CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


 

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition du Covid-19 également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent. Il donne envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

À JEANNE, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Victor Hugo en voulant amener ses deux petits-enfants voir les animaux au Jardin des Plantes, avait écrit un poème pour Georges, que nous vous avons offert dimanche dernier dans sa version bilingue; il en a composé un autre, non moins beau, pour Jeanne : le voici.

Les deux poèmes se trouvent dans son dernier recueil poétique, L’Art d’être grand- père (1877), qui n'a rien d'un "manuel" pour être un "bon" grand-père, mais se révèle être une somme qui nous dit que la poésie pour les enfants se doit d'être de la poésie pour tous avec sa part d'obscurité, d'insouciance, de fantastique, son emportement et parfois même son érudution.

 

 

‘L’homme-océan’ y a consacré de nombreuses pages aux bêtes, leurs variétés, leurs caractères, leurs destins.

Pour Darwin la science, pour Hugo la poésie.

Jeanne Hugo (29 septembre 1869 à Bruxelles - 30 novembre 1941 à Paris) épousera d’abord le fils peu aimable d’Alphonse Daudet, puis M. Charcot, puis M. Negroponte. Héritière, elle donnera Hauteville House, la superbe maison familiale de Guernesey, à la ville de Paris, qui la protège depuis lors et la valorise comme musée.

 

N.B : " L'homme océan " : nous devons cette formule à Victor Hugo qui l'invente à l’occasion du jubilé de William Shakespeare pour désigner une lignée des génies qui ont fait les flux et les reflux de la pensée humaine; il y évoque égtalement Juvénal, Dante, saint Paul et l'on sent que c’est aussi son propre génie aux multiples facettes qu’il définit ainsi...
Une vidéo : de la chenille au papillon
 

À Jeanne

 

Je ne te cache pas que j'aime aussi les bêtes;

Cela t'amuse. et moi cela m'instruit; je sens

Que ce n'est pas pour rien qu'en ces farouches têtes

Dieu met le clair-obscur des grands bois frémissants.

 

Je suis le curieux qui, né pour croire et plaindre,

Sonde, en voyant l'aspic sous des roses rampant,

Les sombres lois qui font que la femme doit craindre

Le démon, quand la fleur n'a pas peur du serpent.

 

Pendant que nous donnons des ordres à la terre,

Rois copiant le singe et par lui copiés,

Doutant s'il est notre œuvre ou s'il est notre père,

Tout en bas, dans l'horreur fatale, sous nos pieds,

 

On ne sait quel noir monde étonné nous regarde

Et songe, et sous un joug, trop souvent odieux,

Nous courbons l'humble monstre et la brute hagarde

Qui, nous voyant démons, nous prennent pour des dieux.

 

Oh ! que d'étranges lois ! quel tragique mélange !

Voit-on le dernier fait, sait-on le dernier mot,

Quel spectre peut sortir de Vénus, et quel ange

Peut naître dans le ventre affreux de Béhémoth ?

 

Transfiguration ! mystère ! gouffre et cime!

L'âme rejettera le corps, sombre haillon;

La créature abjecte un jour sera sublime,

L'être qu'on hait chenille on l'aime papillon.

Translation: Copyright © Timothy Adès

To Jean

 

I like the wild beasts too, I won’t deny.

You they amuse, and me they edify.

It’s surely by design that God displayed,

In these fierce heads, the jungles’ light and shade.

 

Born to protest, to probe, and to believe,

I see the sneaking asp beneath the rose:

The flower fears not the serpent, but yet Eve

Must fear the fiend. I delve these sombre laws.

 

We give the earth our orders. We are kings,

Kings who ape monkeys, and are aped by them,

Be they our forebears or our crafted things.

Far down beneath our feet, in fateful gloom,

 

We, who some dark astonished world regards,

Have with our sometimes odious yoke subdued

The creeping monster and the haggard brute:

We are like fiends, they take us to be gods.

 

Strange laws and grim confusion! Has this earth

 Seen the last fact, observed the final truth?

Might Venus give new apparitions birth,

Angels yet spring from fearsome Behemoth?

 

Mystic transfiguring! Gulfs and pinnacles!

The soul discards the body’s dismal tatters.

Wretch made sublime! The same vile grub that crawls

Is the loved butterfly that freely flutters.

 


Jeanne Hugo (21 ans) photographiée par Grut (1890)
Maison de Victor Hugo - Hauteville House
CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

0 commentaires

LE BON, LA BRUTE ET L'APHORISME, par Thierry Faggianelli

Mots-valisme, méthonymisme, anaphorisme, homophonismes, contrepétismes et oxymorons


Thierry Faggianelli :  " SI L'APHORISME REND FORT, LE CONFORMISME REND CON "

 

Voici un recueil d'aphorismes mitonné par notre ami Thierry Faggianelli

(un hors-série "J'attends le numéro 1", 9 juillet 2020).


Revue de presse (factice) :
" Un concentré d'esprit juvénile dans un corps adulte " ,Okapi;

" Diurétique si l'on aime rire...", The Lancet;

" Quelques jolis traits...", l'Arbalétrier;

" Une puissance alternative d'au moins 100 mégalowatts ", Engie;

" De la finesse qui se perd", Gros Plan, etc.

0 commentaires

À GEORGES, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Il y a peu d’hommes qui ont incarné leur siècle comme Victor Hugo (1802-1885)

au XIXe siècle. Il y en a encore moins dont l’œuvre a gardé au-delà du temps, et la faveur des Français et celle des lecteurs étrangers. Poète puissant, dramaturge fécond, romancier devenu une référence, mais aussi une source d’inspiration, pour ne pas dire une boussole, notamment pour qui garde intact l’amour de la République, dans l’hexagone comme à l’international, lutteur infatigable pour la liberté, figure quasi iconique pour toutes celles et tous ceux qui continuent de désirer l’Europe, le monde et l’humanité, Victor Hugo laisse une œuvre immense, rare, sur le fond et la forme. Une œuvre qui emporte souvent l’enthousiasme, inspire encore aujourd’hui notre pratique de la vie, une œuvre populaire et exigeante, accessible et nuancée à la fois.

 

Illustrations des Chantefables de Desnos, édition bilingue

Par Cat Zaza, traduction Timothy Adès

Notre ami britannique Timothy Adès qui nourrit une véritable passion pour Victor Hugo nous offre ce dimanche A Georges, un poème dédié à son petit-fils  Georges (fils de Charles Hugo et de Alice Lehaene) avec bien sûr, comme à l'accoutumée, sa traduction (poétique) en anglais. Ecrit à une époque, nous rappelle Timothy Adès, où  il avait perdu presque toute sa famille, sauf deux jeunes petits-enfants. 

" Georges Victor-Hugo est devenu artiste, père de l'artiste Jean Hugo, dont la fille est l'artiste #MarieHugo. Elle a créé les imprimés et les tasses qui étaient des prix dans le concours de The Victor Hugo in Guernsey Society que j'ai récemment co-jugé ".

" Les  réflexions de Victor Hugo sur l’enfance, la vieillesse, la politique, l’histoire, les royaumes naturels et les animaux, sont déversées dans ces poèmes avec une énergie torrentielle ".


" À Georges "

Encore des animaux grands, beaux et rares ! À nous écolos de les conserver. Voici Victor Hugo qui amène son petit-fils Georges au Zoo, dans le Jardin des Plantes. Le poème se trouve dans son dernier recueil, L'art d'être grand-père, publié en 1877. J’ai traduit le livre entier à l’anglais : il est plein de charme et de sentiment, mais aussi de sagesse et de noblesse. Ainsi fut l’homme-océan.

 

Mon doux Georges, viens voir une ménagerie
Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où;
Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie,
Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.

 

Viens voir les léopards de Tyr, les gypaètes,
L'ours grondant, le boa formidable sans bruit,
Le zèbre, le chacal, l'once, et ces deux poètes,
L'aigle ivre de soleil, le vautour plein de nuit.

 

Viens contempler le lynx sagace, l'amphisbène
À qui Job comparait son faux ami Sepher,
Et l'obscur tigre noir, dont le masque d'ébène
A deux trous flamboyants par où l'on voit l'enfer.

 

Voir de près l'oiseau fauve et le frisson des ailes,
C'est charmant; nous aurons, sous de très sûrs abris,
Le spectacle des loups, des jaguars, des gazelles,
Et l'éblouissement divin des colibris.

 

Sortons du bruit humain. Viens au Jardin des Plantes.
Penchons-nous, à travers l'ombre où nous étouffons
Sur les douleurs d'en bas, vaguement appelantes,
Et sur les pas confus des inconnus profonds.

 

L'animal, c'est de l'ombre errant dans les ténèbres;
On ne sait s'il écoute, on ne sait s'il entend;
Il a des cris hagards, il a des yeux funèbres;
Une affirmation sublime en sort pourtant.

 

Nous qui régnons, combien de choses inutiles
Nous disons, sans savoir le mal que nous faisons !
Quand la vérité vient, nous lui sommes hostiles,
Et contre la raison nous avons des raisons.

 

Corbière à la tribune et Frayssinous en chaire
Sont fort inférieurs à la bête des bois;
L'âme dans la forêt songe et se laisse faire;
Je doute dans un temple, et sur un mont je crois.

 

Dieu par les voix de l'ombre obscurément se nomme;
Nul Quirinal ne vaut le fauve Pélion;
Il est bon, quand on vient d'entendre parler l'homme,
D'aller entendre un peu rugir le grand lion.

              To George

 

 

 

Let’s go, dear George, and see the Zoo:

Jardin des Plantes’, Big Top, wherever:

Off to Assyria! and we’ll never

Leave Paris. Off to Timbuctoo!

 

 Zebras and jackals and ounces; regal

Lions; the sly lynx, and the bear,

(Growl, growl) and that poetic pair,

Vulture of night and sun-drunk eagle;

 

Leopards from Nineveh and Tyre;

Boa constrictor, silent, feared,

And the great bird that grows a beard

And steals our sheep, the lammergeier;

 

The amphisbæna’s there as well,

Job’s two-faced friend, who smiles and lies;

And the black panther’s fearsome eyes,

Two flaming holes that show us hell.

 

We’ll watch in safety, at our ease,

Wing-beats of wild birds, near, not far;

Wolves and gazelles, a jaguar,

And lovely dazzling colibris.

 

Leave human hubbub. In the Park,

Look down, across the stifling murk,

Where sorrows pace, and check, and lurk,

And vaguely call from deepest dark.

 

They may not hear, they may not heed,

For beasts are shadows mazed in gloom.

Their cries are wild, their eyes flash doom;

Yet they affirm some lofty creed.

 

We monarchs, idly chattering,

Know nothing of the harm we do:

Truth comes, and we reject the true,

Against all reason reasoning.

 

The judge’s robe, the bishop’s sleeve,

Can’t match the woods’ wild animal.

Forests set free the dreaming soul:

In pews, I doubt; on peaks, believe.

 

God speaks in shadow-tones, obscure.     

No Court can match the mountainside.

When Man has stood and speechified,

Go out and hear the lion’s roar.

 


Translation: Copyright © Timothy Adès

Lettre autographe (Maison de Victor Hugo - Hauteville House);

Photos animaux, website du Jardin des Plantes;

How to be a Grandfather, Victor Hugo, (Hearing Eye 2012), by Timothy Adès, the new complete edition, revised and enlarged, 184 pages;

Georges Hugo, photographié par Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, dit) (Paris, 06–04–1820 - Paris, 21–03–1910).


Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

 

Il sera au Festival de la poésie de Torbay (Sud-ouest de l'Angleterre) en octobre prochain et dialoguera avec Wolfgang Görtschacher (professeur assistant principal à l’université de Salzbourg, où il enseigne la critique littéraire et les études de traduction.) et Kathleen Kummer (a travaillé comme traductrice à Londres et à Amsterdam, et a enseigné en France, en Angleterre et aux Pays-Bas), à la faveur d'un échange orchestré par Danielle Hope (fondatrice et éditrice de "Zenos", un magazine de poésie britannique et internationale; elle a édité le travail du poète turc, Feyyaz Fergar, et est conseillère éditoriale au Magazine littéraire, Acumen ).

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

1 commentaires

UN MAL QUI REPAND LA TERREUR, par Thierry Libaert

 

Tutti Frutti

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic !

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition du Covid-19 également par Vianney Huguenot et Timothy Adès, ainsi qu' une participation exceptionnelle de Carole Aurouet.

Aujourd'hui, avec ce "Un mal qui répand la terreur", Thierry Libaert nous livre une face cachée de ses (nombreux) talents...

 

Cor à gidouille à dix-huit tours ayant appartenu à Boris Vian

Archives Cohérie Boris Vian, cliché Michel Urtado

Ce cor de chasse (trompe d'Orléans à dix-huit tours) a été baptisé « cor à gidouille » par Boris Vian, à qui ces spirales évoquaient la gidouille chère aux pataphysiciens. Vian en jouait parfois lors des rencontres pataphysiques.


Un mal qui répand la terreur

 

Un mal qui répand la terreur

Mal que le ciel en sa fureur

Le dérèglement climatique,

Puisqu’il faut l’appeler par son nom

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron

Sema partout des scènes de panique.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés.

On n’en voyait point d’occupé

A chercher la sortie d’une mourante vie

Nul mets n’excitait leur envie.

Le lion tint conseil et dit : mes chers amis

Une plainte a été déposée contre nous

En sa sagesse l’ONU a permis

Qu’un dialogue ait lieu entre nous

L’histoire nous apprend qu’en pareil cas

Une solution puisse être trouvée sans fracas

L’effondrement tant annoncé est arrivé

Il convient d’établir les responsabilités.

Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence

Les dégâts dont chacun pourrait être la cause.

Pour ma part, à mon peuple je ne pouvais faire offense

La croissance devait se poursuivre sans pause.

Un dirigeant politique doit être fiable,

Et le mode de vie de mon peuple n’est pas négociable.

Il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi

Pour ma part et le monde des entreprises

L’impératif de compétitivité était de mise

Il fallait empêcher toute entrave à la concurrence

Les contraintes écologiques étaient un obstacle, je pense.

 

Un baudet climatosceptique prit alors la parole

Les informations n’étaient pas claires, nous avions un rôle

Il ne fallait pas ôter l’espoir, cela aurait été trop dur

Et à l’heure du grand embrasement, de quoi sommes-nous si sûrs ?

Le corbeau, ayant laissé choir son fromage,

Représentait les consommateurs à travers les âges

Nos déplacements, notre alimentation, notre habitation

Cela en termes de CO2 a causé beaucoup d’émissions

Mais nous recevions tellement d’incitations

A toujours accroître nos consommations.

Le singe toujours malin et dirigeant publicitaire

Devant tant d’inepties ne peut plus se taire

Les entreprises nous demandent de vendre et les citoyens de consommer

De la société nous ne sommes que le reflet.

Une vache, qui ne représentait qu’elle-même, vint à son tour

En un pré de moines passant, j’ai souvenance

Que la faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense

Pour me rassasier, je broutais sur les prés et aux alentours.

Notre organisme fait que nous relâchons ensuite un peu de méthane

Oh très peu, notre estomac de ruminant ne fait pas de nous des pyromanes.

A ces mots, on cria haro sur le bovin

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu’un tel crime ne pouvait rester vain

Emettre du méthane, quel crime abominable

Les pets à répétition furent jugés un cas pendable.

Devant le tribunal des générations futures

Les prises de responsabilité ne seront toujours pas mures.



Thierry Libaert, universitaire, membre du conseil scientifique et du conseil des membres du PRé est Pt de l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible (ACCS) et membre du CA de l’Institut des futurs souhaitables.

Auteur d'un récent rapport sur « Publicité et transition écologique » remis en juin dernier à la ministre de la Transition écologique et solidaire.

Dernier ouvrage paru : La communication de crise (Dunod, février 2020, 5eme édition d'un livre paru en 2001).

 

A paraître (16 sept 2020) : Comment mobiliser (enfin) pour la planète (Ed du Pommier, collec Essais, manifestes)

0 commentaires

L'HIPPOPOTAME, par Théophile Gautier / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

Théophile Gautier (1811-1872) nous a livré ce charmant poème dédié à l’HIPPOPOTAME, qui figure dans le Recueil La comédie de la mort (1838), la pièce maîtresse de sa période romantique; mais en étudiant les régions qu’il y énumère, on peut craindre qu’il ne se soit trompé d’animal. Alors nous pouvons penser à deux des plus grands et magnifiques mammifères, de plus en plus coincés et menacés dans leurs habitats par les pressions et déprédations humaines. Ils ont de jolis noms allemands qui ne remontent pas au grec : Nashorn, Nilpferd. Parfois agressifs, néanmoins on les adore tous deux !

 

Philippe Roland, dessin à l'encre de chine

 

‘Sauver le rhinocéros’ : voici deux vidéos qui ne montrent pas la douleur :

En Sumatra : https://www.youtube.com/watch?v=kmI7-SMFgUo

et (ne pas dépasser la minute 2.20) https://www.youtube.com/watch?v=lsMs2hPANfA

 


L’HIPPOPOTAME

 

L’hippopotame au large ventre
Habite aux jungles de Java,
Où grondent, au fond de chaque antre,
Plus de monstres qu’on n’en rêva.

 


Le boa se déroule et siffle,
Le tigre fait son hurlement,
Le buffle en colère renifle,
Lui dort ou paît tranquillement.

 


Il ne craint ni kriss ni zagaies,
Il regarde l’homme sans fuir,
Et rit des balles des cipayes
Qui rebondissent sur son cuir.

 


Je suis comme l’hippopotame:
De ma conviction couvert,
Forte armure que rien n’entame,
Je vais sans peur par le désert.

 

THE HIPPOPOTAMUS

 

The sturdy Hippopotamus
inhabits jungles Javanese
where snarl in caverns bottomless
undreamable monstrosities.

 


The boa hisses and unscrews;
snuffles convulse the buffalo;
the tiger caterwauls. He chews,
or slumbers, tranquillissimo.

 


He fears not kris nor assegai,
he looks at man and stands his ground;
he laughs, when shots from the sepoy
spatter his leather and rebound.

 


The hippopotamus and I
have an impenetrable hide.
In armour-plate of certainty
I roam the plains with dauntless stride.

 

Publié dans: ‘In the Company of Poets’  chez Hearing Eye

 


Translation: Copyright © Timothy Adès


Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán. Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com
1 commentaires

L'EPOPEE DU LION, par Victor Hugo / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

VICTOR HUGO, l’homme-océan !

J’ai traduit son dernier livre de poèmes, L’Art d’être grand-père, y compris ‘L’Épopée du Lion’, œuvre pour laquelle la maison d’édition a créé un élégant dépliant illustré.

À Guernesey, au mois de mars dernier, j’aurais dû faire une visite aux écoles, mais pour cause de Covid-19, cela a dû être abandonnné et remis à plus tard ; hier soir, on aurait dû produire le beau drame ci-dessous*, à la faveur d'un spectacle théâtral de #PierreGrammont, en utilisant mes mots anglais. C 'est sur YouTube en français..

Un concours d’art et littérature a cependant pu eu lieu pour les 150 enfants : j’ai eu le plaisir d'être des des trois juges, et aujourd'hui, les gagnants ont été révélés et les enfants ont pu célébrer les résultats lors d'une fête avec des cupcakes lion.

 

 

Hugo par Rodin

Voici  les premiers vers de ce poème humaniste écrit pour ses petits-enfants mais qui enchante toutes et tous…

* https://www.youtube.com/watch?v=H8gq0wsgAn0  et  https://www.youtube.com/watch?v=YcqMaPsr8WE


L’Épopée du Lion

 

I. Le Paladin

 

 
Un lion avait pris un enfant dans sa gueule,

Et, sans lui faire mal, dans la forêt, aïeule

Des sources et des nids, il l’avait emporté.

Il l’avait, comme on cueille une fleur en été,

Saisi sans trop savoir pourquoi, n’ayant pas même

Mordu dedans, mépris fier ou pardon suprême ;

Les lions sont ainsi, sombres et généreux.

 

 

Le pauvre petit prince était fort malheureux ;

Dans l’antre, qu’emplissait la grande voix bourrue,

Blotti, tremblant, nourri d’herbe et de viande crue.

Il vivait, presque mort et d’horreur hébété.

C’était un frais garçon, fils du roi d’à côté ;

Tout jeune, ayant dix ans, âge tendre où l’œil brille ;

Et le roi n’avait plus qu’une petite fille

Nouvelle-née, ayant deux ans à peine ; aussi

Le roi qui vieillissait n’avait-il qu’un souci,

Son héritier en proie au monstre ; et la province

Qui craignait le lion plus encor que le prince

Était fort effarée.

 

Un héros qui passait

Dans le pays fit halte, et dit : Qu’est-ce que c’est ?

On lui dit l’aventure ; il s’en alla vers l’antre.

 

 

Un creux où le soleil lui-même est pâle, et n’entre

Qu’avec précaution, c’était l’antre où vivait

L’énorme bête, ayant le rocher pour chevet.

 

Le bois avait, dans l’ombre et sur un marécage,

Plus de rameaux que n’a de barreaux une cage ;

Cette forêt était digne de ce consul ;

Un menhir s’y dressait en l’honneur d’Irmensul ;

La forêt ressemblait aux halliers de Bretagne ;

Elle avait pour limite une rude montagne,

Un de ces durs sommets où l’horizon finit ;

Et la caverne était taillée en plein granit,

Avec un entourage orageux de grands chênes ;

Les antres, aux cités rendant haines pour haines,

Contiennent on ne sait quel sombre talion.

Les chênes murmuraient : Respectez le lion !

 

Epic Story of the Lion

 

I.The Paladin

 

 

A lion had clamped its jaws around a child,

And carried it, unharmed, into the wild

Forest, where streams and birds’-nests are at home.

He’d seized it as one plucks a summer bloom,

Not really knowing why, nor even torn

The skin, through tender-heartedness or scorn;

Contempt, or loving-kindness, or defiance.

They’re serious beasts, and generous, are lions.

 

The little prince was in a wretched plight:

Raw meat and grass his diet, weak with fright,

He cowered in the cave, half-perishing.

He was the offspring of the local king:

The boy was ten years old, with sweet bright eyes.

The king had just the one child otherwise,

A little baby girl of two; and since

He was quite old, his thoughts were with the prince,

The monster’s prey. The country-folk were awed:

A lion more fearsome than their own liege lord!

 

 

 

A hero wandered in. They told the brave

Man what was up; he headed for the cave.

 

                             

 

 

A hollow where the very sunshine paled,

And entered warily, was the cave that held

The giant beast, complete with rocky pillow.

 

The wood was in a swamp and in deep shadow,

Set with more branches than a cage has bars,

Dense in the Breton style with tangled briars.

This forest was “right worthy of its consul,”

(Virgil) with menhir sacred to Irmensul;

A jagged skyline ended and began it;

The cave was sculpted out of solid granite,

With mighty oaks for stormy retinue.

Caves detest cities, and to pay their due

May harbour some dark instrument of vengeance.

Respect the lion: the oaks intone the sentence.

 



Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com
0 commentaires

PORTRAIT-INTERVIEW D'UN ANCIEN PATRON DE LA LYONNAISE DES EAUX, par Vianney Huguenot

Bernard Guirkinger: «  Je crois à l’action publique, politique, j’aime l’engagement, j’ai le goût su social et de la chose commune. »

 

Bernard Guirkinger est délégué régional Grand Est du Groupe SOS, important acteur de l’Economie Sociale et Solidaire (15000 salariés) actif dans le médico-social, la santé, le handicap et la jeunesse. Ingénieur de formation, il a occupé de nombreuses responsabilités en entreprise, mais s'est aussi engagé sur le terrain sanitaire et social ; il a été ainsi vice-président de l’Institut Pasteur.

 


Dans le débat cafouilleux et paralysé par les postures, sur les forces et faiblesses du pays, voici un point de vue intéressant, que j'ai recueilli pour un portrait-interview paru dans le Mensuel L'Estrade. C'est celui de Bernard Guirkinger, longtemps PDG de la Lyonnaise des Eaux puis directeur général adjoint du groupe Suez, aujourd'hui vice-président de Moselle Attractivité, maire d'Oudrenne, dans le pays des Trois Frontières, et délégué régional du groupe SOS.

 
Extrait : "« Nous sommes un pays fantastique, où les gens sont éduqués, cultivés, travailleurs, plus disciplinés qu'on l'imagine, une population formée capable d'attraper les opportunités. Nous avons des élites de bonne qualité, des cadres dirigeants d'entreprise exceptionnels, on est parmi les meilleurs mondiaux. Nos infrastructures, routes, autoroutes, ports, aéroports, infrastructures numériques, sont de qualité. Notre système social est remarquable... ». Mais... la peur des réformes, la faiblesse du pouvoir politique face au pouvoir économique triomphant, « une bureaucratie terrible qui complexifie l'organisation territoriale et produit des sous-ensembles avec des luttes de pouvoir entre les uns et les autres », « l'abandon d'une pensée et d'une politique d'aménagement du territoire, qui seule permettrait de partager une vision et de corriger les inégalités territoriales », les dénis, les postures, les discours trop corrects, l'hyper centralisation, « l'erreur colossale de la désindustrialisation », la vague libérale des années Thatcher-Reagan « appliquée en France de façon excessive et un peu naïve », une relation des Français à l'entreprise « pas mature, où beaucoup pensent que l'entreprise est avant tout un endroit où on exploite les travailleurs », « l'exercice difficile de l'autorité », énième citation au registre des handicaps français, dans lequel Bernard Guirkinger colle aussi l'art de la castagne, « notre capacité à nous disputer sur tout »".
A lire dans L'Estrade : https://fr.calameo.com/read/001198172f39937531509


Remerciements au mensuel l'Estrade


Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace. Il anime également une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges.

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony).

Vianney Huguenot est un contributeur du PRé et co-anime la rubrique Tutti Frutti du week-end.


0 commentaires

" PARIS, SES MONUMENTS DRAPES DE SANG, SON CIEL ", par Jean Cassou / Timothy Adès

LE POST POETIQUE DU DIMANCHE DE TIMOTHY ADES


 

Un anniversaire !

Le Président Macron fait une visite à Londres ; nous reviennent en mémoire les grands discours de Charles de Gaulle et Winston Churchill, à Londres au mois de juin 1940.

Sur cette page du ‘PRé’ je vous ai présenté le 31 mai le poète Jean CASSOU, historien de l’art, résistant, prisonnier, qui composa dans la prison ses 33 Sonnets.

‘Il n’avait que la nuit pour encre, et le souvenir pour papier,’ comme l’a dit Louis Aragon.

Cela devint le début des Editions de Minuit..

 

 

 

Après avoir collaboré à des revues littéraires d’avant-garde – dont certaines qu’il a créées (Le Scarabée, Les Lettres parisiennes), il devient secrétaire de l’écrivain Pierre Louÿs et reçoit en 1921 la responsabilité de la chronique « Lettres espagnoles » au Mercure de France.

Il intégre à partir de 1922 le ministère de l’Éducation nationale et publie de nombreux articles sur l’art, sur la littérature hispanique, ainsi que ses premiers romans : Éloge de la folie en 1925, Les Harmonies viennoises en 1926. Il fait également paraître des traductions de l’espagnol, notamment les Nouvelles exemplaires de Cervantès, en 1928, aux éditions de la Pléiade de Jacques Schiffrin.

 

Membre du cabinet de Jean Zay en 1936-37 dans le gouvernement de Front populaire, il est rédacteur en chef de la revue Europe, et multiplie, après le coup d’État de Franco, les prises de position en faveur de l’Espagne républicaine. En 1938, Il est nommé conservateur-adjoint du musée du Luxembourg, poste dont il est révoqué par Vichy en septembre 1940. Jean Cassou co-fondate le réseau de résitance du Musée de l'Homme avec Agnès Humbert et d'autres, lequel groupe donnera deux de ses membres au Panthéon en Mai 2015 : Germaine Tillion et Pierre Brossolette.

En 1941, il gagne Toulouse, où il retrouve notamment son beau-frère, le philosophe Vladimir Jankélévitch, et poursuit ses activités dans la Résistance.

 

Ces trente-trois sonnets furent composés précisément entre décembre 1941 et février 1942, alors que Jean Cassou était emprisonné à la prison militaire de Furgol à Toulouse. Mis au secret, il y compose de tête 33 sonnets. Transféré au camp de Saint-Sulpice dans le Tarn, il est libéré en juin 1943 sur pression de la Résistance. il est envoyé par la ST au camp d'internement de Saint-Sulpice (Tarn). Sur injonction de la Résistance au directeur de la ST, il est libéré en juin 1943 et retrouve la Résistance comme inspecteur de la zone Sud. Il est également rédacteur des Cahiers de la Libération et Président du Comité régional de Libération de Toulouse. Le Gouvernement provisoire de la République française le nomme en juin 1944 Commissaire de la République de la région de Toulouse.

 

En 1945 Jean Cassou retrouve sa fonction de conservateur en chef des Musées nationaux et est nommé conservateur en chef du Musée national d'art moderne, poste qu'il occupe jusqu'en 1965. C'est lui qui créa la collection du Musée National d’Art Moderne. En 1971 il reçoit le Grand Prix national des lettres et en 1983 le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre. Il meurt le 16 janvier 1986 et est enterré au cimetière de Thiais (94).

 

Les poèmes retranscrits par leur auteur sont publiés clandestinement sous le pseudonyme de Jean Noir aux Editions de Minuit au printemps 1944. Louis Aragon en signe la préface (forte), sous le nom de François La Colère : 'Que la prison s'écroule, et ne lui survive que le chant ! Et ce chant, pour secret qu'il ne doit être, survivra certes à toutes nos prisons, comme, après le retrait d'une crue, demeurent ces inscriptions émouvantes dont les enfants étonnés frémissent, qui marquent un niveau jadis atteint et la date, cochés à l'étiage du grand drame français.'

 

Aujourd’hui, voici le Sonnet XXV :