CHRONIQUES TUTTI FRUTTI



Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

A PHILIS, par Pierre de Marbeuf / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Où l'on (re)décrouvre un poète assez méconnu aujourd'hui, Pierre de Marbeuf,  dont l'oeuvre suggère l'appartenance de l'Homme, de ses sensations, de ses sentiments au tout de l'univers.  C'est particulièrement vrai dans le Sonnet de ce dimanche dont on pourra noter que la version anglaise de Timothy, tout aussi faussement badine que la version originale, ne manque pas de saveur !


   Pierre de MARBEUF (1595-1645) : poète baroque, né près de Rouen à Sahurs, étudie au collège jésuite de La Flèche, dans la province du Maine (aujourd'hui la Sarthe) où il a pour condisciple René Descartes ; puis à Orléans où il entame des études de droit; il témoigne d'un goût pour la poésie comme ‘pour la séduction’ ; au début, des poésies pieuses ; il y rencontre Hélène, une jeune parisienne, qui semble avoir eu ‘le pouvoir de lui faire négliger ses dernières études’ : en 1619, il la suit à Paris.  Non sans avoir publié juste avant son Psalterion chrestien, " dédié à la Mère de Dieu, l'Immaculée Vierge Marie" (1618) suivi de Poésie Meslée (dont une ode à l'Eloge de la  Normandie), qui constitueront ses principaux  recueils de poésie avec le Recueil des vers de Mr de Marbeuf, in-octavo de 252 pages (1628), publiés à Rouen. Egalement un poème sur le mariage de Christine de France, sœur de Louis XIII, avec Victor- Amédée de Savoie (1619), et non sans avoir aussi présenté  plusieurs pièces au concours des Palinods de Rouen en 1617 (organisé par la confrérie littéraire de Normandie). Marbeuf se distingue pour ses stances - des poésies composées de plusieurs couplets, qui sont tous du même nombre de vers, et de la même mesure que le premier couplet - intitulées l'Anathomie de l'œil (1618), et, en 1620, l'ode intitulée le Narcisse.

Trois publications parisiennes suivront : un recueil d'épigrammes en latin de 1620, le Pétri Marbei in magno Franciae consilio advocati epigrammatum liber (in-quarto de 36 pages) ; un Poème sur l'heureux mariage du Sérénissime Prince Victor Amédée de Savoye avec Madame Christine sœur du Roy (in-quarto de 18 pages) en 1619 ; enfin Le Portrait de l'Homme d'Estat, Pour Monseigneur le Cardinal Duc de Richelieu (in-quarto de 11 pages) en 1633.

 

À Hélène succédèrent, dans un ordre connu de lui seul, Jeanne, Madeleine, Gabrielle, Philis et Amaranthe. Egalement Aliane, Silvie, et Anne.

De retour sur ses terres normandes en 1623, il devient maître des eaux et forêts, et épouse en 1627 Madeleine de Grouchet.

 

   A Philis  que je vous propose aujourd'hui est sans doute le sonnet le plus connu de Marbeuf  qui associe avec grand talent le thème de l'eau à celui de l'amour et exprime ce que la passion peut comporter de souffrance en cascade. Pour Marbeuf, aimer tient du miraculeux en même temps quasiment que de l'acte héroïque !

L'universitaire Henri Lafay, spécialiste de la nouvelle poésie de 1620  note que « L'esthétique de Marbeuf - dans ce qui fait son originalité, originalité de sa génération poétique - est une esthétique de la saveur (saveur des choses, des sensations, des sentiments, des idées, des rêves, et saveur des mots). C'est la recherche de saveur qui explique aussi bien dans cette poésie une simplicité et un naturel allant au-delà de la pureté malherbienne (positions extrémistes de l'Académie de Piat Maucors) que la recherche du choc sensible dans la ligne soit d'un Sigogne, soit d'un Motin, que celle des raffinements verbaux ».

A Philis est extrait de son Recueil des vers publié à Rouen en 1628 (par A.Héron pour la société rouannaise de bibliophiles)

 

 

À Philis

 

 

 

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,

Et la mer est amère, et l'amour est amer,

L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,

Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

 

Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,

Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,

Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,

Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

 

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,

Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,

Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

 

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,

Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,

Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

 

Chant : https://www.youtube.com/watch?v=rlHuHvD2Ldg

 

Lecture : https://www.youtube.com/watch?v=ToWgHOwgfRQ&t=1s

 

Rap : https://www.youtube.com/watch?v=jot2StVzo44

 

To Phyllis

 

 

 

The sea and love share bitterness :

The sea is bitter, love no less :

In love, as in the sea, we’re lost,

For sea and love are tempest-tossed.

 

Jack fears the wave and hugs the strand;

Jem fears the evils love may send.

Let not love’s flames around him lick:

Then neither is at risk of wreck.

 

Love’s Mother started from the wave;

The source of fire is surely love :

Against this fire, no wave can strive.

 

I burn for you ! I’m seared by fire:

If waves could quench this blaze of love,

My sea of tears would quench the pyre.

 

  Copyright © Timothy Adès

 


- Recueil des vers de Mr de Marbeuf chevalier, sieur de Sahurs ( Rouen, Imprimerie de David Du Petit Val, imprimeur ordinaire du Roy. M. DC. XXVIII, 1628), Collection numérique : Bibliothèque numérique de Rouen.

- Vénus et Cupidon  de Titien, peinture à l'huile sur toile de 110,5 × 138,4 cm réalisée par le peintre vénitien entre 1510 et 1515 (Wallace Collection de Londres).
- Vénus dans la coquille, Cabinet secret

Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EXTASE par Paul Eluard / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

 

 

   Paul ÉLUARD (1895-1952) : j’ai traduit ses ‘Derniers Poèmes d’Amour’ écrits durant les dix dernières années de sa vie :

cinq de mes textes on été publiés  dans la revue Agenda, dont je suis fiduciaire.

Éluard est à l’origine de Dada et du surréalisme ; son poème ‘Liberté’, grâce aux soins de la Royal Air Force, le rendra célèbre ; souvent malade, il parvient à épouser Gala, qui le quitte pour Dalí ; il épouse Nusch, qui meurt : une grande tristesse donc, mais dans ‘L’Extase’ une trace de printemps, apte à ce premier jour de mai.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Nusch Eluard au miroir" par Man Ray, 1935

 

 

 

AGENDA, revue poétique des plus distinguées, est fondée en 1959 par William Cookson, étudiant d’Oxford, avec Ezra Pound. Peter Dale le rejoint, poète de qualité qui traduit Dante, Villon, Laforgue, Corbière…

 

 

 

Patricia McCarthy

 

AGENDA, revue poétique des plus distinguées, est fondée en 1959 par William Cookson, étudiant d’Oxford, avec Ezra Pound. Peter Dale le rejoint, poète de qualité qui traduit Dante, Villon, Laforgue, Corbière… La directrice gérante est Patricia McCarthy, qui écrit ‘Rodin’s Shadow’ (2012) donnant une voix aux femmes, à Camille Claudel surtout, et qui a bien mérité l’honneur du National Poetry Prize.

 

Extase

 

 

Je suis devant ce paysage féminin

Comme un enfant devant le feu

Souriant vaguement et les larmes aux yeux

Devant ce paysage où tout remue en moi

Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent

Reflétant deux corps nus saison contre saison

 

J'ai tant de raisons de me perdre

Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon

Belles raisons que j'ignorais hier

Et que je n'oublierai jamais

Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes

Devant ce paysage où la nature est mienne

 

Devant le feu le premier feu

Bonne raison maîtresse

 

Etoile identifiée

Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur

 

Second bourgeon première feuille verte

Que la mer couvre de ses ailes

Et le soleil au bout de tout venant de nous

 

Je suis devant ce paysage féminin

Comme une branche dans le feu.

 

 

Ecstasy

 

 

I am facing this feminine landscape

Like a child in front of the fire

Smiling vaguely tears in its eyes

This landscape where everything stirs in me

Where mirrors cloud where mirrors clear

Reflecting two naked bodies season by season

 

I’ve so many reasons to lose myself

On this roadless ground, under this heaven of no horizon

Fine reasons I didn’t know yesterday

And will never forget

Fine keys of glances keys their own daughters

Facing this landscape where nature is mine

 

In front of the fire the first fire

Fine reason mistress

 

Star identified

On earth under heaven out of my heart in my heart

 

Second bud first green leaf

That the sea puts its wings over

And the sun right at the end coming from us

 

I am facing this feminine landscape

Like a branch in the fire.

 

 Copyright © Timothy Adès


- Eluard et Nusch par Dora Maar, Mougins 1937

- "Liberté" par Eluard, 1947

- Eluard par Picasso : lithographie, sur vélin; cette image a illustré un poster pour la présentation en 1956 de l'ouvrage de Paul Eluard : Un poème dans chaque livre  (édité par L. Broder)

- Eluard par Dali, 1929


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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LES COUSINS POINCARE, par Vianney Huguennot


LES PORTRAITS DE VIANNEY

Henri et Raymond Poincaré : le scientifique et l'homme politique


 

   Nous sommes en 1871, Henri Poincaré, 17 ans au compteur, ramasse deux titres de bachelier au lycée impérial de Nancy, en sciences et en lettres. Germe, la même année, la germanophobie de Raymond Poincaré, son cousin meusien, 11 ans, expédié en Normandie pour cause de guerre et d’occupation de Bar-le-Duc par les Prussiens. De retour en Meuse, le jeune Raymond découvre le rez-de-chaussée de la grande demeure familiale affectée à des officiers bavarois. « Il fallait subir – raconte François Roth (1) – les réquisitions et la présence de l’ennemi, et de ses soldats qui se livraient parfois à des agressions, à des déprédations et à des excès de boissons. Le seul fait de supporter dans sa maison des officiers d’une armée d’occupation marque les esprits, même des plus jeunes. D’autant plus que la chambre des garçons, au rez-de-chaussée, était ainsi confisquée. Raymond Poincaré, lorsqu’il reprit possession de sa chambre, trouva « qu’elle sentait le Prussien ». La chambre fut entièrement restaurée après ce départ ». Plus tard, le gamin baptisera son chien Bismarck.

 

   Raymond naît dans un cocon. Mère bigote, père ingénieur, libre-penseur, grands-parents fortunés, la famille navigue des bords de mer à Paris ou la Meuse. Il a 16 ans, son père refuse qu’un curé lui enseigne la philosophie, il l’envoie à Louis-le-Grand, d’où Raymond revient avec deux bachots, mathématiques et philosophie. Au cours de cette première époque parisienne, il retrouve son cousin Henri, les deux occupent des chambres mitoyennes dans un meublé du Quartier latin. Leurs carrières s’apprêtent à briller. Raymond Poincaré est avocat d’affaires, richissime. Il réside sur les Champs Élysées et se fait bâtir un château dans la Meuse, à Sampigny, pour ses étés et congés. Il entre en politique par une mission de directeur de cabinet d’un ministre de l’Agriculture « un peu paresseux, ce qui donnait à Poincaré beaucoup de latitude »(1). Son élection au conseil général de la Meuse, à l’âge de 26 ans, dans le canton de Pierrefitte, sonne le début d’une carrière remarquable. L’année suivante, il entre au parlement, il est le plus jeune député de France, puis au gouvernement. Avril 1893, à 33 ans, il décroche son premier portefeuille, ministre de l’Instruction publique. Poincaré obtient le ministère des Finances l’année suivante et bientôt le brevet de « sauveur du Franc ».

 

   De nos contemporains huant les élus agrippés aux mandats, l’on peut secouer les mémoires : en voilà des manières pas très neuves. Même après son mandat de président de la République (1913/20), Poincaré ne lâche rien. Il est élu sénateur le 13 janvier 1920, « en violation de la loi constitutionnelle puisqu’il est encore président de la République [il l’est officiellement jusqu’au 18 février 1920] »(2). Une semaine avant sa mort, le 15 octobre 1934, il est réélu conseiller général de la Meuse. Raymond Poincaré cède à la postérité l’icône du président de la confiance et de la stabilité, notamment monétaire, puis de la guerre et de la victoire, bien que Clemenceau lui ait taillé copieusement des croupières et s’en est allé, seul, avec le titre éternel de Père la Victoire. Henri Poincaré décède en 1912, avec l’auréole d’un des plus grands scientifiques, au parcours prestigieux entamé l’année où Raymond retrouve sa chambre fouettant le Prussien.

 

   En 1873, Henri est doublement reçu, à Polytechnique et à Normale-Sup. Il choisit la première. « Ce sont ses travaux qui lui valurent une renommée mondiale. Ce mathématicien, l’un des plus grands de tous les temps, a profondément renouvelé l’analyse » (3). On lui attribue même, avant Albert Einstein, la théorie de la relativité ; c’est notamment la thèse du chercheur et ancien ministre Claude Allègre. Énième réunion des deux cousins : l’opération est cette fois signée Albert Einstein. Il aurait plagié le premier. Il détestait le second. « Hitler est le fils de Raymond Poincaré », cinglait Einstein, taxant Raymond Poincaré, président du Conseil après la Première Guerre mondiale, de férocité à l’égard de l’Allemagne vaincue, favorisant donc l’esprit de revanche des Allemands et la montée du nazisme dans les années vingt et trente.

 

 

(1) François Roth fut professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lorraine et auteur de la biographie « Raymond Poincaré, un homme d’État républicain« , 2000, Fayard.

(2) Biographie de Raymond Poincaré sur elysee.fr

(3) La science selon Henri Poincaré, éditions Dunod

 

Remerciements au Mensuel l'Estrade  qui a également publié l'article sous le titre "Raymond et Henri Poincaré : aux âmes bien nées… "

https://www.lestrademensuel.fr/


Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

 

Dernier article PRé :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/02/07/les-figures-imposees-de-la-campagne-presidentielle-par-vianney-huguenot/

 

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OUTWARDS par Henry J.-M. Levet / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   Je vous propose aujourd'hui de passer un moment avec le jeune dandy bohême, poète voyageur mystérieux et diplomate Henry J-M LEVET (1874-1906), "météore poétique", mort à 32 ans que Jérôme Garçin présente ainsi : « Fils unique d'un député-maire de la Loire, le jeune rebelle rimbaldien, qui sans doute aimait les garçons, écrivit dans des journaux satiriques, se teignit les cheveux en vert et, pour l'essentiel, s'encanailla et s'attifa dans les estaminets de Montmartre avant d'obtenir, grâce à l'intervention de son père, un poste de vice-consul aux Philippines puis aux Canaries, qu'il ne tarda pas à abandonner afin de venir mourir, à Menton, d'une tuberculose, dans les bras de sa mère. » Le tout se révèle ici : https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20180220.OBS2492/henry-j-m-levet-l-ecrivain-dont-les-parents-ont-methodiquement-tout-detruit.html

Il ne nous reste pas grand chose d'Henry LEVET qui fut aussi vaudevilliste et chansonnier tant l'œuvre est rare et aujourd'hui quasiment introuvable: des poèmes, des chroniques parues dans plusieurs journaux et revues (”Le Courrier français”, “La Plume”, “La Vogue”, “La Grande France”), deux plaquettes de poèmes confidentielles éditées avec des épigraphes de Laforgue et de Rimbaud.

On lui attribue un (unique) roman nommé l'Express de Bénarès, sans que l'on sache avec certitude ce qu'il en est. L'écrivain académicien Frédéric Vitoux lui rend hommage dans une biographie remarquée du même nom publié en 2018 chez Fayard.

Sa gloire posthume sera assurée par les Cartes postales, un recueil dont les poèmes furent initialement publiés dans des revues entre 1900 et 1902. Le présent poème "OUTWARDS" en est extrait. Cartes postales sera rééditée après la mort d'Henry Levet en 1921 sous le titre Poèmes de Henry-J.-M. Levet. précédés d’une conversation de MM. Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud : Deux poésies : Le Drame de l’allée. Le Pavillon : Cartes postales… grâce au poète, romancier, essayiste et traducteur Valéry Larbaud - qui le définissait comme le Walt Whitman français - et à son confrère Léon-Paul Fargue à La Maison des amis des livres  d'Adrienne Mounnier. Et régulièrement depuis : dernièrement en 2020  par les éditions Martin de Halleux, maison d’édition indépendante installée à Paris.

 

…Armand Béhic, président des Messageries Maritimes, devient ministre et meurt en 1891.

 

OUTWARDS

 

L’Armand Béhic (des Messageries Maritimes)

File quatorze nœuds sur l’Océan Indien…

Le soleil se couche en des confitures de crimes,

Dans cette mer plate comme avec la main.

 

- Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,

Vers le Sweet Home au fiancé australien,

Miss Roseway, hélas, n’a cure de mon spleen ;

Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin…

 

- Je vais me préparer – sans entrain ! – pour la fête

De ce soir: sur le pont, lampions, danses, romances

(Je dois accompagner miss Roseway qui quête

 

- Fort gentiment – pour les familles des marins

Naufragés !) Oh, qu’en une valse lente, ses reins

À mon bras droit, je l’entraine sans violence

 

Dans un naufrage où Dieu reconnaîtra ses siens…

 

 

 

 

 

OUTWARD BOUND

 

Indian Ocean: Postal Maritime:

Steaming at fourteen knots, the Andrew B.

The sun sets in its jammy mess of crime

Into this flat, seemingly hand-smoothed sea.

 

Miss Roseway, who is bound for Adelaide

To her fiancé’s Home Sweet Home of sheep,

Can’t cure my spleen’s distemper, I’m afraid,

Her lorgnette quizzing at the Lakshadweep.

 

Reluctantly, I shall attend the dance

This evening: lanterns on the bridge; romance.

(I’m partnering Miss Roseway, who solicits

 

For shipwrecked sailors’ families, in the nicest

Possible way !) O, may I, in the waltz,

Cradling her kidneys, gently draw her on

 

To shipwreck ! God will recognise his own…

 

Copyright © Timothy Adès

 

[Published online in Poetry Atlas]

 

 


 

- Portait d'Henry Levet, 1895,  par le dessinateur Piet lorsque Levet était chroniqueur au Courrier français .

- Poèmes, précédés d’une conversation de MM. Léon-Paul Fargue et Valéry Larbaud - Deux Poésies - Le Drame de l’Allée - Le Pavillon (avec la préface d’Ernest La Jeunesse) - Cartes Postales. Portrait par Muller, ‎Edition originale, tirage limité à 635 exemplaires (Paris, La Maison des Amis des Livres, 1921).

- Henry J.-M. Levet dans son habit de vice-consul de 3e classe, en novembre 1902

- Carte postale : arrivée du courrier français à Saïgon

- Affiche pour les Messageries maritimes par Alexandre Brun

- Portrait d'Henry J.-M. Levet

- Cartes postales, Henry Levet, illustrations : Loustal, préface :  Frédéric Vitoux (Réédition par Les éditions Martin de Halleux, 2020)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Considérations sur les enjeux de la succession du Grand Shah, à la façon des Lettres Persanes.*, par Jean-Claude Ribaut

Ecole française vers 1700 – Le sultan au sérail

De Usbek à Medhi,

 

   Je ne saurais décrire, cher Mehdi, la confusion qui règne dans les esprits, depuis les mois d’Estand et Favardin de notre calendrier, à l’approche du vote qui doit, selon un usage inconnu en Perse, procéder à l’élection du Shah in Shah.

 

Après des joutes oratoires inaudibles entre les candidats, il ne reste en lice que deux rivaux : une harengère, évadée du sérail, querelleuse et grossière dans son langage et ses manières, qui n’a d’autre programme que d’organiser la chasse aux mahométans ; et l’actuel Padishah, politicien habile, rompu aux manœuvres les plus subtiles, comme le fut autrefois son homonyme dans l’entourage de l’empereur Tibère, successeur d’Auguste.

 

J’ai vainement cherché dans leurs programmes, ce qui pourrait être soumis à tes amis architectes persans pour soutenir l’intérêt qu’ils ont longtemps manifesté à l’égard de leurs confrères français, du moins ceux parmi les anciens qui se souviennent des prouesses de Fernand Pouillon le constructeur des haltes ferroviaires spectaculaires de Tabriz et Machad. L’un propose d’augmenter le nombre de logements à rénover, quand sa concurrente, se borne à expulser 600 000 étrangers des logements communautaires. Un webinaire (outil de mise en relation des écritoires électroniques) organisé par le groupement des architectes a bien tenté d’établir un dialogue avec les candidats. Mais le journaliste chargé de l’animer a commencé par s’embrouiller, pensant qu’il intervenait pour l’ordre des avocats !

 

Ma conviction est qu’il faut penser l’architecture, non plus en termes de logements, mais en termes d’habitat et comprendre que les architectes ne veulent plus être des complices passifs voués à devenir plus tard des boucs émissaires. L’histoire montre qu’il n’y a eu d’architecture qu’aux grandes périodes d’apaisement politique, même si celui-ci était parfois payé du triomphe d’un tyran et d’un abaissement des libertés.

 

Sur les huit présidents de l’actuelle République, quatre seulement ont attaché leur nom à des réalisations de quelque envergure, un centre d’art contemporain, trois musées, un opéra. Les deux prédécesseurs de l’actuel Shah, qui d’ailleurs viennent de lui apporter leur soutien, n’ont laissé aucun témoignage de leur passage. L’architecture n’est pas un art de guerre civile, mais le soutien et l’expression d’une société apaisée, sûre d’elle-même, forte d’un consensus et certaine de ses objectifs.

 

Pour ce moment de l’année, la France que l’on dit « Fille aînée de l’Église », a été plus affairée à préparer ses repas de famille qu’à faire ses dévotions en souvenir de la Résurrection, une légende inspirée du culte de Mithra. Les fêtes de l’Islam puisent aux mêmes sources : l’Aïd, à la fin du jeûne du ramadan, est un rituel évocateur du sacrifice d’Abraham. Or Pâques, bizarrement, est une date mobile suivant le premier dimanche après la pleine lune de l’équinoxe de printemps, qui peut varier de plusieurs semaines.

 

Comment un jour censé célébrer un fait historique peut-il changer d’une année, l’autre ? Cette date fuyante est en réalité le résultat d’un compromis élaboré au Concile de Nicée (+ 325) pour ménager les habitudes des églises d’Orient. Mais, en 1582, la réforme grégorienne, en modifiant le calendrier Julien auquel se réfèrent toujours les chrétiens orthodoxes, arrêta un calcul différent. Voilà pourquoi la Pâques russe et celle de l’Eglise romaine ne tombent que rarement en même temps, sauf cette année.

 

Ce phénomène est d’autant plus exceptionnel – et tragique – que les orthodoxes, selon qu’ils obéissent au Patriarche moscovite ou qu’ils se considèrent comme relevant de l’autorité du Patriarcat de Constantinople, sont, les premiers, solidaires du Tsar sanguinaire du Kremlin, les seconds, attachés à l’indépendance de l’Ukraine, dans la guerre fratricide déclenchée en Europe par les nostalgiques du défunt empire soviétique. Manifestement, le Patriarche moscovite Cyrille a oublié qu’il est depuis quinze années coprésident de la Conférence mondiale des religions pour la paix. C’est un phénomène courant, chez les tonsurés, de faire passer leurs intérêts avant leurs convictions.

 

À Rome, le pape François a beau s’évertuer – urbi et orbi – à appeler les dirigeants à renoncer à la guerre, il y a bien loin, chez nombre de papistes, de la profession de foi à la croyance, de la croyance à la conviction, de la conviction à la pratique. Le pape est certes le chef des Catholiques, mais ce n’est qu’une vieille idole qu’on encense par habitude.

 

En France, la guerre d’Ukraine est aussi au centre de la bataille électorale que se livrent l’ancien Shah in Shah, candidat à sa succession et une roturière du nom de Marine, qui prétend le chasser du pouvoir. Elle est issue d’une famille qui avait jusque-là appliqué à la lettre l’ancien droit d’aînesse, née d’un mariage morganatique – sa mère ayant été répudiée, comme chez nous en Perse – ce qui ne l’empêcha pas de briguer et d’obtenir la succession de son vieux père à la tête de la ligue familiale. Une telle prétention eut été impossible, chez nous, en Perse, car nos femmes sont tenues au sérail. Le premier soutient le combat des Ukrainiens, la seconde arbore une mine chafouine lorsqu’on évoque devant elle le nom de Poutine.

 

La confusion est générale, et je suis bien incapable aujourd’hui de te dire quel sera le successeur de l’actuel Padishah. Les haruspices eux-mêmes, qui pratiquaient autrefois l’art divinatoire de lire dans les entrailles d’un animal sacrifié, ont perdu tout pouvoir depuis qu’ils ne procèdent que par la magie hasardeuse des sondages.

 

Un épisode curieux s’est produit récemment à l’occasion d’une visite des travaux de reconstruction de la cathédrale Notre Dame par le Shah in Shah, trois années après l’incendie (toujours inexpliqué) qui la détruisit en partie. Le Général qui dirige les travaux – rendu célèbre par un tonitruant « Un architecte, ça doit fermer sa gueule » – s’est répandu dans les lucarnes pour assurer qu’en 2024, « une messe sera dite dans Notre Dame, car c’est d’abord une église ». Zèle intempestif au pays de la laïcité qui s’explique sans doute par le fait que le Général Jean-Louis Georgelin est oblat chez les bénédictins et membre de l’Académie Catholique de France. Cette académie fondée en 2008, association privée à l’instar d’une académie de billard, s’est illustrée récemment par une attaque en règle contre les travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Dix de ses membres ont démissionné. Mais pas le Général Georgelin !

 

Peut-être aura-t-il l’idée d’allumer un cierge pour la rémission des fautes de tous les dervis (prêtres) ayant succombé aux charmes des jeunes garçons, et à leurs propres pulsions criminelles ?

 

Réjouissez-vous, chère Roxane, en notre sérail d’Ispahan, de ne pas séjourner dans la capitale d’une nation qui fut autrefois celle de la raison, mais dont on se demande parfois si elle n’est pas abandonnée aux appétits et aux spéculations de quelques aventuriers.

 

De Paris, le 18 de la lune de Saphar

Traduit du persan par Syrus

 

 

* Les Lettres persanes sont un roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek, et Rica, et leurs amis restés en Perse. Publié anonymement à Amsterdam par Montesquieu en mai 1721.

 

Remerciements : https://chroniques-architecture.com/
Retrouver toutes les Lettres persanes

 

De Syrus également
– Destins contrariés, le sort peu enviable des ministres de la Culture depuis 1959
 Secrets d’archi, petites histoires de l’architecture dans la grande

 

 

Deux voyageurs Persans, Usbek et Rica, visitent la France entre 1712 et 1720. Ils font part de leurs impressions à leurs amis avec lesquels ils échangent des lettres. C’est avec un regard neuf, amusé, étonné, parfois littéralement stupéfait, et souvent faussement naïf, non sans révéler leurs propres contradictions, qu’ils observent les mœurs et les coutumes françaises. Bien des habitudes paraissent absurdes ou ridicules…

Ces Lettres et la féroce critique de la société française - et au-delà, des fondements de la religion et du pouvoir politique - qui y est déployée remportent un grand succès, si bien qu'elles sont aussitôt interdites en France.

 « Mais comment peut-on être Persan ? » Trois siècles après, la formule la plus célèbre des Lettres persanes garde la même vigueur, contre tous ceux qui croient être au centre du monde et ne s’interrogent pas sur eux-mêmes.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015.
Auparavant :
Chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995).

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

 

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BOOZ ENDORMI, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DE TIMOTHY ADES

Exceptionnellement, pour cause de week-end pascal, nous publions le post dominical de Timothy Adès ce vendredi.


 

L’Été ou Ruth et Booz (1660-1664), par Nicolas Poussin, Musée du Louvre; Ruth, servante moabite, obtient de Booz l’autorisation de glaner dans ses champs. Elle enfantera Obed, le grand-père de David ancêtre du Christ.

 

   Nous revoici en compagnie de Victor HUGO (1802 – 1885) avec "Booz endormi".

Hugo donne à Booz l’arbre de Jessé et la vieillesse d’Abram.

Pour Proust, c’est la plus belle poésie du siècle.

Elle est extraite de La Légende des siècles (1859), un recueil de poèmes publiés en trois séries successives : 1859, 1877 et 1883.

Elle a été beaucoup commentée et analysée jusqu'à Lacan. Elle fonctionne autour de la « gerbe" vu par ce dernier comme un symbole phallique... Le charnel et le spirituel, la vie, la mort, la puissance sexuelle et la castration, le travail poétique sur les sonorités, le rythme, les constructions grammaticales, tout confère à cette poésie une puissance esthétique.

 

J’ai traduit le poème sans employer la lettre E ; Georges Perec dans ‘La Disparition’ l’avait renouvelé en français, toujours sans la lettre E.

BOOZ ENDORMI

 

Booz s'était couché de fatigue accablé ;

Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;

Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;

Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

 

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;

Il était, quoique riche, à la justice enclin ;

Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;

Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

 

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.

Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;

Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :

- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

 

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,

Vêtu de probité candide et de lin blanc ;

Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,

Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

 

Booz était bon maître et fidèle parent ;

Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;

Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,

Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

 

Le vieillard, qui revient vers la source première,

Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;

Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

 

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;

Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,

Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;

Et ceci se passait dans des temps très anciens.

 

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;

La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet

Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,

Etait mouillée encore et molle du déluge.

 

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,

Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;

Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée

Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

 

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne

Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;

Une race y montait comme une longue chaîne ;

Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

 

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :

" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?

Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,

Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

 

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,

O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;

Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,

Elle à demi vivante et moi mort à demi.

 

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?

Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?

Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;

Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

 

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;

Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,

Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,

Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

 

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,

Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;

Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,

Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

 

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,

S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,

Espérant on ne sait quel rayon inconnu,

Quand viendrait du réveil la lumière subite.

 

Booz ne savait point qu'une femme était là,

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.

Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

 

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurément,

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

 

La respiration de Booz qui dormait

Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.

On était dans le mois où la nature est douce,

Les collines ayant des lys sur leur sommet.

 

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;

Une immense bonté tombait du firmament ;

C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

 

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;

Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;

Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre

Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

 

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,

Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,

Avait, en s'en allant, négligemment jeté

Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=g6QMfKRDseo

AS BOAZ WAS DOZING

 

Boaz had cut his corn and sought his cot.

A hard day’s winnowing had fairly worn

Him out, and laid him in his usual spot.

His bins stood not far off, chock-full of corn.

 

Boaz was old, and rich in corn and grain,

Nor loth, for all his gold, to act aright:

His mill ran limpid, with no muddy stain;

His smithy cast no dark satanic light.

 

His hoary locks hung smooth as April rill.

His tilth had no tight fist, no hint of gall:

Should a poor woman pass, it was his will

That handy stalks of corn should thickly fall.

 

Boaz trod upright, far from shady ways,

In candid purity and snowy gown,

And always, as a public fountain plays,

Flung many a grainsack charitably down:

 

A loyal kinsman and a pious lord,

Unstinting, though not prodigal of hand;

As no young man, by womankind ador’d:

Youth has good looks, a patriarch is grand!

 

Old folk, backtracking to our primal spring,

Quit dubious days for dawning glory bright.

A young man’s iris is a blazing thing;

An old man’s, if you look, is full of light.

 

So Boaz lay that night among his own,

Dark knots of farmhands, with his stooks on show,

As big as dust-hills, if you hadn’t known.

This was particularly long ago.

 

No kings wrought Judah’s laws, but Dayanim;

Man was nomadic, and still gaping stood

At giants’ footprints that astonish’d him,

On soil still damp and soft from Noah’s flood.

 

Jacob lay still, and Judith; Boaz too

Blind and oblivious in his arbour lay.

Now from on high, a yawning portal through,

To him a holy vision found its way.

 

It was a vision of a vast oak, going

Up from his loins towards a cobalt sky,

And, link by link, a clan, a nation growing:

A king who sang; a dying god, hung high.

 

Said Boaz, in his spirit murmuring,

‘Forty on forty birthdays, Lord! I pil’d;

How shall all this from my old body spring?

I cannot boast a consort, nor a child.

 

‘Thou know’st that long ago my faithful fair,

Lord God Almighty, quit my couch for yours.

Twin souls conjoint, a still-commingling pair,

Gliding in convoy through oblivion’s doors.

 

‘That I should found a family? How so?

How should my loins now bring a brood to birth?

For in our youth triumphant mornings glow,

And, out of night, day springs victorious forth;

 

But I am shaky as a birch in snow,

A widow-man, on whom long shadows sink.

Towards my tomb my soul is winging low,

Just as a thirsty ox stoops down to drink.’

 

All this in mystic vision Boaz said,

Turning to God his drowsy orbs, all calm;

Nor thought a woman at his foot was laid.

So daisy blows, unmark’d by lofty palm.

 

Boaz was all unconscious in his cot;

At his foot, humbly, Ruth from Moab lay,

Half-clad, awaiting dawn, and who knows what

Illumination, born of waking day.

 

Boaz wist not that Ruth was lying by;

Ruth had no inkling what was in God's mind ...

Floral aromas, dill and dittany;

Fragrant with amaranth was Gilgal’s wind.

 

O nuptial pomp! How grand a shadow cast!

No doubt a holy choir was gambolling,

All shyly; for an unknown form slid past,

Cobalt in colour: possibly, a wing.

 

From Boaz’ lungs and throat a rhythmic wind

Struck chords with murmurs born of mossy rills.

It was a month that’s naturally kind,

With lily-blossoms glorious on hills.

 

Ruth musing, Boaz snoozing; darkling sward;

Far off, a woolly flock was dully clinking,

As from on high abundant bounty pour’d;

A happy hour, that brings out lions, drinking.

 

In Ur and Ziph and Mizpah, not a sound.

A thin, bright moon was shining on its way

Among night’s blooms, down a dark sky, profound,

Inlaid with starry studs; and so Ruth lay,

 

Half-glancing through a shawl, and calm at last ...

Bringing a bounty in that grows not old,

What god, what swain, thought Ruth, has idly cast

On starry corn his falchion wrought of gold?

 

 Copyright © Timothy Adès

 

This version with no letter e appeared in

‘Modern Poetry in Translation’.

 

 

 


Peintures : Incontro di Booz con Ruth, 1841, Jacopo d'Andréa et Ruth et Booz, 1870, Frédéric Bazille(Montpellier Musée Fabre)

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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AQUARELLE et CASQUES DU HEAUME, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Portrait de Robert Desnos par André Breton

 

    Voici les tous premiers poèmes que nous avons de Robert DESNOS. Il n’est pas encore surréaliste, il fera plus tard son service militaire, au Maroc. Or, c’est la grande guerre, la patrie envahie ; et c’est le printemps, la nature et l’amour se renouvèlent.

Les deux poèmes sont publiés en 1918 dans la revue bimensuelle La Tribune des Jeunes (n°1 et 2). Robert Desnos fait partie de son comité de direction aux côté d'Henri Barbusse notamment (prix Goncourt 1917 pour le le Feu).

 

Peintures : Bataille de La Bassée-Loos, 1915, de Theodor Rocholl / Une Famille de cerfs dans un paysage avec une cascade de Gustave Courbet / Le Printemps de Pierre-Auguste Renoir

 

Aquarelle…

 

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine,

Qui, triomphant du temps, de la foudre et de l’eau,

D’un long passé restaient une preuve certaine.

Leurs débris maintenant détournent le ruisseau ...

Monuments de tristesse et de guerre et de haine.

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine ...

 

L’oiseau ne chante plus à l’ombre du rameau,

Le cerf ne vient plus boire à la fraîche fontaine,

Le lièvre a déserté le sinueux réseau

Des taillis épineux dont il fit son domaine ...

Les soldats ont brûlé la ferme et le château,

Abattu le donjon, la ruine romaine ...  

 

 

Watercolour…

 

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost.

They triumphed over thunder, rain and time,

Stood as the sure proof of a lengthy past.

Today what’s left of them obstructs the stream…

Landmarks of war and hatred and distress.

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost.

 

Birds sing no longer in the leafy gloom,

Nor does the fresh spring quench the roebuck’s thirst,

The hares have left the brush that was their home,

A thorny thicket, sinuous, compressed…

The soldiers burnt the castle and the farm,

The tower and the Roman ruins are lost…

 

Copyright © Timothy Adès

 


 

Casqués du Heaume

 

Casqués du heaume et cuirassés,

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

………………………

 

Car l’homme doit aimer son frère

Comme l’oisel aime l’oisel !

Et partir avec lui la terre

Comme ils se partissent le ciel.

 

Casqués du heaume et cuirassés

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

Mais peu s’en soucie la nature,

Les fleurettes poussent aux prés,

L’oisel jargonne en la ramure,

Le cerf en rut court les forêts.

 

Et nous aussi devons aimer,

Viens-t-en ès champs et feuillage

Nous livrant aux jeux printaniers,

Oublier la guerre sauvage.

 

Casqués du heaume et cuirassés,

S’en sont partis les gens de guerre.

Les chemins creux sont défoncés

Où nous cachions nos amours printanières.

 

 

In Helmet

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

………………….

 

For man must love his brother

As two birds of a feather

Share earth with one another

The way they share the weather.

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

It’s all the same to nature,

Buds blossom in the meadow,

Woods run with rutting roe-deer,

Birds chirp in leafy shadow.

 

And we must do our loving,

Find fields and trees once more,

Find spring and fun of living,

Forget the savage war.

 

In helmet and in breastplate

They went to fight the wars.

The sunken lanes are smashed to bits

That hid our spring amours.

 

Copyright © Timothy Adès

 


- La Tribune des jeunes : revue bi-mensuelle littéraire, politique, artistique, humoristique / [gérant Charles Langronier], N°1, 1918

Roland Gagey (1900-1976), fondateur de la publication

- "Aquarelle", Robert Desnos publié dans le N°1 de la Tribune des jeunes

- Desnos Œuvres, édition établie par Marie-Claire Dumas (Gallimard, 1999).

- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant (Arc Publications 2017), bilingue : la plupart de ses poèmes avec les traductions de Timothy Adès en face.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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FANTAISIE, par Gérard Nerval / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Ce poème, publié pour la première fois en 1832 dans les ‘Annales romantiques’ fit partie en 1834 du recueil Odelettes, dont Nerval (1808-1855) déclarait qu'elles étaient inspirées de Ronsard. « En ce temps-là, je ronsardinisais,» raconte-t-il. Les rimes sifflent sur ses lèvres. L’imitation s’affiche dans Fantaisie comme dans  Avril, Gaîté, ou Les Papillons’.  Fantaisie sera repris dans de multiples revues et figurera en 1853 dans Petits Châteaux de Bohême, témoignant de sa première inspiration  lyrique.

 

La Musique, 1895, Gustav Klimt

Fantaisie’, c'est aussi le titre de compositions de Mozart, également de Chopin, musicien contemporain de Nerval, de courtes pièces musicales de forme libre. Le poète place ici clairement la musique au centre de son poème. Il l'y introduit.

C'est le point de départ de sa rêverie romantique. Du reste, le titre entier du recueil est Odelettes  rhythmiques et lyriques. Fantaisie est comme une réminiscence déclenchée par un vieil air (sans doute une chanson populaire telle qu'il les affectionnait) susceptible d'enclencher la lanterne magique dans l'âme et l'imaginaire de Nerval : " Un coteau vert, que le couchant jaunit "... Le monde de l'enfance qui surgit. La musique comme source d'allégorie du passé. Et au-delà, comme expérience de métempsychose :

« De deux cents ans mon âme rajeunit ». Au point que ce poème par sa musicalité, l'emploi de certains mots (par ex « charme » pour décrire l'air de musique), nous faisant hésiter entre passé et présent, rêve et réalité, entre réel et irréel, pourrait le qualifier dans le registre du fantastique.

Pour ma part, donner pour cet air ‘tout Rossini, tout Mozart et tout Weber’ me semble inconcevable !

Celui-ci étant moins connu, je vous offre son Concertino pour clarinette, qui est d’une brillance : https://www.youtube.com/watch?v=Xf7xNBSjfgg

 

N.B: Les éditions disent ‘Wèbre’ (pour Carl Maria von Weber), mais Nerval dans son manuscrit ne l'emploie pas, il choisit bien d’écrire ‘Weber’.

 

  Fantaisie

 

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Wèbre :

Un air très vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets !

 

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit...

C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre

Un coteau vert, que le couchant jaunit.

 

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs;

 

Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,

Que, dans une autre existence peut-être,

J’ai déjà vue... et dont je me souviens!

 

 

Voix de Gilles-Claude Thériault : https://www.youtube.com/watch?v=h0-5oLtHzVg

 

Ambiance musicale : Chanson Louis XIII (dans le style de Louis Couperin) de FRITZ KREISLER, interprétée par le violoniste Andriy Chaikovskyy et l'orchestre de chambre "LVIV VIRTUOSOS".

 

Voix d'Alain Cuny :

https://www.youtube.com/watch?v=Yn-MUVO601I

 

James Ollivier chante :

https://www.youtube.com/watch?v=DNIW3uIO3ZM

 

                   Fantasy

 

Rossini, Mozart, yes, and Weber,

I’d give them all for just one tune:

It’s ancient, languid and sepulchral,

It keeps its charms for me alone.

 

I hear it, and my soul is younger:

Each time, two centuries are gone.

Louis the Thirteenth; a green hillside

Turns golden in the setting sun.

 

Stately brick house with fine stone corners:

Red colours tint its window-glass.

A river laves its feet, goes flowing

Through parks in flower, swathes of grass ;

 

Fair lady at her lofty window,

Black eyes, her dress historical,

Whom in some earlier existence

I may have seen ... and can recall !

 

 

 Copyright © Timothy Adès


- Copie autographe de Fantaisie signée vers 1842.

- Portrait du roi Louis XIII par Philippe de Champaigne

- Portrait photographique de Rossini par Pierre Petit, 1862 (BnF, département musique, Est.RossiniG.058)

- Portait lithographique de Mozart par Magnier (date d'édition : 1825-1841 / Gallica - BnF)

- Carl Maria Von Weber

- Le 21 mars 1841, Nerval a un accès de "folie" : on le retrouve sur les marches du Palais-Royal en train de promener son animal. Au bout d'un ruban bleu, ... un homard. Quand on s’étonna de cet animal en laisse, Nerval aurait répondu :  “En quoi un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquille, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas…”. Pensionnaire de la maison de santé du docteur Esprit Blanche, à Passy, Nerval sera découvert pendu aux barreaux de la boutique d'un serrurier (Boudet),  rue de la Vieille Lanterne, le 26 janvier 1855.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE PIEGE, par Vianney Huguenot

 

   L'histoire notera qu'avril 2022 fut le mois où le piège termina de se refermer sur les défenseurs désinvoltes de la République.

Les médias annoncèrent Marine Le Pen à 47,5% dans un dernier sondage sur les intentions de vote du second tour.

Certains défenseurs désordonnés de la République agitèrent des chiffons rouges ou blancs, « pouce, je ne joue plus », hurlait l'un d'eux. De leur nasse, ils entendirent au loin ricaner Marine Le Pen et ses lieutenants se taper sur le ventre et railler

la panique à bord du clan des défenseurs affolés de la République.

Au cours des derniers jours, on vit certains membres de la dynastie des défenseurs utopistes de la République réveiller

le front républicain et rallumer les trouillomètres.

De leur côté, les défenseurs éclairés de la République préparaient leurs valises.

Puis nous entrâmes dans l'ère Le Pen. Les défenseurs dispersés de la République organisèrent des colloques où ils se querellaient sur les responsables de la défaite et dégustaient un Spritz à la framboise. Quelques défenseurs anonymes de la République proposèrent de ne rien faire, d'autres bâtirent un nouvel institut de sondages inauguré par cette enquête : selon vous, quel est l'élément principal à l'origine de l'élection de Le Pen ? : a/ la météo printanière b/ la réapparition du covid c/ la hausse du prix de l'essence.


Vianney Huguenot est journaliste,  enseignant, formateur. Chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, il y anime une émission ("Les rencontres de Vianney Huguenot" ) dans laquelle il nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est. Il anime également " Sur ma route " une émission co-produite par la chaîne de télévision mosellane ViàMoselle TV (anciennement Mirabelle TV) et la TV locale ViaVosges au cours de laquelle, à travers les souvenirs d’enfance et le regard de personnalités, il donne à voir la région Grand Est et nous fait partager son sentiment géographique. Collaborateur de plusieurs journaux, magazines et revues, Vianney Huguenot est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, entre autres : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot co-anime la rubrique Tutti Frutti du PRé.

Dernier article PRé :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2022/02/07/les-figures-imposees-de-la-campagne-presidentielle-par-vianney-huguenot/

 

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SUR L'HERBE, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous fait le plaisir aujourd'hui de nous faire partager son amour également de la musique en nous postant un poème de Verlaine mis en musique par Ravel, juste avant de faire son bagage pour une escapade à Vienne, afin d'assister ce week-end à un concert donné par leur fils Thomas qui y dirige son concerto pour piano Totentanz dans la Musikvereinssaal, lieu sacré que Timothy a fréquenté, nous précise-t-il,  il y a 60 ans !


"Sur l'Herbe", illustration de Georges Barbier, 1928

 

 

   ‘Sur l’herbe’ est un poème de VERLAINE extrait de de son second recueil Fêtes Galantes (1869) après Poèmes saturniens.  Ce recueil nous fait penser aux peintres du 18e siècle, et plus particulièrement à Antoine Watteau et certains des 22 poèmes ressemblent à une transposition littéraire des peintures de ce dernier.

‘Sur l’herbe’ a été interprété et enregistré par deux chanteurs superbes : mes amis Julia Kogan et François Le Roux, sur une partition de Maurice Ravel. La mélodie, composée en 1907, fut exécutée la première fois à Paris, dans la salle de la Société française de photographie, le 6 juin 1907, et alors interprétée par Jane Bathori (soprano) avec, au piano, Ravel lui-même.

 

 

François Le Roux l’a inclus 1984 dans son album vinyle de Ravel, y suivant l'illustre baryton Gérard Souzay lui-même dont il est reconnu comme le maître successeur. Écoutez-les !

Mes paroles anglaises sont aptes à être chantées  sur cette musique.

 

Julia Kogan :

https://juliakogan.com/recordings trouver-le sous ‘In Jest: Comic Art Songs’

Gérard Souzay :

https://www.youtube.com/watch?v=sSeJtcJ-uOA

 

 

Sur l’herbe    

 

L'abbé divague. — Et toi, marquis

Tu mets de travers ta perruque.

— Ce vieux vin de Chypre est exquis

Moins, Camargo, que votre nuque.

 

— Ma flamme... — Do, mi, sol, la, si.

— L'abbé, ta noirceur se dévoile.

— Que je meure, mesdames, si

Je ne vous décroche une étoile

 

— Je voudrais être petit chien !

— Embrassons nos bergères, l'une

Après l'autre. — Messieurs ! eh bien ?

— Do, mi, sol. — Hé ! bonsoir, la Lune !

 

 

On the Grass

 

The Dean talks rot. - And, Duke, old boy,

Your wig has slipped a long way over.

- This vintage Cyprus wine’s a joy,

More so your lovely neck, Pavlova.

 

- My darling !... - Doh, mi, so, la, ti.

- Dear Dean, we all know you are bestial.

- I swear, dear ladies, faithfully

To bring you golden fire celestial.

 

- I’d like to be a little pup.

- Let’s kiss our milkmaids very soon,

All in a row. - What, chaps? Shape up !

- Doh, mi, so. - Hey, good evening, moon !

 

 Copyright © Timothy Adès

 


- Portrait de Paul Verlaine (âgé de 23 ans), 1867, huile sur toile (57, 2 x 41, 1 cm – 22 1/2 x 16) par Frédéric Bazille,

signé, dédicacé et daté en bas à gauche :« À mon ami le poète Paul Verlaine »

- Fêtes galantes de Verlaine (Ed Alphonse Lemerre, 1869), BnF, département Réserve des livres rares.

- Fêtes galantes de Verlaine, avec 69 compositions d'Auguste Gérardin gravées sur bois par F. Noël, L. P., C. Le Boulenger (

(Paris, Société artistique du livre illustré, 1899)

- "Sur l'Herbe" illustré par Girardin, extrait de l'édition de 1899 ( Société artistique du livre illustré)

Fêtes galantes, illustrations de George Barbier (Paris, Ed H. Piazza,1928),  BnF, département Réserve des livres rares

- Portrait de Verlaine, 1895, eau forte d'Anders Zorn (1860-1920) graveur suédois, BnF

- Album vinyle Verlaine / mélodies françaises, par François le roux (baryton) Erik berchot (piano), REM, 1984

- Maurice Ravel


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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BERBERIS VULGARIS, par Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique

 

   On ne trouve guère les feuilles, les baies ou les racines d’épine-vinette (Berberis vulgaris) sur les marchés, car l’industrie pharmaceutique monte la garde. Cet arbuste serait, dit-on, l’hôte d’un redoutable champignon pathogène des céréales : la rouille noire du blé.

 

Ce n’est pas du tout l’avis des médecines chinoise ou ayurvédique, qui utilisent depuis belle lurette la « berbérine », aux alcaloïdes puissants, pour ses propriétés antibactériennes.

 

Dans l’Égypte ancienne, macérée avec des graines de fenouil, l’épine-vinette faisait baisser la fièvre. Mais surtout – découverte récente – cette plante agit très efficacement sur la glycémie, responsable du diabète de type 2. De 425 millions aujourd’hui sur la planète, les diabétiques passeraient, selon l’OMS, à 622 millions d’ici 2040. Une mine d’or qui explique la réticence des labos.

 

 

Dessin de Declozeaux / Remerciements à Siné Mensuel

 

Mais l’épine-vinette a plus d’un tour dans son sac. Ses épines saillantes rendent infranchissables les haies et les halliers plantés de cet arbuste. La bourgeoisie pavillonnaire, reconnaissante, accueille l’épine-vinette dans ses recettes : les jeunes pousses, acidulées, sont préparées comme l’oseille, les baies encore vertes se confisent au vinaigre à la façon des câpres et les remplacent comme condiment. Avec les sucs des baies à maturité, on prépare des gelées et des sirops rafraîchissants. Mêlées à du sucre, les baies fermentent jusqu’à donner un vin d’un rouge éclatant qui peut faire illusion.

 

À moins d’être soi-même botaniste et coureur des bois, on trouve l’épine-vinette chez les pépiniéristes, chez les herboristes comme complément alimentaire sous son nom arabe, « berberis », et aussi sur Internet, sous forme de baies déshydratées, de sirops ou de décoctions.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015.
Ancien chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995).

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

 

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PARADE & DEPART, par Arthur Rimbaud / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous fait l'honneur de nous offrir un morceau d'une grande oeuvre qu'il a entreprise : la traduction de tous les textes des Illuminations que le compositeur anglais Benjamin Britten * a choisis pour les "illuminer" de sa musique.

Il nous en donne à lire un petit peu, et c'est sur la page du PRé. MERCI à lui !

 

* Britten est le fondateur du Festival de musique et des arts d'Aldeburgh (1948) dont Thomas Adès, fils de Timothy et Dawn Adès, fut le directeur artistique ( de 1999 à 2008)


Par Fernand Léger, 1948

Les Illuminations de RIMBAUD, écrites entre 1873 et 1875 ) à la faveur de voyages en Belgique, Angleterre et Allemagne, ont inspiré le compositeur anglais Benjamin BRITTEN (né 20 ans après la mort de RIMBAUD) qui en a fait une pièce pour voix et orchestre à partir des poèmes en prose extraits du recueil éponyme, un cycle de dix mélodies en neuf parties pour voix aiguë (ténor ou soprano) composées en 1939, début 1940. BRITTEN a 25 ans et commence à composer à Londres puis à Amityville, et la pièce sera créée au Aeolian Hall de Londres le 30 janvier 1940 par le Boyd Neel Orchestra avec Sophie Wyss (soprano) au chant.

 

Pour la brillante soprano Julia KOGAN (née à Kharkiv), j’ai créé un texte anglais apte pour la musique. Voici la fin du cycle, que l’on chante en français : le jour du texte anglais est proche, je l’espère.

T. A

 

 

Léo Vermot Desroches (ténor), Yun-Ho Chen (piano) : extrait de la captation du concert de fin de masterclass de la promotion Ravel de l'Académie Jaroussky, le 26 juin 2020 à la Seine Musicale : https://www.youtube.com/watch?v=PIMu6uqTMC8

 

Ian Bostridge (ténor) à Amsterdam, fragment, les 12-13 déc 2013 :  https://www.youtube.com/watch?v=_gElz0ZPTKs

 

Roxana Constantinescu : https://youtu.be/UQgdaScgBmI?t=3

 

Sofie Asplund : https://youtu.be/0lFDIuwkFSg?t=1

 

 

8. Parade

 

   Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu

pressés de mettre en œuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos

consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges

et noirs, tricolorés, d'acier piqué d'étoiles d'or; des facies déformés, plombés, blêmis,

incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a

quelques jeunes …

 

O le plus violent Paradis de la grimace enragée! … Chinois, Hottentots,

Bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent

leurs tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils

interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs,

ils transforment le lieu et les personnes et usent de la comédie magnétique. …

 

   J'ai seul la clef de cette parade sauvage.

 

8. Parade

 

   Some very sturdy rascals. Your worlds are theirs to be exploited. Not in want, and

never hurrying to set their brilliant faculties in train, and their experiences of your

understanding. Well-ripened men! Well-ripened men !

 

Their eyes dull and dim, in the manner of a summer night, scarlet and black, three-

coloured too, steel bespangled with stars of gold; the countenance deformed, death-

pale, the leaden, the burned; the croaking sounds of grotesque fools; and the cruel

procession of tawdry rags! And some of them are young ones !

 

O the savage, insane paradise, facial contortions of rage! Chinese, Hottentots,

Romanies; halfwits, hyenas, Molochs; primitive frenzies, sinister demons; they blend

their maternal and ordinary tricks with the caresses and the acts of brutish beasts. They

might interpret their theatrical novelties and their “songs for nice young ladies”.

Masters of tricks, crafty fakers of places and of persons, they make use of illusion,

mesmeric technique.

 

   I hold the key / to all this untamed / parade!

 

 Copyright © Timothy Adès

 

9. Départ

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie. - O rumeurs et Visions !

Départ dans l'affection et le bruit neufs !

 

9. Departing

 

Enough seen. For the dream was encountered on every breeze.

Enough won. Echoes of cities at dusk, and in the sun, and always.

And enough known. The suspensions of life. O you Echoes and you Dreams !

Departing in new love, and sound unknown.

 

Copyright © Timothy Adès

 

 

- Portrait de Rimbaud, 1949, d'après une photo d'Etienne Carjat (1828-1906) par Valentine Hugo (1887-1968), épouse du peintre Jean Hugo, arrière petit-fils de Victor Hugo

- Les Illuminations de RIMBAUD, préface de Paul VERLAINE (Paris, Publications de la Vogue, 1886)

- Manuscrit de Parade

- Manuscrit de Départ

- Portrait de Rimbaud, "Coin de table" par Fantin-Latour, 1872 (©RMN-Grand Palais - Musée d'Orsay / Hervé Lewandowski/DR)

- Julia Kogan

- Benjamin Britten


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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LETTRE D'AMOUR, par Maurice Donnay / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès a déniché pour nous un poème de Maurice DONNAY, ami du pataphysicien et pré-oulipien le « Tueur à gags » Alphonse Allais avec qui il débuta au cabaret montmartrois Le Chat noir (fondé en 1881), haut-lieu de divertissements et de l'avant-garde artistique, fréquenté par les chansonniers, les poètes, les amoureux des mots, les buveurs d'absinthe et les professionnels de la blague. Maurice Donnay y eut son heure de gloire et connu ensuite une longue carrière de dramaturge avec à son actif une œuvre importante et brillante. Si certaines de ses pièces purent être cataloguées un peu trop rapidement comme étant de « Boulevard », c'est méconnaître que la plupart, aussi légères et charmeuses soient-elles, sont souvent empreintes d’idées plutôt progressistes, assez inédites, s’agissant notamment des rapports hommes-femmes. Sans compter qu'elles constituent un témoignage précieux sur les sensibilités et les mœurs de l'époque des deux avant-guerre. Le dictionnaire (remarquable) "Le Maitron" signale que deux d’entre elles eurent une « portée sociale » : « La Clairière, 1900, et Oiseaux de passage, 1904. Dans la première, des utopistes essaient vainement de réaliser leur rêve de fraternité et de liberté ; dans la seconde, on trouve, à côté d’une étude des révolutionnaires russes, l’analyse des causes qui engendrent le mal social ».

Nous ne remercierons jamais assez Timothy Adès de nous faire découvrir - ou redécouvrir - ces poètes dont les mots entrent souvent en correspondance avec notre quête d’harmonie, de plaisir et d’amour, de vérité et de liberté. Et de questionnements. Tout cela en nous offrant en prime à chaque fois sa version anglaise. Et merci à lui de convoquer une nouvelle fois la merveilleuse artiste lyrique Julia Kogan, qui chante cette « Lettre d’Amour » et nous donne envie d'aller voir de plus près la production poétique de Donnay qui reste à découvrir.


 

   La carrière littéraire de Maurice DONNAY (1859-1945) est frappante. D’abord, il fait du cabaret au Chat noir : à la fin, il est membre de l’Académie française.

Il délaisse la voie tracée par sa formation d'ingénieur de l'Ecole Centrale pour bifurquer vers les "boîtes à chansons" de Montmartre et les petits théâtres. Il compose des chansons parodiques, des livrets musicaux et divers volumes de souvenirs tels Autour du Chat noir (1926), Mes débuts à Paris (1937).

C’est un homme surtout du théâtre - qui se fait connaître de la critique avec sa première pièce : une adaptation de Lysistrata (1893) d'Aristophane, et qui remporte un grand succès avec Amants  qui marque sa carrière d'auteur dramaturge - plutôt que de poésie.

 

Maurice Donnay jeune

 

De sa production poétique, je ne connais seulement que ce beau poème pour lequel Isabelle Aboulker a composé une musique, et que chante, en français comme en anglais, la très douée et très talentueuse Julia Kogan, native de...Kharkiv.

 

 

 

Julia Kogan et Isabelle Aboulker

 

Lettre d’Amour

 

Vous avez des yeux gris-bleu-verts,

Vous avez des lèvres vieux rose,

Les aubes pâles des hivers

Ont donné leur blondeur morose

 

A vos cheveux fins et soyeux ;

Vos longs cheveux dont l'onde lisse

Baigne votre cou gracieux

Et sur sa blancheur de lys glisse.

 

Dans votre chambre où le soleil

Tamisé par les vitraux mauve,

Fait pour votre demi-sommeil

Comme une demi-nuit d'alcôve,

 

S'évaporent des résédas,

Des anémones, des fleurs douces,

Et qui semblent sentir tout bas

Pour vous éviter des secousses.

 

Pour chanter vos yeux gris-bleu-verts,

Pour chanter vos lèvres vieux rose,

Vos poètes vous font des vers

Qui ressemblent à de la prose.

 

 

 Lettre d'amour  chantée en français par Julia Kogan, accompagnée au piano par Isabelle Aboulker (in " Mélodies - Songs " ) : https://youtu.be/aRyYELkUhKA

 

Love-Letter

 

Your eyes are eyes of green-grey-blue,

your lips are lips of ancient rose :

pale winter dawns have given you

their tint of honey-blond morose,

 

where your fine silken tresses lave

your throat of purest lily-white,

and glide, a long luxurious wave,

across your sleek neck, my delight.

 

Your chamber veils with panes of mauve

the sun, to soothe your drowsy trances :

milder than lilac your alcove,

recess lit low for dusk’s advances.

 

Anemone and mignonette

commit their fragrance to the air,

the sweetest exhalation, set

to cosset you with tender care.

 

To sing your eyes of green-grey-blue,

to sing your lips of ancient rose,

your poets all devise for you

verses that have the air of prose.

 

Copyright © Timothy Adès

Lettre d'amour chantée en anglais par Julia Kogan : https://www.youtube.com/watch?v=Ej3mKymRqGg

 


NOTES illustrations :

- Portrait photographique de Maurice Donnay, prise entre 1885 et 1895, par Paul Cardon (dit Dornac ou Paul Marsan) (Paris, Musée Carnavalet)

- Lysistrata, par Maurice Donnay (Paris, Paul Ollendorff éditeur, 1897), source Gallica, BnF (département Littérature et art, 8-YTH-27676)

- Caricature de Maurice Donnay par Sem, 1907 (mensuel "Je sais tout")

- Livret des pièces de théâtre Amants suivi de La Douloureuse , Maurice Donnay, illustrations d'après les dessins de Maxime Dethomas(Paris Modern Théâtre, Fayard, 1911)

- Autour du Chat noir, Maurice Donnay (Grasset, 1926)

- Poèmes, Maurice Donnay, croquis à l'eau-forte par Léonnec (Paris, Cent Centraux Bibliophiles, s.d. 1927)

- Autour du Chat noir, par Maurice Donnay ("Les Cahiers rouges", Grasset, 2017)


Jubilé de Maurice Donnay | INA

Journal France Actualités - 23.10.1942 - 01:19 - vidéo

ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85001118

 

Titre à l'image " LA VIE THEATRALE "A Paris, la Comédie Française fête les 83 ans de Maurice DONNAY en reprenant une de ses pièces "L'autre danger" jouée pour la 1ère fois


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

 

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UN DEUIL, par Émile Verhaeren / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Retour sur ce « Walt Whitman européen » francophone à la haute conscience sociale, sympathisant socialiste, que fut Émile Verhaeren (Sint-Amands, 21 mai 1855 – Rouen, 27 novembre 1916), avec un autre de ses poèmes, après les deux premiers dont nous avait gratifiés Timothy Adès  en 2021 (Les Rois et Les Nouveaux aéroplanes). La Première Guerre mondiale constitua un choc pour Verhaeren comme pour la plupart de ses contemporains. Un choc d'autant plus inouï que la neutralité de la Belgique ne l'a alors protégée contre rien.  Un choc idéologique aussi qui vit se déployer la première grande guerre de propagande où tout le monde était sommé de choisir son camp. Verhaeren a cru que l'IS (l’Inter­nationale socialiste) pourrait stopper l’escalade militaire. Il déchanta rapidement après l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, et le vote des socialistes allemands du SPD , le 4 août suivant, en faveur des crédits de guerre. Cette réalité brutale devait changer la vision du monde de Verhaeren, obligé de se replier sur le seul patriotisme, dans lequel il se retrouvera un moment encagé, et qui le coupera de ses amis de l'autre côté du Rhin, à commencer de Stefan Zweig. Ou encore, côté français, de Romain Rolland.

"Nous vivions un de ces moments d’histoire où l’on sent comme une âme nouvelle naître et tout à coup grandir. On fait partie de la multitude ; on la sent penser et vouloir à travers soi. L’individu s’abolit et la collectivité s’affirme en chacun de nous. Un même cri sortit des lèvres de mon ami et des miennes. Tous les deux nous nous dîmes : « À cet instant, la Belgique une et indivisible naît ", dira Verhaeren de ces effroyables moments aoûtiens, ne cachant rien de ce qui fut son tourment mental.

Hier la Belgique, aujourd'hui l'Ukraine. Concordances des temps ? Les affres de la guerre nous étreignent de nouveau.

Toute ressemblance avec, etc.


 

   ‘ Un Deuil ’ : voici un nouveau poème * d’Émile VERHAEREN, grand Belge, grand européen, qui voit ses rêves s'effondrer avec la guerre. Celui-ci est extrait du recueil Les ailes rouges de la guerre qui constitue un cri d’indignation morale et une condamnation de l’esprit belliqueux. En 1916, son pays est envahi par un grand pays voisin. En novembre de la même année, le 27 novembre, le grand poète fait une conférence à Rouen pour y donner une conférence lors de l’ouverture de l’exposition franco-belge au Musée des Beaux-Arts : il meurt  brutalement, en gare de Rouen, happé par un train, après avoir été bousculé par une foule massée sur le quai.

 

 

 

Emile Verhaeren Museum (Sint-Amands, Belgique)

 

 

 

J’ai présenté ma version anglaise à New College, Oxford (‘New’ comme le Pont Neuf). Les noms de tous les morts du Collège y sont inscrits, de tous les pays. Soirée poétique des plus émouvantes.

… Cependant que pour nous la crise climatique ne cesse d'empirer…

 

 

 

 

Verhaeren en 1888

 

UN DEUIL

 

Elle eut trois fils ; tous trois sont tombés à Boncelle.

Le soir se fait. J’entends parler sa tendre voix.

Un trop rouge soleil joue encor dans les bois,

Mais la douceur de l’ombre est flottante autour d’elle.

 

Bien que toute heure, hélas ! lui soit une heure triste ;

Elle ne prétend pas renoncer au malheur

Dont est lasse sa chair, mais dont est fier son cœur

Et dont la clarté belle, en ses larmes, persiste.

 

Et je la vois là-bas qui de sa lente main

Cueille, pour ses trois morts, trois fleurs dans le chemin

Et mon âme s’emplit de joie involontaire

À voir marcher ce deuil bienfaisant sur la terre.

 

Émile VERHAEREN – Une vie, une Œuvre : 1855-1916 (France Culture, 1988): https://img.youtube.com/vi/Nn_QxPZVNBw/0.jpg

 

 

MOURNING

 

She had three sons. Boncelles undid them all.

I hear her soft voice speak, as shadows fall.

Long the red sunset in the woods has played,

But round her floats the mildness of the shade.

 

Though all her hours are hours of wretchedness,

She guards, for all her flesh’s weariness,

A heart that treasures up this tragedy,

And tears that shine with its nobility.

 

I see her slowly plucking in the lane

Three flowers for her three dear fallen men:

My soul rejoices, as it surely would,

To see this grief go forth, a force for good.

 

 Copyright © Timothy Adès

 

Published in Agenda Poetry magazine ‘1914’ in 2014

and online in Poetry Atlas.

Me


- Stefan Zweig entre Verhaeren et son épouse Marthe au Caillou-qui-Bique, son lieu de villégiature

- La Lecture par Émile Verhaeren, 1903, Huile sur toile (181 cm x 241 cm) par Théo van Rysselberghe

- Les Ailes rouges de la guerre, recueil de 34 poèmes d'Émile Verhaeren publié à Paris en 1916, Mercvure de France (source : BnF, département Littérature et art), dédié à Maurice Maeterlinck (" Fraternellement")

- Émile Verhaeren sur timbre poste français (1963); René Cottet (graveur) et Clément Serveau (dessinateur)

- Émile Verhaeren et le roi Albert Ier à La Panne, début août 1915

- Émile Verhaeren sur timbre poste belge (2016)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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COMPLAINTE DE FANTOMAS, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

« Fantômas, c’est l’Enéide des temps modernes » déclare Blaise Cendrars, tandis que pour Guillaume Apollinaire « Fantômas est, au point de vue imaginatif, une des œuvres les plus riches qui existent ».  C'est devenu un mythe populaire et tout au long de la première moitié du siècle, les louanges se multiplient jusque chez les surréalistes qui voient dans Fantômas un symbole de renouveau de la matière poétique.


 

 

   Voici trois strophes de la Complainte de Fantômas de Robert DESNOS: il y en a vingt-six. J’en ai fait des récits aux belles fêtes surréalistes chez le mécène Edward James qui aurait conçu, lui, le fameux téléphone-homard de Dalí.

La complainte entière se trouve ici : https://www.timothyades.com/robert-desnos-1900-45-ballad-of-fantomas/ - ainsi que dans mon grand livre jaune des poésies de Desnos. Elle est publiée dans le recueil ‘Fortunes’ (1942).

 

Desnos en avait fait en 1933 une ‘superproduction’ en prose pour la radio (Radio-Paris, Radio-Luxembourg et cinq postes régionaux)  : La Grande Complainte de Fantômas, « suite dramatique en douze tableaux », avec bien des comédiens et d’effets sonores (sous la houlette d'Alejo Carpentier), sur une musique de Kurt Weill, et une production de Paul Deharme ; Antonin Artaud y assure la direction artistique et prête sa voix au "Maître de l'effroi".

 

 

 

Couverture du premier volume de la série Fantômas

(coécrite par Pierre Souvestre et Marcel Allain, éditions Arthème Fayard, 1911)

 

Il s'agissait alors de faire de la publicité pour Si c'était Fantômas ? un « grand roman d'aventures inédites » de Marcel Allain publié en feuilleton dans Le Petit Journal, tout en démontrant que la poésie pouvait être partout, y compris dans les opérations de promotion radiophoniques. Il ne subsiste malheureusement aucune trace à ce jour de cette version originale qui sera reprise en 1960 par la RTF (Radiodifusion Télévision Française) avec, entre autres, Roger Blin, Marcel Bozzuffi, Henri Crémieux, Sylvia Montfort, Henri Virlojeux... Léo Ferré est accompagné à l'orgue de Barbarie par Jean Arnault et la réalisation est d'Albert Riera.

 

 

   Les deux textes, aux strophes et de radio, se trouvent dans Desnos Œuvres, livre magnifique rédigé par Marie-Claire Dumas.

Les livres Fantômas d’origine sont de l'avocat, journaliste et écrivain Pierre Souvestre (1874-1914) et de son secrétaire Marcel Allain (1885-1969) : ils feront basculer le roman français dans l'ère des grands tirages (200 000 exemplaires pour les premiers tomes); leur version cinématographique sera réalisées par Louis Feuillade (1873-1925), l'un des inventeurs du feuilleton au cinéma muet qui porte sur grand écran cinq épisodes de la saga entre 1913 et 1914 - un véritable triomphe - avant de devoir arrêter avec le déclenchement de la Première guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

Juve contre Fantômas réalisé par Louis Feuillade, 1913

 

Complainte de Fantômas

 

Écoutez, ... Faites silence

La triste énumération

De tous les forfaits sans nom,

Des tortures, des violences

Toujours impunis, hélas !

Du criminel Fantômas.

 

Lady Beltham, sa maîtresse,

Le vit tuer son mari

Car il les avait surpris

Au milieu de leurs caresses.

Il coula le paquebot

Lancaster au fond des flots.

 

Cent personnes il assassine

Mais Juve aidé de Fandor

Va lui faire subir son sort

Enfin sur la guillotine...

Mais un acteur, très bien grimé,

À sa place est exécuté.


 

 

 

Ballad of Fantomas

 

Your attention, please! Pray silence

For the sad and sorry story,

All the grievous inventory,

Nameless acts of harm and violence,

Every one scot-free, alas!

Of the felon Fantomas.

 

First, his mistress, Lady Beltham,

Saw the day her husband caught them

Making flagrant love together:

On the spot the felon killed him.

Next he sank the good ship Leopard,

Sabotaged, submerged, and scuppered.

 

He commits his hundredth murder.

Juve and his assistant Fandor

Think to see this libertine

Punished by the guillotine.

But an actor’s crayoned face

Fills the basket in his place.

 

 Copyright © Timothy Adès



 Dans son émission "l'Humeur vagabonde" sur Radio France, Kathleen Evin parle en 2007 de l'homme de radio, et plus largement de l'homme d'expérimentations que fut aussi Robert Desnos, ainsi que et de l'émission radiophonique "La clé des songes" (qu'il produit en 1938). C'est la voix de Robert DESNOS que l'on entend :

 

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/p15152282/robert-desnos-homme-de-radio


- Robert Desnos, Œuvres, Édition de Marie-Claire Dumas (Collection Quarto, Gallimard, 1999)

- Fantômas - Tome 1, de Marcel Allain, Pierre Souvestre ( Collection Bouquins, Robert Laffont, 2013). C'est la première réédition en version intégrale depuis sa publication originale en 1911-1913, en huit volumes rassemblant les trente-deux titres de la série.

- Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant, Timothy Adès (Arc Publications, 2017)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ETRE ANGE C'EST ETRANGE DIT L'ANGE, par Jacques Prévert / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   L’incontournable Jacques PRÉVERT (1900-1977), poète au million de livres vendus ; maître du cinéma ; n’aimait pas l’école, mais beaucoup d’écoles portent son nom, l’une même à Londres.

Ses poésies sont toujours drôles, rarement tristes. Celle-ci est extraite du recueil ‘Fatras’ (1966), tout orné des collages du poète et rassemblant poèmes, récits, extraits des pièces de théâtre, lettres, articles de journal, dictons, citations, scénarios..

Pour la traduire en anglais je me suis trouvé un animal plus convenable que l’âne : la belette. Ayant 79 ans, j’ai vu enfin ma première belette, en Cornouaille. Pas la seule, je l’espère !

 

 

Ici se trouve trois beaux sonnets (en français) de ‘Cochonfucius’, ainsi que sa traduction en anglais de notre poème : http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/etre-ange-cest-etrange?fbclid=IwAR09RY2brqEk1iUpB4iYq9sBM2Naa3QDR_ZxIdMc41c0PZJdkTEzKVbIEl8

 

Être Ange c’est Étrange dit l’Ange

 

Être Ange

C’est Étrange

Dit l’Ange

Être Âne

C’est étrâne

Dit l’Âne

Cela ne veut rien dire

Dit l’Ange en haussant les ailes

Pourtant

Si étrange veut dire quelque chose

étrâne est plus étrange qu’étrange

dit l’Âne

Étrange est !

Dit l’Ange en tapant du pied

Étranger vous-même

Dit l’Âne

Et il s’envole.

 

 

Said the Angel, ‘Strange, I’ll say, an angel.’

 

Said the Angel,

‘Strange, I’ll

say, an angel.’

Said the Weasel

‘Stwease, I’ll

say, a weasel.’

‘That’s nonsense’,

said the Angel, shrugging his wings.

‘Yes but

if strange makes any sense,

stwease is stranger than strange’

said the Weasel.

‘Stranger, so what?’

said the Angel, tapping his foot.

‘Stranger, so long!’

said the Weasel

and flew away.

 

 Copyright © Timothy Adès

 


L'âne, par Rosa Bonheur (1822-1899), peintre animalière dont le Labourage nivernais (Musée d'Orsay) est connu dans le monde entier, devenue de nos jours une icône éco-féministe

- Fatras de Jacques Prévert, "avec cinquante-sept images composées par l'auteur" , des collages de Prévert (Gallimard, Collection Le Point du Jour, Gallimard, 1966)

- L’ange combattant par le peintre péruvien Diego Quispé Tito (1611-1681)

 - La belette striée africaine, par Jean-Baptiste Adanson (1732-1803), calligraphe, aquarelliste et dessinateur, consul  de France en Égypte


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES REGRETS, par Joachim du Bellay / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy nous fait remonter le temps et nous emmène à l'époque de la Renaissance avec l'auteur humaniste de la première partie du XVIème siècle qu'est Joachim Du Bellay, auteur de l’ouvrage théorique Défense et illustration de la langue française et du fameux Sonnet " Heureux qui, comme Ulysse "...


 

   Joachim DU BELLAY (1522-60) fonde la Pléïade avec Ronsard. Il demeure  - trop longtemps de son point de vue - de 1553 à 1557 à Rome, auprès de son cousin et patron le Cardinal Jean du Bellay, qui y est envoyé comme ambassadeur de France auprès du Pape. Il a 31 ans. Il n’aime pas du tout son séjour qu'il vit comme un exil, il s'y ennuie, plein de nostalgie, rumine les malheurs de sa famille, la fuite de sa jeunesse et de son inspiration. Le désenchantement est total comme nous l’attestent maints sonnets, comme celui-ci par exemple, extrait du Recueil Les Regrets écrit en 1857.

Joachim du Bellay réussira à faire de son expérience romaine une expérience poétique. Les Regrets feront un triomphe à son auteur lorsqu'il seront publiés en 1558, à son retour à Paris.

 

Ce Sonnet N°68 est original avec sa dimension satirique qui s'exerce contre Rome, mais aussi contre ceux qui sont restés en France, comme contre lui même.

Anglais, je ne suis pas mécontent qu’il dise non pas ‘La perfide Albion’, mais ‘le traistre bourguignon’ (sic !)

C’est bien qu’après toutes ces injures, il se critique lui-même.

 

Les Regrets, n° 68.

 

Je hay du Florentin l’usurière avarice,

Je hay du fol Sienois le sens mal arresté,

Je hay du Genevois la rare vérité,

Et du Venetien la trop caute malice.

Je hay le Ferrarois pour je ne sçay quel vice,

Je hay tous les Lombards pour l’infidélité,

Le fier Napolitain pour sa grand’ vanité,

Et le poltron Romain pour son peu d’exercice.

Je hay l’Anglois mutin, et le brave Escossois,

Le traistre Bourguignon, et l’indiscret François,

Le superbe Espaignol, et l’yvrongne Thudesque:

Bref, je hay quelque vice en chasque nation,

Je hay moymesme encor mon imperfection,

Mais je hay par sur tout un sçavoir pedantesque.

 

 

‘All nations have some fault.’

 

I hate the Florentines’ usurious greed,

Siena’s galloping insanity,

the Genoese disingenuity,

Venice for malice and the dirty deed;

I hate Ferrara for who knows what vice,

the Lombards’ unreliability;

Napolitano swank and vanity,

the shirking Roman’s lack of exercise;

the cocky Englishman, the plucky Scot,

the Spanish snob and the Teutonic sot,

blundering French, perfidious Burgundy:

All nations have some fault that I abhor;

I hate my own imperfect self still more;

But what I hate the most is pedantry.

 

Copyright © Timothy Adès


- Les Regrets, édition originale (Paris, Fédéric Morel, 1558, in-4°)

- Place Joachim du Bellay, Fontaine des Innocents, Paris 1er arrt

- Statue de Joachim du Bellay tenant son recueil "Les regrets" en Bretagne à Ancenis Saint Géréon. Inaugurée le 2 septembre 1894, le bronze a été coulé à l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers. Dans les années soixante, la statue a été érigée près du jardin de l’Eperon face à Liré, village natal du poète, sur la rive gauche du "Loyre Gaulois".

- Les regrets, édition en poche (Flammarion, 2013)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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WALCOURT, par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


Verlaine et Rimbaud attablés, de gauche à droite, huile sur toile de Henri Fantin-Latour, Coin de table, 1872, H. 161 ; L. 223,5 cm avec cadre H. 192 ; L. 258,5 cm,

© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

   Deux sonnets exquis, fort brefs… En juillet 1872, Paul VERLAINE quitte sa jeune épouse, Mathilde Mauté, épousée deux ans avant et s’en va en Belgique avec Rimbaud avec lequel il partage une fraternité d'écrivain. Et un peu plus.

On se sent libre, tout est fascinant, tout sert à l’amour. Ce voyage lui inspirera les Romances sans paroles, un recueil de 23 poèmes ("Ariettes oubliées" / "Paysages belges" / "Birds in the night" / "Aquarelles" ) publié en 1874.

Le poème que je vous propose est le premier de la section II ("Paysages belges") dans laquelle, avec 5 autres poèmes très impressionnistes, mêlant descriptions suggérées et impressions de voyage, il évoque leurs pérégrinations amoureuses, de juillet à septembre 1872. Voici donc « Walcourt », du nom de cette petite ville belge du Hainaut, au Sud de Charleroi, à l'Est de Beaumont, par laquelle ils sont passés en train, un poème à la forme courte et carrée, quatre strophes de quatre vers de quatre syllabes, aux rimes croisées, féminines aux vers impairs et masculines aux vers pairs...

 

Pour Jean CASSOU, en janvier 1942, c’est le contraire. Prisonnier à Toulouse, résistant, rafroidi, il compose mentalement ses fameux "33 Sonnets composés au secret", dont l’un, le Sonnet XXIV, répond à celui de Verlaine. Ces Sonnets, restitués de mémoire, seront publiés sous le pseudonyme de Jean Noir, avec la préface passionnée de Louis Aragon (alias François La Colère), en 1941, et constitueront la 1ère édition (clandestine) des Éditions de Minuit - cofondées par Jean Bruller, " Vercors ", et Pierre de Lescure.

 

Walcourt - Verlaine

 

Briques et tuiles,

Ô les charmants

Petits asiles

Pour les amants !

 

Houblons et vignes,

Feuilles et fleurs,

Tentes insignes

Des francs buveurs !

 

Guinguettes claires,

Bières, clameurs,

Servantes chères

À tous fumeurs !

 

Gares prochaines,

Gais chemins grands…

Quelles aubaines,

Bons juifs-errants !

 

Jean Cassou : Sonnet XXIV

 

 

Plomb, zinc et fer,

ô les charmants

petits enfers

pour les amants !

 

Mer et désert :

l’événement

n’a rien à faire

pour le moment.

 

À tous nos coups

le néant joue

échec et mat.

 

L’histoire close

plus jamais n’ose

produire un Acte.

 

 

Walcourt - Verlaine

 

Bricks and tiles,

Sweet retreats,

O what treats

For monophiles !

 

Hops and vines,

Leaves and flowers,

Tavern-signs,

Happy hours !

 

Bills of fare,

Shouts for ale,

Lovelies, where

We inhale!

 

Ready trains,

Smiling lanes,

Happy days

For tearaways !

 

Jean Cassou : Sonnet XXIV

Briques et tuiles, etc. - Verlaine

 

Lead, iron and tin,

snug sulphur-mines

for Valentines

to sizzle in !

 

Ocean and sand:

the great event

is impotent

as matters stand.

 

All that we do

the void has checked,

checkmated too.

 

The final page

has no Effect

that it can stage.

 

Copyright © Timothy Adès


- Romances sans paroles, Paul Verlaine (Sens, 1874)

- Portrait de Paul Verlaine en Troubadour, par Jean Frédéric Bazille, 1868 (Dallas Museum of Art, Texas, USA)

- Mathilde Mauté, jeune épouse de Verlaine, dessinée sur un mur de Montmartre, de nos jours

- Timbre poste belge Paul Verlaine & Arthur Rimbaud; dessinateur/Graveur : Maasschalck, Jan De (Stamps Production Belgium, 2010)

- 33 Sonnets composés au secret, Jean Noir (pseudonyme de Jean Cassou) (édition originale clandestine des Editions de Minuit), réédités après la Libération (Les poètes des Cahiers du Rhône, Genève, 1946)

- Photographie de Jean Cassou, 19 août 1945 lors de la 1ère cérémonie commémorative de la Libération de Toulouse, J. Dieuzaide

- Jean CASSOU, 33 Sonnets of the Resistance, Bilingual English / French edition, original introduction by Louis Aragon, Translated by Timothy Adès, with an introduction by Alistair Elliot (Arc Publications, 2002)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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ELOGE DU NAVET, par Jean-Claude Ribaut

 

   Le navet (Brassica rapa) appartient à la grande famille des raves. On le consomme cru ou cuit. Sa saveur douce et amère accompagne les plats en sauce, les potées et donne de l’esprit au poireau, à la carotte et au céleri, en remplaçant la pomme de terre, dans la soupe des familles.

Une ancienne variété – le navet boule d’or – originaire de Berlin est même, selon Goethe, la plus fine car sa chair blanche, tendre et ferme offre une saveur sucrée.

Le peintre Chardin dans La Ratisseuse de navets (1738) l’a fait entrer au musée. D’où vient alors la méfiance à l’égard de ce légume sans histoire ?

 

Charger la canonnière se disait au XVIIe siècle de celui qui se bourrait de navets mal cuits au risque de provoquer des orages nocturnes. C’est ce qui arriva à la pauvre Quelot, au point que son mari dut la « compisser pour abattre le vent punais ! » écrit Rabelais ! « Voilà, ajoute-t-il, comme petite pluie abat bien un grand vent. » Plus étrange encore est l’histoire d’un curé breton, rapportée par l’ethnologue Paul Sébillot (1843-1918), qui ne pouvait s’empêcher de péter pendant la messe.
« Il faut vous boucher le derrière avec un navet », lui conseilla sa bonne. Ce qui fut fait.

 

Mais après la lecture des Évangiles, soumis à une pression excessive, le navet lancé au milieu des fidèles assomma deux paroissiens ! Au cinéma, un navet est un film raté. Le regretté Jean-Pierre Marielle disait : « Lorsqu’on tourne un navet, on pense à la viande que l’on pourra acheter avec le cachet. » Gourmet avisé, il savait que le navet s’imprègne du suc des viandes et leur communique en échange son arôme subtil et puissant. Il est au canard ce que sont les petits pois au pigeon. Le navet se consomme aussi en purée, caramélisé ou bien cru en saumure, en Alsace et en Franche-Comté.

 

Remerciements à Siné Mensuel

Siné Mensuel - Le Journal qui fait mal et ça fait du bien

 


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015
Auparavant :
Chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995)

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

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VENDANGES par Paul Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


By Elisabeth Hannaford, artiste peintre contemporaine

 

   Un poème de Paul VERLAINE (1844-1896) que j’ai récité en anglais à Londres lors d’une soirée (vineuse) dont le thème était les poèmes français du vin. A la faveur de laquelle mon amie Elizabeth Hannaford a réalisé cette belle peinture.

" Vendanges " est extrait du recueil de poésie Jadis et Naguère (publié en 1884).

 

Le grand nerudista anglais, mon ami Adam Feinstein, auteur, traducteur, journaliste et hispaniste reconnu, estime que le poète chilien Pablo Neruda, né Neftalí Reyes, s'est choisi le nom de Pablo en hommage à Verlaine : donc il a publié cette poésie avec ma réponse dans son journal ‘Cantalao’.

 

Quelqu’un a noté : ‘ La joie dans la plume du beau Verlaine. Peut-être a-t-il lui-même participé aux vendanges ! Et fait chanter ses vers !’  Pour ma part, j’ai fait les vendanges en Corbières il y a soixante ans…

 

"Vendanges" sur une musique de Dan Sabathie, arrangements: Renaud Grimoult,  piano : https://www.youtube.com/watch?v=OHTMuy1F9_0

Avec guitare : https://www.youtube.com/watch?v=US8pVPEM_eI

 

 

Vendanges

A Georges Rall

 

Les choses qui chantent dans la tête

Alors que la mémoire est absente,

Écoutez, c’est notre sang qui chante...

O musique lointaine et discrète !

 

Écoutez ! c’est notre sang qui pleure

Alors que notre âme s’est enfuie,

D’une voix jusqu’alors inouïe

Et qui va se taire tout à l’heure.

 

Frère du sang de la vigne rose,

Frère du vin de la veine noire,

O vin, ô sang, c’est l’apothéose !

 

Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire

Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres

Magnétisez nos pauvres vertèbres.

 

N.B : Georges Rall : directeur de la revue politique et littéraire "Lutèce", cofondée avec Léon Epinette (sous le pseudo Léo Trézénik)

 

Vintage

 

 

What sings in the head

In times out of mind ?

The song of our blood,

Far-off and refined :

 

Our blood shedding tears,

Our soul in its flight :

Voice fresh in our ears,

That soon will be quiet.

 

Blood’s twin, the red vine,

Wine’s twin, the black vein :

Blood, wine, up to heaven !

 

Songs, tears! Banish mind

And soul: come, enliven

Our bones, to dusk’s haven.

 

 Copyright © Timothy Adès


- Jadis & Naguère, recueil de Poésies, Paul VERLAINE (Léon Vanier éditeur, 1884), Bibliothèque nationale de France, Rés. p-Ye-1409 ; Vendanges est le 32 ° poème de ce recueil qui en compte 149 ( de A la louange de Laure et de Pétrarque à Amoureuse du Diable). Léon Vanier, "Bibliopole des Décadents", a été l'éditeur des poètes symbolistes et des "maudits". En 1885, il publie Têtes de pipes : galerie de portraits dans l'esprit fumiste. Et il reprend la revue satirique Les Hommes d'aujourd'hui.

- Portrait de Verlaine par Frédéric Bazille (1841-1870)

- "Paul Verlaine" par le peintre suédois Anders Zorn (1860-1920), ‘GLAHA:2839, ©The Hunterian, University of Glasgow


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES FRANCAIS, LA POLITIQUE ET L'ARCHITECTURE, par Jean-Claude Ribaut


Une (nouvelle) fantaisie de Jean-Claude Ribaut

Considérations sur l’inconstance des Français et le fiasco de la politique de l’habitat à la veille de l’élection du Shah in Shah. À la façon des Lettres Persanes de Montesquieu *.

Jean-Claude Ribaut les met au goût du jour pour notre plus grand plaisir et ce faisant démontre que bien des questionnements sociologiques, politiques et philosophiques qui étaient à l'époque posés dans les Lettres restent d’actualité.


Lettre persane Roxane Ecole française vers 1700 – Le sultan au sérail

 

De Usbek à Medhi

 

   De Paris, le 13 Dey 1400. Les esprits sont si échauffés par une maladie, que certains médicastres comparent à la peste noire, que la Ville lumière est parcourue de disputes qui embrasent les estrades et les lucarnes officielles.

 

Pour ces moments de l’année, la France que l’on dit « Fille aînée de l’Église », a plus été affairée à préparer ses agapes en famille qu’à faire ses dévotions en souvenance de la naissance du Prophète nazaréen, légende apocryphe du culte de Mithra, né aussi un 25 décembre, divinité de la Perse Antique assimilée au solstice d’hiver, et célébrée à Rome dès les premiers temps de l’Empire.

 

L’on dit que les églises sont alors un refuge contre la furie impie et la bamboche qui saisit la société. C’est là une rouerie coutumière des clercs et autres dervis (moines). Derechef, les voyageurs viennent de tout l’Orient pour déguster, à Paris, l’étrange et fameux Lièvre à la royale, les ambassadeurs de Perse également, les Turcomans en raffolent. Les Talapoins (prêtres bouddhistes) frétillent à la vue du seul foie gras frais du Sud-Ouest. Les Iroquois de la Nouvelle-France dansent de joie devant un plat de truffes du Périgord.

 

Quoique les Français parlent beaucoup, il y a cependant parmi eux une espèce de dervis taciturnes qu’on appelle Chartreux. On dit qu’ils se coupent la langue en entrant au couvent. L’on souhaiterait fort que tous les autres dervis retranchassent de même tout ce que leur magistère rend inutile. L’innocence et la vertu de bien des jeunes garçons en eurent été préservées.

 

Pendant ces interminables ripailles, les habitants de la Ville Lumière, comme tous les sujets du pays, sont pris à témoin par les candidats qui s’apprêtent à concourir pour l’élection du Grand Shah. Une grande bannière étoilée, symbole des pays de l’Europe, flotte-t-elle sous la voûte de l’arc conçu par l’architecte Chalgrin, que quolibets et sarcasmes fusent via les écritoires électroniques : « Attentat à l’identité française », glapit une candidate, « Après l’empaquetage, l’outrage », s’indigne un autre.

 

A quoi l’actuel Grand Shah répond « Nul ne saura déraciner mon cœur ». Comme je m’étonnais de cette réponse éthérée à d’aussi vulgaires propos, un ami m’a précisé : « ce sont des militants », un terme dont j’ignorais le sens. Intrigué, je prolongeai ma méditation en consultant le Dictionnaire du Diable, publié naguère aux Amériques par un esprit libre du nom d’Ambrose Bierce, et fus aussitôt éclairé : « un militant, c’est un militaire qui porte son uniforme à l’intérieur ». Pour la première fois, je me mis à douter de la sagesse des Français, tant leurs mœurs sont éloignées du caractère et du génie persan.

 

Je ne vois guère pour les jours à venir, mon cher Medhi, poindre le débat que tes amis architectes persans espèrent voir s’engager ici à propos de l’art urbain, et du logement, dont nos fières constructions d’Ispahan n’avaient pas à rougir dans les Anciens temps.

 

Le bilan, qu’aura à présenter l’actuel Shah in Shah devant ses sujets, s’il souhaite réitérer son tour de force précédent, est pourtant l’un des plus calamiteux aux yeux des architectes, comme des impécunieux qui cherchent à loger leur famille.

 

Son programme ambitieux, il y a cinq ans, a été d’emblée perturbé par une décision immédiate, injuste et surtout mal comprise. La baisse des aides au logement des pauvres, d’un montant comparable à la moitié du bakchich que l’on donne à un chemineau pour veiller sur un coche à l’arrêt (à peine de quoi garnir un demi-narguilé), a eu des effets désastreux sur le plus grand nombre.

 

L’objectif initial de mise en œuvre de 80 000 logements pour les étudiants, a été réduit à 30 000. Une loi, dite Elan, a eu pour les architectes un effet funeste. L’obligation de faire appel à un homme de l’art a été levée pour les bailleurs sociaux, et amoindri le rôle des architectes des Bâtiments de France, ces sourcilleux gardiens du temple. Le niveau de construction neuve (381 000 l’an passé) est proche de ses plus bas depuis 20 ans.

 

J’ai hâte de voir, dans ces conditions, quels seront les engagements des concurrents dont on n’entend guère, pour le moment, que les invectives et les mots d’ordre partisans « loger les Français d’abord, supprimer les aides aux immigrés et aux mahométans ».

 

Il faudra au Grand Shah actuel un grand talent oratoire pour éviter que le fiasco de sa politique urbaine n’entrave son dessein. C’est un fameux harangueur qui sait que l’éloquence est l’art de convaincre les imbéciles par la parole de ce que le cheval blanc d’Henri IV est effectivement blanc. Cela inclut aussi le talent de prouver que le cheval blanc est également de n’importe quelle couleur.

 

Il bénéficie pour cela de sérieux appuis dans la divination sondagière des modernes haruspices qui régentent la chose publique dans ce pays cartésien.

 

Souviens-toi, mon cher Medhi, de la précédente consultation : des gazettes, toujours à l’affût d’un scandale, avaient révélé que l’épouse du Très chrétien favori était soupçonnée d’avoir perçu des émoluments indus, elle que l’on croyait recluse dans son sérail de la Sarthe. Dans le même temps, les concurrents du camp du progrès donnaient le branle à leurs idées devant les étranges lucarnes, au point de n’y plus rien comprendre.

 

En France, les grands événements ne sont préparés que par de justes causes ; mais le moindre accident peut aussi produire une révolution aussi imprévue que soudaine. L’histoire de ce pays nous apprend qu’il n’y a jamais beaucoup d’intervalle entre le murmure et la sédition.

 

Cette inconstance me désole. Dans quelques semaines, chacun disposera d’un droit de vote, un usage inconnu chez nous en Perse, banni par notre Saint Alcoran. Le vote, c’est l’instrument et le symbole du pouvoir donné à un homme libre de se conduire comme un sot et de mener son pays au chaos.

 

   Je ne puis t’en dire plus, car je m’empresse de t’envoyer cette missive avant, moi-même, de passer à table. Mais sois assuré que dans un prochain courrier, je t’entretiendrai de la situation extrêmement mouvante de cet étrange marigot.

 

Je te prie, cher Medhi, de donner des marques de ma confiance à Roxane et ses compagnes circassiennes et moscovites, en mon sérail d’Ispahan.

 

De Paris, le 7 de la lune de Moharram.

 

Traduit du persan par Jean-Claude Ribaut

 

* Les Lettres persanes sont un roman épistolaire rassemblant la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek, Rhédi et Rica, et leurs amis restés en Perse. Publié anonymement à Amsterdam par Montesquieu en mai 1721.

 

Notes : https://chroniques-architecture.com/


 

Deux voyageurs Persans, Usbek et Rica, visitent la France entre 1712 et 1720. Ils font part de leurs impressions à leurs amis avec lesquels ils échangent des lettres. C’est avec un regard neuf, amusé, étonné, parfois littéralement stupéfait, et souvent faussement naïf, non sans révéler leurs propres contradictions, qu’ils observent les mœurs et les coutumes françaises. Bien des habitudes paraissent absurdes ou ridicules…

Ces Lettres et la féroce critique de la société française - et au-delà, des fondements de la religion et du pouvoir politique - qui y est déployée remportent un grand succès, si bien qu'elles sont aussitôt interdites en France.

 « Mais comment peut-on être Persan ? » Trois siècles après, la formule la plus célèbre des Lettres persanes garde la même vigueur, contre tous ceux qui croient être au centre du monde et ne s’interrogent pas sur eux-mêmes.


Jean-Claude Ribaut, architecte, écrivain, chroniqueur gastronomique.

Collaborateur à LaRevue : pour l'intelligence du monde, SINE Mensuel, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, le Petit journal des Toques blanches lyonnaises, Atabula (plateforme d’information et d’opinion numérique sur la gastronomie en France et à l’étranger), Chroniques d'architecture, etc. Après avoir officié au journal Le MONDE pendant 25 ans (1989-2012), et avoir fait ses premières armes journalistiques dans COMBAT.

Membre fondateur de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (M.F.P.C.A – Le Repas gastronomique des Français) depuis 2007; membre fondateur de La Liste depuis 2015
Auparavant :
Chroniqueur au Moniteur des Travaux Publics (1979-1995), Régal, Thuriès, Guides Gallimard des Restaurants de Paris (1995)

 

Dernier ouvrage paru : "Voyage d'un gourmet à Paris" (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Jean-Claude Ribaut est membre du conseil scientifique du PRé et co-anime la rubrique "Tutti Frutti".

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LE COUCHER DU SOLEIL, par Gérard de Nerval / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

    Aujourd'hui, je vous propose un petit poème de Gérard de Nerval (1808-1855) extrait du recueil Odelettes (1853). Nerval nous offre ici  une description exaltée du coucher de soleil à travers les vitres des Tuileries.

 

J’aime ses poésies et je trouve qu’il est souvent de très bonne humeur. L’occulte chez lui, ce n’est que dans la prose.

 

 

 

 

 

                      Le Coucher du Soleil

 

Quand le soleil du soir parcourt les Tuileries

Et jette l’incendie aux vitres du château;

Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d’eau

    Tout plongé dans mes rêveries !

 

Et de là, mes amis, c’est un coup d’œil fort beau

De voir, lorsqu’à l’entour la nuit répand son voile,

Le coucher du soleil, riche et mouvant tableau,

      Encadré dans l’Arc de l’Étoile !

 

Sunset

 

When sunset penetrates the Tuileries,

Kindling a blaze on all the stately glass,

By the Grand Avenue’s twin pools I pass,

       Plunged deep in my reveries !

 

From there, my friends, it is spectacular:

I watch, as round me spreads the veil of Night,

The setting of the sun, a sumptuous sight,

        Framed in the Arch of the Star !



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EPIPHANIE par Pierre Emmanuel / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  Pierre Emmanuel (1916-1984), de son nom d’origine Noël Mathieu, poète, enseignant et journaliste, venu à la poésie par la lecture de La Jeune Parque de Valéry, L’après-midi d’un faune de Mallarmé, les romantiques allemands (Hölderlin) et les auteurs anglais (Hardy, Hopkins), dont la reconnaissance vint avec Tombeau d'Orphée (1941), est un homme très distingué : Comité des Résistants de la Drôme; collaborateur des journaux Les Étoiles, Le Monde, Le Figaro Littéraire, Le Figaro, Témoignaqe chrétien, Réforme, France catholique et de plusieurs revues dont Arts, La Revue du Caire, Esprit; chef des services anglais puis américains de la RTF de 1945 à 1959.

 

Portrait de Pierre Emmanuel par Willy Eisenschitz

Il est élu membre de l’Académie française en 1968, président du PEN International entre 1969 et 1971 - avant lui Arthur Miller, après lui Heinrich Böll - président du PEN Club français de 1973 à 1976 ; président de l’Institut National de l’Audiovisuel à partir de 1975. On lui doit l'idée de la Vidéothèque de Paris et la Maison de la Poésie.

Militant des Droits de l'Homme, il fut  directeur puis président de l'Association internationale pour la liberté de la culture (qui succéda en 1967 au "Congrès pour la liberté de la culture" où Pierre Emmanuel travailla comme directeur littéraire, puis comme secrétaire général adjoint ), s'engageant sur tous les continents pour la liberté des artistes et des intellectuels, censurés, emprisonnés, torturés, portant haut notamment la cause d'Alexandre Soljenitsyne... 

Lauréat des Prix Saint Vincent 1945, Prix Capri 1958, Grand Prix de la Poésie Française 1968, Prix Alfred de Vigny 1982.

En 1976, il donne ‘avec éclat’ sa démission de l’Académie, suite à l’élection de Félicien Marceau. (Le cas n’est pas unique, comme le disent certains : il y a Dupanloup/Littré et Benoît/Morand).

 

Épiphanie

 

Or de la foi qui tout achètes

En un monde où rien ne se vend

Mais du nôtre perdu de dettes

Ne combles pas même une dent

 

Fine cendre de l’espérance

Cœur qui nais de te consumer

Élevant à Dieu ton encens

Qu’ici-bas nous nommons fumée

 

Toi qui vis dans ce monde comme

La myrrhe au désert Charité

Pour garder ces morts que nous sommes

De leur corruptibilité

 

Vous êtes le don que les trois

De bien de grandeurs revenus

Offrirent au plus grand des rois

Couché dans une étable et nu

 

Sa voix : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/pierre-emmanuel-limagination-est-aussi-importante-pour-le-savant-quelle-lest-pour-lartiste-0

 

Epiphany

 

You buy it all, you Gold of Faith,

where nothing’s sold, and all has worth;

but here on our debt-blighted earth

you cannot even cap a tooth.

 

You ash of Hope, of confidence,

courage that’s born as you consume,

you raise to God your Frankincense,

that we below call scent and fume.

 

You, dwelling in this world like Myrrh

in the bare desert, Charity:

you save these corpses that we are

from our corruptibility.

 

You three: the gift that kings, who’d known

the splendours that surround a throne,

gave to the greatest King of all,

laid naked in a cattle-stall.

 

 

 

 

 


- Pierre Emmanuel (2ième à droite sur la photographie) engagé dans la Résistance, ici dans la Drôme. Durant la guerre, réfugié à Dieulefit, il poursuit son œuvre poétique avec Tombeau d’Orphée, Le Poëte et son Christ, et des œuvres de résistance : Combats avec tes défenseurs, Jour de colère, La liberté guide nos pas. Il collabore à Fontaine, Poésie 41 etc., Traits, Combats… En 1944, Pierre Emmanuel est membre du Comité départemental de libération de la Drôme et participe à une commission d’enquête sur le Vercors.

- Tombeau d’Orphée paraît en mai 1941 aux éditions Poésie 1941, Pierre Seghers, Les Angles. L’oeuvre peut se « lire comme le drame du premier amour perdu, mais aussi comme celui de la quête de l’identité. Le livre s’ouvre sur "Les noces de la mort" qui affirme Eurydice morte dès le départ : elle est un des visages de la Mort, l’amour lui-même est mortifère et la femme aimée est l’enjeu d’un mortel et blasphématoire conflit entre le "dieu jaloux" et le poète coupable d’un crime qu’il ne sait nommer. [...] Le livre reproduit ensuite le schéma de la descente aux enfers et de la remontée au jour jusqu’à la disparition d’Eurydice et la dilacération d’Orphée [...] (Cf.Anne-Sophie Constant, notice de Tombeau d'Orphée, Œuvres poétiques complètes, t. 1, L’Âge d’Homme, 2001).


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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"BON ROI WENCESLAS" par John Mason Neal / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES qui nous fait (re) découvrir un standard anglais des chansons de Noël


Il est rare que je traduise de l’anglais au français : mais voici une chanson de Noël des plus aimées dans le monde anglophone.

Elle contient trois quatrains aux voix basses (le roi saint), deux aux voix hautes (le petit page), et cinq pour toutes et pour tous.

La Saint-Étienne ( "Après Noêl") est fêtée le 26 décembre dans plusieurs pays anglophones. Etienne, en grec Stéphanos, est considéré comme le premier martyr chrétien cité dans le cinquième livre du Nouveau Testament. Le roi, ou plutôt le duc Wenceslas 1er de Bohême (907-935) partageait, dit-on, la même idée de charité et d'aumône qu' Etienne.

Tué par son frère, déclaré martyr et canonisé par le Pape qui promeut le nouveau saint au rang de roi Venceslas,  il est le saint patron des Tchèques, qu’il sauvera avec ses chevaliers endormis.

Aujourd'hui encore, il est appelé appelé ‘éternel’ Prince des Tchèques.

La chanson écrite en 1853 par John Mason Neale, prêtre anglican, sur la mélodie de Tempus Adest Floridum (Le temps est proche pour la floraison), qui remonte au 13e siècle, nous recommande la bienfaisance. Ici, on la chante à Westminster : https://www.youtube.com/watch?v=B0auGcjcxTY . On n’est pas dans l’Abbaye, mais dans la Cathédrale, qui est catholique. 

 

Texte de John Mason Neale (1818-66)

 

Good King Wenceslas looked out

On the feast of Stephen

When the snow lay round about

Deep and crisp and even.

Brightly shone the moon that night

Though the frost was cruel,

When a poor man came in sight

Gath’ring winter fuel.

 

“Hither, page, and stand by me

If thou know’st it, telling

Yonder peasant, who is he?

Where and what his dwelling?”

“Sire, he lives a good league hence

Underneath the mountain,

Right against the forest fence

By Saint Agnes’ fountain.”

 

“Bring me flesh and bring me wine,

Bring me pine logs hither:

Thou and I will see him dine

When we bear them thither.”

Page and monarch forth they went,

Forth they went together

Through the rude wind’s wild lament

And the bitter weather.

 

“Sire, the night is darker now

And the wind blows stronger.

Fails my heart, I know not how,

I can go no longer.”

“Mark my footsteps, good my page,

Tread thou in them boldly:

Thou shalt find the winter’s rage

Freeze thy blood less coldly.”

 

In his master’s steps he trod

Where the snow lay dinted.

Heat was in the very sod

Which the Saint had printed.

Therefore, Christian men, be sure

Wealth or rank possessing

Ye who now will bless the poor

Shall yourselves find blessing.

 

 

Wenceslas : texte français par Timothy Adès

 

Quand le bon roi Wenceslas

    vit chargée la plaine

de neige épaisse et de glace

    à la Saint-Étienne,

Tiens ! un pauvre homme affamé

    cherchait dans la grêle,

par la lune illuminé,

glanant pour son poêle.

 

« Viens, mon page, près de moi,

    dis-moi ça peut-être :

Qui est-il, cet homme-là,

    quel son coin champêtre ? »

« Sire, aux Sources-du-Passage

    il a sa demeure :

Sainte-Agnès-au-Mont-Sauvage :

    ça faudrait une heure. »

 

« Apporte du vin, des bois,

    apporte des viandes :

Nous le verrons, toi et moi,

    faire fêtes grandes. »

Va garçon et va monarque !

    hardis l’on avance

par le vent amer et rauque,

    osant l’inclémence.

 

« Sire, quelle obscure nuit !

    et quel vent terrible !

Carrément mon cœur faillit :

    marcher pas possible. »

« Suis mes pas, mon brave page,

    en avant, courage !

Moins gelé ton sang soulage:

    affronte l’orage! »

 

Il foula du sieur les pas

    plantés dans la neige,

et le sol ses pieds chauffa,

    que le saint protège.

Donc, riches, puissants, oyez,

    chrétiens tous qui croyez :

qui les pauvres bénissez,

    bénis en retour soyez !

 


- Scène représentant Wenceslas en train d'être tué

- Wenceslas béatifié par le Pape

- John Mason Neale (1818-66), prêtre anglican britannique, romancier, historien et auteur de nombreuses hymnes religieuses en anglais. Fondateur de la congrégation féminine anglicane Society of St Margaret

- Tombeau de Saint Venceslas en la cathédrale Saint Guy, Château de Prague

- Statue de Saint Wenceslas, devenu "patron de la nation", sur le square Wenceslas (Vaclavske Namesti) à Prague, République Tchèque


"Le Bon roi Wenceslas" conté par Henri Virlogeux. Un conte traditionnel anglais, suivi d'un poème, adapté pour "Raconte-moi des histoires" par Marie Tenaille : https://youtu.be/Kg-xAplBtp0


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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DU JOUR DE NOEL, par Clément Marot / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Je reviens à la Renaissance avec Clément MAROT (Cahors 1496- Turin 1544), le plus grand poète français de l’époque, auteur également de textes satiriques et critiques.

 Valet de chambre du roi François 1er, il fait valoir la poésie de François Villon. Ardent pour la Reforme, son esprit libre lui vaudra de subir les affres de la prison, puis de l'exil par deux fois. 

Voici donc une ballade de circonstance : Du jour de Noël ("Chansons", 1535).

 

Belles fêtes à toutes et à tous et un joyeux 2022 !

 

 

 

Du Jour de Noël

 

Une pastourelle gentille

Et un berger, en un verger,

L’autrehier en jouant à la bille

S’entredisaient, pour abréger :

Roger

Berger

Bergère

Légère

C’est trop à la bille joué:

Chantons Noël, Noël, Noé.

 

Te souvient-il plus du Prophète

Qui nous dit cas de si haut fait,

Que d’une pucelle parfaite

Naîtrait un enfant tout parfait ?

L’effet

Est fait :

La belle

Pucelle

A eu un fils au ciel voué :

Chantons Noël, Noël, Noé.

 

 

La mélodie est ici: https://psalmen.wursten.be/ps138.htm

 (On y explique que la mélodie du chant hollandais est bien différente.)

 

 

 

 

Of Christmas Day

 

As a gentle shepherd-girl

And a shepherd in an orchard

On a time were playing ball,

Short to say, they chitter-chattered:

Master Pastor

Sheep Bo-Peep

That’s enough of playing ball:

Sing Nowell Nowell Nowell.

 

 

 

Come, recall the voice prophetic

Told us all the truth terrific

That from out a maiden perfect

Should be born a babe as perfect:

Truth made perfect

True maid perfect

Bore a babe of God’s good will:

Sing Nowell Nowell Nowell.

 

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 

Setting by Peter Warlock:

https://www.youtube.com/watch?v=wXMPTRWNHS8&list=PLhHUg8xSoZUFDIqUFqGh6QpackVNf1UTp&index=61 – and scroll down

 



   Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA SOURIS D'ANGLETERRE, par Michel Veber, " Nino" / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  IN MEMORIAM Gilles SOHM, co-fondateur du PRé.

 

   Je vous propose, en hommage de notre ami Gilles SOHM récemment décédé, cette chanson de "Nino" que Gilles connaissait.

 

‘Nino’ (Michel Veber, 1896-1965), fils cadet du peintre Jean Veber, neveu du dramaturge Pierre Véber et de Tristan Bernard, son beau-frère, romancier et auteur dramatique lui-même (célèbre pour ses mots d'esprit, connu dès sa première pièce, Les Pieds nickelés, également pour avoir fait partie de la première rédaction de L'Humanité, puis avoir contribué aux débuts du Canard enchaîné ), a exercé de multiples professions : attaché au ministère, archéologue en Tunisie, trappeur au Canada, représentant de champagne, peintre animalier. Puis s'inscrivant dans ce qui deviendra une dynastie familiale d'écrivains, d'hommes de théâtre et de cinéma, il deviendra auteur de textes dramatiques, de poèmes musicaux, parolier, librettiste, et se fera connaître au cinéma comme dialoguiste (Gran Casino, le premier film de Luis Buñuel - période mexicaine, 1947).

 

 

 

Engagé dans la France Libre en novembre 1941, il est aviateur des FAF (Forces aériennes françaises libres); en 1942, il est envoyé par le fond par deux torpilles, lui, le SS Mendoza, le cargo qui le transportait avec quelques 400 personnes civiles et militaires, alors qu'il voguait de Monbassa où il avait embarqué le 23 octobre 1942, vers Durban. Il y aura quelques 150 victimes, mais aucun des trente-trois aviateurs Français

 

   Voici donc La Souris d'Angleterre, extraite de "Chansons de Monsieur Bleu" (Manuel Rosenthal, 12 mélodies sur des poèmes de ‘Nino’, pour voix moyenne et Piano (ou Orchestre), Éditions Jobert (1934).

 

La souris d'Angleterre

 

 

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Ell' s'était embarquée au port de Manchester

Sans même savoir où s'en allait le navire.

No, Madam', no, my dear.

Elle avait la dent long' comme une vieille Anglaise,

S'enroulait dans un plaid à la mode écossaise

Et portait une coiffe en dentelle irlandaise.

 

Dans le port de Calais, elle mit pied à terre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Elle s'en fut bien vite à l'hôtel d'Angleterre,

Et grimpe l'escalier tout droit sans rien leur dire,

No, Madam', no, my dear,

Le grenier de l'hôtel lui fut un vrai palace,

La souris britannique avait là tout sur place,

Du whisky, du bacon, du gin, de la mélasse.

 

Chaque soir notre miss faisait la ribouldingue,

Yes, Madame, yes, my dear,

C'était toute la nuit des gigues des bastringues,

Les bourgeois de Calais ne pouvaient plus dormir,

No, Madam', no, my dear,

En vain l'on remplaçait l'appât des souricières,

Le Suiss' par le Holland', le Bri' par le Gruyère,

Rien n'y fit, lorsqu'un soir on y mit du Chester.

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear.

 

 

 

Julia Kogan: J’ai fait ce texte anglais pour elle

https://www.youtube.com/watch?v=Nagajm69XUQ

 

Paloma Pélissier

https://www.youtube.com/watch?v=ohJ-y_AmGGg

 

Sylvie-Claire Vautrin

https://www.youtube.com/watch?v=_990ExZj6v0

 

Marie Dubas

https://music.amazon.co.uk/albums/B08V8TYP48

 

Les Frères Jacques chantent les poètes

https://youtu.be/_o4rV5drRvQ

 

 

The Mouse from England

 

 

 

Now once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

She sailed from Liverpool – she must have been a Scouse.

She didn’t even know the likely port-of-call.

No, Madame, no, my dear.

Long in the tooth she was, like any English crone,

She wore a tartan plaid, the kind the Scots put on,

And proudly on her head an Irish lace confec-ti-on.

 

She came to Calais port, and there she disembarked

Yes, Madame, yes, my dear.

And to the Angleterre Hotel she quickly walked.

Straight up the stairs she went, she said no word at all.

No, Madame, no, my dear.

The loft of the hotel outdid the great palaces:

The lucky British mouse was well supplied, with masses

Of whisky, of bacon, of gin, and of molasses.

 

Each evening our Miss Mouse went on a jolly spree,

Yes, Madame, yes, my dear.

With noisy reels and jigs and shouts of revelry.

The burghers of Calais could get no sleep at all

No, Madame, no, my dear.

The cheeses in the traps were switched to no avail,

The Swiss, the Dutch, the Brie, so many bound to fail,

Till at last one night they put some Wensleydale.

 

For once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

 

 

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 

 

 


- Capitaine Michel Veber, troisième debout en partant de la droite (collection Y. Morieult)

- Manuel Rosenthal

- La Souris d'Angleterre, par les Frères Jacques, André Popp et son orchestre, Pierre Philippe au piano, 1956. Gravée dans un 45 tours intitulé " La truite" (Philips 432 110 1. La truite - 2. La souris d'Angleterre - 3. Le tango interminable des perceurs de coffre-forts (de Boris Vian) - 4. Le résumé de la situation, 1956) .En avril 1959, à l'ambassade d'Angleterre, après un dîner donné en présence de la reine mère et de sa fille la princesse Margaret, les Frères Jacques se produiront en spectacle.

- " Chansons du monsieur Bleu " : La souris d'Angleterre, par Julia Kogan (Label First Hand Records, janvier 2017)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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POEME POUR UNE POUPEE ACHETEE DANS UN BAZAR RUSSE, par Marguerite Yourcenar / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un poème d’une femme… Marguerite YOURCENAR (1903-87) : Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour : romancière, poétesse et critique littéraire honorée avec le Prix Fémina et le prix Érasme; la toute première femme élue membre de l’Académie française, en 1980.

Son livre le plus célèbre est sa ‘Mémoire d’Hadrien’.

Sur sa plaque funéraire :

« Plaise à Celui qui Est peut-être de dilater le cœur de l'homme à la mesure de toute la vie. »

 

Le poème que je vous offre est, plus ou moins, un sonnet ; le nombre de syllabes s’accroît par un, de vers en vers : je ne l’avais heureusement pas remarqué ! Il m’a suffi de faire des rimes et de garder la forme saisonnière du sapin.              

 

 

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe

 

 

 Moi

 je suis bleu des rois

 et noir de suie

 

 

Je suis le grand Maure

(rival de Pétrouchka).

La nuit me sert de troïka;

J’ai le soleil pour ballon d’or.

 

Presqu’aussi vaste que les ténèbres,

Mais tout aussi fragile qu’un vivant,

Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.

 

Je suis très résigné, car je suis très savant :

Ne raillez pas mon teint noir, ni mes lèvres béantes,

Je suis, comme vous, un pantin entre des mains géantes.

 

 

Opéra de Paris, Nureyev, Pontois : https://www.youtube.com/watch?v=AjkmX21VYeU

Fokine : https://www.youtube.com/watch?v=I8xCTo640PA

Yuja Wang, piano : https://www.youtube.com/watch?v=-DD77HzhRB4

…avec violon : https://www.youtube.com/watch?v=_uIzdW9k-58

 

Poem for a Doll bought in a Russian Bazaar

 

 

I’m

true

royal blue

black as grime.

 

I’m the mighty Maroon

(with a rival, Petrushka).

I’ve night for my troika,

the sun for my golden balloon.