy,

       now and in time to come, across the sun-dial of your life.

 

 Copyright © Timothy Adès


 

 Ce Cœur qui Haïssait la Guerre

 

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat

     et la bataille!

Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui

      des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,

Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang

     brûlant de salpêtre et de haine

Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en

     sifflent

Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas

dans la ville et la campagne

Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.

Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres

    cœurs battant comme le mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces

     cœurs,

Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises

Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un

    même mot d’ordre:

Révolte contre Hitler et mort à ses partisans!

Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme

     des saisons,

Mais un seul mot: Liberté a suffi à réveiller les vieilles

     colères

Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à

     la besogne que l’aube proche leur imposera.

Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté

    au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la

    nuit.

 

 

This Heart Which Hated War

 

This heart which hated war, see now, it beats for combat

   and battle!

This heart that once beat only to the rhythm of the tides,

    seasons, hours of day and night,

See now, it swells up and sends into the veins a blood

    burning with saltpetre and hate

And brings to the brain a noise to make the ears whistle

And this noise cannot but spread through city and country,

Like the sound of a tocsin that summons to uprising and

     combat.

Listen, I hear it come back to me, sent by the echoes.

No, it is the sound of other hearts, millions of other hearts

     beating like mine across France.

All these hearts are beating to the same rhythm from the

    same need,

Their sound is that of the sea pounding the cliffs

And all this blood carries into millions of brains the same

     watchword:

Revolt against Hitler and death to his followers!

This heart hated war, its beat was to the rhythm of the

     seasons,

But a single word: Liberty was enough to awaken the old

     fires of anger

And millions of Frenchmen are preparing in the shadows

      for the demands the coming dawn will impose.

For these hearts that hated war were beating for liberty to

    the very rhythm of the seasons, the tides, day and night.

 

 

Copyright © Timothy Adès


Robert Desnos, un ultime portrait en juin 1945, à Terezin (entre le 8 mai et le 4 juin 1945)

Max Morise, Max Ernst, Simone Breton, Paul Éluard, Joseph Delteil, Gala Éluard, Robert Desnos, André Breton (France, ca.1923)

Photo: Valentine Hugo

Mémorial des Martyrs de la déportation, Paris


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES PAPILLONS (III), par Gérard de Nerval / Timothy Adès


 LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Flordali II - La rose papillon, 1981 Lithographie et gaufrage sur Vélin Arches, Salvador DALI

    Voici donc la troisième partie de ce poème Les Papillons de NERVAL, l'un des plus longs poèmes que je connaisse.

NERVAL nous fait partager sa contemplation de la nature, du monde des plantes et des oiseaux, et plus particulièrement sa fascination pour le papillon qu'il voit notamment comme faisant le trait-d'union entre ces deux mondes, et qui leur ressemble.

Dans les deux premières parties de ce beau poème, il y fait l'inventaire des espèces qui volètent sous ses yeux. Cette troisième partie est plus sombre. D'autres papillons, plus étranges, bruissent dans sa tête qui ne le quitteront plus jusqu'en janvier 1855. Au terme d'un destin qui n'épargna à l'illustre traducteur du Faust ni des accès de mélancolie parfois dévastateurs, comme un  "soleil noir" qui éclaira en même temps sa vie et lui permit de transfigurer son œuvre poétique, ni par moments une vie de dénuement matériel et moral.

Celui (le destin) des papillons est en 2022 problématique. Mélibée, Hespérie du barbon, Azuré de la sanguisorbe, Sylvain des spirées, etc. 16 espèces de papillons de jour (sur les 253 espèces recensées dans l'Hexagone) sont menacées d'extinction en France métropolitaine, principalement à cause de la destruction de leurs milieux naturels ou suite à à des étés froids et pluvieux.

En Grande-Bretagne, ce sont près des trois-quarts des espèces de papillons recensées qui ont vu leur population diminuer au cours de la dernière décennie.

On sait pourtant quel maillon essentiel de la chaîne alimentaire ils constituent. Ils participent à la diversité de la vie ("biodiversité"), nourrissent les oiseaux avec leurs chenilles qui limitent la prolifération de plantes dites invasives. Vivant en symbiose avec une plante, comme avec les fourmis qui protègent leurs larves, leur population diminue en même temps que diminuent les zones humides et que croissent les friches. Tout comme les abeilles, les papillons sont des insectes pollinisateurs et constituent un élément essentiel dans la reproduction des plantes. Et que dire de la beauté qu'ils apportent au monde !

 

11 autres papillons diurnes sont considérés comme "vulnérables" et 18 autres pourraient prendre le même chemin si aucune mesure sérieuse de conservation n'était prise.

 

Un dossier assez récent (2020) intitulé  ‘Les dangers qui menacent les papillons ‘ (lien ci-dessous) chez futura-sciences est fort instructif à ce sujet. J'aime à penser que la poésie peut aussi éveiller les consciences, agir comme une lanceuse d'alerte et renforcer ainsi le message du PRé autour de la nécessaire préservation de la diversité de la vie et de la non moins nécessaire et urgente écologisation de la société des humains.

 

T A

 

Les dangers qui menacent les papillons | Dossier - Futura

Gravure Papillons Ailes Entomologie Insectes, 1862 / Lithographie Papillons, Chenille, Ailes, Entomologie Insectes, 1911 / Papillons, encre de Chine de couleur sur papier de moëlle de jonc, par le peintre Yoeequa, édité en 1830-1840  (BnF, Bibliothèque, département Estampes et photographie, RESERVE PET FOL-OE-160) / Ame voyageuse, par Christian Schloe / Illustration de notre amie illustratrice, auteure Cat Zaza in livre bilingue, Chantefables/Storysongs de Robert Desnos, traduit par Timothy Adès, 2014.

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/06/03/la-raison-economique-et-ses-monstres-d-eloi-laurent-par-thierry-libaert/https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/06/03/la-raison-economique-et-ses-monstres-d-eloi-laurent-par-thierry-libaert/

LES PAPILLONS

III

 


Malheur, papillons que j’aime,

Doux emblème,

À vous pour votre beauté !…

Un doigt, de votre corsage,

Au passage,

Froisse, hélas ! le velouté !…

Une toute jeune fille,

Au cœur tendre, au doux souris,

Perçant vos cœurs d’une aiguille,

Vous contemple, l’œil surpris :

Et vos pattes sont coupées

Par l’ongle blanc qui les mord,

Et vos antennes crispées

Dans les douleurs de la mort !…

 

 

BUTTERFLIES

III

 

 

Woe, my precious butterflies,

Who symbolise :

Woe betide your loveliness.

Passing finger comes to bruise,

To abuse

Your velvet dress.

Some young girl,

Tender–hearted, smiling, sweet,

Looks in mild surprise on you,

Stabs your heart with needle through;

And your feet

She’ll curtail,

Nip with pale

Finger–nail,

Your antennæ crimp and curl,

With a pain that’s terminal !

 

Copyright © Timothy Adès



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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COMMENT VIVRE, par Jane Sautière, écrivain


Christine Crozat, Visage paysage 01, 2019. © Christine Crozat / SOCAN (2021), photographie de Jean-Louis Losi. Courtoisie de la Galerie Françoise Besson (Lyon)

 

« J’ai cependant cette conviction profonde que nous sommes fait·e·s du mouvement de notre terre, du point particulier où nous recevons la lumière, de ce qui s’en suit pour la faune et pour la flore. Je me réjouis que nous ne soyons pas des abstractions, mais des êtres enracinés dans ce temps chrono et météo, et il est bien que ce soit le même mot qui désigne la durée et l’atmosphère.

Cela dit, le temps est aussi toutes ces manifestations (l’attention, la rencontre...). Peut-être la joie se loge-t-elle dans l’instant, c’est sa temporalité, là où on est entièrement, léger·ère·s et sans réserve.», Jane SAUTIERE.

 

Jane SAUTIERE et Maïté SNAUWAERT, professeure agrégée de littérature à l'Université de l'Alberta, nous font le don de COMMENT VIVRE, leur essai-conversation (ÉDITIONS FIGURA, collection « Photons », n° 3, 2022), suivi de De la terre des pleurs un grand vent s’éleva, un inédit de Jane SAUTIERE, un récit de la présence d’exilé·e·s en Europe, dans une grande ville riche d’un pays riche, Paris.


 

 

 

    Il est là ce livre que nous avons tissé toutes deux. « Comment vivre » comme question commune. Livre en « creative commons » donc partageable, échangeable autant que vous le voudrez. Je viens de lire cette phrase de Louise Dupré « écrire est une audace de l’amitié ». Voilà.

Et on le télécharge par ce lien : http://figura.uqam.ca/.../comment-vivre-essai...
J S
Télécharger
COMMENT VIVRE
1. La première rencontre
2. Commencer à écrire
3. Historiciser le vivre
4. Faire place
5. Prononcer la vie
6. Nouer les êtres au monde
7. Réconcilier l’inconciliable
8. Murmurer le monde
9. Chercher les chemins
10. Rendre maniable ce qui ne l’est plus
11. Gagner en intensité
12. Se mouvoir et habiter
13. Prendre soin
14. Rencontrer des vivant·e·s
15. Être là
16. Tisser des liens
17. Résister à la disparition
18. Ne pas finir
Comment vivre.pdf
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Jane Sautière est romancière.

Jane Sautière est l’autrice, aux Éditions Verticales, d’une œuvre, « qui examine ce qui nous attache aux autres et à nous-même. Des lieux les plus insolites et les moins hospitaliers à l’univers domestique; des contacts les plus fugitifs aux liens les plus marquants, chacun de ses ouvrages inventorie ce qui permet de vivre et d’habiter le monde. Leur motif est la

rencontre ; leur raison d’être, le désir et la nécessité d’« être là ». Autrice notamment de Mort d'un cheval dans les bras de sa mère (Editions Verticales, Gallimard, 2018), Stations (entre les lignes) (Éditions Verticales, 2015 et Dressing (Éditions Verticales, 2013), ses trois derniers ouvrages.

Jane Sautière a publié des nouvelles et des articles dans diverses revues et co-signé également « Zones d'ombres » avec Jean-Marie Dutey (Gallimard, «Série Noire», 1998).

Ancienne éducatrice pénitentiaire, Jane Sautière est très engagée sur le plan social auprès des migrants et des sans-papiers.

Dernière contribution :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/03/11/irradies-vu-par-jane-sautière/

 

Maïté Snauwaert, Ph.D. en littérature française, est professeure agrégée de littérature à l’Université de l’Alberta (Québec). Chercheure associée au Centre de recherche sur le texte et l'imaginaire Figura (UQÀM), à l'Observatoire des Littératures française et francophone contemporaines (Paris Ouest/Nanterre) et au Réseau international de recherche roland-barthes.org.

Sa recherche s’intéresse au deuil, à la fin de vie, au vieillissement et aux formes fragilisées de la vie humaine au XIXe siècle (CRSH 2016-2020).

Elle a publié notamment les essais La Douleur (Gremese, 2019), sur l’adaptation par Emmanuel Finkiel du texte de Marguerite Duras, Duras et le cinéma (Nouvelles éditions Place, 2018), Philippe Forest, la littérature à contretemps (Cécile Defaut, 2012) et des numéros spéciaux de revues sur Marguerite Duras (« L’image critique », Dalhousie French Studies, no 95), Sophie Calle (Intermédialités, no 7), Roland Barthes « écrivain » (Spirale, no 232), l’éthique et la littérature (Études françaises, vol. 46, no 1), « Poétiques et imaginaires du care » (Temps zéro no 12, 2018).

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A PHILIS, par Pierre de Marbeuf / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Où l'on (re)décrouvre un poète assez méconnu aujourd'hui, Pierre de Marbeuf,  dont l'oeuvre suggère l'appartenance de l'Homme, de ses sensations, de ses sentiments au tout de l'univers.  C'est particulièrement vrai dans le Sonnet de ce dimanche dont on pourra noter que la version anglaise de Timothy, tout aussi faussement badine que la version originale, ne manque pas de saveur !


   Pierre de MARBEUF (1595-1645) : poète baroque, né près de Rouen à Sahurs, étudie au collège jésuite de La Flèche, dans la province du Maine (aujourd'hui la Sarthe) où il a pour condisciple René Descartes ; puis à Orléans où il entame des études de droit; il témoigne d'un goût pour la poésie comme ‘pour la séduction’ ; au début, des poésies pieuses ; il y rencontre Hélène, une jeune parisienne, qui semble avoir eu ‘le pouvoir de lui faire négliger ses dernières études’ : en 1619, il la suit à Paris.  Non sans avoir publié juste avant son Psalterion chrestien, " dédié à la Mère de Dieu, l'Immaculée Vierge Marie" (1618) suivi de Poésie Meslée (dont une ode à l'Eloge de la  Normandie), qui constitueront ses principaux  recueils de poésie avec le Recueil des vers de Mr de Marbeuf, in-octavo de 252 pages (1628), publiés à Rouen. Egalement un poème sur le mariage de Christine de France, sœur de Louis XIII, avec Victor- Amédée de Savoie (1619), et non sans avoir aussi présenté  plusieurs pièces au concours des Palinods de Rouen en 1617 (organisé par la confrérie littéraire de Normandie). Marbeuf se distingue pour ses stances - des poésies composées de plusieurs couplets, qui sont tous du même nombre de vers, et de la même mesure que le premier couplet - intitulées l'Anathomie de l'œil (1618), et, en 1620, l'ode intitulée le Narcisse.

Trois publications parisiennes suivront : un recueil d'épigrammes en latin de 1620, le Pétri Marbei in magno Franciae consilio advocati epigrammatum liber (in-quarto de 36 pages) ; un Poème sur l'heureux mariage du Sérénissime Prince Victor Amédée de Savoye avec Madame Christine sœur du Roy (in-quarto de 18 pages) en 1619 ; enfin Le Portrait de l'Homme d'Estat, Pour Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu (in-quarto de 11 pages) en 1633.

 

À Hélène succédèrent, dans un ordre connu de lui seul, Jeanne, Madeleine, Gabrielle, Philis et Amaranthe. Egalement Aliane, Silvie, et Anne.

De retour sur ses terres normandes en 1623, il devient maître des eaux et forêts, et épouse en 1627 Madeleine de Grouchet.

 

   A Philis  que je vous propose aujourd'hui est sans doute le sonnet le plus connu de Marbeuf  qui associe avec grand talent le thème de l'eau à celui de l'amour et exprime ce que la passion peut comporter de souffrance en cascade. Pour Marbeuf, aimer tient du miraculeux en même temps quasiment que de l'acte héroïque !

L'universitaire Henri Lafay, spécialiste de la nouvelle poésie de 1620  note que « L'esthétique de Marbeuf - dans ce qui fait son originalité, originalité de sa génération poétique - est une esthétique de la saveur (saveur des choses, des sensations, des sentiments, des idées, des rêves, et saveur des mots). C'est la recherche de saveur qui explique aussi bien dans cette poésie une simplicité et un naturel allant au-delà de la pureté malherbienne (positions extrémistes de l'Académie de Piat Maucors) que la recherche du choc sensible dans la ligne soit d'un Sigogne, soit d'un Motin, que celle des raffinements verbaux ».

A Philis est extrait de son Recueil des vers publié à Rouen en 1628 (par A.Héron pour la société rouannaise de bibliophiles)

 

 

À Philis

 

 

 

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,

Et la mer est amère, et l'amour est amer,

L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,

Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

 

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,

Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,

Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,

Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

 

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,

Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,

Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

 

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,

Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,

Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

 

Chant : https://www.youtube.com/watch?v=rlHuHvD2Ldg

 

Lecture : https://www.youtube.com/watch?v=ToWgHOwgfRQ&t=1s

 

Rap : https://www.youtube.com/watch?v=jot2StVzo44

 

To Phyllis

 

 

 

The sea and love share bitterness :

The sea is bitter, love no less :

In love, as in the sea, we’re lost,

For sea and love are tempest-tossed.

 

Jack fears the wave and hugs the strand;

Jem fears the evils love may send.

Let not love’s flames around him lick:

Then neither is at risk of wreck.

 

Love’s Mother started from the wave;

The source of fire is surely love :

Against this fire, no wave can strive.

 

I burn for you ! I’m seared by fire:

If waves could quench this blaze of love,

My sea of tears would quench the pyre.

 

  Copyright © Timothy Adès

 


- Recueil des vers de Mr de Marbeuf chevalier, sieur de Sahurs ( Rouen, Imprimerie de David Du Petit Val, imprimeur ordinaire du Roy. M. DC. XXVIII, 1628), Collection numérique : Bibliothèque numérique de Rouen.

- Vénus et Cupidon  de Titien, peinture à l'huile sur toile de 110,5 × 138,4 cm réalisée par le peintre vénitien entre 1510 et 1515 (Wallace Collection de Londres).
- Vénus dans la coquille, Cabinet secret

Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EXTASE par Paul Eluard / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

 

 

   Paul ÉLUARD (1895-1952) : j’ai traduit ses ‘Derniers Poèmes d’Amour’ écrits durant les dix dernières années de sa vie :

cinq de mes textes on été publiés  dans la revue Agenda, dont je suis fiduciaire.

Éluard est à l’origine de Dada et du surréalisme ; son poème ‘Liberté’, grâce aux soins de la Royal Air Force, le rendra célèbre ; souvent malade, il parvient à épouser Gala, qui le quitte pour Dalí ; il épouse Nusch, qui meurt : une grande tristesse donc, mais dans ‘L’Extase’ une trace de printemps, apte à ce premier jour de mai.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Nusch Eluard au miroir" par Man Ray, 1935

 

 

 

AGENDA, revue poétique des plus distinguées, est fondée en 1959 par William Cookson, étudiant d’Oxford, avec Ezra Pound. Peter Dale le rejoint, poète de qualité qui traduit Dante, Villon, Laforgue, Corbière…

 

 

 

Patricia McCarthy

 

AGENDA, revue poétique des plus distinguées, est fondée en 1959 par William Cookson, étudiant d’Oxford, avec Ezra Pound. Peter Dale le rejoint, poète de qualité qui traduit Dante, Villon, Laforgue, Corbière… La directrice gérante est Patricia McCarthy, qui écrit ‘Rodin’s Shadow’ (2012) donnant une voix aux femmes, à Camille Claudel surtout, et qui a bien mérité l’honneur du National Poetry Prize.

 

Extase

 

 

Je suis devant ce paysage féminin

Comme un enfant devant le feu

Souriant vaguement et les larmes aux yeux

Devant ce paysage où tout remue en moi

Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent

Reflétant deux corps nus saison contre saison

 

J'ai tant de raisons de me perdre

Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon

Belles raisons que j'ignorais hier

Et que je n'oublierai jamais

Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes

Devant ce paysage où la nature est mienne

 

Devant le feu le premier feu

Bonne raison maîtresse

 

Etoile identifiée

Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur

 

Second bourgeon première feuille verte

Que la mer couvre de ses ailes

Et le soleil au bout de tout venant de nous

 

Je suis devant ce paysage féminin

Comme une branche dans le feu.

 

 

Ecstasy

 

 

I am facing this feminine landscape

Like a child in front of the fire

Smiling vaguely tears in its eyes

This landscape where everything stirs in me

Where mirrors cloud where mirrors clear

Reflecting two naked bodies season by season

 

I’ve so many reasons to lose myself

On this roadless ground, under this heaven of no horizon

Fine reasons I didn’t know yesterday

And will never forget

Fine keys of glances keys their own daughters

Facing this landscape where nature is mine

 

In front of the fire the first fire

Fine reason mistress

 

Star identified

On earth under heaven out of my heart in my heart

 

Second bud first green leaf

That the sea puts its wings over

And the sun right at the end coming from us

 

I am facing this feminine landscape

Like a branch in the fire.

 

 Copyright © Timothy Adès


- Eluard et Nusch par Dora Maar, Mougins 1937

- "Liberté" par Eluard, 1947

- Eluard par Picasso : lithographie, sur vélin; cette image a illustré un poster pour la présentation en 1956 de l'ouvrage de Paul Eluard : Un poème dans chaque livre  (édité par L. Broder)

- Eluard par Dali, 1929


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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LES COUSINS POINCARE, par Vianney Huguennot


LES PORTRAITS DE VIANNEY

Henri et Raymond Poincaré : le scientifique et l'homme politique


 

   Nous sommes en 1871, Henri Poincaré, 17 ans au compteur, ramasse deux titres de bachelier au lycée impérial de Nancy, en sciences et en lettres. Germe, la même année, la germanophobie de Raymond Poincaré, son cousin meusien, 11 ans, expédié en Normandie pour cause de guerre et d’occupation de Bar-le-Duc par les Prussiens. De retour en Meuse, le jeune Raymond découvre le rez-de-chaussée de la grande demeure familiale affectée à des officiers bavarois. « Il fallait subir – raconte François Roth (1) – les réquisitions et la présence de l’ennemi, et de ses soldats qui se livraient parfois à des agressions, à des déprédations et à des excès de boissons. Le seul fait de supporter dans sa maison des officiers d’une armée d’occupation marque les esprits, même des plus jeunes. D’autant plus que la chambre des garçons, au rez-de-chaussée, était ainsi confisquée. Raymond Poincaré, lorsqu’il reprit possession de sa chambre, trouva « qu’elle sentait le Prussien ». La chambre fut entièrement restaurée après ce départ ». Plus tard, le gamin baptisera son chien Bismarck.

 

   Raymond naît dans un cocon. Mère bigote, père ingénieur, libre-penseur, grands-parents fortunés, la famille navigue des bords de mer à Paris ou la Meuse. Il a 16 ans, son père refuse qu’un curé lui enseigne la philosophie, il l’envoie à Louis-le-Grand, d’où Raymond revient avec deux bachots, mathématiques et philosophie. Au cours de cette première époque parisienne, il retrouve son cousin Henri, les deux occupent des chambres mitoyennes dans un meublé du Quartier latin. Leurs carrières s’apprêtent à briller. Raymond Poincaré est avocat d’affaires, richissime. Il réside sur les Champs Élysées et se fait bâtir un château dans la Meuse, à Sampigny, pour ses étés et congés. Il entre en politique par une mission de directeur de cabinet d’un ministre de l’Agriculture « un peu paresseux, ce qui donnait à Poincaré beaucoup de latitude »(1). Son élection au conseil général de la Meuse, à l’âge de 26 ans, dans le canton de Pierrefitte, sonne le début d’une carrière remarquable. L’année suivante, il entre au parlement, il est le plus jeune député de France, puis au gouvernement. Avril 1893, à 33 ans, il décroche son premier portefeuille, ministre de l’Instruction publique. Poincaré obtient le ministère des Finances l’année suivante et bientôt le brevet de « sauveur du Franc ».

 

   De nos contemporains huant les élus agrippés aux mandats, l’on peut secouer les mémoires : en voilà des manières pas très neuves. Même après son mandat de président de la République (1913/20), Poincaré ne lâche rien. Il est élu sénateur le 13 janvier 1920, « en violation de la loi constitutionnelle puisqu’il est encore président de la République [il l’est officiellement jusqu’au 18 février 1920] »(2). Une semaine avant sa mort, le 15 octobre 1934, il est réélu conseiller général de la Meuse. Raymond Poincaré cède à la postérité l’icône du président de la confiance et de la stabilité, notamment monétaire, puis de la guerre et de la victoire, bien que Clemenceau lui ait taillé copieusement des croupières et s’en est allé, seul, avec le titre éternel de Père la Victoire. Henri Poincaré décède en 1912, avec l’auréole d’un des plus grands scientifiques, au parcours prestigieux entamé l’année où Raymond retrouve sa chambre fouettant le Prussien.

 

   En 1873, Henri est doublement reçu, à Polytechnique et à Normale-Sup. Il choisit la première. « Ce sont ses travaux qui lui valurent une renommée mondiale. Ce mathématicien, l’un des plus grands de tous les temps, a profondément renouvelé l’analyse » (3). On lui attribue même, avant Albert Einstein, la théorie de la relativité ; c’est notamment la thèse du chercheur et ancien ministre Claude Allègre. Énième réunion des deux cousins : l’opération est cette fois signée Albert Einstein. Il aurait plagié le premier. Il détestait le second. « Hitler est le fils de Raymond Poincaré », cinglait Einstein, taxant Raymond Poincaré, président du Conseil après la Première Guerre mondiale, de férocité à l’égard de l’Allemagne vaincue, favorisant donc l’esprit de revanche des Allemands et la montée du nazisme dans les années vingt et trente.

 

 

(1) François Roth fut professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lorraine et auteur de la biographie « Raymond Poincaré, un homme d’État républicain« , 2000, Fayard.

(2) Biographie de Raymond Poincaré sur elysee.fr

(3) La science selon Henri Poincaré, éditions Dunod

 

Remerciements au Mensuel l'Estrade  qui a également publié l'article sous le titre "Raymond et Henri Poincaré : aux âmes bien nées… "

https://www.lestrademensuel.fr/


Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

 

Dernier article PRé :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/02/07/les-figures-imposees-de-la-campagne-presidentielle-par-vianney-huguenot/

 

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OUTWARDS par Henry J.-M. Levet / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   Je vous propose aujourd'hui de passer un moment avec le jeune dandy bohême, poète voyageur mystérieux et diplomate Henry J-M LEVET (1874-1906), "météore poétique", mort à 32 ans que Jérôme Garçin présente ainsi : « Fils unique d'un député-maire de la Loire, le jeune rebelle rimbaldien, qui sans doute aimait les garçons, écrivit dans des journaux satiriques, se teignit les cheveux en vert et, pour l'essentiel, s'encanailla et s'attifa dans les estaminets de Montmartre avant d'obtenir, grâce à l'intervention de son père, un poste de vice-consul aux Philippines puis aux Canaries, qu'il ne tarda pas à abandonner afin de venir mourir, à Menton, d'une tuberculose, dans les bras de sa mère. » Le tout se révèle ici : https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20180220.OBS2492/henry-j-m-levet-l-ecrivain-dont-les-parents-ont-methodiquement-tout-detruit.html

Il ne nous reste pas grand chose d'Henry LEVET qui fut aussi vaudevilliste et chansonnier tant l'œuvre est rare et aujourd'hui quasiment introuvable: des poèmes, des chroniques parues dans plusieurs journaux et revues (”Le Courrier français”, “La Plume”, “La Vogue”, “La Grande France”), deux plaquettes de poèmes confidentielles éditées avec des épigraphes de Laforgue et de Rimbaud.

On lui attribue un (unique) roman nommé l'Express de Bénarès, sans que l'on sache avec certitude ce qu'il en est. L'écrivain académicien Frédéric Vitoux lui rend hommage dans une biographie remarquée du même nom publié en 2018 chez Fayard.

Sa gloire posthume sera assurée par les Cartes postales, un recueil dont les poèmes furent initialement publiés dans des revues entre 1900 et 1902. Le présent poème "OUTWARDS" en est extrait. Cartes postales sera rééditée après la mort d'Henry Levet en 1921 sous le titre Poèmes de Henry-J.-M. Levet. précédés d’une conversation de MM. Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud : Deux poésies : Le Drame de l’allée. Le Pavillon : Cartes postales… grâce au poète, romancier, essayiste et traducteur Valéry Larbaud - qui le définissait comme le Walt Whitman français - et à son confrère Léon-Paul Fargue à La Maison des amis des livres  d'Adrienne Mounnier. Et régulièrement depuis : dernièrement en 2020  par les éditions Martin de Halleux, maison d’édition indépendante installée à Paris.

 

…Armand Béhic, président des Messageries Maritimes, devient ministre et meurt en 1891.

 

OUTWARDS

 

L’Armand Béhic (des Messageries Maritimes)

File quatorze nœuds sur l’Océan Indien…

Le soleil se couche en des confitures de crimes,

Dans cette mer plate comme avec la main.

 

- Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,

Vers le Sweet Home au fiancé australien,

Miss Roseway, hélas, n’a cure de mon spleen ;

Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin…

 

- Je vais me préparer – sans entrain ! – pour la fête

De ce soir: sur le pont, lampions, danses, romances

(Je dois accompagner miss Roseway qui quête

 

- Fort gentiment – pour les familles des marins

Naufragés !) Oh, qu’en une valse lente, ses reins

À mon bras droit, je l’entraine sans violence

 

Dans un naufrage où Dieu reconnaîtra ses siens…

 

 

 

 

 

OUTWARD BOUND

 

Indian Ocean: Postal Maritime:

Steaming at fourteen knots, the Andrew B.

The sun sets in its jammy mess of crime

Into this flat, seemingly hand-smoothed sea.

 

Miss Roseway, who is bound for Adelaide

To her fiancé’s Home Sweet Home of sheep,

Can’t cure my spleen’s distemper, I’m afraid,

Her lorgnette quizzing at the Lakshadweep.

 

Reluctantly, I shall attend the dance

This evening: lanterns on the bridge; romance.

(I’m partnering Miss Roseway, who solicits

 

For shipwrecked sailors’ families, in the nicest

Possible way !) O, may I, in the waltz,

Cradling her kidneys, gently draw her on

 

To shipwreck ! God will recognise his own…

 

Copyright © Timothy Adès

 

[Published online in Poetry Atlas]

 

 


 

- Portait d'Henry Levet, 1895,  par le dessinateur Piet lorsque Levet était chroniqueur au Courrier français .

- Poèmes, précédés d’une conversation de MM. Léon-Paul Fargue et Valéry Larbaud - Deux Poésies - Le Drame de l’Allée - Le Pavillon (avec la préface d’Ernest La Jeunesse) - Cartes Postales. Portrait par Muller, ‎Edition originale, tirage limité à 635 exemplaires (Paris, La Maison des Amis des Livres, 1921).

- Henry J.-M. Levet dans son habit de vice-consul de 3e classe, en novembre 1902

- Carte postale : arrivée du courrier français à Saïgon

- Affiche pour les Messageries maritimes par Alexandre Brun

- Portrait d'Henry J.-M. Levet

- Cartes postales, Henry Levet, illustrations : Loustal, préface :  Frédéric Vitoux (Réédition par Les éditions Martin de Halleux, 2020)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Considérations sur les enjeux de la succession du Grand Shah, à la façon des Lettres Persanes.*, par Jean-Claude Ribaut

Ecole française vers 1700 – Le sultan au sérail

De Usbek à Medhi,

 

   Je ne saurais décrire, cher Mehdi, la confusion qui règne dans les esprits, depuis les mois d’Estand et Favardin de notre calendrier, à l’approche du vote qui doit, selon un usage inconnu en Perse, procéder à l’élection du Shah in Shah.

 

Après des joutes oratoires inaudibles entre les candidats, il ne reste en lice que deux rivaux : une harengère, évadée du sérail, querelleuse et grossière dans son langage et ses manières, qui n’a d’autre programme que d’organiser la chasse aux mahométans ; et l’actuel Padishah, politicien habile, rompu aux manœuvres les plus subtiles, comme le fut autrefois son homonyme dans l’entourage de l’empereur Tibère, successeur d’Auguste.

 

J’ai vainement cherché dans leurs programmes, ce qui pourrait être soumis à tes amis architectes persans pour soutenir l’intérêt qu’ils ont longtemps manifesté à l’égard de leurs confrères français, du moins ceux parmi les anciens qui se souviennent des prouesses de Fernand Pouillon le constructeur des haltes ferroviaires spectaculaires de Tabriz et Machad. L’un propose d’augmenter le nombre de logements à rénover, quand sa concurrente, se borne à expulser 600 000 étrangers des logements communautaires. Un webinaire (outil de mise en relation des écritoires électroniques) organisé par le groupement des architectes a bien tenté d’établir un dialogue avec les candidats. Mais le journaliste chargé de l’animer a commencé par s’embrouiller, pensant qu’il intervenait pour l’ordre des avocats !

 

Ma conviction est qu’il faut penser l’architecture, non plus en termes de logements, mais en termes d’habitat et comprendre que les architectes ne veulent plus être des complices passifs voués à devenir plus tard des boucs émissaires. L’histoire montre qu’il n’y a eu d’architecture qu’aux grandes périodes d’apaisement politique, même si celui-ci était parfois payé du triomphe d’un tyran et d’un abaissement des libertés.

 

Sur les huit présidents de l’actuelle République, quatre seulement ont attaché leur nom à des réalisations de quelque envergure, un centre d’art contemporain, trois musées, un opéra. Les deux prédécesseurs de l’actuel Shah, qui d’ailleurs viennent de lui apporter leur soutien, n’ont laissé aucun témoignage de leur passage. L’architecture n’est pas un art de guerre civile, mais le soutien et l’expression d’une société apaisée, sûre d’elle-même, forte d’un consensus et certaine de ses objectifs.

 

Pour ce moment de l’année, la France que l’on dit « Fille aînée de l’Église », a été plus affairée à préparer ses repas de famille qu’à faire ses dévotions en souvenir de la Résurrection, une légende inspirée du culte de Mithra. Les fêtes de l’Islam puisent aux mêmes sources : l’Aïd, à la fin du jeûne du ramadan, est un rituel évocateur du sacrifice d’Abraham. Or Pâques, bizarrement, est une date mobile suivant le premier dimanche après la pleine lune de l’équinoxe de printemps, qui peut varier de plusieurs semaines.

 

Comment un jour censé célébrer un fait historique peut-il changer d’une année, l’autre ? Cette date fuyante est en réalité le résultat d’un compromis élaboré au Concile de Nicée (+ 325) pour ménager les habitudes des églises d’Orient. Mais, en 1582, la réforme grégorienne, en modifiant le calendrier Julien auquel se réfèrent toujours les chrétiens orthodoxes, arrêta un calcul différent. Voilà pourquoi la Pâques russe et celle de l’Eglise romaine ne tombent que rarement en même temps, sauf cette année.

 

Ce phénomène est d’autant plus exceptionnel – et tragique – que les orthodoxes, selon qu’ils obéissent au Patriarche moscovite ou qu’ils se considèrent comme relevant de l’autorité du Patriarcat de Constantinople, sont, les premiers, solidaires du Tsar sanguinaire du Kremlin, les seconds, attachés à l’indépendance de l’Ukraine, dans la guerre fratricide déclenchée en Europe par les nostalgiques du défunt empire soviétique. Manifestement, le Patriarche moscovite Cyrille a oublié qu’il est depuis quinze années coprésident de la Conférence mondiale des religions pour la paix. C’est un phénomène courant, chez les tonsurés, de faire passer leurs intérêts avant leurs convictions.

 

À Rome, le pape François a beau s’évertuer – urbi et orbi – à appeler les dirigeants à renoncer à la guerre, il y a bien loin, chez nombre de papistes, de la profession de foi à la croyance, de la croyance à la conviction, de la conviction à la pratique. Le pape est certes le chef des Catholiques, mais ce n’est qu’une vieille idole qu’on encense par habitude.

 

En France, la guerre d’Ukraine est aussi au centre de la bataille électorale que se livrent l’ancien Shah in Shah, candidat à sa succession et une roturière du nom de Marine, qui prétend le chasser du pouvoir. Elle est issue d’une famille qui avait jusque-là appliqué à la lettre l’ancien droit d’aînesse, née d’un mariage morganatique – sa mère ayant été répudiée, comme chez nous en Perse – ce qui ne l’empêcha pas de briguer et d’obtenir la succession de son vieux père à la tête de la ligue familiale. Une telle prétention eut été impossible, chez nous, en Perse, car nos femmes sont tenues au sérail. Le premier soutient le combat des Ukrainiens, la seconde arbore une mine chafouine lorsqu’on évoque devant elle le nom de Poutine.

 

La confusion est générale, et je suis bien incapable aujourd’hui de te dire quel sera le successeur de l’actuel Padishah. Les haruspices eux-mêmes, qui pratiquaient autrefois l’art divinatoire de lire dans les entrailles d’un animal sacrifié, ont perdu tout pouvoir depuis qu’ils ne procèdent que par la magie hasardeuse des sondages.

 

Un épisode curieux s’est produit récemment à l’occasion d’une visite des travaux de reconstruction de la cathédrale Notre Dame par le Shah in Shah, trois années après l’incendie (toujours inexpliqué) qui la détruisit en partie. Le Général qui dirige les travaux – rendu célèbre par un tonitruant « Un architecte, ça doit fermer sa gueule » – s’est répandu dans les lucarnes pour assurer qu’en 2024, « une messe sera dite dans Notre Dame, car c’est d’abord une église ». Zèle intempestif au pays de la laïcité qui s’explique sans doute par le fait que le Général Jean-Louis Georgelin est oblat chez les bénédictins et membre de l’Académie Catholique de France. Cette académie fondée en 2008, association privée à l’instar d’une académie de billard, s’est illustrée récemment par une attaque en règle contre les travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Dix de ses membres ont démissionné. Mais pas le Général Georgelin !

 

Peut-être aura-t-il l’idée d’allumer un cierge pour la rémission des fautes de tous les dervis (prêtres) ayant succombé aux charmes des jeunes garçons, et à leurs propres pulsions criminelles ?

 

Réjouissez-vous, chère Roxane, en notre sérail d’Ispahan, de ne pas séjourner dans la capitale d’une nation qui fut autrefois celle de la raison, mais dont on se demande parfois si elle n’est pas abandonnée aux appétits et aux spéculations de quelques aventuriers.

 

De Paris, le 18 de la lune de Saphar

Traduit du persan par Syrus

 

 

* Les Lettres persanes sont un roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek, et Rica, et leurs amis restés en Perse. Publié anonymement à Amsterdam par Montesquieu en mai 1721.

 

Remerciements : https://chroniques-architecture.com/
Retrouver toutes les Lettres persanes

 

De Syrus également
– Destins contrariés, le sort peu enviable des ministres de la Culture depuis 1959
 Secrets d’archi, petites histoires de l’architecture dans la grande

 

 

Deux voyageurs Persans, Usbek et Rica, visitent la France entre 1712 et 1720. Ils font part de leurs impressions à leurs amis avec lesquels ils échangent des lettres. C’est avec un regard neuf, amusé, étonné, parfois littéralement stupéfait, et souvent faussement naïf, non sans révéler leurs propres contradictions, qu’ils observent les mœurs et les coutumes françaises. Bien des habitudes paraissent absurdes ou ridicules…

Ces Lettres et la féroce critique de la société française - et au-delà, des fondements de la religion et du pouvoir politique - qui y est déployée remportent un grand succès, si bien qu'elles sont aussitôt interdites en France.

 « Mais comment peut-on être Persan ? » Trois siècles après, la formule la plus célèbre des Lettres persanes garde la même vigueur, contre tous ceux qui croient être au centre du monde et ne s’interrogent pas sur eux-mêmes.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015.
Auparavant :
Chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995).

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

 

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BOOZ ENDORMI, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DE TIMOTHY ADES

Exceptionnellement, pour cause de week-end pascal, nous publions le post dominical de Timothy Adès ce vendredi.


 

L’Été ou Ruth et Booz (1660-1664), par Nicolas Poussin, Musée du Louvre; Ruth, servante moabite, obtient de Booz l’autorisation de glaner dans ses champs. Elle enfantera Obed, le grand-père de David ancêtre du Christ.

 

   Nous revoici en compagnie de Victor HUGO (1802 – 1885) avec "Booz endormi".

Hugo donne à Booz l’arbre de Jessé et la vieillesse d’Abram.

Pour Proust, c’est la plus belle poésie du siècle.

Elle est extraite de La Légende des siècles (1859), un recueil de poèmes publiés en trois séries successives : 1859, 1877 et 1883.

Elle a été beaucoup commentée et analysée jusqu'à Lacan. Elle fonctionne autour de la « gerbe" vu par ce dernier comme un symbole phallique... Le charnel et le spirituel, la vie, la mort, la puissance sexuelle et la castration, le travail poétique sur les sonorités, le rythme, les constructions grammaticales, tout confère à cette poésie une puissance esthétique.

 

J’ai traduit le poème sans employer la lettre E ; Georges Perec dans ‘La Disparition’ l’avait renouvelé en français, toujours sans la lettre E.

BOOZ ENDORMI

 

Booz s'était couché de fatigue accablé ;

Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;

Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;

Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

 

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;

Il était, quoique riche, à la justice enclin ;

Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;

Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

 

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.

Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;

Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :

- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

 

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,

Vêtu de probité candide et de lin blanc ;

Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,

Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

 

Booz était bon maître et fidèle parent ;

Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;

Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,

Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

 

Le vieillard, qui revient vers la source première,

Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;

Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

 

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;

Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,

Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;

Et ceci se passait dans des temps très anciens.

 

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;

La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet

Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,

Etait mouillée encore et molle du déluge.

 

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,

Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;

Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée

Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

 

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne

Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;

Une race y montait comme une longue chaîne ;

Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

 

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :

" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?

Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,

Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

 

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,

O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;

Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,

Elle à demi vivante et moi mort à demi.

 

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?

Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?

Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;

Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

 

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;

Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,

Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,

Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

 

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,

Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;

Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,

Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

 

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,

S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,

Espérant on ne sait quel rayon inconnu,

Quand viendrait du réveil la lumière subite.

 

Booz ne savait point qu'une femme était là,

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.

Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

 

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurément,

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

 

La respiration de Booz qui dormait

Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.

On était dans le mois où la nature est douce,

Les collines ayant des lys sur leur sommet.

 

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;

Une immense bonté tombait du firmament ;

C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

 

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;

Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;

Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre

Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

 

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,

Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,

Avait, en s'en allant, négligemment jeté

Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=g6QMfKRDseo

AS BOAZ WAS DOZING

 

Boaz had cut his corn and sought his cot.

A hard day’s winnowing had fairly worn

Him out, and laid him in his usual spot.

His bins stood not far off, chock-full of corn.

 

Boaz was old, and rich in corn and grain,

Nor loth, for all his gold, to act aright:

His mill ran limpid, with no muddy stain;

His smithy cast no dark satanic light.

 

His hoary locks hung smooth as April rill.

His tilth had no tight fist, no hint of gall:

Should a poor woman pass, it was his will

That handy stalks of corn should thickly fall.

 

Boaz trod upright, far from shady ways,

In candid purity and snowy gown,

And always, as a public fountain plays,

Flung many a grainsack charitably down:

 

A loyal kinsman and a pious lord,

Unstinting, though not prodigal of hand;

As no young man, by womankind ador’d:

Youth has good looks, a patriarch is grand!

 

Old folk, backtracking to our primal spring,

Quit dubious days for dawning glory bright.

A young man’s iris is a blazing thing;

An old man’s, if you look, is full of light.

 

So Boaz lay that night among his own,

Dark knots of farmhands, with his stooks on show,

As big as dust-hills, if you hadn’t known.

This was particularly long ago.

 

No kings wrought Judah’s laws, but Dayanim;

Man was nomadic, and still gaping stood

At giants’ footprints that astonish’d him,

On soil still damp and soft from Noah’s flood.

 

Jacob lay still, and Judith; Boaz too

Blind and oblivious in his arbour lay.

Now from on high, a yawning portal through,

To him a holy vision found its way.

 

It was a vision of a vast oak, going

Up from his loins towards a cobalt sky,

And, link by link, a clan, a nation growing:

A king who sang; a dying god, hung high.

 

Said Boaz, in his spirit murmuring,

‘Forty on forty birthdays, Lord! I pil’d;

How shall all this from my old body spring?

I cannot boast a consort, nor a child.

 

‘Thou know’st that long ago my faithful fair,

Lord God Almighty, quit my couch for yours.

Twin souls conjoint, a still-commingling pair,

Gliding in convoy through oblivion’s doors.

 

‘That I should found a family? How so?

How should my loins now bring a brood to birth?

For in our youth triumphant mornings glow,

And, out of night, day springs victorious forth;

 

But I am shaky as a birch in snow,

A widow-man, on whom long shadows sink.

Towards my tomb my soul is winging low,

Just as a thirsty ox stoops down to drink.’

 

All this in mystic vision Boaz said,

Turning to God his drowsy orbs, all calm;

Nor thought a woman at his foot was laid.

So daisy blows, unmark’d by lofty palm.

 

Boaz was all unconscious in his cot;

At his foot, humbly, Ruth from Moab lay,

Half-clad, awaiting dawn, and who knows what

Illumination, born of waking day.

 

Boaz wist not that Ruth was lying by;

Ruth had no inkling what was in God's mind ...

Floral aromas, dill and dittany;

Fragrant with amaranth was Gilgal’s wind.

 

O nuptial pomp! How grand a shadow cast!

No doubt a holy choir was gambolling,

All shyly; for an unknown form slid past,

Cobalt in colour: possibly, a wing.

 

From Boaz’ lungs and throat a rhythmic wind

Struck chords with murmurs born of mossy rills.

It was a month that’s naturally kind,

With lily-blossoms glorious on hills.

 

Ruth musing, Boaz snoozing; darkling sward;

Far off, a woolly flock was dully clinking,

As from on high abundant bounty pour’d;

A happy hour, that brings out lions, drinking.

 

In Ur and Ziph and Mizpah, not a sound.

A thin, bright moon was shining on its way

Among night’s blooms, down a dark sky, profound,

Inlaid with starry studs; and so Ruth lay,

 

Half-glancing through a shawl, and calm at last ...

Bringing a bounty in that grows not old,

What god, what swain, thought Ruth, has idly cast

On starry corn his falchion wrought of gold?

 

 Copyright © Timothy Adès

 

This version with no letter e appeared in

‘Modern Poetry in Translation’.

 

 

 


Peintures : Incontro di Booz con Ruth, 1841, Jacopo d'Andréa et Ruth et Booz, 1870, Frédéric Bazille(Montpellier Musée Fabre)

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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AQUARELLE et CASQUES DU HEAUME, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Portrait de Robert Desnos par André Breton

 

    Voici les tous premiers poèmes que nous avons de Robert DESNOS. Il n’est pas encore surréaliste, il fera plus tard son service militaire, au Maroc. Or, c’est la grande guerre, la patrie envahie ; et c’est le printemps, la nature et l’amour se renouvèlent.

Les deux poèmes sont publiés en 1918 dans la revue bimensuelle La Tribune des Jeunes (n°1 et 2). Robert Desnos fait partie de son comité de direction aux côté d'Henri Barbusse notamment (prix Goncourt 1917 pour le le Feu).

 

Peintures : Bataille de La Bassée-Loos, 1915, de Theodor Rocholl / Une Famille de cerfs dans un paysage avec une cascade de Gustave Courbet / Le Printemps de Pierre-Auguste Renoir

 

Aquarelle…

 

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine,

Qui, triomphant du temps, de la foudre et de l’eau,

D’un long passé restaient une preuve certaine.

Leurs débris maintenant détournent le ruisseau ...

Monuments de tristesse et de guerre et de haine.

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine ...

 

L’oiseau ne chante plus à l’ombre du rameau,

Le cerf ne vient plus boire à la fraîche fontaine,

Le lièvre a déserté le sinueux réseau

Des taillis épineux dont il fit son domaine ...

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine ...  

 

 

Watercolour…

 

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost.

They triumphed over thunder, rain and time,

Stood as the sure proof of a lengthy past.

Today what’s left of them obstructs the stream…

Landmarks of war and hatred and distress.

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost.

 

Birds sing no longer in the leafy gloom,

Nor does the fresh spring quench the roebuck’s thirst,

The hares have left the brush that was their home,

A thorny thicket, sinuous, compressed…

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost…

 

Copyright © Timothy Adès

 


 

Casqués du Heaume

 

Casqués du heaume et cuirassés,

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

………………………

 

Car l’homme doit aimer son frère

Comme l’oisel aime l’oisel !

Et partir avec lui la terre

Comme ils se partissent le ciel.

 

Casqués du heaume et cuirassés

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

Mais peu s’en soucie la nature,

Les fleurettes poussent aux prés,

L’oisel jargonne en la ramure,

Le cerf en rut court les forêts.

 

Et nous aussi devons aimer,

Viens-t-en ès champs et feuillage

Nous livrant aux jeux printaniers,

Oublier la guerre sauvage.

 

Casqués du heaume et cuirassés,

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

 

In Helmet

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

………………….

 

For man must love his brother

As two birds of a feather

Share earth with one another

The way they share the weather.

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

It’s all the same to nature,

Buds blossom in the meadow,

Woods run with rutting roe-deer,

Birds chirp in leafy shadow.

 

And we must do our loving,

Find fields and trees once more,

Find spring and fun of living,

Forget the savage war.

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

Copyright © Timothy Adès

 


- La Tribune des jeunes : revue bi-mensuelle littéraire, politique, artistique, humoristique / [gérant Charles Langronier], N°1, 1918

Roland Gagey (1900-1976), fondateur de la publication

- "Aquarelle", Robert Desnos publié dans le N°1 de la Tribune des jeunes

- Desnos Œuvres, édition établie par Marie-Claire Dumas (Gallimard, 1999).

- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant (Arc Publications 2017), bilingue : la plupart de ses poèmes avec les traductions de Timothy Adès en face.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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FANTAISIE, par Gérard Nerval / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Ce poème, publié pour la première fois en 1832 dans les ‘Annales romantiques’ fit partie en 1834 du recueil Odelettes, dont Nerval (1808-1855) déclarait qu'elles étaient inspirées de Ronsard. « En ce temps-là, je ronsardinisais,» raconte-t-il. Les rimes sifflent sur ses lèvres. L’imitation s’affiche dans Fantaisie comme dans  Avril, Gaîté, ou Les Papillons’.  Fantaisie sera repris dans de multiples revues et figurera en 1853 dans Petits Châteaux de Bohême, témoignant de sa première inspiration  lyrique.

 

La Musique, 1895, Gustav Klimt

Fantaisie’, c'est aussi le titre de compositions de Mozart, également de Chopin, musicien contemporain de Nerval, de courtes pièces musicales de forme libre. Le poète place ici clairement la musique au centre de son poème. Il l'y introduit.

C'est le point de départ de sa rêverie romantique. Du reste, le titre entier du recueil est Odelettes  rhythmiques et lyriques. Fantaisie est comme une réminiscence déclenchée par un vieil air (sans doute une chanson populaire telle qu'il les affectionnait) susceptible d'enclencher la lanterne magique dans l'âme et l'imaginaire de Nerval : " Un coteau vert, que le couchant jaunit "... Le monde de l'enfance qui surgit. La musique comme source d'allégorie du passé. Et au-delà, comme expérience de métempsychose :

« De deux cents ans mon âme rajeunit ». Au point que ce poème par sa musicalité, l'emploi de certains mots (par ex « charme » pour décrire l'air de musique), nous faisant hésiter entre passé et présent, rêve et réalité, entre réel et irréel, pourrait le qualifier dans le registre du fantastique.

Pour ma part, donner pour cet air ‘tout Rossini, tout Mozart et tout Weber’ me semble inconcevable !

Celui-ci étant moins connu, je vous offre son Concertino pour clarinette, qui est d’une brillance : https://www.youtube.com/watch?v=Xf7xNBSjfgg

 

N.B: Les éditions disent ‘Wèbre’ (pour Carl Maria von Weber), mais Nerval dans son manuscrit ne l'emploie pas, il choisit bien d’écrire ‘Weber’.

 

  Fantaisie

 

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Wèbre :

Un air très vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets !

 

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit...

C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre

Un coteau vert, que le couchant jaunit.

 

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs;

 

Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,

Que, dans une autre existence peut-être,

J’ai déjà vue... et dont je me souviens!

 

 

Voix de Gilles-Claude Thériault : https://www.youtube.com/watch?v=h0-5oLtHzVg

 

Ambiance musicale : Chanson Louis XIII (dans le style de Louis Couperin) de FRITZ KREISLER, interprétée par le violoniste Andriy Chaikovskyy et l'orchestre de chambre "LVIV VIRTUOSOS".

 

Voix d'Alain Cuny :

https://www.youtube.com/watch?v=Yn-MUVO601I

 

James Ollivier chante :

https://www.youtube.com/watch?v=DNIW3uIO3ZM

 

                   Fantasy

 

Rossini, Mozart, yes, and Weber,

I’d give them all for just one tune:

It’s ancient, languid and sepulchral,

It keeps its charms for me alone.

 

I hear it, and my soul is younger:

Each time, two centuries are gone.

Louis the Thirteenth; a green hillside

Turns golden in the setting sun.

 

Stately brick house with fine stone corners:

Red colours tint its window-glass.

A river laves its feet, goes flowing

Through parks in flower, swathes of grass ;

 

Fair lady at her lofty window,

Black eyes, her dress historical,

Whom in some earlier existence

I may have seen ... and can recall !

 

 

 Copyright © Timothy Adès


- Copie autographe de Fantaisie signée vers 1842.

- Portrait du roi Louis XIII par Philippe de Champaigne

- Portrait photographique de Rossini par Pierre Petit, 1862 (BnF, département musique, Est.RossiniG.058)

- Portait lithographique de Mozart par Magnier (date d'édition : 1825-1841 / Gallica - BnF)

- Carl Maria Von Weber

- Le 21 mars 1841, Nerval a un accès de "folie" : on le retrouve sur les marches du Palais-Royal en train de promener son animal. Au bout d'un ruban bleu, ... un homard. Quand on s’étonna de cet animal en laisse, Nerval aurait répondu :  “En quoi un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquille, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas…”. Pensionnaire de la maison de santé du docteur Esprit Blanche, à Passy, Nerval sera découvert pendu aux barreaux de la boutique d'un serrurier (Boudet),  rue de la Vieille Lanterne, le 26 janvier 1855.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE PIEGE, par Vianney Huguenot

 

   L'histoire notera qu'avril 2022 fut le mois où le piège termina de se refermer sur les défenseurs désinvoltes de la République.

Les médias annoncèrent Marine Le Pen à 47,5% dans un dernier sondage sur les intentions de vote du second tour.

Certains défenseurs désordonnés de la République agitèrent des chiffons rouges ou blancs, « pouce, je ne joue plus », hurlait l'un d'eux. De leur nasse, ils entendirent au loin ricaner Marine Le Pen et ses lieutenants se taper sur le ventre et railler

la panique à bord du clan des défenseurs affolés de la République.

Au cours des derniers jours, on vit certains membres de la dynastie des défenseurs utopistes de la République réveiller

le front républicain et rallumer les trouillomètres.

De leur côté, les défenseurs éclairés de la République préparaient leurs valises.

Puis nous entrâmes dans l'ère Le Pen. Les défenseurs dispersés de la République organisèrent des colloques où ils se querellaient sur les responsables de la défaite et dégustaient un Spritz à la framboise. Quelques défenseurs anonymes de la République proposèrent de ne rien faire, d'autres bâtirent un nouvel institut de sondages inauguré par cette enquête : selon vous, quel est l'élément principal à l'origine de l'élection de Le Pen ? : a/ la météo printanière b/ la réapparition du covid c/ la hausse du prix de l'essence.


Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

Dernier article PRé :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/02/07/les-figures-imposees-de-la-campagne-presidentielle-par-vianney-huguenot/

 

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SUR L'HERBE, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous fait le plaisir aujourd'hui de nous faire partager son amour également de la musique en nous postant un poème de Verlaine mis en musique par Ravel, juste avant de faire son bagage pour une escapade à Vienne, afin d'assister ce week-end à un concert donné par leur fils Thomas qui y dirige son concerto pour piano Totentanz dans la Musikvereinssaal, lieu sacré que Timothy a fréquenté, nous précise-t-il,  il y a 60 ans !


"Sur l'Herbe", illustration de Georges Barbier, 1928

 

 

   ‘Sur l’herbe’ est un poème de VERLAINE extrait de de son second recueil Fêtes Galantes (1869) après Poèmes saturniens.  Ce recueil nous fait penser aux peintres du 18e siècle, et plus particulièrement à Antoine Watteau et certains des 22 poèmes ressemblent à une transposition littéraire des peintures de ce dernier.

‘Sur l’herbe’ a été interprété et enregistré par deux chanteurs superbes : mes amis Julia Kogan et François Le Roux, sur une partition de Maurice Ravel. La mélodie, composée en 1907, fut exécutée la première fois à Paris, dans la salle de la Société française de photographie, le 6 juin 1907, et alors interprétée par Jane Bathori (soprano) avec, au piano, Ravel lui-même.

 

 

François Le Roux l’a inclus 1984 dans son album vinyle de Ravel, y suivant l'illustre baryton Gérard Souzay lui-même dont il est reconnu comme le maître successeur. Écoutez-les !

Mes paroles anglaises sont aptes à être chantées  sur cette musique.

 

Julia Kogan :

https://juliakogan.com/recordings trouver-le sous ‘In Jest: Comic Art Songs’

Gérard Souzay :

https://www.youtube.com/watch?v=sSeJtcJ-uOA

 

 

Sur l’herbe    

 

L'abbé divague. — Et toi, marquis

Tu mets de travers ta perruque.

— Ce vieux vin de Chypre est exquis

Moins, Camargo, que votre nuque.

 

— Ma flamme... — Do, mi, sol, la, si.

— L'abbé, ta noirceur se dévoile.

— Que je meure, mesdames, si

Je ne vous décroche une étoile

 

— Je voudrais être petit chien !

— Embrassons nos bergères, l'une

Après l'autre. — Messieurs ! eh bien ?

— Do, mi, sol. — Hé ! bonsoir, la Lune !

 

 

On the Grass

 

The Dean talks rot. - And, Duke, old boy,

Your wig has slipped a long way over.

- This vintage Cyprus wine’s a joy,

More so your lovely neck, Pavlova.

 

- My darling !... - Doh, mi, so, la, ti.

- Dear Dean, we all know you are bestial.

- I swear, dear ladies, faithfully

To bring you golden fire celestial.

 

- I’d like to be a little pup.

- Let’s kiss our milkmaids very soon,

All in a row. - What, chaps? Shape up !

- Doh, mi, so. - Hey, good evening, moon !

 

 Copyright © Timothy Adès

 


- Portrait de Paul Verlaine (âgé de 23 ans), 1867, huile sur toile (57, 2 x 41, 1 cm – 22 1/2 x 16) par Frédéric Bazille,

signé, dédicacé et daté en bas à gauche :« À mon ami le poète Paul Verlaine »

- Fêtes galantes de Verlaine (Ed Alphonse Lemerre, 1869), BnF, département Réserve des livres rares.

- Fêtes galantes de Verlaine, avec 69 compositions d'Auguste Gérardin gravées sur bois par F. Noël, L. P., C. Le Boulenger (

(Paris, Société artistique du livre illustré, 1899)

- "Sur l'Herbe" illustré par Girardin, extrait de l'édition de 1899 ( Société artistique du livre illustré)

Fêtes galantes, illustrations de George Barbier (Paris, Ed H. Piazza,1928),  BnF, département Réserve des livres rares

- Portrait de Verlaine, 1895, eau forte d'Anders Zorn (1860-1920) graveur suédois, BnF

- Album vinyle Verlaine / mélodies françaises, par François le roux (baryton) Erik berchot (piano), REM, 1984

- Maurice Ravel


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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BERBERIS VULGARIS, par Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique

 

   On ne trouve guère les feuilles, les baies ou les racines d’épine-vinette (Berberis vulgaris) sur les marchés, car l’industrie pharmaceutique monte la garde. Cet arbuste serait, dit-on, l’hôte d’un redoutable champignon pathogène des céréales : la rouille noire du blé.

 

Ce n’est pas du tout l’avis des médecines chinoise ou ayurvédique, qui utilisent depuis belle lurette la « berbérine », aux alcaloïdes puissants, pour ses propriétés antibactériennes.

 

Dans l’Égypte ancienne, macérée avec des graines de fenouil, l’épine-vinette faisait baisser la fièvre. Mais surtout – découverte récente – cette plante agit très efficacement sur la glycémie, responsable du diabète de type 2. De 425 millions aujourd’hui sur la planète, les diabétiques passeraient, selon l’OMS, à 622 millions d’ici 2040. Une mine d’or qui explique la réticence des labos.

 

 

Dessin de Declozeaux / Remerciements à Siné Mensuel

 

Mais l’épine-vinette a plus d’un tour dans son sac. Ses épines saillantes rendent infranchissables les haies et les halliers plantés de cet arbuste. La bourgeoisie pavillonnaire, reconnaissante, accueille l’épine-vinette dans ses recettes : les jeunes pousses, acidulées, sont préparées comme l’oseille, les baies encore vertes se confisent au vinaigre à la façon des câpres et les remplacent comme condiment. Avec les sucs des baies à maturité, on prépare des gelées et des sirops rafraîchissants. Mêlées à du sucre, les baies fermentent jusqu’à donner un vin d’un rouge éclatant qui peut faire illusion.

 

À moins d’être soi-même botaniste et coureur des bois, on trouve l’épine-vinette chez les pépiniéristes, chez les herboristes comme complément alimentaire sous son nom arabe, « berberis », et aussi sur Internet, sous forme de baies déshydratées, de sirops ou de décoctions.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015.
Ancien chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995).

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

 

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PARADE & DEPART, par Arthur Rimbaud / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous fait l'honneur de nous offrir un morceau d'une grande oeuvre qu'il a entreprise : la traduction de tous les textes des Illuminations que le compositeur anglais Benjamin Britten * a choisis pour les "illuminer" de sa musique.

Il nous en donne à lire un petit peu, et c'est sur la page du PRé. MERCI à lui !

 

* Britten est le fondateur du Festival de musique et des arts d'Aldeburgh (1948) dont Thomas Adès, fils de Timothy et Dawn Adès, fut le directeur artistique ( de 1999 à 2008)


Par Fernand Léger, 1948

Les Illuminations de RIMBAUD, écrites entre 1873 et 1875 ) à la faveur de voyages en Belgique, Angleterre et Allemagne, ont inspiré le compositeur anglais Benjamin BRITTEN (né 20 ans après la mort de RIMBAUD) qui en a fait une pièce pour voix et orchestre à partir des poèmes en prose extraits du recueil éponyme, un cycle de dix mélodies en neuf parties pour voix aiguë (ténor ou soprano) composées en 1939, début 1940. BRITTEN a 25 ans et commence à composer à Londres puis à Amityville, et la pièce sera créée au Aeolian Hall de Londres le 30 janvier 1940 par le Boyd Neel Orchestra avec Sophie Wyss (soprano) au chant.

 

Pour la brillante soprano Julia KOGAN (née à Kharkiv), j’ai créé un texte anglais apte pour la musique. Voici la fin du cycle, que l’on chante en français : le jour du texte anglais est proche, je l’espère.

T. A

 

 

Léo Vermot Desroches (ténor), Yun-Ho Chen (piano) : extrait de la captation du concert de fin de masterclass de la promotion Ravel de l'Académie Jaroussky, le 26 juin 2020 à la Seine Musicale : https://www.youtube.com/watch?v=PIMu6uqTMC8

 

Ian Bostridge (ténor) à Amsterdam, fragment, les 12-13 déc 2013 :  https://www.youtube.com/watch?v=_gElz0ZPTKs

 

Roxana Constantinescu : https://youtu.be/UQgdaScgBmI?t=3

 

Sofie Asplund : https://youtu.be/0lFDIuwkFSg?t=1

 

 

8. Parade

 

   Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu

pressés de mettre en œuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos

consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges

et noirs, tricolorés, d'acier piqué d'étoiles d'or; des facies déformés, plombés, blêmis,

incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a

quelques jeunes …

 

O le plus violent Paradis de la grimace enragée! … Chinois, Hottentots,

Bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent

leurs tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils

interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs,

ils transforment le lieu et les personnes et usent de la comédie magnétique. …

 

   J'ai seul la clef de cette parade sauvage.

 

8. Parade

 

   Some very sturdy rascals. Your worlds are theirs to be exploited. Not in want, and

never hurrying to set their brilliant faculties in train, and their experiences of your

understanding. Well-ripened men! Well-ripened men !

 

Their eyes dull and dim, in the manner of a summer night, scarlet and black, three-

coloured too, steel bespangled with stars of gold; the countenance deformed, death-

pale, the leaden, the burned; the croaking sounds of grotesque fools; and the cruel

procession of tawdry rags! And some of them are young ones !

 

O the savage, insane paradise, facial contortions of rage! Chinese, Hottentots,

Romanies; halfwits, hyenas, Molochs; primitive frenzies, sinister demons; they blend

their maternal and ordinary tricks with the caresses and the acts of brutish beasts. They

might interpret their theatrical novelties and their “songs for nice young ladies”.

Masters of tricks, crafty fakers of places and of persons, they make use of illusion,

mesmeric technique.

 

   I hold the key / to all this untamed / parade!

 

 Copyright © Timothy Adès

 

9. Départ

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie. - O rumeurs et Visions !

Départ dans l'affection et le bruit neufs !

 

9. Departing

 

Enough seen. For the dream was encountered on every breeze.

Enough won. Echoes of cities at dusk, and in the sun, and always.

And enough known. The suspensions of life. O you Echoes and you Dreams !

Departing in new love, and sound unknown.

 

Copyright © Timothy Adès

 

 

- Portrait de Rimbaud, 1949, d'après une photo d'Etienne Carjat (1828-1906) par Valentine Hugo (1887-1968), épouse du peintre Jean Hugo, arrière petit-fils de Victor Hugo

- Les Illuminations de RIMBAUD, préface de Paul VERLAINE (Paris, Publications de la Vogue, 1886)

- Manuscrit de Parade

- Manuscrit de Départ

- Portrait de Rimbaud, "Coin de table" par Fantin-Latour, 1872 (©RMN-Grand Palais - Musée d'Orsay / Hervé Lewandowski/DR)

- Julia Kogan

- Benjamin Britten


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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LETTRE D'AMOUR, par Maurice Donnay / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès a déniché pour nous un poème de Maurice DONNAY, ami du pataphysicien et pré-oulipien le « Tueur à gags » Alphonse Allais avec qui il débuta au cabaret montmartrois Le Chat noir (fondé en 1881), haut-lieu de divertissements et de l'avant-garde artistique, fréquenté par les chansonniers, les poètes, les amoureux des mots, les buveurs d'absinthe et les professionnels de la blague. Maurice Donnay y eut son heure de gloire et connu ensuite une longue carrière de dramaturge avec à son actif une œuvre importante et brillante. Si certaines de ses pièces purent être cataloguées un peu trop rapidement comme étant de « Boulevard », c'est méconnaître que la plupart, aussi légères et charmeuses soient-elles, sont souvent empreintes d’idées plutôt progressistes, assez inédites, s’agissant notamment des rapports hommes-femmes. Sans compter qu'elles constituent un témoignage précieux sur les sensibilités et les mœurs de l'époque des deux avant-guerre. Le dictionnaire (remarquable) "Le Maitron" signale que deux d’entre elles eurent une « portée sociale » : « La Clairière, 1900, et Oiseaux de passage, 1904. Dans la première, des utopistes essaient vainement de réaliser leur rêve de fraternité et de liberté ; dans la seconde, on trouve, à côté d’une étude des révolutionnaires russes, l’analyse des causes qui engendrent le mal social ».

Nous ne remercierons jamais assez Timothy Adès de nous faire découvrir - ou redécouvrir - ces poètes dont les mots entrent souvent en correspondance avec notre quête d’harmonie, de plaisir et d’amour, de vérité et de liberté. Et de questionnements. Tout cela en nous offrant en prime à chaque fois sa version anglaise. Et merci à lui de convoquer une nouvelle fois la merveilleuse artiste lyrique Julia Kogan, qui chante cette « Lettre d’Amour » et nous donne envie d'aller voir de plus près la production poétique de Donnay qui reste à découvrir.


 

   La carrière littéraire de Maurice DONNAY (1859-1945) est frappante. D’abord, il fait du cabaret au Chat noir : à la fin, il est membre de l’Académie française.

Il délaisse la voie tracée par sa formation d'ingénieur de l'Ecole Centrale pour bifurquer vers les "boîtes à chansons" de Montmartre et les petits théâtres. Il compose des chansons parodiques, des livrets musicaux et divers volumes de souvenirs tels Autour du Chat noir (1926), Mes débuts à Paris (1937).

C’est un homme surtout du théâtre - qui se fait connaître de la critique avec sa première pièce : une adaptation de Lysistrata (1893) d'Aristophane, et qui remporte un grand succès avec Amants  qui marque sa carrière d'auteur dramaturge - plutôt que de poésie.

 

Maurice Donnay jeune

 

De sa production poétique, je ne connais seulement que ce beau poème pour lequel Isabelle Aboulker a composé une musique, et que chante, en français comme en anglais, la très douée et très talentueuse Julia Kogan, native de...Kharkiv.

 

 

 

Julia Kogan et Isabelle Aboulker

 

Lettre d’Amour

 

Vous avez des yeux gris-bleu-verts,

Vous avez des lèvres vieux rose,

Les aubes pâles des hivers

Ont donné leur blondeur morose

 

A vos cheveux fins et soyeux ;

Vos longs cheveux dont l'onde lisse

Baigne votre cou gracieux

Et sur sa blancheur de lys glisse.

 

Dans votre chambre où le soleil

Tamisé par les vitraux mauve,

Fait pour votre demi-sommeil

Comme une demi-nuit d'alcôve,

 

S'évaporent des résédas,

Des anémones, des fleurs douces,

Et qui semblent sentir tout bas

Pour vous éviter des secousses.

 

Pour chanter vos yeux gris-bleu-verts,

Pour chanter vos lèvres vieux rose,

Vos poètes vous font des vers

Qui ressemblent à de la prose.

 

 

 Lettre d'amour  chantée en français par Julia Kogan, accompagnée au piano par Isabelle Aboulker (in " Mélodies - Songs " ) : https://youtu.be/aRyYELkUhKA

 

Love-Letter

 

Your eyes are eyes of green-grey-blue,

your lips are lips of ancient rose :

pale winter dawns have given you

their tint of honey-blond morose,

 

where your fine silken tresses lave

your throat of purest lily-white,

and glide, a long luxurious wave,

across your sleek neck, my delight.

 

Your chamber veils with panes of mauve

the sun, to soothe your drowsy trances :

milder than lilac your alcove,

recess lit low for dusk’s advances.

 

Anemone and mignonette

commit their fragrance to the air,

the sweetest exhalation, set

to cosset you with tender care.

 

To sing your eyes of green-grey-blue,

to sing your lips of ancient rose,

your poets all devise for you

verses that have the air of prose.

 

Copyright © Timothy Adès

Lettre d'amour chantée en anglais par Julia Kogan : https://www.youtube.com/watch?v=Ej3mKymRqGg

 


NOTES illustrations :

- Portrait photographique de Maurice Donnay, prise entre 1885 et 1895, par Paul Cardon (dit Dornac ou Paul Marsan) (Paris, Musée Carnavalet)

- Lysistrata, par Maurice Donnay (Paris, Paul Ollendorff éditeur, 1897), source Gallica, BnF (département Littérature et art, 8-YTH-27676)

- Caricature de Maurice Donnay par Sem, 1907 (mensuel "Je sais tout")

- Livret des pièces de théâtre Amants suivi de La Douloureuse , Maurice Donnay, illustrations d'après les dessins de Maxime Dethomas(Paris Modern Théâtre, Fayard, 1911)

- Autour du Chat noir, Maurice Donnay (Grasset, 1926)

- Poèmes, Maurice Donnay, croquis à l'eau-forte par Léonnec (Paris, Cent Centraux Bibliophiles, s.d. 1927)

- Autour du Chat noir, par Maurice Donnay ("Les Cahiers rouges", Grasset, 2017)


Jubilé de Maurice Donnay | INA

Journal France Actualités - 23.10.1942 - 01:19 - vidéo

ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85001118

 

Titre à l'image " LA VIE THEATRALE "A Paris, la Comédie Française fête les 83 ans de Maurice DONNAY en reprenant une de ses pièces "L'autre danger" jouée pour la 1ère fois


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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UN DEUIL, par Émile Verhaeren / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Retour sur ce « Walt Whitman européen » francophone à la haute conscience sociale, sympathisant socialiste, que fut Émile Verhaeren (Sint-Amands, 21 mai 1855 – Rouen, 27 novembre 1916), avec un autre de ses poèmes, après les deux premiers dont nous avait gratifiés Timothy Adès  en 2021 (Les Rois et Les Nouveaux aéroplanes). La Première Guerre mondiale constitua un choc pour Verhaeren comme pour la plupart de ses contemporains. Un choc d'autant plus inouï que la neutralité de la Belgique ne l'a alors protégée contre rien.  Un choc idéologique aussi qui vit se déployer la première grande guerre de propagande où tout le monde était sommé de choisir son camp. Verhaeren a cru que l'IS (l’Inter­nationale socialiste) pourrait stopper l’escalade militaire. Il déchanta rapidement après l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, et le vote des socialistes allemands du SPD , le 4 août suivant, en faveur des crédits de guerre. Cette réalité brutale devait changer la vision du monde de Verhaeren, obligé de se replier sur le seul patriotisme, dans lequel il se retrouvera un moment encagé, et qui le coupera de ses amis de l'autre côté du Rhin, à commencer de Stefan Zweig. Ou encore, côté français, de Romain Rolland.

"Nous vivions un de ces moments d’histoire où l’on sent comme une âme nouvelle naître et tout à coup grandir. On fait partie de la multitude ; on la sent penser et vouloir à travers soi. L’individu s’abolit et la collectivité s’affirme en chacun de nous. Un même cri sortit des lèvres de mon ami et des miennes. Tous les deux nous nous dîmes : « À cet instant, la Belgique une et indivisible naît ", dira Verhaeren de ces effroyables moments aoûtiens, ne cachant rien de ce qui fut son tourment mental.

Hier la Belgique, aujourd'hui l'Ukraine. Concordances des temps ? Les affres de la guerre nous étreignent de nouveau.

Toute ressemblance avec, etc.


 

   ‘ Un Deuil ’ : voici un nouveau poème * d’Émile VERHAEREN, grand Belge, grand européen, qui voit ses rêves s'effondrer avec la guerre. Celui-ci est extrait du recueil Les ailes rouges de la guerre qui constitue un cri d’indignation morale et une condamnation de l’esprit belliqueux. En 1916, son pays est envahi par un grand pays voisin. En novembre de la même année, le 27 novembre, le grand poète fait une conférence à Rouen pour y donner une conférence lors de l’ouverture de l’exposition franco-belge au Musée des Beaux-Arts : il meurt  brutalement, en gare de Rouen, happé par un train, après avoir été bousculé par une foule massée sur le quai.

 

 

 

Emile Verhaeren Museum (Sint-Amands, Belgique)

 

 

 

J’ai présenté ma version anglaise à New College, Oxford (‘New’ comme le Pont Neuf). Les noms de tous les morts du Collège y sont inscrits, de tous les pays. Soirée poétique des plus émouvantes.

… Cependant que pour nous la crise climatique ne cesse d'empirer…

 

 

 

 

Verhaeren en 1888

 

UN DEUIL

 

Elle eut trois fils ; tous trois sont tombés à Boncelle.

Le soir se fait. J’entends parler sa tendre voix.

Un trop rouge soleil joue encor dans les bois,

Mais la douceur de l’ombre est flottante autour d’elle.

 

Bien que toute heure, hélas ! lui soit une heure triste ;

Elle ne prétend pas renoncer au malheur

Dont est lasse sa chair, mais dont est fier son cœur

Et dont la clarté belle, en ses larmes, persiste.

 

Et je la vois là-bas qui de sa lente main

Cueille, pour ses trois morts, trois fleurs dans le chemin

Et mon âme s’emplit de joie involontaire

À voir marcher ce deuil bienfaisant sur la terre.

 

Émile VERHAEREN – Une vie, une Œuvre : 1855-1916 (France Culture, 1988): https://img.youtube.com/vi/Nn_QxPZVNBw/0.jpg

 

 

MOURNING

 

She had three sons. Boncelles undid them all.

I hear her soft voice speak, as shadows fall.

Long the red sunset in the woods has played,

But round her floats the mildness of the shade.

 

Though all her hours are hours of wretchedness,

She guards, for all her flesh’s weariness,

A heart that treasures up this tragedy,

And tears that shine with its nobility.

 

I see her slowly plucking in the lane

Three flowers for her three dear fallen men:

My soul rejoices, as it surely would,

To see this grief go forth, a force for good.

 

 Copyright © Timothy Adès

 

Published in Agenda Poetry magazine ‘1914’ in 2014

and online in Poetry Atlas.

Me


- Stefan Zweig entre Verhaeren et son épouse Marthe au Caillou-qui-Bique, son lieu de villégiature

- La Lecture par Émile Verhaeren, 1903, Huile sur toile (181 cm x 241 cm) par Théo van Rysselberghe

- Les Ailes rouges de la guerre, recueil de 34 poèmes d'Émile Verhaeren publié à Paris en 1916, Mercvure de France (source : BnF, département Littérature et art), dédié à Maurice Maeterlinck (" Fraternellement")

- Émile Verhaeren sur timbre poste français (1963); René Cottet (graveur) et Clément Serveau (dessinateur)

- Émile Verhaeren et le roi Albert Ier à La Panne, début août 1915

- Émile Verhaeren sur timbre poste belge (2016)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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COMPLAINTE DE FANTOMAS, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

« Fantômas, c’est l’Enéide des temps modernes » déclare Blaise Cendrars, tandis que pour Guillaume Apollinaire « Fantômas est, au point de vue imaginatif, une des œuvres les plus riches qui existent ».  C'est devenu un mythe populaire et tout au long de la première moitié du siècle, les louanges se multiplient jusque chez les surréalistes qui voient dans Fantômas un symbole de renouveau de la matière poétique.


 

 

   Voici trois strophes de la Complainte de Fantômas de Robert DESNOS: il y en a vingt-six. J’en ai fait des récits aux belles fêtes surréalistes chez le mécène Edward James qui aurait conçu, lui, le fameux téléphone-homard de Dalí.

La complainte entière se trouve ici : https://www.timothyades.com/robert-desnos-1900-45-ballad-of-fantomas/ - ainsi que dans mon grand livre jaune des poésies de Desnos. Elle est publiée dans le recueil ‘Fortunes’ (1942).

 

Desnos en avait fait en 1933 une ‘superproduction’ en prose pour la radio (Radio-Paris, Radio-Luxembourg et cinq postes régionaux)  : La Grande Complainte de Fantômas, « suite dramatique en douze tableaux », avec bien des comédiens et d’effets sonores (sous la houlette d'Alejo Carpentier), sur une musique de Kurt Weill, et une production de Paul Deharme ; Antonin Artaud y assure la direction artistique et prête sa voix au "Maître de l'effroi".

 

 

 

Couverture du premier volume de la série Fantômas

(coécrite par Pierre Souvestre et Marcel Allain, éditions Arthème Fayard, 1911)

 

Il s'agissait alors de faire de la publicité pour Si c'était Fantômas ? un « grand roman d'aventures inédites » de Marcel Allain publié en feuilleton dans Le Petit Journal, tout en démontrant que la poésie pouvait être partout, y compris dans les opérations de promotion radiophoniques. Il ne subsiste malheureusement aucune trace à ce jour de cette version originale qui sera reprise en 1960 par la RTF (Radiodifusion Télévision Française) avec, entre autres, Roger Blin, Marcel Bozzuffi, Henri Crémieux, Sylvia Montfort, Henri Virlojeux... Léo Ferré est accompagné à l'orgue de Barbarie par Jean Arnault et la réalisation est d'Albert Riera.

 

 

   Les deux textes, aux strophes et de radio, se trouvent dans Desnos Œuvres, livre magnifique rédigé par Marie-Claire Dumas.

Les livres Fantômas d’origine sont de l'avocat, journaliste et écrivain Pierre Souvestre (1874-1914) et de son secrétaire Marcel Allain (1885-1969) : ils feront basculer le roman français dans l'ère des grands tirages (200 000 exemplaires pour les premiers tomes); leur version cinématographique sera réalisées par Louis Feuillade (1873-1925), l'un des inventeurs du feuilleton au cinéma muet qui porte sur grand écran cinq épisodes de la saga entre 1913 et 1914 - un véritable triomphe - avant de devoir arrêter avec le déclenchement de la Première guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

Juve contre Fantômas réalisé par Louis Feuillade, 1913

 

Complainte de Fantômas

 

Écoutez, ... Faites silence

La triste énumération

De tous les forfaits sans nom,

Des tortures, des violences

Toujours impunis, hélas !

Du criminel Fantômas.

 

Lady Beltham, sa maîtresse,

Le vit tuer son mari

Car il les avait surpris

Au milieu de leurs caresses.

Il coula le paquebot

Lancaster au fond des flots.

 

Cent personnes il assassine

Mais Juve aidé de Fandor

Va lui faire subir son sort

Enfin sur la guillotine...

Mais un acteur, très bien grimé,

À sa place est exécuté.


 

 

 

Ballad of Fantomas

 

Your attention, please! Pray silence

For the sad and sorry story,

All the grievous inventory,

Nameless acts of harm and violence,

Every one scot-free, alas!

Of the felon Fantomas.

 

First, his mistress, Lady Beltham,

Saw the day her husband caught them

Making flagrant love together:

On the spot the felon killed him.

Next he sank the good ship Leopard,

Sabotaged, submerged, and scuppered.

 

He commits his hundredth murder.

Juve and his assistant Fandor

Think to see this libertine

Punished by the guillotine.

But an actor’s crayoned face

Fills the basket in his place.

 

 Copyright © Timothy Adès



 Dans son émission "l'Humeur vagabonde" sur Radio France, Kathleen Evin parle en 2007 de l'homme de radio, et plus largement de l'homme d'expérimentations que fut aussi Robert Desnos, ainsi que et de l'émission radiophonique "La clé des songes" (qu'il produit en 1938). C'est la voix de Robert DESNOS que l'on entend :

 

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/p15152282/robert-desnos-homme-de-radio


- Robert Desnos, Œuvres, Édition de Marie-Claire Dumas (Collection Quarto, Gallimard, 1999)

- Fantômas - Tome 1, de Marcel Allain, Pierre Souvestre ( Collection Bouquins, Robert Laffont, 2013). C'est la première réédition en version intégrale depuis sa publication originale en 1911-1913, en huit volumes rassemblant les trente-deux titres de la série.

- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant, Timothy Adès (Arc Publications, 2017)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ETRE ANGE C'EST ETRANGE DIT L'ANGE, par Jacques Prévert / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   L’incontournable Jacques PRÉVERT (1900-1977), poète au million de livres vendus ; maître du cinéma ; n’aimait pas l’école, mais beaucoup d’écoles portent son nom, l’une même à Londres.

Ses poésies sont toujours drôles, rarement tristes. Celle-ci est extraite du recueil ‘Fatras’ (1966), tout orné des collages du poète et rassemblant poèmes, récits, extraits des pièces de théâtre, lettres, articles de journal, dictons, citations, scénarios..

Pour la traduire en anglais je me suis trouvé un animal plus convenable que l’âne : la belette. Ayant 79 ans, j’ai vu enfin ma première belette, en Cornouaille. Pas la seule, je l’espère !

 

 

Ici se trouve trois beaux sonnets (en français) de ‘Cochonfucius’, ainsi que sa traduction en anglais de notre poème : http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/etre-ange-cest-etrange?fbclid=IwAR09RY2brqEk1iUpB4iYq9sBM2Naa3QDR_ZxIdMc41c0PZJdkTEzKVbIEl8

 

Être Ange c’est Étrange dit l’Ange

 

Être Ange

C’est Étrange

Dit l’Ange

Être Âne

C’est étrâne

Dit l’Âne

Cela ne veut rien dire

Dit l’Ange en haussant les ailes

Pourtant

Si étrange veut dire quelque chose

étrâne est plus étrange qu’étrange

dit l’Âne

Étrange est !

Dit l’Ange en tapant du pied

Étranger vous-même

Dit l’Âne

Et il s’envole.

 

 

Said the Angel, ‘Strange, I’ll say, an angel.’

 

Said the Angel,

‘Strange, I’ll

say, an angel.’

Said the Weasel

‘Stwease, I’ll

say, a weasel.’

‘That’s nonsense’,

said the Angel, shrugging his wings.

‘Yes but

if strange makes any sense,

stwease is stranger than strange’

said the Weasel.

‘Stranger, so what?’

said the Angel, tapping his foot.

‘Stranger, so long!’

said the Weasel

and flew away.

 

 Copyright © Timothy Adès

 


L'âne, par Rosa Bonheur (1822-1899), peintre animalière dont le Labourage nivernais (Musée d'Orsay) est connu dans le monde entier, devenue de nos jours une icône éco-féministe

- Fatras de Jacques Prévert, "avec cinquante-sept images composées par l'auteur" , des collages de Prévert (Gallimard, Collection Le Point du Jour, Gallimard, 1966)

- L’ange combattant par le peintre péruvien Diego Quispé Tito (1611-1681)

 - La belette striée africaine, par Jean-Baptiste Adanson (1732-1803), calligraphe, aquarelliste et dessinateur, consul  de France en Égypte


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES REGRETS, par Joachim du Bellay / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy nous fait remonter le temps et nous emmène à l'époque de la Renaissance avec l'auteur humaniste de la première partie du XVIème siècle qu'est Joachim Du Bellay, auteur de l’ouvrage théorique Défense et illustration de la langue française et du fameux Sonnet " Heureux qui, comme Ulysse "...


 

   Joachim DU BELLAY (1522-60) fonde la Pléïade avec Ronsard. Il demeure  - trop longtemps de son point de vue - de 1553 à 1557 à Rome, auprès de son cousin et patron le Cardinal Jean du Bellay, qui y est envoyé comme ambassadeur de France auprès du Pape. Il a 31 ans. Il n’aime pas du tout son séjour qu'il vit comme un exil, il s'y ennuie, plein de nostalgie, rumine les malheurs de sa famille, la fuite de sa jeunesse et de son inspiration. Le désenchantement est total comme nous l’attestent maints sonnets, comme celui-ci par exemple, extrait du Recueil Les Regrets écrit en 1857.

Joachim du Bellay réussira à faire de son expérience romaine une expérience poétique. Les Regrets feront un triomphe à son auteur lorsqu'il seront publiés en 1558, à son retour à Paris.

 

Ce Sonnet N°68 est original avec sa dimension satirique qui s'exerce contre Rome, mais aussi contre ceux qui sont restés en France, comme contre lui même.

Anglais, je ne suis pas mécontent qu’il dise non pas ‘La perfide Albion’, mais ‘le traistre bourguignon’ (sic !)

C’est bien qu’après toutes ces injures, il se critique lui-même.

 

Les Regrets, n° 68.

 

Je hay du Florentin l’usurière avarice,

Je hay du fol Sienois le sens mal arresté,

Je hay du Genevois la rare vérité,

Et du Venetien la trop caute malice.

Je hay le Ferrarois pour je ne sçay quel vice,

Je hay tous les Lombards pour l’infidélité,

Le fier Napolitain pour sa grand’ vanité,

Et le poltron Romain pour son peu d’exercice.

Je hay l’Anglois mutin, et le brave Escossois,

Le traistre Bourguignon, et l’indiscret François,

Le superbe Espaignol, et l’yvrongne Thudesque:

Bref, je hay quelque vice en chasque nation,

Je hay moymesme encor mon imperfection,

Mais je hay par sur tout un sçavoir pedantesque.

 

 

‘All nations have some fault.’

 

I hate the Florentines’ usurious greed,

Siena’s galloping insanity,

the Genoese disingenuity,

Venice for malice and the dirty deed;

I hate Ferrara for who knows what vice,

the Lombards’ unreliability;

Napolitano swank and vanity,

the shirking Roman’s lack of exercise;

the cocky Englishman, the plucky Scot,

the Spanish snob and the Teutonic sot,

blundering French, perfidious Burgundy:

All nations have some fault that I abhor;

I hate my own imperfect self still more;

But what I hate the most is pedantry.

 

Copyright © Timothy Adès


- Les Regrets, édition originale (Paris, Fédéric Morel, 1558, in-4°)

- Place Joachim du Bellay, Fontaine des Innocents, Paris 1er arrt

- Statue de Joachim du Bellay tenant son recueil "Les regrets" en Bretagne à Ancenis Saint Géréon. Inaugurée le 2 septembre 1894, le bronze a été coulé à l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers. Dans les années soixante, la statue a été érigée près du jardin de l’Eperon face à Liré, village natal du poète, sur la rive gauche du "Loyre Gaulois".

- Les regrets, édition en poche (Flammarion, 2013)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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WALCOURT, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Verlaine et Rimbaud attablés, de gauche à droite, huile sur toile de Henri Fantin-Latour, Coin de table, 1872, H. 161 ; L. 223,5 cm avec cadre H. 192 ; L. 258,5 cm,

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

   Deux sonnets exquis, fort brefs… En juillet 1872, Paul VERLAINE quitte sa jeune épouse, Mathilde Mauté, épousée deux ans avant et s’en va en Belgique avec Rimbaud avec lequel il partage une fraternité d'écrivain. Et un peu plus.

On se sent libre, tout est fascinant, tout sert à l’amour. Ce voyage lui inspirera les Romances sans paroles, un recueil de 23 poèmes ("Ariettes oubliées" / "Paysages belges" / "Birds in the night" / "Aquarelles" ) publié en 1874.

Le poème que je vous propose est le premier de la section II ("Paysages belges") dans laquelle, avec 5 autres poèmes très impressionnistes, mêlant descriptions suggérées et impressions de voyage, il évoque leurs pérégrinations amoureuses, de juillet à septembre 1872. Voici donc « Walcourt », du nom de cette petite ville belge du Hainaut, au Sud de Charleroi, à l'Est de Beaumont, par laquelle ils sont passés en train, un poème à la forme courte et carrée, quatre strophes de quatre vers de quatre syllabes, aux rimes croisées, féminines aux vers impairs et masculines aux vers pairs...

 

Pour Jean CASSOU, en janvier 1942, c’est le contraire. Prisonnier à Toulouse, résistant, rafroidi, il compose mentalement ses fameux "33 Sonnets composés au secret", dont l’un, le Sonnet XXIV, répond à celui de Verlaine. Ces Sonnets, restitués de mémoire, seront publiés sous le pseudonyme de Jean Noir, avec la préface passionnée de Louis Aragon (alias François La Colère), en 1941, et constitueront la 1ère édition (clandestine) des Éditions de Minuit - cofondées par Jean Bruller, " Vercors ", et Pierre de Lescure.

 

Walcourt - Verlaine

 

Briques et tuiles,

Ô les charmants

Petits asiles

Pour les amants !

 

Houblons et vignes,

Feuilles et fleurs,

Tentes insignes

Des francs buveurs !

 

Guinguettes claires,

Bières, clameurs,

Servantes chères

À tous fumeurs !

 

Gares prochaines,

Gais chemins grands…

Quelles aubaines,

Bons juifs-errants !

 

Jean Cassou : Sonnet XXIV

 

 

Plomb, zinc et fer,

ô les charmants

petits enfers

pour les amants !

 

Mer et désert :

l’événement

n’a rien à faire

pour le moment.

 

À tous nos coups

le néant joue

échec et mat.

 

L’histoire close

plus jamais n’ose

produire un Acte.

 

 

Walcourt - Verlaine

 

Bricks and tiles,

Sweet retreats,

O what treats

For monophiles !

 

Hops and vines,

Leaves and flowers,

Tavern-signs,

Happy hours !

 

Bills of fare,

Shouts for ale,

Lovelies, where

We inhale!

 

Ready trains,

Smiling lanes,

Happy days

For tearaways !

 

Jean Cassou : Sonnet XXIV

Briques et tuiles, etc. - Verlaine

 

Lead, iron and tin,

snug sulphur-mines

for Valentines

to sizzle in !

 

Ocean and sand:

the great event

is impotent

as matters stand.

 

All that we do

the void has checked,

checkmated too.

 

The final page

has no Effect

that it can stage.

 

Copyright © Timothy Adès