CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


 

Chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres.

Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition de la Covid-19 également par Timothy Adès, Carole Aurouet et Vianney Huguenot.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

LE COUCHER DU SOLEIL, par Gérard de Nerval / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

    Aujourd'hui, je vous propose un petit poème de Gérard de Nerval (1808-1855) extrait du recueil Odelettes (1853). Nerval nous offre ici  une description exaltée du coucher de soleil à travers les vitres des Tuileries.

 

J’aime ses poésies et je trouve qu’il est souvent de très bonne humeur. L’occulte chez lui, ce n’est que dans la prose.

 

 

 

 

 

                      Le Coucher du Soleil

 

Quand le soleil du soir parcourt les Tuileries

Et jette l’incendie aux vitres du château;

Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d’eau

    Tout plongé dans mes rêveries !

 

Et de là, mes amis, c’est un coup d’œil fort beau

De voir, lorsqu’à l’entour la nuit répand son voile,

Le coucher du soleil, riche et mouvant tableau,

      Encadré dans l’Arc de l’Étoile !

 

Sunset

 

When sunset penetrates the Tuileries,

Kindling a blaze on all the stately glass,

By the Grand Avenue’s twin pools I pass,

       Plunged deep in my reveries !

 

From there, my friends, it is spectacular:

I watch, as round me spreads the veil of Night,

The setting of the sun, a sumptuous sight,

        Framed in the Arch of the Star !



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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EPIPHANIE par Pierre Emmanuel / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  Pierre Emmanuel (1916-1984), de son nom d’origine Noël Mathieu, poète, enseignant et journaliste, venu à la poésie par la lecture de La Jeune Parque de Valéry, L’après-midi d’un faune de Mallarmé, les romantiques allemands (Hölderlin) et les auteurs anglais (Hardy, Hopkins), dont la reconnaissance vint avec Tombeau d'Orphée (1941), est un homme très distingué : Comité des Résistants de la Drôme; collaborateur des journaux Les Étoiles, Le Monde, Le Figaro Littéraire, Le Figaro, Témoignaqe chrétien, Réforme, France catholique et de plusieurs revues dont Arts, La Revue du Caire, Esprit; chef des services anglais puis américains de la RTF de 1945 à 1959.

 

Portrait de Pierre Emmanuel par Willy Eisenschitz

Il est élu membre de l’Académie française en 1968, président du PEN International entre 1969 et 1971 - avant lui Arthur Miller, après lui Heinrich Böll - président du PEN Club français de 1973 à 1976 ; président de l’Institut National de l’Audiovisuel à partir de 1975. On lui doit l'idée de la Vidéothèque de Paris et la Maison de la Poésie.

Militant des Droits de l'Homme, il fut  directeur puis président de l'Association internationale pour la liberté de la culture (qui succéda en 1967 au "Congrès pour la liberté de la culture" où Pierre Emmanuel travailla comme directeur littéraire, puis comme secrétaire général adjoint ), s'engageant sur tous les continents pour la liberté des artistes et des intellectuels, censurés, emprisonnés, torturés, portant haut notamment la cause d'Alexandre Soljenitsyne... 

Lauréat des Prix Saint Vincent 1945, Prix Capri 1958, Grand Prix de la Poésie Française 1968, Prix Alfred de Vigny 1982.

En 1976, il donne ‘avec éclat’ sa démission de l’Académie, suite à l’élection de Félicien Marceau. (Le cas n’est pas unique, comme le disent certains : il y a Dupanloup/Littré et Benoît/Morand).

 

Épiphanie

 

Or de la foi qui tout achètes

En un monde où rien ne se vend

Mais du nôtre perdu de dettes

Ne combles pas même une dent

 

Fine cendre de l’espérance

Cœur qui nais de te consumer

Élevant à Dieu ton encens

Qu’ici-bas nous nommons fumée

 

Toi qui vis dans ce monde comme

La myrrhe au désert Charité

Pour garder ces morts que nous sommes

De leur corruptibilité

 

Vous êtes le don que les trois

De bien de grandeurs revenus

Offrirent au plus grand des rois

Couché dans une étable et nu

 

Sa voix : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/pierre-emmanuel-limagination-est-aussi-importante-pour-le-savant-quelle-lest-pour-lartiste-0

 

Epiphany

 

You buy it all, you Gold of Faith,

where nothing’s sold, and all has worth;

but here on our debt-blighted earth

you cannot even cap a tooth.

 

You ash of Hope, of confidence,

courage that’s born as you consume,

you raise to God your Frankincense,

that we below call scent and fume.

 

You, dwelling in this world like Myrrh

in the bare desert, Charity:

you save these corpses that we are

from our corruptibility.

 

You three: the gift that kings, who’d known

the splendours that surround a throne,

gave to the greatest King of all,

laid naked in a cattle-stall.

 

 

 

 

 


- Pierre Emmanuel (2ième à droite sur la photographie) engagé dans la Résistance, ici dans la Drôme. Durant la guerre, réfugié à Dieulefit, il poursuit son œuvre poétique avec Tombeau d’Orphée, Le Poëte et son Christ, et des œuvres de résistance : Combats avec tes défenseurs, Jour de colère, La liberté guide nos pas. Il collabore à Fontaine, Poésie 41 etc., Traits, Combats… En 1944, Pierre Emmanuel est membre du Comité départemental de libération de la Drôme et participe à une commission d’enquête sur le Vercors.

- Tombeau d’Orphée paraît en mai 1941 aux éditions Poésie 1941, Pierre Seghers, Les Angles. L’oeuvre peut se « lire comme le drame du premier amour perdu, mais aussi comme celui de la quête de l’identité. Le livre s’ouvre sur "Les noces de la mort" qui affirme Eurydice morte dès le départ : elle est un des visages de la Mort, l’amour lui-même est mortifère et la femme aimée est l’enjeu d’un mortel et blasphématoire conflit entre le "dieu jaloux" et le poète coupable d’un crime qu’il ne sait nommer. [...] Le livre reproduit ensuite le schéma de la descente aux enfers et de la remontée au jour jusqu’à la disparition d’Eurydice et la dilacération d’Orphée [...] (Cf.Anne-Sophie Constant, notice de Tombeau d'Orphée, Œuvres poétiques complètes, t. 1, L’Âge d’Homme, 2001).


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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"BON ROI WENCESLAS" par John Mason Neal / Timothy Adès


LE POST DOMINICAL DE TIMOTHY ADES qui nous fait (re) découvrir un standard anglais des chansons de Noël


Il est rare que je traduise de l’anglais au français : mais voici une chanson de Noël des plus aimées dans le monde anglophone.

Elle contient trois quatrains aux voix basses (le roi saint), deux aux voix hautes (le petit page), et cinq pour toutes et pour tous.

La Saint-Étienne ( "Après Noêl") est fêtée le 26 décembre dans plusieurs pays anglophones. Etienne, en grec Stéphanos, est considéré comme le premier martyr chrétien cité dans le cinquième livre du Nouveau Testament. Le roi, ou plutôt le duc Wenceslas 1er de Bohême (907-935) partageait, dit-on, la même idée de charité et d'aumône qu' Etienne.

Tué par son frère, déclaré martyr et canonisé par le Pape qui promeut le nouveau saint au rang de roi Venceslas,  il est le saint patron des Tchèques, qu’il sauvera avec ses chevaliers endormis.

Aujourd'hui encore, il est appelé appelé ‘éternel’ Prince des Tchèques.

La chanson écrite en 1853 par John Mason Neale, prêtre anglican, sur la mélodie de Tempus Adest Floridum (Le temps est proche pour la floraison), qui remonte au 13e siècle, nous recommande la bienfaisance. Ici, on la chante à Westminster : https://www.youtube.com/watch?v=B0auGcjcxTY . On n’est pas dans l’Abbaye, mais dans la Cathédrale, qui est catholique. 

 

Texte de John Mason Neale (1818-66)

 

Good King Wenceslas looked out

On the feast of Stephen

When the snow lay round about

Deep and crisp and even.

Brightly shone the moon that night

Though the frost was cruel,

When a poor man came in sight

Gath’ring winter fuel.

 

“Hither, page, and stand by me

If thou know’st it, telling

Yonder peasant, who is he?

Where and what his dwelling?”

“Sire, he lives a good league hence

Underneath the mountain,

Right against the forest fence

By Saint Agnes’ fountain.”

 

“Bring me flesh and bring me wine,

Bring me pine logs hither:

Thou and I will see him dine

When we bear them thither.”

Page and monarch forth they went,

Forth they went together

Through the rude wind’s wild lament

And the bitter weather.

 

“Sire, the night is darker now

And the wind blows stronger.

Fails my heart, I know not how,

I can go no longer.”

“Mark my footsteps, good my page,

Tread thou in them boldly:

Thou shalt find the winter’s rage

Freeze thy blood less coldly.”

 

In his master’s steps he trod

Where the snow lay dinted.

Heat was in the very sod

Which the Saint had printed.

Therefore, Christian men, be sure

Wealth or rank possessing

Ye who now will bless the poor

Shall yourselves find blessing.

 

 

Wenceslas : texte français par Timothy Adès

 

Quand le bon roi Wenceslas

    vit chargée la plaine

de neige épaisse et de glace

    à la Saint-Étienne,

Tiens ! un pauvre homme affamé

    cherchait dans la grêle,

par la lune illuminé,

glanant pour son poêle.

 

« Viens, mon page, près de moi,

    dis-moi ça peut-être :

Qui est-il, cet homme-là,

    quel son coin champêtre ? »

« Sire, aux Sources-du-Passage

    il a sa demeure :

Sainte-Agnès-au-Mont-Sauvage :

    ça faudrait une heure. »

 

« Apporte du vin, des bois,

    apporte des viandes :

Nous le verrons, toi et moi,

    faire fêtes grandes. »

Va garçon et va monarque !

    hardis l’on avance

par le vent amer et rauque,

    osant l’inclémence.

 

« Sire, quelle obscure nuit !

    et quel vent terrible !

Carrément mon cœur faillit :

    marcher pas possible. »

« Suis mes pas, mon brave page,

    en avant, courage !

Moins gelé ton sang soulage:

    affronte l’orage! »

 

Il foula du sieur les pas

    plantés dans la neige,

et le sol ses pieds chauffa,

    que le saint protège.

Donc, riches, puissants, oyez,

    chrétiens tous qui croyez :

qui les pauvres bénissez,

    bénis en retour soyez !

 


- Scène représentant Wenceslas en train d'être tué

- Wenceslas béatifié par le Pape

- John Mason Neale (1818-66), prêtre anglican britannique, romancier, historien et auteur de nombreuses hymnes religieuses en anglais. Fondateur de la congrégation féminine anglicane Society of St Margaret

- Tombeau de Saint Venceslas en la cathédrale Saint Guy, Château de Prague

- Statue de Saint Wenceslas, devenu "patron de la nation", sur le square Wenceslas (Vaclavske Namesti) à Prague, République Tchèque


"Le Bon roi Wenceslas" conté par Henri Virlogeux. Un conte traditionnel anglais, suivi d'un poème, adapté pour "Raconte-moi des histoires" par Marie Tenaille : https://youtu.be/Kg-xAplBtp0


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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DU JOUR DE NOEL, par Clément Marot / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

 

   Je reviens à la Renaissance avec Clément MAROT (Cahors 1496- Turin 1544), le plus grand poète français de l’époque, auteur également de textes satiriques et critiques.

 Valet de chambre du roi François 1er, il fait valoir la poésie de François Villon. Ardent pour la Reforme, son esprit libre lui vaudra de subir les affres de la prison, puis de l'exil par deux fois. 

Voici donc une ballade de circonstance : Du jour de Noël ("Chansons", 1535).

 

Belles fêtes à toutes et à tous et un joyeux 2022 !

 

 

 

Du Jour de Noël

 

Une pastourelle gentille

Et un berger, en un verger,

L’autrehier en jouant à la bille

S’entredisaient, pour abréger :

Roger

Berger

Bergère

Légère

C’est trop à la bille joué:

Chantons Noël, Noël, Noé.

 

Te souvient-il plus du Prophète

Qui nous dit cas de si haut fait,

Que d’une pucelle parfaite

Naîtrait un enfant tout parfait ?

L’effet

Est fait :

La belle

Pucelle

A eu un fils au ciel voué :

Chantons Noël, Noël, Noé.

 

 

La mélodie est ici: https://psalmen.wursten.be/ps138.htm

 (On y explique que la mélodie du chant hollandais est bien différente.)

 

 

 

 

Of Christmas Day

 

As a gentle shepherd-girl

And a shepherd in an orchard

On a time were playing ball,

Short to say, they chitter-chattered:

Master Pastor

Sheep Bo-Peep

That’s enough of playing ball:

Sing Nowell Nowell Nowell.

 

 

 

Come, recall the voice prophetic

Told us all the truth terrific

That from out a maiden perfect

Should be born a babe as perfect:

Truth made perfect

True maid perfect

Bore a babe of God’s good will:

Sing Nowell Nowell Nowell.

 

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 

Setting by Peter Warlock:

https://www.youtube.com/watch?v=wXMPTRWNHS8&list=PLhHUg8xSoZUFDIqUFqGh6QpackVNf1UTp&index=61 – and scroll down

 



   Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA SOURIS D'ANGLETERRE, par Michel Veber, " Nino" / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  IN MEMORIAM Gilles SOHM, co-fondateur du PRé.

 

   Je vous propose, en hommage de notre ami Gilles SOHM récemment décédé, cette chanson de "Nino" que Gilles connaissait.

 

‘Nino’ (Michel Veber, 1896-1965), fils cadet du peintre Jean Veber, neveu du dramaturge Pierre Véber et de Tristan Bernard, son beau-frère, romancier et auteur dramatique lui-même (célèbre pour ses mots d'esprit, connu dès sa première pièce, Les Pieds nickelés, également pour avoir fait partie de la première rédaction de L'Humanité, puis avoir contribué aux débuts du Canard enchaîné ), a exercé de multiples professions : attaché au ministère, archéologue en Tunisie, trappeur au Canada, représentant de champagne, peintre animalier. Puis s'inscrivant dans ce qui deviendra une dynastie familiale d'écrivains, d'hommes de théâtre et de cinéma, il deviendra auteur de textes dramatiques, de poèmes musicaux, parolier, librettiste, et se fera connaître au cinéma comme dialoguiste (Gran Casino, le premier film de Luis Buñuel - période mexicaine, 1947).

 

 

 

Engagé dans la France Libre en novembre 1941, il est aviateur des FAF (Forces aériennes françaises libres); en 1942, il est envoyé par le fond par deux torpilles, lui, le SS Mendoza, le cargo qui le transportait avec quelques 400 personnes civiles et militaires, alors qu'il voguait de Monbassa où il avait embarqué le 23 octobre 1942, vers Durban. Il y aura quelques 150 victimes, mais aucun des trente-trois aviateurs Français

 

   Voici donc La Souris d'Angleterre, extraite de "Chansons de Monsieur Bleu" (Manuel Rosenthal, 12 mélodies sur des poèmes de ‘Nino’, pour voix moyenne et Piano (ou Orchestre), Éditions Jobert (1934).

 

La souris d'Angleterre

 

 

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Ell' s'était embarquée au port de Manchester

Sans même savoir où s'en allait le navire.

No, Madam', no, my dear.

Elle avait la dent long' comme une vieille Anglaise,

S'enroulait dans un plaid à la mode écossaise

Et portait une coiffe en dentelle irlandaise.

 

Dans le port de Calais, elle mit pied à terre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Elle s'en fut bien vite à l'hôtel d'Angleterre,

Et grimpe l'escalier tout droit sans rien leur dire,

No, Madam', no, my dear,

Le grenier de l'hôtel lui fut un vrai palace,

La souris britannique avait là tout sur place,

Du whisky, du bacon, du gin, de la mélasse.

 

Chaque soir notre miss faisait la ribouldingue,

Yes, Madame, yes, my dear,

C'était toute la nuit des gigues des bastringues,

Les bourgeois de Calais ne pouvaient plus dormir,

No, Madam', no, my dear,

En vain l'on remplaçait l'appât des souricières,

Le Suiss' par le Holland', le Bri' par le Gruyère,

Rien n'y fit, lorsqu'un soir on y mit du Chester.

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear.

 

 

 

Julia Kogan: J’ai fait ce texte anglais pour elle

https://www.youtube.com/watch?v=Nagajm69XUQ

 

Paloma Pélissier

https://www.youtube.com/watch?v=ohJ-y_AmGGg

 

Sylvie-Claire Vautrin

https://www.youtube.com/watch?v=_990ExZj6v0

 

Marie Dubas

https://music.amazon.co.uk/albums/B08V8TYP48

 

Les Frères Jacques chantent les poètes

https://youtu.be/_o4rV5drRvQ

 

 

The Mouse from England

 

 

 

Now once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

She sailed from Liverpool – she must have been a Scouse.

She didn’t even know the likely port-of-call.

No, Madame, no, my dear.

Long in the tooth she was, like any English crone,

She wore a tartan plaid, the kind the Scots put on,

And proudly on her head an Irish lace confec-ti-on.

 

She came to Calais port, and there she disembarked

Yes, Madame, yes, my dear.

And to the Angleterre Hotel she quickly walked.

Straight up the stairs she went, she said no word at all.

No, Madame, no, my dear.

The loft of the hotel outdid the great palaces:

The lucky British mouse was well supplied, with masses

Of whisky, of bacon, of gin, and of molasses.

 

Each evening our Miss Mouse went on a jolly spree,

Yes, Madame, yes, my dear.

With noisy reels and jigs and shouts of revelry.

The burghers of Calais could get no sleep at all

No, Madame, no, my dear.

The cheeses in the traps were switched to no avail,

The Swiss, the Dutch, the Brie, so many bound to fail,

Till at last one night they put some Wensleydale.

 

For once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

 

 

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 

 

 


- Capitaine Michel Veber, troisième debout en partant de la droite (collection Y. Morieult)

- Manuel Rosenthal

- La Souris d'Angleterre, par les Frères Jacques, André Popp et son orchestre, Pierre Philippe au piano, 1956. Gravée dans un 45 tours intitulé " La truite" (Philips 432 110 1. La truite - 2. La souris d'Angleterre - 3. Le tango interminable des perceurs de coffre-forts (de Boris Vian) - 4. Le résumé de la situation, 1956) .En avril 1959, à l'ambassade d'Angleterre, après un dîner donné en présence de la reine mère et de sa fille la princesse Margaret, les Frères Jacques se produiront en spectacle.

- " Chansons du monsieur Bleu " : La souris d'Angleterre, par Julia Kogan (Label First Hand Records, janvier 2017)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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POEME POUR UNE POUPEE ACHETEE DANS UN BAZAR RUSSE, par Marguerite Yourcenar / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un poème d’une femme… Marguerite YOURCENAR (1903-87) : Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour : romancière, poétesse et critique littéraire honorée avec le Prix Fémina et le prix Érasme; la toute première femme élue membre de l’Académie française, en 1980.

Son livre le plus célèbre est sa ‘Mémoire d’Hadrien’.

Sur sa plaque funéraire :

« Plaise à Celui qui Est peut-être de dilater le cœur de l'homme à la mesure de toute la vie. »

 

Le poème que je vous offre est, plus ou moins, un sonnet ; le nombre de syllabes s’accroît par un, de vers en vers : je ne l’avais heureusement pas remarqué ! Il m’a suffi de faire des rimes et de garder la forme saisonnière du sapin.              

 

 

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe

 

 

 Moi

 je suis bleu des rois

 et noir de suie

 

 

Je suis le grand Maure

(rival de Pétrouchka).

La nuit me sert de troïka;

J’ai le soleil pour ballon d’or.

 

Presqu’aussi vaste que les ténèbres,

Mais tout aussi fragile qu’un vivant,

Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.

 

Je suis très résigné, car je suis très savant :

Ne raillez pas mon teint noir, ni mes lèvres béantes,

Je suis, comme vous, un pantin entre des mains géantes.

 

 

Opéra de Paris, Nureyev, Pontois : https://www.youtube.com/watch?v=AjkmX21VYeU

Fokine : https://www.youtube.com/watch?v=I8xCTo640PA

Yuja Wang, piano : https://www.youtube.com/watch?v=-DD77HzhRB4

…avec violon : https://www.youtube.com/watch?v=_uIzdW9k-58

 

Poem for a Doll bought in a Russian Bazaar

 

 

I’m

true

royal blue

black as grime.

 

I’m the mighty Maroon

(with a rival, Petrushka).

I’ve night for my troika,

the sun for my golden balloon.

 

If darkness is big, I’m almost bigger,

but have any living being’s weakness:

the lightest puff disturbs my boneless figure.

 

I’m primed with knowledge, hence my meekness:

Don’t laugh at my sooty-faced grin: you might forget:

I’m held in a giant’s hands, like you, just a marionette.

 

 

On her funeral plaque:

"May it please the One who Is perchance to expand the human heart to life's full measure."

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


Image 4 : Marguerite Yourcenar prononce un discours en l'honneur de son prédecesseur à l'Académie, Roger Caillois, le 23 janvier 1981.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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MARIE-DOMINIQUE par Pierre Mac Orlan / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   De nouveau Pierre MAC ORLAN (Pierre Dumarchey, 1882-1970), romancier, auteur dramatique, dessinateur et illustrateur, producteur radio, également parolier de chansons souvent empreintes de mélancolie, marquées par l’univers militaire, mais aussi celui des villes et des ports. Il en écrivit une soixantaine, réunies principalement dans deux recueils  : "Chansons pour accordéon" et "Mémoires en chansons" (Gallimard, collection Blanche,1953, puis 1965). 

 

Celle que je vous propose aujourd'hui, ‘Marie-Dominique ’, est extraite du premier recueil et fut enregistrée par l'actrice et chanteuse Laure Diana (1897-1980) en 1950 chez Pathé Marconi, avec V. Marceau et A. Astier aux accordéons.

 

 

En 2017, Thieri Foulc, considéré avec André Breton, Tristan Tzara et Roland Topor comme ‘l’essence de la Pataphysique’, la chante lors d'une réunion de pataphysiciens, ainsi que ‘Le Pont du Nord’ (voir art. PRé, rubrique Tutti Frutti du 27-9- 2020).

 

En mai 2020, Foulc nous a quitté. (‘...Ses tableaux, ses romans, ses éditions, ses irremplaçables dictionnaires…’ - Fernando Arrabal).

On m'a alors demandé de traduire ces chansons pour le Journal of the London Instutute of Pataphysics.

…Aujourd’hui, grâce à Dieu, Saïgon et Tonkin sont en paix.

 

 

 

Laure DIANA au Grand Prix d'Elégance en 1939

 

Marie-Dominique

(chantée par Laure Diana)

 

J'étais un soldat de marine,

J'venais d'm'engager pour cinq ans.

J'avais vingt ans, belle poitrine

Comm' dans l'refrain du régiment.

Dans les bistrots près de Lourcine,

Les anciens m'en faisaient un plat:

- «Tu verras c'que c'est qu'l'Indochine.

Écout' la chanson d'un soldat» :

 

Refrain

Marie, Marie-Dominique

Que foutais-tu à Saïgon?

Ça ne pouvait rien fair' de bon

Marie-Dominique.

Je n'étais qu'un cabot-clairon

Mais je me rappelle ton nom

Marie-Dominique.

Est-ce l'écho de tes prénoms

Ou le triste appel du clairon

Marie-Dominique.

 

Je ne savais pas que la chance

Ne fréquentait point les cagnas

Et qu'en dehors de la cuistance

Tout le rest' ne valait pas ça.

Tu m'as fait comprendre les choses

Avec tes p'tits airs insolents

Et je n'sais quell's apothéoses!

C'était l'plus clair de mes tourments

 

Refrain

 

Ce fut Marie-la-Tonkinoise

Qui voulut fair’ notre bonheur

En m’faisant passer sous la toise

Dans l’vieux Cholon… ou bien ailleurs.

T’as toujours été un peu folle.

Ton but, je le voyais pas bien.

Tout ça ce n’était qu’des paroles

Au cours de la piastre à Nankin.

 

Tu m’as gâté mon paysage

Et l’av’nir quand sur le transport

Je feuilletais des bell’s images

Peintes comm’des Boudda en or.

Où sont mes buffl’s dans la rizière,

Les sampangs, l’aroyo brumeux,

Les congay’s, leurs petit’s manières,

Devant le pouvoir de tes yeux ?

 

C’est ta démarche balancée

Qui effaça tous mes espoirs,

Dans la bonn’ vi’ si bien rêvée

Est-c’ régulier de t’en vouloir?

Un’ chanson de la Coloniale

C’est le résultat en cinq ans

De mes erreurs sentimentales

Selon l’expérience des camps.

 

Refrain

 

 https://youtu.be/0wdnUYE-TYg

 

Mary-Sue

(as sung by Laure Diana)

 

I was a soldier, a Marine,

At twenty, for five years I signed.

My chest was something to be seen,

As regimental songs remind.

In bistros near the barrack gate

The old hands piled it on my plate:

‘Now hear this song of the Marines !

You’ll see what Indo-China means.’

 

Chorus

Tonkin Mary, Saigon Sue,

What was it you used to do ?

Nothing nice or good at all.

I was just a bugler, true,

That's how I remember you,

By your forenames’ dying fall,

Or the dreary bugle-call,

Tonkin Mary, Saigon Sue.

 

 

 

I had not the least idea

Hangars aren’t the haunts of Luck.

All that counts is how you cook,

The rest is neither here nor there.

All your petty insolence

Gave me quite a grasp of things :

There were some divine ascents,

Surest of my sufferings.

 

Chorus

It was Tonkin Mary who

Wished our fortune and our pleasure.

In Cholon she took my measure,

And some other places too.

Just a wee bit cracked are you,

What you planned I hardly knew.

All that empty chattering !

Money-changers of Nanking.

 

 

You spoilt my pretty country scene,

My future too, when on the road

I painted lovely images,

All done, as Buddhas are, in gold.

My paddy-field with buffaloes,

My misty canyon, my sampans,

My Cong, and all their little ways :

Doomed, by the power of your eyes !

 

Chorus

Your well-considered stratagem :

My hopes erased and washed away.

In the good life, the happy dream,

To hold a grudge must be OK.

Five years of service! That is all,

After my blunders in romance :

A song of La Coloniale

To show for my experience.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

https://www.youtube.com/watch?v=4S_kNyt7H3A


- Portrait de Pierre Mac Orlan par Jules Pascin, lithographie éditée à Paris en 1954 par le célèbre Atelier Mourlot Frères

- Six chansons de soldat, Pierre Mac Orlan, interprétées par Laure Diana, sur une musique de Victor Marceau, enregistrées sur un 78 tours, chez Pathé Marconi en 1953. Ancien des troupes de Marine, Pierre Mac Orlan écrivit ce chant pour rendre hommage à son ancien corps et aux soldats combattants. Il n'aimait pas particulièrement ce chant qui devient pourtant populaire.

- Pierre Mac Orlan photographié

- Thieri Foulc (disparu dans la nuit du 21 au 22 mai 2020) fut l'objet notamment d'un hommage de Fernando Arrabal : "…entre la vie et la mort, le ciel et la terre / il y a un pont tricolore que l’on nomme arc-en-ciel. / Il vole, Thieri Foulc, vers le Soleil. / ¡Viva Thieri Foulc ! "


   Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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JEANNE ENDORMIE et LA CICATRICE, par Victor Hugo / Timothy Adès


 LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Je reviens à la fascinante Jeanne HUGO (1869-1941) dans ‘L’Art d’être Grand-Père’, le dernier recueil du grand Victor, que j’ai traduit en anglais : Léopoldine Clémence Adèle Lucie Jeanne HUGO.

 

Lorsque son père Charles décède, Jeanne n'a que deux ans, elle sera, comme son frère Georges, recueillie par son grand-père Victor qui deviendra leur tuteur dont il seront très proches. C'est à eux qu'il dédie l'Art d'être grand-père en 1877.

 

Hugo organise en vain la résistance au coup d'État du 2 décembre 1851 (qui établit le second Empire) et s'enfuit à Bruxelles. Expulsé à Guernesey en 1855, il revient triomphalement à Paris dès la proclamation de la République en 1870. Pendant le siège de Paris par les Prussiens, député, il n'hésite pas à abandonner l'Assemblée qu'il juge réactionnaire pour la Commune de Paris. Il en réprouve les excès comme il condamne la répression sanglante qui y met un terme.

 

 

Hugo et Jeanne à Hauteville House

 

En plein siège de Paris, il plaide à la tribune contre la conquête d'un peuple par un autre, et pour la fraternité d'une entité commune : les " États-unis d'Europe ".

En 1871, la mort de son fils aîné le conduit à Bruxelles. Il offre l'abri à des communards, ce qui lui vaut d'être expulsé de Belgique ; il gagne le Luxembourg. Il perd son second fils (François-Victor) en 1873.

 

À Hauteville-House, à Guernesey, on note l’histoire de la confiture (voir art. PRé du 6 décembre 2020) et celle du vase cassé ; et voici encore deux poèmes…

 

Jeanne épouse en 1891 le journaliste Léon Daudet (fils aîné du romancier), dont elle aura un fils, Charles, puis, cinq ans plus tard, l'explorateur Jean-Baptiste Charcot (connu pour avoir cartographié en 1905 la péninsule antarctique, au sud du Chili, à bord d'un trois-mâts goélette, Le Français); Jeanne s'en sépare et prend pour mari l'officier de marine grec Michel Négreponte (en 1906).

En 1927, avec ses neveux Jean, Marguerite et François (les enfants de son frère Georges), elle fait don de Hauteville-House à la ville de Paris. Elle décèdera à Paris le 30 novembre 1941.

 

JEANNE ENDORMIE. -- II

 

Elle dort; ses beaux yeux se rouvriront demain;

Et mon doigt qu'elle tient dans l'ombre emplit sa main;

Moi, je lis, ayant soin que rien ne la réveille,

Des journaux pieux; tous m'insultent; l'un conseille

De mettre à Charenton quiconque lit mes vers;

L'autre voue au bûcher mes ouvrages pervers;

L'autre, dont une larme humecte les paupières,

Invite les passants à me jeter des pierres;

Mes écrits sont un tas lugubre et vénéneux

Où tous les noirs dragons du mal tordent leurs nœuds;

L'autre croit à l'enfer et m'en déclare apôtre;

L'un m'appelle Antichrist, l'autre Satan, et l'autre

Craindrait de me trouver le soir au coin d'un bois;

L'un me tend la ciguë et l'autre me dit: Bois!

J'ai démoli le Louvre et tué les otages;

Je fais rêver au peuple on ne sait quels partages;

Paris en flamme envoie à mon front sa rougeur;

Je suis incendiaire, assassin, égorgeur,

Avare, et j'eusse été moins sombre et moins sinistre

Si l'empereur m'avait voulu faire ministre;

Je suis l'empoisonneur public, le meurtrier;

Ainsi viennent en foule autour de moi crier

Toutes ces voix jetant l'affront, sans fin, sans trêve;

Cependant l'enfant dort, et, comme si son rêve

Me disait:--Sois tranquille, ô père, et sois clément!--

Je sens sa main presser la mienne doucement.

 

 

Jeanne Endormie II https://www.youtube.com/watch?v=nMaDCHU-nQU

 

 

Jean Asleep - II

 

She sleeps: those eyes will shine when day has dawned.

Clutched in the dark, my finger fills her hand:

Careful she shouldn’t waken, I peruse

High-minded journals, all of which abuse

My name: one wants my readers certified;

One wants my twisted works by fire destroyed;

Another – and the tears bedew its eye –

Would have me stoned by every passer-by;

My writings are a dismal toxic pile

Where Evil’s pitch-black dragons writhe and coil;

One pious paper says I’m sent from hell;

I’m Antichrist, I’m Satan; you may well

Avoid me in dark corners! Here’s an offer

Of hemlock - ‘Drink it!’ I burnt down the Louvre,

I killed the hostages, caused mobs to rave

For share-outs; Paris burns; my features have

The red of shame, for I’m the arsonist;

Assassin, miser, cut-throat: quite a list!

I might have been less sombre, and less sinister,

If He-Who-Reigns had deigned to make me Minister.

I am the poisoner, the man of blood...

So they insult me, and their voices flood,

Unceasing, unrelenting, round my head.

And the child sleeps, and dreams, as if she said:

Calm, dear old father, calm and clemency! -

Holding my hand, and squeezing, peacefully.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 


 

LA CICATRICE

 

Une croûte assez laide est sur la cicatrice.

Jeanne l'arrache, et saigne, et c'est là son caprice ;

Elle arrive, montrant son doigt presque en lambeau.

— J'ai, me dit-elle, ôté la peau de mon bobo. —

Je la gronde, elle pleure, et, la voyant en larmes,

Je deviens plat. — Faisons la paix, je rends les armes,

Jeanne, à condition que tu me souriras. —

Alors la douce enfant s'est jetée en mes bras,

Et m'a dit, de son air indulgent et suprême :

— Je ne me ferai plus de mal, puisque je t'aime. —

Et nous voilà contents, en ce tendre abandon,

Elle de ma clémence et moi de son pardon.

 

 

The Scar

 

The scar has formed an ugly, scabby crust:

Jean picks it, makes it bleed, because she must.

She shows the tattered finger. “Look – I just

Took the skin off it, off my nasty place.”

I scold: she cries: I see her tearful face:

I’m crushed. “Let’s make it up, Jean. I give in:

Give me a smile and we’ll be friends again.”

The sweet child hugs me, safe in my caress,

Announcing, with that consummate largesse,

“I love you – I won’t hurt myself again.”

Such tender ecstasy! We’re both in heaven,

She from my lenience, me from being forgiven.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- L'Art d'être grand-père, par Victor Hugo - édition 1884

- Jeanne Hugo à Hauteville House (Musée Carnavalet)

- Portrait de Georges et Jeanne Hugo, par Charles Voillemot, 1879

- Timothy Adès à Hauteville House

- How to be a Grandfather (L’Art d’être Grand-Père) by Victor Hugo, translated by Timothy Adès (Hearing Eye, 2012)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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NAJAC, par Mme Delaleu / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  NAJAC dans l’Aveyron est l’un des ‘Plus Beaux Villages de France’ (au nombre de 164, classement de 2021).

J’y étais en 2003 pour les noces de la fille d’un ami distingué, Chris Patten, francophile, ministre de l’environnement, gouverneur de Hong Kong, commissaire européen, milord… L’hôtel dans lequel je logeais disposait d'un Livre d'or que j'ai compulsé, et m'a permis de découvrir, ce poème dédié à NAJAC par ‘Mme Delaleu, mai 1966’.

 

 

 

C’est Alphonse de Poitiers, Comte de Toulouse, qui bâtit la forteresse de Najac en 1253.

 

Fils de Louis VIII, frère de Louis IX, il épouse Jeanne de Toulouse, héritière : on fait ensemble la 7e et la 8e Croisade. Co-régent de France, il combat son cousin Henri III d’Angleterre qui cède la Normandie…

 

 

 

Tous deux descendent d’Aliénor d’Aquitaine, lui par son père, aussi par sa mère, Blanche de Castille *.  Il expulse les juifs. Devant lui dans notre peinture, voilà ! le consul d’Agen, oui, est agenouillé (!)

 

 

 

 

 

 


 

Sépulture de Jeanne de Toulouse

 

NAJAC

 

Nacelle émergeant des forêts

Son château figurant la proue

devant ses gorges en arrêt

Tout comme un paon qui fait Ia roue

Fière toutes voiles au vent

N’est point de celles qu’on oublie

Venez voir NAJAC la jolie

Qui se baigne au soleil levant

 

Elle egrène sous le ciel bleu

Ses chapelets de maisons brunes

Aux toils de lauzes gris et vieux

De l’aurore jusqu’à la brume

Et dans un cadre sans pareil

Amis à l’humeur voyageuse

C’est NAJAC, NAJAC l’orgueilleuse

Qui se prélasse au grand soleil

 

J’aime le calme de ses nuits

Et la chanson de ses eaux vives

Ses deux fontaines de granit

Ses colonnades ses ogives

Ce que je n’oublierai jamais

Quand des fleurs c’est l’apothéose

C’est NAJAC croulant sous les roses

Lorsqu’ embaume le mois de mai

 

Las mon beau rêve va finir

Je pars voyageur solitaire

Emportant le cher souvenir

De ce coin béni de Ia terre

El de l’Aveyron au doux chant

Et l’artiste en moi se réveille

Pour chanter NAJAC la merveille

Qui flamboie au soleil couchant

 

Mme DELALEU, mai 1966


 NAJAC © Timothy Adès

 

Neat craft emerging from the wood

The fortress is her figurehead

Close alongside the gorges moored

A peacock with its plumage spread

With sails all proudly crowding on

For ever brought by memory back

Come gaze on beautiful NAJAC

Bathed and refreshed by morning sun

 

Beneath blue sky she meditates

Counts her brown houses as she prays

With roofs of thick, grey, ancient slates

From dawn to shimmering of haze

And in a matchless ambience

Congenial to the traveller’s mood

Noble NAJAC walks tall and proud

Basks in the sun’s magnificence

 

I love her deep nocturnal calm

Her living water’s serenades

Her granite fountains, both of them

Her ogives and her colonnades

But in my heart for ever there

Is blossoming apotheosis

NAJAC weighed down by loads of roses

When Maytime perfume balms the air

 

A lonely traveller I depart

My lovely dream must fade and die

Of this blest corner of the earth

I guard the precious memory

With softly singing Aveyron

The artist in me wide awake

To sing the marvel of NAJAC

Resplendent in the evening sun

 

Published online on Poetry Atlas

 

 

 


Photographies de Najac et une déclinaison Pop art de Blanche de Castille réinterprétée façon Andy Warhol pour le troisième maillot du Stade Français version 2008-2009


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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VERSAILLES par Albert Samain / Timothys Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

    Albert SAMAIN (1858-1900) est né à Lille. Au décès de son père, marchand de vins, il est conduit à arrêter  ses études, il a 14 ans. Il est commis de banque, courtier dans une société de sucre. A la recherche de nouveaux horizons, il passe en 1883 le concours d'expéditionnaire à la préfecture de la Seine. Rien, sinon une  amitié (Victor Lemoigne) ne semble le pousser à avoir une inclinaison pour la poésie. Celle-ci prendra son envol lors de son arrivée à Paris. Il écrit et déclame ses poèmes au fameux cabaret Le Chat Noir à Paris. Co-fondateur du Mercure de France (1889), il collabore à La Revue des Deux Mondes et correspond avec de nombreux auteurs : Francis Jammes, François Coppée, Anatole France, Henri De Régnier, André Gide, Jules Renard, Marcel Schwob, Pierre Louÿs…

Inspirée par Baudelaire pour son univers des correspondances, sa poésie l'est aussi par Verlaine. Il est l'auteur également de plusieurs contes.

En 1893, la publication de son premier recueil de poèmes Au jardin de l’Infante rencontre le succès et le rend véritablement célèbre; il figure jusque dans les manuels scolaires. Plusieurs musiciens, dont Nadia Boulanger avec Ilda  ou Gabriel Fauré avec  "Arpège", composeront des mélodies sur ses textes. Un deuxième recueil de poèmes Aux flancs du vase sera publié en 1898.

Il est également connu pour avoir réalisé des centaines de dessins (dispersés dans des collections privées).

Il meurt à 42 ans de la tuberculose à Magny-les-Hameaux, chez le musicien Raymond Bonheur, qui publiera ses œuvres posthumes, le Chariot d'or (1901) et Polyphème.

 

Presqu’un an s’est passé depuis que je vous ai offert ici son ‘Cléopâtre’, le 29 novembre. Voici encore un sonnet, l’un (le II) d’un groupe de quatre sonnets qu’il a composés au sujet de VERSAILLES publié dans son troisième recueil Le chariot d’or.

 

VERSAILLES

 

Grand air. Urbanité des façons anciennes.

Haut cérémonial. Révérences sans fin.

Créqui, Fronsac, beaux noms chatoyants de satin.

Mains ducales dans les vieilles valenciennes,

 

Mains royales sur les épinettes. Antiennes

Des évêques devant Monseigneur le Dauphin.

Gestes de menuet et cœurs de biscuit fin;

Et ces grâces que l’on disait autrichiennes…

 

Princesses de sang bleu, dont l’âme d’apparat,

Des siècles, au plus pur des castes macéra.

Grands seigneurs pailletés d’esprit. Marquis de sèvres;

 

Tout un monde galant, vif, brave, exquis et fou,

Avec sa fine épée en verrouil, et surtout

Ce mépris de la mort, comme une fleur, aux lèvres !

 

 

Le Roi danse : musique de Lully : https://www.youtube.com/watch?v=BMvpvDjFvHA

 

Danse d’époque : https://www.youtube.com/watch?v=5rCeLgUAE7w

 

Guitry et Bardot : https://www.youtube.com/watch?v=Y2MBnzm72uY

 

 

 VERSAILLES

 

Grandeur. Old fashions and their polished grace.

High ceremony. Endless curtseying.

Exalted names in satin shimmering.

Hands ducal edged with antique Flanders lace,

 

Hands royal on spinets. Antiphonies

of bishops for Monseigneur le Dauphin,

minuet gestures, hearts of biscuit fin,

the so-called Austrian urbanities…

 

princesses of blue blood, their dignity

steeped in a caste’s historic purity;

great nobles graced with wit; fine swords in sheath;

 

porcelain marquesses; a festival,

choice, lively, brave, mad, gallant; above all,

their lips wear, like a flower, that scorn of death !

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- Albert Samain

Le Chariot d'or, recueil de poèmes d'Albert Samain (1901)

- Louis XIV

- Louis XVI et Marie-Antoinette

- Statue en hommage à Albert Samain, jardin Vauban (parc de l'Impératrice Eugénie), Lille

- Le Chariot d'or, Albert Samain, illustrations de Charles Chessa ( Librairie des Amateurs, A. FERROUD - F. FERROUD, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain, 1907), source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art


   Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA COCCINELLE, par Victor Hugo, Maurice Carême / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


La Naissance de Vénus, Botticelli, Galerie des Offices, Florence

" J'aurais dû (...) / Voir le baiser sur sa bouche / Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;..."

Un grand merci à Geneviève Lemé ! Cette amie du PRé, fidèle lectrice de notre page FB, qui a répondu à ma Coccinelle de Robert DESNOS (publiée dimanche dernier) en nous offrant la Coccinelle de Victor HUGO.

Extrait de son poème lyrique Les Contemplations rassemblant les "Mémoires d’une âme" - celle d'Hugo - situé dans le 1er tome ("Autrefois" 1830-1843), dans le livre premier intitulé l "Aurore", ce poème est assez remarquable quand à l'harmonie du fond et de la forme : sous l'apparence d'une fabulette presque enfantine, Hugo (il a 54 ans au moment de sa publication)) nous confie un moment de son apprentissage amoureux alors qu'il était un adolescent, quasi jeune homme (16 ans). Il y sourit - et nous fait sourire - de sa naïveté d'alors, comme il invite à réfléchir sur soi.

Aussi, la voici, cette Coccinnelle de Victor HUGO, je l’ai naturellement traduite en anglais : et j’ajoute la charmante Coccinelle de l'instituteur et poète belge Maurice CARÊME (la bouche de la jeune fille serait-elle franche ou fraîche ? Je ne sais pas).

Bon dimanche à toutes et à tous !

 

T.A

 

LA COCCINELLE - Victor HUGO

 

Elle me dit : Quelque chose

Me tourmente. Et j'aperçus

Son cou de neige, et, dessus,

Un petit insecte rose.

 

J'aurais dû - mais, sage ou fou,

A seize ans on est farouche,

Voir le baiser sur sa bouche

Plus que l'insecte à son cou.

 

On eût dit un coquillage ;

Dos rose et taché de noir.

Les fauvettes pour nous voir

Se penchaient dans le feuillage.

 

Sa bouche franche était là :

Je me courbai sur la belle,

Et je pris la coccinelle ;

Mais le baiser s'envola.

 

- Fils, apprends comme on me nomme,

Dit l'insecte du ciel bleu,

Les bêtes sont au bon Dieu,

Mais la bêtise est à l'homme.

 

La Coccinelle chantée par le Ténor Maxime Melnik sur une musique de Georges BIZET : https://www.youtube.com/watch?v=_ZBgSsji79w

 

https://www.youtube.com/watch?v=j8OdDs8ksrU

 

 

THE LADYBIRD - Victor Hugo

 

She told me ‘Something’s tickling’, and I checked,

looked at her snowy neck, and on it saw

a little pink insect...

 

 

...and not - but at sixteen one’s what-the-heck

naughty or nice - the kiss upon her lips:

just the bug on her neck.

 

 

You’d say, from this pink back, spotted with black,

a shellfish… Warblers in the foliage

were craning for a look.

 

 

Her mouth, so free! I hovered by the fay,

bent to her beauty, took the ladybird:

but the kiss flew away.

 

 

‘Look at my name: we darling beasts are holy,’

says the sky-flyer: ‘we are Our Lady’s birds;

mankind wreaks beastly folly.’

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

La Coccinelle chantée par Cécila Bartoli, Myung Whung au piano, sur la musique de Bizet :

https://www.youtube.com/watch?v=bRNsWFAyM64&


Victor Hugo à 16 ans

 

 

- Hugo jeune homme

- Les contemplations. Autrefois, 1830-1843 / par Victor Hugo ( Paris : J. Hetzel & A. Quantin, 1910), recueil de 158 poèmes écrits entre 1846 et 1855 et rassemblés en 6 livres. Victor Hugo les a publiés en 1856. Livre premier: "Aurore", C’est le livre de la jeunesse . Le poète évoque ses souvenirs de collège, ses premiers émois amoureux (Lise), ses premières luttes littéraires (Réponse à un acte d’accusation). Il chante la beauté du printemps et la joie du rêveur devant un beau paysage ou le spectacle en plein air (La fête chez Thérèse). 

- Livret Musique de Camille Saint-Saëns sur le poème de Victor Hugo. - Dédicace à Monsieur Victor Capoul. - Date de composition : 1868. - 1re éd. : 1896 (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

- Portrait de Victor Hugo par RODIN / RMM Grand Palais

 

La COCCINELLE - Maurice CARÊME (1899-1978)

 

Je ris dans les bluets,

Je mange dans les lis,

Je lis dans les oeillets,

Je bois dans les narcisses.

Et, couchée dans les citronnelles,

Je rêve si longtemps de bleu,

Moi, la petite coccinelle,

Que je deviens bête à bon Dieu.

 

https://www.youtube.com/watch?v=8QiPwx4bpyY

 

https://www.youtube.com/watch?v=PHgjgWzO8Xc

 

 

THE LADYBIRD – Maurice CARÊME

 

I laugh among the cornflowers,

I dine among the lilies,

I read among the gillyflowers,

Drink in the daffodillies.

I slumber in verbena,

In the blue my dreams have soared:

That’s why in France they call me

The beetle of the Lord.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


Maurice Carême, photo de Jeannine Burny , Fondation Maurice Carême


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end).

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA COCCINELLE & LE MARTIN PECHEUR, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  

   Robert DESNOS a créé pour les enfants Trente Chantefables et cinquante Chantefleurs, chefs-d’œuvre en miniature, qu’il confie à un ami, peu avant que le Gestapo l’enlève.

Paris est libéré : la maison d’éditions Gründ s’en occupe : voici le livre paru le 1er janvier 1944 avec les beaux dessins d'Olga Kowalewski : mais Desnos ne le verra pas, il est sur sa voie de martyr et de mort.

Plus tard, on aura les livres des 80 poèmes ( illustrés par Zdenka Krejcova) et des 100 poèmes (illustrés par Jean-Claude Silbermann).

 

 

 

 

 

 

Egalement le livre bilingue des 30 Chantefables / Storysongs , qui me tient à coeur avec mon texte en anglais et les dessins magnifiques de Cat Zaza (en photo ci-contre), parisienne italienne (Agenda Editions, 2014).

 

 

LA COCCINELLE

 

Dans une rose à Bagatelle

Naquit un jour la Coccinelle.

Dans une rose de Provins

Elle compta jusqu’à cent vingt.

Dans une rose à Mogador

Elle a vécu en thermidor.

Dans une rose à Jéricho,

Elle évita le Siroco.

Dans une rose en Picardie

Elle a trouvé son paradis:

Coccinelle à sept points

Bête à bon Dieu, bête à bon point.

 

https://www.youtube.com/watch?v=JDwGQAXnRhI

https://www.youtube.com/watch?v=alHTYkF8ERA

 

 

THE LADYBIRD

 

In a Paris rose occurred,

Once, a new-born ladybird.

In a rose of Mogador

She could count to twice threescore.

In a rose of somewhere famous

Called Provins, she lived her summers.

In a rose of Jericho

In a sandstorm she lay low.

In a rose of Picardy

In her paradise was she:

Seven-spotted ladybird,

Blessed beetle of the Lord.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


"La Cocccinnelle", illustrée par Cat Zaza, extraite des 30 Chantefables / Storysongs de Desnos, par Timothy Adès (Textes) et Cat Zaza (illustrations)

 

LE MARTIN-PÊCHEUR

 

Quand martin, martin, martin

Se lève de bon matin,

Le martin, martin-pêcheur

Se réveille de bonne heure.

 

Il va pêcher le goujon

Dans le fleuve, auprès des joncs,

Se régale d’alevins,

Boit de l’eau mais pas de vin.

 

Puis martin, martin, martin,

Va dormir jusqu’au matin,

Je souhaite de grand cœur

Devenir martin-pêcheur.

 

https://www.youtube.com/watch?v=tdTChSh__AM

https://www.youtube.com/watch?v=gU7bqzVckHw

https://www.youtube.com/watch?v=9jFbcs2tyRk

 

 

THE KINGFISHER

 

King fisher-king fisher

What a lovely morning

King fisher-king fisher

Wakes when day is dawning

 

Fishing for a gudgeon

Near the reeds, he’s caught a

Tiddler-shoal for luncheon,

Drinks no wine, just water.

 

Then king fisher-king’s away

Off to sleep till break o’ day

To be a kingfisher king-fishin’

That’s my heart’s true ambition.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 

https://www.youtube.com/watch?v=1CsyenHROSE

 


Photographie d'un martin pêcheur par Chris Chambers, photographe et éducateur britannique, lauréat de plusieurs prix nationaux et internationaux


- Portait de Robert Desnos, 1943, par Eugène Labisse (1905-1982)

- Chantefables et Chantefleurs, ilustration par Zdenka Kreǰková (Paris, Gründ)

- Chantefables et Chantefleurs, illustrations par Jean-Claude Silbermann

- 30 Chantefables, illustrations par Olga Kowalewski


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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TESTAMENT, par Armand Silvestre / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Armand SILVESTRE (1837-1901), romancier, poète parnassien, conteur, librettiste et critique d'art’. Ce polytechnicien, officier du génie, abandonne assez rapidement la carrière militaire pour se consacrer à la littérature;

il entre au ministère des finances ; il devient sous-chef au Bureau de la bibliothèque et des archives; promu Chevalier de la Légion d'Honneur en 1886, nommé inspecteur des Beaux-arts en 1892.

Et pour moi, comme Anglais, les dates de sa vie sont aussi les dates du règne de Victoria : celui-ci (63 ans) étant de loin dépassé par Elizabeth II (qui règne depuis 1952), qui s’approche déjà des 72 ans de Louis XIV.

 

 

 

Armand Silvestre, par Angelo Mariani, Juillet 1891

 

TESTAMENT

 

Pour que le vent te les apporte

Sur l’aile noire d’un remord,

J’écrirai sur la feuille morte

Les tortures de mon cœur mort !

 

Toute ma sève s’est tarie

Aux clairs midis de ta beauté,

Et, comme à la feuille flétrie,

Rien de vivant ne m’est resté.

 

Tes yeux m’ont brûlé jusqu’à l’âme,

Comme des soleils sans merci !

Feuille que le gouffre réclame,

L’autan va m’emporter aussi ...

 

Mais avant, pour qu’il te les porte

Sur l’aile noire d’un remord,

J’écrirai sur la feuille morte

Les tortures de mon coeur mort !

 

 

 

Henri Duparc : https://www.youtube.com/watch?v=LdPDsOdCIY0

(Bruno Laplante, baryton)

 

 TESTAMENT                                        

 

For the wind to bring you

On remorse’s black wing,

On the dead leaf I’ll write

My dead heart’s suffering.

 

My sap is all withered

In your beauty’s bright noon :

Like the leaf that is faded

My life is all gone.

 

Cruel suns are your eyes,

To my soul I am burned :

A leaf to the chasm,

Borne off by south wind.

 

This, first, it shall bring you

On remorse’s black wing :

On the dead leaf I’ll write

My dead heart’s suffering.

 

 

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

Published in Agenda no: 47 ‘Poetry and Opera’ 2013

 


- Caricature d'Armand Silvestre dans  la revue satirique Les Hommes d'aujourd'hui , 1886 (numéro 265), fondée par l'écrivain et journaliste Félicien Champsaur et le dessinateur André Gill en 1878

- Portrait d'Armand Silvestre, 1884, par le peintre Armand-Désiré Gautier, Hauteur : 98 ; Largeur : 130  (Toulouse, Musée des Augustins, musée des Beaux-Arts de Toulouse fondé en 1793)

- Portrait d'Armand Silvestre par Jean Beraud, 1894, Hauteur : 48 ; Largeur : 37 ( Toulouse, Musée des Augustins)

- Photographie d'Armand Silvestre par les Ateliers NADAR, éditée en 1910 (Source  :  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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Une maison, un artiste - André Breton, Saint-Cirq-Lapopie


AUJOURD'HUI DIMANCHE A 12H00 SUR FRANCE 5. AVEC NOTRE AMI LAURENT DOUCET


  
   L'émission spéciale "Une maison, un artiste" de France 5 sur André BRETON et les surréalistes dans le Lot et à Saint-Cirq-Lapopie est rediffisée aujourd'hui dimanche 17 octobre à midi !
L'occasion aussi d'apprécier le travail remarquable de notre ami Laurent Doucet (Photo), poète, enseignant, Pt et animateur de l'ass La Rose Impossible gestionnaire de la Maison André Breton (MAB) acquise par le chef de fil des surréalistes en 1951. Laurent Doucet y interviendra aux côtés notamment de l'écrivain Dan Franck et d'Arthur Teboul, auteur et chanteur leader du groupe Feu ! Chatterton.
N.B : Laurent nous avait offert l'an dernier "Une poésie par temps de  vacillements" :

https://www.pourunerepubliqueecologique.org/2020/09/18/poesie-par-temps-de-vacillements-par-laurent-doucet-poète/

- Laurent Doucet

- Dan Franck

- Arthur Teboul

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SUR LA ROUTE et Ô JEUNESSE, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Un beau sonnet de Robert DESNOS qui, malgré la tendance naturelle du Surréalisme vers le désordre, était bien capable de créer un poème de parfaite forme traditionnelle.

Et moi, en le traduisant, j’ai pu garder le ABBA ABBA qui ne m’arrive pas souvent. (Plus de 300 sonnets traduits !)

Or, il y a quelques jours, j’ai assisté à une soirée poétique à ce sujet des Routes : et donc, voilà ! Le verre chez Desnos c’est du vin rouge... Et j’ajoute encore un sonnet de la même période de sa vie, de moins bonne mine, qui me ressort tout à fait sans rimes… C’est la Muse qui décide.

 

 

 

Desnos par Félix Labisse (1905-1982)

 

Sur la Route

 

Sur la route parfois on rencontre des vignes

Dont les raisins mûris sont à portée de main

Qu’ils sont bons ! Et partons où serons-nous demain ?

Car la feuille ressemble à la main par les lignes.

 

Mais chérissons le vin où se lisent les signes

sacrés de la jeunesse et des désirs humains

Le verre est bu, partons reprenons le chemin

qui naît au chant du coq et meurt au chant du cygne

 

Il reste cependant l’empreinte de nos verres

sur la nappe tracée. Aux mains des lavandières

La tache partira bientôt au fil de l’eau.

 

Ainsi vont les serments belle fille qui chantes

Pour trinquer à plaisir en l’honneur des méchantes

Remplissez notre verre aux bondes des tonneaux.

 

Peinture surréaliste, gouache sur papier, Robert Desnos, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris

 

On the Road

 

On the road now and then we may come across vines

And the grapes are all ripe, just an arm’s length away

Aren’t they good ! Let’s be off, who knows where in a day ?

For the leaf’s like a hand, with the same little lines.

 

But let’s cherish the vine with its numinous signs

Runes of youth and of human desire on display

Now the glass is drunk dry let’s get back on our way

At the cockcrow it blooms, in the swan-song declines

 

Yet the mark of our glasses imprinted remains

On the tablecloth. Under the laundresses’ hands

Running water will rapidly banish the stains.

 

That’s how promises vanish my lovely who stands

At the bung with a song come and fill up our glass

We shall drink as we choose to each mischievous lass

 


 

Ô Jeunesse

 

Ô jeunesse voici que les noces s’achèvent

Les convives s’en vont des tables du banquet

Les nappes sont tachées de vin et le parquet

Est blanchi par les pas des danseurs et des rêves

 

Une vague a roulé des roses sur la grève

quelque amant malheureux jeta du haut du quai

Dans la mer en pleurant reliques et bouquets

Et les rois ont mangé la galette et la fève

 

Midi flambant fait pressentir le crépuscule

Le cimetière est plein d’amis qui se bousculent

que leur sommeil soit calme et leur mort sans rigueur

 

Mais tant qu’il restera du vin dans les bouteilles

qu’on emplisse mon verre et bouchant mes oreilles

J’écouterai monter l’océan dans mon cœur.

 

Marc Robine : https://www.youtube.com/watch?v=lOX5pWE2Kl4

 

Days of Youth

 

Days of youth the wedding is over

The guests are leaving the banquet

There’s wine on the cloths, and the parquet

Is whitened by dancers and dreams.

 

A wave strewed the foreshore with roses

Love’s victim has hurled off the quayside

Weeping wretchedly keepsakes and posies

The kings ate the cakes and the beans.

 

Flaming noon foreshadows the twilight

Friends jostle in graveyards to slumber

In peace and for death without stiffness

 

But while there’s still wine in the bottles

Fill my glass and with ears stopped I’ll listen

To my heart where the ocean is rising.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- Youki et Desnos


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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D'UN VANNEUR DE BLE AUX VENTS, par Josachim du bellay / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Joachim du Bellay (1522 ?-60), l'un des plus grands, fut avec Ronsard le principal fondateur d'une "brigade idéale", préfiguration de "la la Pléiade" (1553), groupe de poètes français de la Renaissance marqué par la littérature antique et par une volonté de s'émanciper de l'héritage littéraire médiéval; leur souci de moderniser la langue française et de promouvoir de nouvelles formes poétiques les amène à écrire plusieurs ouvrages dont le fameux La Défense et illustration de la langue française (Du Bellay, 1549) qui devint le Manifeste du groupe.

 

Né à Liré, en Anjou, au château de la Turmelière, Du Bellay part en 1553 à Rome pour quatre ans, il a trente et un ans, comme « ménagier » de son cousin Jean, Cardinal, surintendant général des affaires royales en Italie. Il y connait une idylle avec Faustina, également de « longues années d’ennui, de chagrin, de soucis et d’amour » (dixit Jean Maria de Hérédia lors de son discours à l'occasion de l'inauguration de la statue de Du Bellay à Ancenis le 2 septembre 1894).

A son retour, fin août 1557, il publie son célèbre recueil Les Regrets et autres oeuvres poétiques, ainsi que Divers jeux rustiques (1558) - écrits pendant son séjour romain - d'où est extrait ce poème que je vous propose ce dimanche : "D'un Vanneur de Blé aux Vents", autrement appelé "La Chanson du vanneur de blé".

 

D’un Vanneur de Blé aux Vents

 

A vous troppe legere,

Qui d’aele passagere

Par le monde volez,

Et d’un sifflant murmure

L’ombrageuse verdure

Doulcement esbranlez,

 

 

J’offre ces violettes,

Ces lis et ces fleurettes,

Et ces roses icy,

Ces vermeillettes roses,

Tout freschement écloses,

Et ces œilletz aussi.

 

 

De vostre double halaine

Eventez ceste plaine,

Eventez ce sejour:

Ce pendant que j’ahanne

A mon blé, que je vanne

A la chaleur du jour.

 

 

 

Chant :

TSB : https://www.youtube.com/watch?v=TRUmynTIMHIhttps://www.youtube.com/watch?v=BTM1LIAG75Q

 

https://www.youtube.com/watch?v=F4ScP0zhg90&t=1s

 

Récit :

https://www.youtube.com/watch?v=m9VkbneoIDY

 

To the Winds, from a Winnower

 

To you lighter than light

Who with fugitive flight

At liberty flutter,

Who lovingly muffle

Susurrus, and ruffle

The sheltering verdure:

 

 

I offer these violets,

Lilies and flowerets,

Roses I hold,

These little red roses

Newly unfurled,

And pink gillyflowers.

 

 

Let a breath of your breeze

Come play on the plain

As long as I stay,

Come play as I strain

At my winnowing-fan

In the heat of the day.

 

  Translation: Copyright © Timothy Adès

 

Lennox Berkeley : https://www.youtube.com/watch?v=BTM1LIAG75Q

 


- Les Regrets , Josachim du Bellay (Source  :  Bibliothèque nationale de France, Rés. Ye-410)

- Du Bellay jeune

- Fontaine des Innocents, place Joachim-du-Bellay, 1er arrondissement, Paris

- Statue de Joachim du Bellay à Ancenis, en Loire-Atlantique


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

 

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA CHATTE METAMORPHOSEE EN FEMME, par Jean de La Fontaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

La chatte métamorphosée en femme’ : l’une des Fables de La Fontaine que j’ai traduites en anglais pour ces deux dames talentueuses et charmantes que sont Isabelle Aboulker, pianiste compositeur, et Julia Kogan chanteuse soprano.

Cette fable est extraite du Livre II, fable 18 des "Fables" qui connurent de nombreuses éditions illustrées par François Chauveau (1613-1676), Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Jean-Jacques Grandville (1803-1847), Gustave Doré (1832-1883), Boutet de Montvel (1851-1913), Benjamin Rabier (1864-1939, par des maîtres de l'estampe japonaise, également par l’imagerie d’Epinal, Willy Aractingi (1930-2003) et, plus près de nous, par Christian Richet, Ivan Lammerant...

Elles marquèrent indubitablement une date dans l'histoire du genre.

Dans son introduction, La Fontaine s'inscrit dans cette longue tradition consistant à recourir aux animaux pour faire passer une critique du pouvoir et de la société ou énoncer une morale, en se réclamant du fabuliste grec Ésope.

Bien que ses fables fussent construites aux fins de l’éducation du Dauphin, fils de Louis XIV, La Fontaine y fit passer ainsi une critique de la société dans laquelle il vivait : "Je me sers des animaux pour instruire les hommes".

 

La Chatte métamorphosée en femme, Chagall

 

Le recueil est divisé en douze livres : les six premiers ont été publiés en 1668, les livres VII à XI en 1678 et 1679, le douzième en 1694.

 

 

Outre ma traduction, je vous en propose une interprétation éblouissante par Isabelle Aboulker et Julia Kogan, à l'occasion de la sortie du double album " Mélodies - Song" (enregistré à Bradford en 2017 pour les 84 ans d'Isabelle Aboulker), déjà évoqué dans un précédent article, réunissant les versions françaises et anglaises.

 

 

 

 

N.B : La Chatte métamorphosée en femme, gouache sur papier, par Chagall (commande d'Ambroise Vollard, marchand de tableaux, à la fin des années 1920. Chagall y travaillera de 1926 à 1927).

 

La Chatte Métamorphosée en Femme

 

Un homme chérissait éperdument sa Chatte ;

Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,

Qui miaulait d'un ton fort doux.

Il était plus fou que les fous.

Cet Homme donc, par prières, par larmes,

Par sortilèges et par charmes,

Fait tant qu'il obtient du destin

Que sa Chatte en un beau matin

Devient femme, et le matin même,

Maître sot en fait sa moitié.

 

Le voilà fou d'amour extrême,

De fou qu'il était d'amitié.

Jamais la Dame la plus belle

Ne charma tant son Favori

Que fait cette épouse nouvelle

Son hypocondre de mari.

 

Il l'amadoue, elle le flatte ;

Il n'y trouve plus rien de Chatte,

Et poussant l'erreur jusqu'au bout,

La croit femme en tout et partout,

Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte

Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.

Aussitôt la femme est sur pieds :

 

Elle manqua son aventure.

Souris de revenir, femme d'être en posture.

Car ayant changé de figure,

Les souris ne la craignaient point.

Ce lui fut toujours une amorce,

Tant le naturel a de force.

 

Il se moque de tout, certain âge accompli :

Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.

En vain de son train ordinaire

On le veut désaccoutumer.

Quelque chose qu'on puisse faire,

On ne saurait le réformer.

 

Coups de fourche ni d'étrivières

Ne lui font changer de manières ;

Et, fussiez-vous embâtonnés,

Jamais vous n'en serez les maîtres.

Qu'on lui ferme la porte au nez,

Il reviendra par les fenêtres.

 

https://www.youtube.com/watch?v=HYpk-yH3LV4

 

Un beau récit : https://www.youtube.com/watch?v=c71xuOGbmB0

 

Offenbach : https://www.youtube.com/watch?v=rjTFi-DM728

 

 

The Cat Transformed into a Woman

 

A fellow had a cat and loved her to distraction,

He found her beautiful and sweet, a huge attraction,

Her miaows were the loveliest,

He was that crazy, that obsessed.

This fellow, then, by weeping and by clamour

By sorcery and arts of glamour

Obtained this boon from destiny,

That one fine day his cat would be

One fine Woman, and that very morning

Mr Silly made her his wife.

 

Such reckless love was never seen,

So crazy had his courtship been.

No lovely lady ever did

Her favourite so fascinate

As did this cat, this newly-wed,

Her husband in his manic state.

 

He billed and cooed, her words were pleasant,

He saw no signs of catness present;

He thought, making worse his bad move,

‘Perfect woman, yes ! That’s my love.’

But next (bis) some little Mice who came and gnawed the carpet

Disturbed the pleasure of the newly-married pair :

Straight away, Madam was right there !

 

She did not catch the little varmints.

When the mice came again, Madam had all her plans laid :

For she had a woman’s appearance,

And the mice were quite unafraid.

She always found it appetising !

Truly, Nature’s force is surprising :

 

It is contemptuous: though time is transient :

The fabric holds its pleat, the perfume-jar its scent.

In vain we try to coax it loose

From its accustomed precedent:

Whatever measures we may use,

We cannot make it different.

 

Your pitchfork or your strap will not

Reform its character one jot,

Or if you wield a great big stick,

No good! For there is no escaping :

You slam your door shut, here’s the trick :

It finds your open windows gaping !

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 

https://www.youtube.com/watch?v=E8j9vCU3u58

 


- Portrait de Jean de La Fontaine à 69 ans, Huile sur toile ovale H. 81,5 ; L. 65,5 par Jean Rigaud, 1690 (Paris, musée Carnavalet).
- La Chatte métamorphosée en femme, 1668, par François Chauveau (1613-1676), gravure sur cuivre (Versailles, Bibliothèque municipale centrale); cette gravure fait partie des illustrations de Chauveau dans la première édition des Fables, en 1668, qui en fit une par fable.

- La Chatte métamorphosée en femme, vignette, fumé pour l'illustration des "Fables" de Jean de La Fontaine, par Gustave Doré ; A. Bertrand, 1868 (source  :  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-DC-298).

- Bronze, 14 x 26.5 cm, de Ferdinand Faivre (1860-1937).

Julia Kagan et Isabelle Aboulker, photographie


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA DIVE BOUTEILLE, par François Rabelais / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Je vous propose de revenir à François RABELAIS (1494 ? - 1553) avec le poème de La Dive bouteille !

Issu du chapitre XLIIII du Cinquiesme livre de Rabelais (édition de 1564), il s'agit de la prière de Panurge à la Dive Bouteille.

 

« Je n'ai rien vaillant; je dois beaucoup; je donne le reste aux pauvres. »

 

Panurge cherche la Dive Bouteille : ‘Comme par la magie d’une mystérieuse évocation, la figure de cette divinité délectable mais aux étranges relents, dont Bacbuc est la prêtresse – « Bacbuc » : nom de la bouteille en hébreu, bruit qu’elle fait quand on la vide –, surgit au moment même où l’initié s’adresse à elle pour connaître le fin Mot de sa quête.’

 

« Et icy maintenons que non rire, ains boire est le propre de l'homme. Je ne dy pas boiez simplement et absolument, car aussi bien boivent les bestes : je dy boire vin bon et frais. Notez amiz que de vin divin on devient : et n'y a argument tant seur, ny art de divination moins fallace. Vos Academiques l'afferment rendans l'etymologie du vin oἶnoς estre comme vis, force, puissance. Car pouvoir il a d'emplir l'ame de toute vérité, tout savoir et philosophie. » - Pantagruel.

 

 

Rabelais - La Dive Bouteille

 

 

O Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères,
Et le mot profères
Auquel pend mon cœur.
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclase,
Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loin de toi est forclose
Toute mensonge & toute tromperie.
En joie soit l’âme de Noach close,
Lequel de toi nous fit la temperie.
Sonne le beau mot, je t’en prie,
Qui me doit ôter de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toi, soit blanche, ou soit vermeille.
O Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères.

 

 

The Divine Bottle

 

 

Bottle

full of

festal

cheer,

let me

h e a r

in this

e a r :

don’t delay,

o n l y  s a y,

just  i m p a r t

to  my  h e a r t.

In the sacred nectar

in your body sealed,

Bacchus, India’s victor,

holds all truth concealed.

Wine divine , far removed

from any sort of trick or lie,

in Noah’s vineyard proved:

ring it all around with joy!

Say the magic word, I pray,

take my wretchedness away.

Gold, or crimson (or rosé),

not a drop must go astray.

Bottle

full of

festal

cheer,

let me

h e a r

in this

e a r :

don’t delay !

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


- "Le cinquiesme et dernier livre des faicts et dicts heroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en medecine . Auquel est contenu la visitation de l'oracle de la dive Bacbuc, & le mot de la Bouteille : pour lequel avoir, est entrepris tout ce long voyage. Nouvellement mis en lumiere", Rabelais (Éditeur  :  M. D. LXIIII, 1564), en français moyen, BnF, département Réserve des livres rares, RES-Y2-216

- " Calligramme de La Dive Bouteille", Panurge veut consulter l'oracle pour savoir s'il se mariera et si sa femme le trompera; il ne s'agit pas ici que de l'avenir de Panurge, mais du sort de l'humanité

- Série Panurge de Le Corbusier, imprimée par Mourlot, 1962

- La dive bouteille, Livre V, chapitre XLV, dessin de Gustave Doré, gravure sur bois de Paul Jonnard


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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C'EST TOUT UN ART D'ETRE CANARD, par Claude Roy / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Un poème de Claude ROY (1915-1997), poète, écrivain, journaliste, romancier, essayiste, critique, collagiste, traducteur de poésie chinoise… lauréat  de nombreux prix dont celui du premier Goncourt/Poésie en 1985 et du prix Guillaume-Apollinaire en 1995 pour l'ensemble de son œuvre, du prix Femina-Vacaresco (1970), du Grand prix de la Société des Gens de Lettres (1984), du prix du Mai du Livre d'art (1996); Résistant (Croix de Guerre) ; ‘ le cœur triste, l’esprit gai ’ selon Marthe Robert ; son épouse était la grande comédienne et auteur dramatique Loleh Bellon. ‘La famille est charentaise, d'un pays qui donne, à en croire Chardonne et ses admirateurs, le goût du bien-dire.’ – alors, comme notre ami Dominique Lévèque…

 

 

 

 Claude ROY // Henri Cartier Bresson

Une belle lecture du poème par Mme Anne Métais : https://www.youtube.com/watch?v=OwMTu-lMgP4

 

C’est tout un art d’être canard

 

C’est tout un art

D’être un canard

Canard marchant

Canard nageant

Canards au vol vont dandinant

Canards sur l’eau vont naviguant

Être canard

C’est absorbant

Terre ou étang

C’est différent

Canards au sol s’en vont en rang

Canards sur l’eau s’en vont ramant

Être canard

Ça prend du temps

C’est tout un art

C’est amusant

Canards au sol cancanants

Canards sur l’eau sont étonnants

Il faut savoir

Marcher, nager

Courir, plonger

Dans l’abreuvoir.

Canards le jour sont claironnants

Canards le soir vont clopinant

Canards aux champs

Ou sur l’étang

C’est tout un art

D’être canard.

 

 

It’s quite a knack to be a duck

 

It’s quite a knack

to be a duck

a swimming duck

a walking duck.

A flying duck’s a waddling duck

a water duck’s a wand’ring duck

To be a drake

on land or lake

it’s what compels,

it’s something else

Ducks on dry land parade, a row

on water, ducks proceed to row

To be a drake

can only take

time, it’s an art

that cheers the heart

A duck on land’s a cackle-box

a water duck’s miraculous

Drakes can bring off

the walk run swim

in cattle-trough

the plunge of him

The duck of dawn goes trumpeting

the duck of dusk goes tottering

To be a drake

on lea or lake

It’s quite a knack

to be a duck.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


- Loleh Bellon
- Enfantasques, première parution en , Claude Roy (Gallimard, 1974)

Claude Roy à propos de son recueil de poèmes - Vidéo Ina.fr

ina.fr/video/I12054559 Invité sur le plateau de Bernard PIVOT, Claude ROY présente son recueil de poèmes "Enfantasques"

- Moi je, Essai d'autobiographie (collection Folio, 1978)

- Loleh Bellon et Claude Roy


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L'ODORAT, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Encore un beau poème de Jean Cassou (1897-1986), ‘le grand méconnu’, Résistant qui a composé ses fameux 33 Sonnets en 1941-42, alors qu'il était en prison, après avoir été arrêté par la police de Vichy - de Gaulle lui-même lui accroche la Croix de la Libération - et qui nous a légué le Musée National d’Art Moderne.
Ces Sonnets furent reconstitués de tête et publiés clandestinement en 1944.

Ce poème, L'Odorat, ne se trouve ni dans le recueil de Gallimard, ni dans mes deux recueils bilingues, ni même dans mon conte chez ‘Translation and Literature’ : seulement ici pour vous ! et dans la collection suisse ‘L’œuvre lyrique / Das lyrische Werk’.

Le recueil d’origine s’est appelé ‘Figures’. C’est Cassou qui m’a amené à ce beau métier de poète-traducteur : je lui en suis reconnaissant.   

 

 

L’ODORAT juin 1951

 

Respire le monde,

jusqu’en ses racines,

jusqu’au fond des glandes

d’où sourdent ses pluies.

 

Respire le monde,

narine profonde.

 

L’humide et le tendre,

l’âpre et l’adouci,

l’hiver plus précis,

le chaud plus esprit,

tout ce qui s’exhume

innombrablement,

instant de tout germe,

pulpe de poussière,

poussière de fleur,

accueille-le, hume

de tout ton désir

tant d’ épais bonheur,

tant d’onde éperdue,

ivre de mourir.

Grasse plénitude,

compagnie tenace,

ange de la garde,

pas une cassure

dans votre évidence.

Souviens-toi du soir

d’un jour de vacances,

- comme il faisait beau

dans ta belle enfance! –

Le soleil dans l’eau,

l’herbe fraîche, l’air

imprégné de fées,

Dieu sait quoi de femme

s’exhalait ce soir,

s’exhale toujours,

ouvre sans cesse, ouvre

les portes immenses

d’un soir éternel.

Jamais ne se ferme

la rose qui s’ouvre.

Jamais ne s’endort

le soir qui s’éveille.

Jamais ne s’oublie

une âme surprise

entre deux sommeils.

Louves affamés,

douves de la femme,

vapeurs submergées,

montez , oh ! montez

de l’étonnement

où vous reposez.

Ni brise ni pause,

rien ne reste atone

dans l’immensité,

mais à ta merveille

tend un offertoire

d’encens où s’épand

un grand raisin noir

coupé de sa treille,

tout est soupiré,

tout est délivré.

 

 

SENSE OF SMELL

 

Breathe into your lungs

the world to its roots

to the base of the glands

where the raindrop shoots.

 

Let the world-smell seep

To the nostrils deep.

 

The moist and the tender,

the rough and the tamed,

the more precise winter,

the heat with great wit,

whatever breaks earth

innumerably,

each instant of seed,

the pulp of the dust,

the dust of the flower :

make it welcome, absorb

with all your desire

such thickness of joy,

the passionate wave

that’s drunken with death.

The fatness and fullness,

unwavering band,

the angel on guard,

there’s no interruption,

you’ve evidence clear.

Remember that night,

those great holidays

when you were a child,

the sun used to blaze !

The sun in the water,

fresh grass and the sky

was teeming with fairies,

God knows in that dusk

what womanly sigh

was wafting, still wafts,

for ever throws wide,

throws wide the great gates

of dusk without end.

The rose that has opened

shall never be closed.

The dusk that has wakened

sinks never to sleep.

No soul can forget,

surprised between slumbers.

You she-wolves who starve,

you womanly staves,

you vapours submerged,

oh rise, will you, rise !

from the state of amaze

in which you repose.

No breeze and no pause,

all quivers with noise

in the vast and the void,

but gives to your wonder

an incense where spreads

a big bunch of black grapes

cut down from its vine,

and all is bewailed,

all’s quitted and freed.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 

 


Dessin de jean Cassou par Marcel Janco (1895-1984), peintre et sculpteur roumain, co-fondateur et figure de proue de Dada

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé,

de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES SAISONS, par Guillaume Apollinaire / Timothy Adès


Timothy Adès is back !

Notre ami Timothy nous offre en cette fin de vacances d'été un poème de Guillaume Apollinaire. Apollinaire, le mal-aimé, qui a exploré des chemins poétiques nouveaux et fut le premier à mettre en jeu le mot de "surréalisme" en 1917. Ainsi qu'un opportun détour par le dernier rapport (alarmant) du GIEC.

Apollinaire, cet enchanteur mélancolique était convaincu qu'" On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte ".


 

   Salutations aux amies et amis du PRé !

La situation est grave. On a le rapport du GIEC du 9 août :

 

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/rapport-du-giec-cinq-chiffres-marquants-sur-le-rechauffement-climatique-et-ses-consequences-150066.html .

 

Soyons conscients d'être "en guerre" : comme Apollinaire en août 1914, toujours en bonne mine : lui que la grippe enlèvera, pandémie de loin plus meurtrière que les conflits armés.

 

 Voici en cette pré-rentrée "Les Saisons", un poème d'Apollinaire publié dans La Grande revue, en novembre 1917, repris dans Calligrammes en 1918.

 

 

 

Portrait d'Appolinaire par Irène Lagut (1893-1994), 41 x 33 cm

 

LES SAISONS

 

C’était un temps béni nous étions sur les plages

Va-t’en de bon matin pieds nus et sans chapeau

Et vite comme va la langue d’un crapaud

L’amour blessait au coeur les fous comme les sages

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni Le temps du vaguemestre

On est bien plus serré que dans les autobus

Et des astres passaient que singeaient les obus

Quand dans la nuit survint la batterie équestre

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni Jours vagues et nuits vagues

Les marmites donnaient aux rondins des cagnats

Quelque aluminium où tu t’ingénias

À limer jusqu’au soir d’invraisemblables bagues

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni La guerre continue

Les Servants ont limé la bague au long des mois

Le Conducteur écoute abrité dans les bois

La chanson que répète une étoile inconnue

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

 

THE SEASONS

 

Those were the days ! with bare feet and no hat

On the beach in the morning, a blessing bestowed

 When Love like the flickering tongue of a toad

Struck the wise and the witless and struck to the heart

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

 

Those were the days of the baggage-master

Who packed us all in like a bus-conductor

At night when the gunners came up with their horses

The salvoes frazzled the stars in their courses

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War?

 

 

Those were the days and the nights you could tell

Shells over our shelters were raining things

Aluminium fell from each crump of a shell

We filed and we polished improbable rings

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

 

Those were the days we kept on with the War

The Gunners were filing and polishing rings

The Boss in the woods heard the voice that sings

The carefree song of an unknown star

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 (Published in Agenda poetry magazine)


- Photographie d'Apollinaire allongé

- Portrait d'Apollinaire par Maurice de Vlaminck, vers 1905 (musée d'Art du comté de Los Angeles)

- La Grande Revue, Paris Novembre 1917, 16x24cm, broché. - Edition originale. Contributions de A. Mater, G. Apollinaire, C. Péguy, A. Fribourg, A. Arnoux

- Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre, Guillaume Apollinaire (Mercure de France, 1918),  dédié " A la mémoire du plus ancien de mes camarades René Dalize pmort au champ d'honneur le 7 mai 1917 "

- Portrait d'Apollinaire par Picasso figurant dans l'édition de 1918 de Calligrammes (gravé sur bois par R. Jaudon)

- Photographie d'Apollinaire; crédits : Wikimedia Commons


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé,

de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L’ÉTÉ, Par Jean Cassou / Timothy Adès


 

   L’amour estival : l’amour en chaleur. En ce dernier dimanche de juillet, je vous propose un poème de Jean CASSOU (1897-1986), résistant et créateur du Musée National d’Art Moderne : L'Eté, un poème de son recueil ‘Attaché Détaché’, sans date.

Je l’ai trouvé dans l’édition bilingue d’Erker de St-Gall, en Suisse, et je l’ai traduit pour l’édition bilingue chez Arc Publications (2002), avec les fameux ‘33 Sonnets’ de 1941-42 qui m’ont valu un prix en 1995.

J’y relis avec émotion les quatre préfaces : celles de Cassou et d’Aragon qui se trouvent en français dans l’édition des 33 Sonnets  de Gallimard ; celle de feu Alistair Elliot, grand poète et traducteur de Verlaine, Valéry, Virgile… ; et la mienne qui exprime tout mon crédo comme traducteur-poète...

 

Bel été à toutes et tous !

T. A

 

 

La jeune femme au moustiquaire, d'Isoda Koryûsai (1735-1790),

peintre japonais d'estampe ukiyo-e (Boston).

 

L’ÉTÉ  de Jean Cassou

 

L’été, l’été, la course à cheval dans la nuit chaude,

un corps de femme sous la moustiquaire,

respirer la rue après le délire du concert,

puis le vagabondage dans le sueur d’alcool,

toute une jeunesse enfouie sous des feuillages tropicaux,

sous le sable que pousse un vent de forge,

et plus jamais nous ne danserons le shimmy aux lanternes,

tu te rappelles, jeunesse ?

le shimmy, une danse dans les rues de juillet,

et l’avenir dans tes bras comme une boule de feu,

tu te rappelles ce vieil avenir ? il s’est pourri,

une pomme rouillée, un cœur qui craque sous le doigt,

l’été, l’été profond, sa voix terrible de contralte,

l’été, pourquoi ?

 

 

SUMMER

 

Summer, summer, the horserace in the hot night,

a woman's body under the mosquito-net,

breathing the street after the ecstatic concert,

then the forays in the sweat of alcohol,

all the days of youth buried under tropical foliage,

under the sand driven by a furnace wind,

and never again shall we shimmy by lantern-light,

you remember, my youth?

the shimmy, a street dance in July,

and the future in your arms like a fireball,

you remember that old future? it went bad,

a rusty apple, a heart cracking in your fingers,

summer, deep summer, its fearsome contralto voice,

summer, for what?

 

Translation: Copyright © Timothy Adès



- Photographie de Jean Cassou à Belgrade en 1963.

- Trente-trois sonnets composés au secret - La Rose et le vin - La Folie d'Amadis (Collection Poésie/Gallimard (n° 287), Gallimard, parution : 23-02-1995)

- Trente-trois sonnets composés au secret, Dossier et notes par Henri Scepi. Lecture d'image par Bertrand Leclair (Collection Folioplus classiques (n° 298), Gallimard, parution : 08-09-2016)

- Jean Cassou, 33 Sonnets of the Resistance (composed and memorised in a Vichy prison), Arc Publications Second Edition 2005

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L'ETRANGER, par Sully-Prudhomme / Timothy Adès


Notre ami britannique Timothy Adès nous propose un poème d'un Parnassien : Sully-Prudhomme, plutôt méconnu de nos jours. On retient souvent de lui qu'il fut l’un des poètes officiels de la Troisième République. Son premier recueil, Stances et poèmes (1865), fut salué par Sainte-Beuve. Il publia aussi d’intéressantes études d’esthétique (De l’expression dans les Beaux- Arts, 1883 ; Réflexions sur l’art des vers, 1892 ; Testament poétique, 1901), et consacra plusieurs ouvrages à des questions de métaphysique. Publiés à titre posthume, son Journal intime (1862-1869) et ses Pensées de jeunesse sont parsemés d’aphorismes, comme celui-ci qui résume toute son oeuvre : « La poésie, c’est l’univers mis en musique par le coeur. »


   René François Armand SULLY-PRUDHOMME (1839-1907), est le premier poète à se voir décerner le premier Prix Nobel de littérature en 1901. D'autres noms, aux côtés du sien,  bruissent alors dans les couloirs de l'Académie suédoise : Henrik Ibsen, Frédéric Mistral, Edmond Rostand, Léon Tolstoï…

Ce premier lauréat sera célébré de Guinée-Bissau jusqu’à Corée du Nord (valeur de la monnaie : un won).

Je vous propose aujourd'hui son poème ‘L’Étranger’ qui se trouve dans le recueil ‘Les vaines tendresses’ de 1875 : voici qu’il se demande :

- Ai-je bien vécu ?

A rapprocher de ce que Robert Desnos (1900-1945) - un habitué de la rubrique Tutti Frutti du site du PRé - dans son poème ‘L’Épitaphe’ , tirée du recueil ‘Contrée’ orné de l’art de Picasso, nous demande :

- Avez-vous tous, as-tu bien vécu ?

 

Sully Prudhomme, photographie

(Parue dans «le Monde illustré», 23 novembre 1935. / BNF. Gallica. Atelier Nadar)

 

L’Étranger – Sully Prudhomme, 1875

 

Je me dis bien souvent : de quelle race es-tu ?

Ton cœur ne trouve rien qui l'enchaîne ou ravisse,

Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse :

Il semble qu'un bonheur infini te soit dû.

 

Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu ?

A quelle auguste cause as-tu rendu service ?

Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,

Quelle est ta beauté propre et ta propre vertu ?

 

A mes vagues regrets d'un ciel que j'imagine,

A mes dégoûts divins, il faut une origine :

Vainement je la cherche en mon cœur de limon ;

 

Et, moi-même étonné des douleurs que j'exprime,

J'écoute en moi pleurer un étranger sublime

Qui m'a toujours caché sa patrie et son nom.

 

 

The Stranger – Sully-Prudhomme

 

I often ask myself: What breed are you?

Your heart remains unravished, unenslaved;

There’s nothing that your thoughts and senses craved;

Eternal happiness must be your due.

 

And yet, what paradise did you forego?

What worthy cause have you done service to?

Confined to vice and squalor here below,

What’s your own beauty and your own virtue?

 

My longing for some heaven, my divine

Uneasiness, must have some origin;

I seek it vainly in my turbid heart.

 

Amazed at my pathetic litany,

I hear a noble stranger weep in me,

Who won’t his country, or his name, impart.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès





 

L’Épitaphe – Robert Desnos 1943

 

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années

Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.

Toute noblesse humaine étant emprisonnée

J’étais libre parmi les esclaves masqués.

 

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.

Je regardais le fleuve et la terre et le ciel

Tourner autour de moi, garder leur équilibre

Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

 

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes?

Regrettez-vous les temps où je me débattais ?

Avez-vous cultivé pour des moissons communes?

Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

 

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.

Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

 

 

The Epitaph – Robert Desnos 1943

 

I’ve lived today, and since antiquity

Been dead. I lived intact, but I was prey.

Man’s nobler side was jailed and put away;

Among the slaves in face-masks, I was free.

 

I’ve lived today, and nonetheless been free.

I watched the river and the earth and sky

Turn round me, and they kept their harmony;

Honey and birds, a seasonal supply.

 

How did you use these gifts, you there alive ?

Did you misuse the days I spent in toil?

Did you make common cause and till the soil

To harvest? Did you make my city thrive ?

 

Don’t fear me, you who live: I’m dead and gone:

Not soul nor body, nothing lingers on.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 



Desnos

Les Vaines tendresses, édition originale (Alphonse Lemerre, Paris 1875), bibliothèque d'Alidor Delzant

Médaille Prix Nobel de littérature décerné à Sully-Prudhomme

Timbre poste Guinée Bissau à l'effigie de Sully Prudhomme à l'occasion de son Prix Nobel

Timbre poste français


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE LAC, par Alphonse de Lamartine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète, romancier; Président du gouvernement provisoire en 1848, quand l’esclavage aux colonies est abolie législativement.

‘LE LAC’ : à mon école anglaise, nous avions un professeur français, licencié ès lettres : voici le premier poème qu’il nous révéla, si beau et si touchant, j’oublie les autres…

Il fait partie des vingt-quatre poèmes que Lamartine publiera en 1820 dans son premier recueil, Les Méditations poétiques, qui eut un fort retentissement.

Le poète est au Lac du Bourget (Savoie) en 1817, il pense à Julie Charles qu’il connait depuis l’année d'avant, à la faveur d'un séjour en cure à Aix Les Bains, à la Pension Perrier au cours duquel il l'a sauvera de la noyade. Il l'attend en vain. Julie est très souffrante et ne peut le rejoindre. Fin décembre, alors qu'il est dans sa propriété familiale de Milly (Saône-et-Loire), il apprend la mort de sa muse, à Paris, des suites de la tuberculose.

En 1820, il épousera Mary Ann Elisa Birch, une jeune franco-anglaise rencontrée en Août 1819 à la Pension Perrier. Nommé attaché d'ambassade, ils s'installeront à Naples.

Le Lac est bien sûr, comme souvent chez Lamartine, une réflexion sur le temps qui passe, mais aussi une ode à la nature en ce qu'elle est le témoin vivant du bonheur et qu'elle seule peut garder la trace du souvenir.

 

 

Et pourquoi Lamartine refusera le drapeau rouge ? ‘ Forêt obscure… belle nature… le vent qui gémit, le roseau qui soupire ’ : c’est que, tout en retenant le Tricolore, il veut hausser avec nous-mêmes le drapeau vert !

 

T A

 

   Le Lac - Poème de LAMARTINE - YouTube

    (Audio-visuel réalisé par Serge Pace)