CHRONIQUES TUTTI FRUTTI


 

Chroniques et rendez-vous culturels, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Parfois même humeuristiques sic ! Au gré des envies et des propositions des uns et des autres. Publiés généralement le week-end.

Animés par Jean-Claude Ribaut et Dominique Painvin. Et depuis l'apparition de la Covid-19 également par Carole Aurouet, Vianney Huguenot et Timothy Adès.

 


Jean-Claude Ribaut, architecte écrivain, promeneur-chroniqueur gastronomique, au Monde pendant plus de vingt ans, est, comme le note Bernard Pivot, « grand lecteur, sa culture artistique et littéraire est impressionnante. Il ne l’étale pas. Il ne la convoque que lorsque les adresses sont des lieux de mémoire. Il embarque avec lui Baudelaire, Ernest Hemingway, Céline, Apollinaire, Tocqueville ou Pérec seulement quand il en a besoin. Comme une herbe du jardin ajoutée à la fois pour le goût et la beauté. » (...) « Autre mérite de Jean-Claude Ribaut : son écriture soignée, goûteuse, fluide, liée comme une sauce réussie ».

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin.

Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques à Combat et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996. Il a collaboré à diverses publications, participé à la réédition du Guide Gallimard des restaurants de Paris en 1995. Il a publié avec Bernard Nantet aux éditions Du May Le Jardin des Epices (1992), puis chez Hachette en 1998 Saveurs de Havanes, un hommage au cigare cubain avec Michel Creignou. En 2003 dans la collection Découvertes Gallimard Le Vin, une histoire de goût avec l’historien Anthony Rowley. Egalement 100% Pain chez Solar, autour des techniques du boulanger Eric Kayser (2003). Puis Lasserre (Editions Favre. 2007), avec les recettes du chef Jean-Louis Nomicos.

Il est aujourd'hui chroniqueur gastronomique à La Revue : pour l'intelligence du monde (mensuel édité par le groupe Jeune Afrique), SINE MENSUEL, Dandy magazine, Tentation (trimestriel), Plaisirs (magazine suisse bimestriel), Le Monde de l'épicerie fine, Le Monde des grands Cafés, et au Petit journal des Toques blanches lyonnaises, après avoir officié au journal Le Monde pendant plus de 20 ans.

Dernier ouvrage paru : Voyage d'un gourmet à Paris (Calmann-Lévy, 2014). Prix Jean Carmet 2015.

Dominique Painvin est spécialiste de la communication multimédia.

Chargé de mission audio-visuelle à la Mairie de Paris.

Surnommé "Le Couteau suisse", cet ancien journaliste musical en radio & presse écrite spécialisée, reporter sur les grands festivals rock, pop, jazz français et européens, et chef d'édition dans les années 80 et 90, s’est aussi frotté au management culturel en oeuvrant pour la promotion du théâtre universitaire (programme "Fous de théâtre" avec la création d'un Salon de lecture et la production de spectacles universitaire dans le "In" du Festival d'Avignon) et celle du monde musical vers le monde universitaire, en collaboration avec les grands festivals (Francofolies de la Rochelle, Eurockéennes de Belfort, Transmusicales de Rennes, Paléo festival de Nyon, Printemps de Bourges, etc…), et les maisons de disques (labels indépendants, majors compagnies).

Carole Aurouet est docteur en littérature et civilisation françaises et latines, maître de conférences HDR à l’Université Gustave Eiffel en Etudes cinématographiques. Elle est membre de l’Institut de recherche en cinéma et audiovisuel. Elle fait partie du consortium du projet ANR Ciné08-19 (histoire du cinéma en France de 1908 à 1919) porté par Laurent Véray. Spécialiste de l’œuvre protéiforme de Jacques Prévert (théâtre, poésie, cinéma, collages), ses recherches sont aussi centrées sur les relations qu’entretiennent la littérature et le cinéma, et plus spécifiquement la poésie et le cinéma. D’autres poètes sont ainsi au centre de ses travaux : Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos, Benjamin Péret, etc. Dans ce cadre, elle convoque la génétique scénaristique, pour mettre en exergue les sentiers de la création cinématographique, tant au niveau de l’attribution du travail des uns et des autres dans une entreprise collective qu’au niveau de la spatialisation de la pensée créatrice ou encore de la socialisation de l’écriture scénaristique. Au sein de l'école doctorale Arts & Médias de la Sorbonne nouvelle - Paris 3, elle dispense depuis 2019 un séminaire sur la critique génétique scénaristique. Carole a créé et dirige la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place).

Vianney Huguenot est journaliste, chroniqueur sur France Bleu Lorraine et France Bleu Alsace, auteur au Petit Fûté et anime une émission sur Mirabelle TV (ViaMirabelle), « Sur ma route » au cours de laquelle il nous fait partager son « sentiment géographique », également sur ViaVosges. C’est un déambulateur réjouissant : chroniqueur sur France Bleu Lorraine, France Bleu Alsace, Vosges Matin, L’Estrade et Mirabelle TV, Vianney nous fait découvrir les lieux insolites et secrets de la région Grand Est, nous fait passer la porte de bistrots attachants et des cafés-restaurants de village méconnus, nous fait surtout partager son amour des rencontres avec beaucoup de talent.  "Hexagone trotter ", il sillonne plus largement la France depuis plus de vingt ans et sait formidablement donner envie de mettre nos pas dans ses pas.

 

Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment : « Les Vosges comme je les aime » (Vents d'Est, 2015), « Jules Ferry, un amoureux de la République » (Vents d'Est, 2014), « Jack Lang, dernière campagne. Éloge de la politique joyeuse » (Editions de l'aube, 2013), « Les Vosges par le cul de la bouteille » (Est livres, 2011, préfaces de Philippe Claudel et Claude Vanony), « La géographie, quelle histoire ! » (Editions Gérard-Louis, 2009, en collaboration avec Georges Roques, professeur d'université. Préfaces de Christian Pierret et Jean-Robert Pitte. Postface d'Yves Coppens), « Référendums locaux, consultations des électeurs, une avancée pour la démocratie ? » (Territorial éditions, 2005).

Vianney Huguenot - Le verbe est dans le fruit (Conseil en ...

leverbeestdanslefruit.com/vianney-huguenot

 

Timothy Adès est poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec

Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian. Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française. Il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais.

Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Dernier ouvrage parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my version.

 

Timothy Adès | rhyming translator-poet

www.timothyades.com

LA CHATTE METAMORPHOSEE EN FEMME, par Jean de La Fontaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

La chatte métamorphosée en femme’ : l’une des Fables de La Fontaine que j’ai traduites en anglais pour ces deux dames talentueuses et charmantes que sont Isabelle Aboulker, pianiste compositeur, et Julia Kogan chanteuse soprano.

Cette fable est extraite du Livre II, fable 18 des "Fables" qui connurent de nombreuses éditions illustrées par François Chauveau (1613-1676), Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Jean-Jacques Grandville (1803-1847), Gustave Doré (1832-1883), Boutet de Montvel (1851-1913), Benjamin Rabier (1864-1939, par des maîtres de l'estampe japonaises, également par l’imagerie d’Epinal, Willy Aractingi (1930-2003) et, plus près de nous, par Christian Richet, Ivan Lammerant.

Elles marquèrent indubitablement une date dans l'histoire du genre.

Dans son introduction, La Fontaine s'inscrit dans cette longue tradition consistant à recourir aux animaux pour faire passer une critique du pouvoir et de la société ou énoncer une morale, en se réclamant du fabuliste grec Ésope.

Bien que ses fables fussent construites aux fins de l’éducation du Dauphin, fils de Louis XIV, La Fontaine y fit passer ainsi une critique de la société dans laquelle il vivait : "Je me sers des animaux pour instruire les hommes".

 

La Chatte métamorphosée en femme, Chagall

 

Le recueil est divisé en douze livres : les six premiers ont été publiés en 1668, les livres VII à XI en 1678 et 1679, le douzième en 1694.

 

 

Outre ma traduction, je vous en propose une interprétation éblouissante par Isabelle Aboulker et Julia Kogan, à l'occasion de la sortie du double album " Mélodies - Song" (enregistré à Bradford en 2017 pour les 84 ans d'Isabelle Aboulker), déjà évoqué dans un précédent article, réunissant les versions françaises et anglaises.

 

 

 

 

N.B : La Chatte métamorphosée en femme, gouache sur papier, par Chagall (commande d'Ambroise Vollard, marchand de tableaux, à la fin des années 1920. Chagall y travaillera de 1926 à 1927).

 

La Chatte Métamorphosée en Femme

 

Un homme chérissait éperdument sa Chatte ;

Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,

Qui miaulait d'un ton fort doux.

Il était plus fou que les fous.

Cet Homme donc, par prières, par larmes,

Par sortilèges et par charmes,

Fait tant qu'il obtient du destin

Que sa Chatte en un beau matin

Devient femme, et le matin même,

Maître sot en fait sa moitié.

 

Le voilà fou d'amour extrême,

De fou qu'il était d'amitié.

Jamais la Dame la plus belle

Ne charma tant son Favori

Que fait cette épouse nouvelle

Son hypocondre de mari.

 

Il l'amadoue, elle le flatte ;

Il n'y trouve plus rien de Chatte,

Et poussant l'erreur jusqu'au bout,

La croit femme en tout et partout,

Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte

Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.

Aussitôt la femme est sur pieds :

 

Elle manqua son aventure.

Souris de revenir, femme d'être en posture.

Car ayant changé de figure,

Les souris ne la craignaient point.

Ce lui fut toujours une amorce,

Tant le naturel a de force.

 

Il se moque de tout, certain âge accompli :

Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.

En vain de son train ordinaire

On le veut désaccoutumer.

Quelque chose qu'on puisse faire,

On ne saurait le réformer.

 

Coups de fourche ni d'étrivières

Ne lui font changer de manières ;

Et, fussiez-vous embâtonnés,

Jamais vous n'en serez les maîtres.

Qu'on lui ferme la porte au nez,

Il reviendra par les fenêtres.

 

https://www.youtube.com/watch?v=HYpk-yH3LV4

 

Un beau récit : https://www.youtube.com/watch?v=c71xuOGbmB0

 

Offenbach : https://www.youtube.com/watch?v=rjTFi-DM728

 

 

The Cat Transformed into a Woman

 

A fellow had a cat and loved her to distraction,

He found her beautiful and sweet, a huge attraction,

Her miaows were the loveliest,

He was that crazy, that obsessed.

This fellow, then, by weeping and by clamour

By sorcery and arts of glamour

Obtained this boon from destiny,

That one fine day his cat would be

One fine Woman, and that very morning

Mr Silly made her his wife.

 

Such reckless love was never seen,

So crazy had his courtship been.

No lovely lady ever did

Her favourite so fascinate

As did this cat, this newly-wed,

Her husband in his manic state.

 

He billed and cooed, her words were pleasant,

He saw no signs of catness present;

He thought, making worse his bad move,

‘Perfect woman, yes ! That’s my love.’

But next (bis) some little Mice who came and gnawed the carpet

Disturbed the pleasure of the newly-married pair :

Straight away, Madam was right there !

 

She did not catch the little varmints.

When the mice came again, Madam had all her plans laid :

For she had a woman’s appearance,

And the mice were quite unafraid.

She always found it appetising !

Truly, Nature’s force is surprising :

 

It is contemptuous: though time is transient :

The fabric holds its pleat, the perfume-jar its scent.

In vain we try to coax it loose

From its accustomed precedent:

Whatever measures we may use,

We cannot make it different.

 

Your pitchfork or your strap will not

Reform its character one jot,

Or if you wield a great big stick,

No good! For there is no escaping :

You slam your door shut, here’s the trick :

It finds your open windows gaping !

 

https://www.youtube.com/watch?v=E8j9vCU3u58

 


- Portrait de Jean de La Fontaine à 69 ans, Huile sur toile ovale H. 81,5 ; L. 65,5 par Jean Rigaud, 1690 (Paris, musée Carnavalet).
- La Chatte métamorphosée en femme, 1668, par François Chauveau (1613-1676), gravure sur cuivre (Versailles, Bibliothèque municipale centrale); cette gravure fait partie des illustrations de Chauveau dans la première édition des Fables, en 1668, qui en fit une par fable.

- La Chatte métamorphosée en femme, vignette, fumé pour l'illustration des "Fables" de Jean de La Fontaine, par Gustave Doré ; A. Bertrand, 1868 (source  :  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-DC-298).

- Bronze, 14 x 26.5 cm, de Ferdinand Faivre (1860-1937).

Julia Kagan et Isabelle Aboulker, photographie


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LA DIVE BOUTEILLE, par François Rabelais / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Je vous propose de revenir à François RABELAIS (1494 ? - 1553) avec le poème de La Dive bouteille !

Issu du chapitre XLIIII du Cinquiesme livre de Rabelais (édition de 1564), il s'agit de la prière de Panurge à la Dive Bouteille.

 

« Je n'ai rien vaillant; je dois beaucoup; je donne le reste aux pauvres. »

 

Panurge cherche la Dive Bouteille : ‘Comme par la magie d’une mystérieuse évocation, la figure de cette divinité délectable mais aux étranges relents, dont Bacbuc est la prêtresse – « Bacbuc » : nom de la bouteille en hébreu, bruit qu’elle fait quand on la vide –, surgit au moment même où l’initié s’adresse à elle pour connaître le fin Mot de sa quête.’

 

« Et icy maintenons que non rire, ains boire est le propre de l'homme. Je ne dy pas boiez simplement et absolument, car aussi bien boivent les bestes : je dy boire vin bon et frais. Notez amiz que de vin divin on devient : et n'y a argument tant seur, ny art de divination moins fallace. Vos Academiques l'afferment rendans l'etymologie du vin oἶnoς estre comme vis, force, puissance. Car pouvoir il a d'emplir l'ame de toute vérité, tout savoir et philosophie. » - Pantagruel.

 

 

Rabelais - La Dive Bouteille

 

 

O Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères,
Et le mot profères
Auquel pend mon cœur.
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclase,
Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loin de toi est forclose
Toute mensonge & toute tromperie.
En joie soit l’âme de Noach close,
Lequel de toi nous fit la temperie.
Sonne le beau mot, je t’en prie,
Qui me doit ôter de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toi, soit blanche, ou soit vermeille.
O Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères.

 

 

The Divine Bottle

 

 

Bottle

full of

festal

cheer,

let me

h e a r

in this

e a r :

don’t delay,

o n l y  s a y,

just  i m p a r t

to  my  h e a r t.

In the sacred nectar

in your body sealed,

Bacchus, India’s victor,

holds all truth concealed.

Wine divine , far removed

from any sort of trick or lie,

in Noah’s vineyard proved:

ring it all around with joy!

Say the magic word, I pray,

take my wretchedness away.

Gold, or crimson (or rosé),

not a drop must go astray.

Bottle

full of

festal

cheer,

let me

h e a r

in this

e a r :

don’t delay !

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


- "Le cinquiesme et dernier livre des faicts et dicts heroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en medecine . Auquel est contenu la visitation de l'oracle de la dive Bacbuc, & le mot de la Bouteille : pour lequel avoir, est entrepris tout ce long voyage. Nouvellement mis en lumiere", Rabelais (Éditeur  :  M. D. LXIIII, 1564), en français moyen, BnF, département Réserve des livres rares, RES-Y2-216

- " Calligramme de La Dive Bouteille", Panurge veut consulter l'oracle pour savoir s'il se mariera et si sa femme le trompera; il ne s'agit pas ici que de l'avenir de Panurge, mais du sort de l'humanité

- Série Panurge de Le Corbusier, imprimée par Mourlot, 1962

- La dive bouteille, Livre V, chapitre XLV, dessin de Gustave Doré, gravure sur bois de Paul Jonnard


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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C'EST TOUT UN ART D'ETRE CANARD, par Claude Roy / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Un poème de Claude ROY (1915-1997), poète, écrivain, journaliste, romancier, essayiste, critique, collagiste, traducteur de poésie chinoise… lauréat  de nombreux prix dont celui du premier Goncourt/Poésie en 1985 et du prix Guillaume-Apollinaire en 1995 pour l'ensemble de son œuvre, du prix Femina-Vacaresco (1970), du Grand prix de la Société des Gens de Lettres (1984), du prix du Mai du Livre d'art (1996); Résistant (Croix de Guerre) ; ‘ le cœur triste, l’esprit gai ’ selon Marthe Robert ; son épouse était la grande comédienne et auteur dramatique Loleh Bellon. ‘La famille est charentaise, d'un pays qui donne, à en croire Chardonne et ses admirateurs, le goût du bien-dire.’ – alors, comme notre ami Dominique Lévèque…

 

 

 

 Claude ROY // Henri Cartier Bresson

Une belle lecture du poème par Mme Anne Métais : https://www.youtube.com/watch?v=OwMTu-lMgP4

 

C’est tout un art d’être canard

 

C’est tout un art

D’être un canard

Canard marchant

Canard nageant

Canards au vol vont dandinant

Canards sur l’eau vont naviguant

Être canard

C’est absorbant

Terre ou étang

C’est différent

Canards au sol s’en vont en rang

Canards sur l’eau s’en vont ramant

Être canard

Ça prend du temps

C’est tout un art

C’est amusant

Canards au sol cancanants

Canards sur l’eau sont étonnants

Il faut savoir

Marcher, nager

Courir, plonger

Dans l’abreuvoir.

Canards le jour sont claironnants

Canards le soir vont clopinant

Canards aux champs

Ou sur l’étang

C’est tout un art

D’être canard.

 

 

It’s quite a knack to be a duck

 

It’s quite a knack

to be a duck

a swimming duck

a walking duck.

A flying duck’s a waddling duck

a water duck’s a wand’ring duck

To be a drake

on land or lake

it’s what compels,

it’s something else

Ducks on dry land parade, a row

on water, ducks proceed to row

To be a drake

can only take

time, it’s an art

that cheers the heart

A duck on land’s a cackle-box

a water duck’s miraculous

Drakes can bring off

the walk run swim

in cattle-trough

the plunge of him

The duck of dawn goes trumpeting

the duck of dusk goes tottering

To be a drake

on lea or lake

It’s quite a knack

to be a duck.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


- Loleh Bellon
- Enfantasques, première parution en , Claude Roy (Gallimard, 1974)

Claude Roy à propos de son recueil de poèmes - Vidéo Ina.fr

ina.fr/video/I12054559 Invité sur le plateau de Bernard PIVOT, Claude ROY présente son recueil de poèmes "Enfantasques"

- Moi je, Essai d'autobiographie (collection Folio, 1978)

- Loleh Bellon et Claude Roy


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L'ODORAT, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Encore un beau poème de Jean Cassou (1897-1986), ‘le grand méconnu’, Résistant qui a composé ses fameux 33 Sonnets en 1941-42, alors qu'il était en prison, après avoir été arrêté par la police de Vichy - de Gaulle lui-même lui accroche la Croix de la Libération - et qui nous a légué le Musée National d’Art Moderne.
Ces Sonnets furent reconstitués de tête et publiés clandestinement en 1944.

Ce poème, L'Odorat, ne se trouve ni dans le recueil de Gallimard, ni dans mes deux recueils bilingues, ni même dans mon conte chez ‘Translation and Literature’ : seulement ici pour vous ! et dans la collection suisse ‘L’œuvre lyrique / Das lyrische Werk’.

Le recueil d’origine s’est appelé ‘Figures’. C’est Cassou qui m’a amené à ce beau métier de poète-traducteur : je lui en suis reconnaissant.   

 

 

L’ODORAT juin 1951

 

Respire le monde,

jusqu’en ses racines,

jusqu’au fond des glandes

d’où sourdent ses pluies.

 

Respire le monde,

narine profonde.

 

L’humide et le tendre,

l’âpre et l’adouci,

l’hiver plus précis,

le chaud plus esprit,

tout ce qui s’exhume

innombrablement,

instant de tout germe,

pulpe de poussière,

poussière de fleur,

accueille-le, hume

de tout ton désir

tant d’ épais bonheur,

tant d’onde éperdue,

ivre de mourir.

Grasse plénitude,

compagnie tenace,

ange de la garde,

pas une cassure

dans votre évidence.

Souviens-toi du soir

d’un jour de vacances,

- comme il faisait beau

dans ta belle enfance! –

Le soleil dans l’eau,

l’herbe fraîche, l’air

imprégné de fées,

Dieu sait quoi de femme

s’exhalait ce soir,

s’exhale toujours,

ouvre sans cesse, ouvre

les portes immenses

d’un soir éternel.

Jamais ne se ferme

la rose qui s’ouvre.

Jamais ne s’endort

le soir qui s’éveille.

Jamais ne s’oublie

une âme surprise

entre deux sommeils.

Louves affamés,

douves de la femme,

vapeurs submergées,

montez , oh ! montez

de l’étonnement

où vous reposez.

Ni brise ni pause,

rien ne reste atone

dans l’immensité,

mais à ta merveille

tend un offertoire

d’encens où s’épand

un grand raisin noir

coupé de sa treille,

tout est soupiré,

tout est délivré.

 

 

SENSE OF SMELL

 

Breathe into your lungs

the world to its roots

to the base of the glands

where the raindrop shoots.

 

Let the world-smell seep

To the nostrils deep.

 

The moist and the tender,

the rough and the tamed,

the more precise winter,

the heat with great wit,

whatever breaks earth

innumerably,

each instant of seed,

the pulp of the dust,

the dust of the flower :

make it welcome, absorb

with all your desire

such thickness of joy,

the passionate wave

that’s drunken with death.

The fatness and fullness,

unwavering band,

the angel on guard,

there’s no interruption,

you’ve evidence clear.

Remember that night,

those great holidays

when you were a child,

the sun used to blaze !

The sun in the water,

fresh grass and the sky

was teeming with fairies,

God knows in that dusk

what womanly sigh

was wafting, still wafts,

for ever throws wide,

throws wide the great gates

of dusk without end.

The rose that has opened

shall never be closed.

The dusk that has wakened

sinks never to sleep.

No soul can forget,

surprised between slumbers.

You she-wolves who starve,

you womanly staves,

you vapours submerged,

oh rise, will you, rise !

from the state of amaze

in which you repose.

No breeze and no pause,

all quivers with noise

in the vast and the void,

but gives to your wonder

an incense where spreads

a big bunch of black grapes

cut down from its vine,

and all is bewailed,

all’s quitted and freed.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 

 


Dessin de jean Cassou par Marcel Janco (1895-1984), peintre et sculpteur roumain, co-fondateur et figure de proue de Dada

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé,

de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LES SAISONS, par Guillaume Apollinaire / Timothy Adès


Timothy Adès is back !

Notre ami Timothy nous offre en cette fin de vacances d'été un poème de Guillaume Apollinaire. Apollinaire, le mal-aimé, qui a exploré des chemins poétiques nouveaux et fut le premier à mettre en jeu le mot de "surréalisme" en 1917. Ainsi qu'un opportun détour par le dernier rapport (alarmant) du GIEC.

Apollinaire, cet enchanteur mélancolique était convaincu qu'" On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte ".


 

   Salutations aux amies et amis du PRé !

La situation est grave. On a le rapport du GIEC du 9 août :

 

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/rapport-du-giec-cinq-chiffres-marquants-sur-le-rechauffement-climatique-et-ses-consequences-150066.html .

 

Soyons conscients d'être "en guerre" : comme Apollinaire en août 1914, toujours en bonne mine : lui que la grippe enlèvera, pandémie de loin plus meurtrière que les conflits armés.

 

 Voici en cette pré-rentrée "Les Saisons", un poème d'Apollinaire publié dans La Grande revue, en novembre 1917, repris dans Calligrammes en 1918.

 

 

 

Portrait d'Appolinaire par Irène Lagut (1893-1994), 41 x 33 cm

 

LES SAISONS

 

C’était un temps béni nous étions sur les plages

Va-t’en de bon matin pieds nus et sans chapeau

Et vite comme va la langue d’un crapaud

L’amour blessait au coeur les fous comme les sages

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni Le temps du vaguemestre

On est bien plus serré que dans les autobus

Et des astres passaient que singeaient les obus

Quand dans la nuit survint la batterie équestre

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni Jours vagues et nuits vagues

Les marmites donnaient aux rondins des cagnats

Quelque aluminium où tu t’ingénias

À limer jusqu’au soir d’invraisemblables bagues

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

C’était un temps béni La guerre continue

Les Servants ont limé la bague au long des mois

Le Conducteur écoute abrité dans les bois

La chanson que répète une étoile inconnue

 

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était militaire

As-tu connu Guy au galop

Du temps qu’il était artiflot

À la guerre

 

 

THE SEASONS

 

Those were the days ! with bare feet and no hat

On the beach in the morning, a blessing bestowed

 When Love like the flickering tongue of a toad

Struck the wise and the witless and struck to the heart

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

 

Those were the days of the baggage-master

Who packed us all in like a bus-conductor

At night when the gunners came up with their horses

The salvoes frazzled the stars in their courses

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War?

 

 

Those were the days and the nights you could tell

Shells over our shelters were raining things

Aluminium fell from each crump of a shell

We filed and we polished improbable rings

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

 

Those were the days we kept on with the War

The Gunners were filing and polishing rings

The Boss in the woods heard the voice that sings

The carefree song of an unknown star

 

Did you know Galloping Guy

Guy in the Army the Fighting Forces

Gunnery Guy in the horse artillery

During the War ?

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 (Published in Agenda poetry magazine)


- Photographie d'Apollinaire allongé

- Portrait d'Apollinaire par Maurice de Vlaminck, vers 1905 (musée d'Art du comté de Los Angeles)

- La Grande Revue, Paris Novembre 1917, 16x24cm, broché. - Edition originale. Contributions de A. Mater, G. Apollinaire, C. Péguy, A. Fribourg, A. Arnoux

- Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre, Guillaume Apollinaire (Mercure de France, 1918),  dédié " A la mémoire du plus ancien de mes camarades René Dalize pmort au champ d'honneur le 7 mai 1917 "

- Portrait d'Apollinaire par Picasso figurant dans l'édition de 1918 de Calligrammes (gravé sur bois par R. Jaudon)

- Photographie d'Apollinaire; crédits : Wikimedia Commons


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé,

de Federico García Lorca, d'Alberto Arvelo Torrealba, d'Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L’ÉTÉ, Par Jean Cassou / Timothy Adès


 

   L’amour estival : l’amour en chaleur. En ce dernier dimanche de juillet, je vous propose un poème de Jean CASSOU (1897-1986), résistant et créateur du Musée National d’Art Moderne : L'Eté, un poème de son recueil ‘Attaché Détaché’, sans date.

Je l’ai trouvé dans l’édition bilingue d’Erker de St-Gall, en Suisse, et je l’ai traduit pour l’édition bilingue chez Arc Publications (2002), avec les fameux ‘33 Sonnets’ de 1941-42 qui m’ont valu un prix en 1995.

J’y relis avec émotion les quatre préfaces : celles de Cassou et d’Aragon qui se trouvent en français dans l’édition des 33 Sonnets  de Gallimard ; celle de feu Alistair Elliot, grand poète et traducteur de Verlaine, Valéry, Virgile… ; et la mienne qui exprime tout mon crédo comme traducteur-poète...

 

Bel été à toutes et tous !

T. A

 

 

La jeune femme au moustiquaire, d'Isoda Koryûsai (1735-1790),

peintre japonais d'estampe ukiyo-e (Boston).

 

L’ÉTÉ  de Jean Cassou

 

L’été, l’été, la course à cheval dans la nuit chaude,

un corps de femme sous la moustiquaire,

respirer la rue après le délire du concert,

puis le vagabondage dans le sueur d’alcool,

toute une jeunesse enfouie sous des feuillages tropicaux,

sous le sable que pousse un vent de forge,

et plus jamais nous ne danserons le shimmy aux lanternes,

tu te rappelles, jeunesse ?

le shimmy, une danse dans les rues de juillet,

et l’avenir dans tes bras comme une boule de feu,

tu te rappelles ce vieil avenir ? il s’est pourri,

une pomme rouillée, un cœur qui craque sous le doigt,

l’été, l’été profond, sa voix terrible de contralte,

l’été, pourquoi ?

 

 

SUMMER

 

Summer, summer, the horserace in the hot night,

a woman's body under the mosquito-net,

breathing the street after the ecstatic concert,

then the forays in the sweat of alcohol,

all the days of youth buried under tropical foliage,

under the sand driven by a furnace wind,

and never again shall we shimmy by lantern-light,

you remember, my youth?

the shimmy, a street dance in July,

and the future in your arms like a fireball,

you remember that old future? it went bad,

a rusty apple, a heart cracking in your fingers,

summer, deep summer, its fearsome contralto voice,

summer, for what?

 

Translation: Copyright © Timothy Adès



- Photographie de Jean Cassou à Belgrade en 1963.

- Trente-trois sonnets composés au secret - La Rose et le vin - La Folie d'Amadis (Collection Poésie/Gallimard (n° 287), Gallimard, parution : 23-02-1995)

- Trente-trois sonnets composés au secret, Dossier et notes par Henri Scepi. Lecture d'image par Bertrand Leclair (Collection Folioplus classiques (n° 298), Gallimard, parution : 08-09-2016)

- Jean Cassou, 33 Sonnets of the Resistance (composed and memorised in a Vichy prison), Arc Publications Second Edition 2005

 


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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L'ETRANGER, par Sully-Prudhomme / Timothy Adès


Notre ami britannique Timothy Adès nous propose un poème d'un Parnassien : Sully-Prudhomme, plutôt méconnu de nos jours. On retient souvent de lui qu'il fut l’un des poètes officiels de la Troisième République. Son premier recueil, Stances et poèmes (1865), fut salué par Sainte-Beuve. Il publia aussi d’intéressantes études d’esthétique (De l’expression dans les Beaux- Arts, 1883 ; Réflexions sur l’art des vers, 1892 ; Testament poétique, 1901), et consacra plusieurs ouvrages à des questions de métaphysique. Publiés à titre posthume, son Journal intime (1862-1869) et ses Pensées de jeunesse sont parsemés d’aphorismes, comme celui-ci qui résume toute son oeuvre : « La poésie, c’est l’univers mis en musique par le coeur. »


   René François Armand SULLY-PRUDHOMME (1839-1907), est le premier poète à se voir décerner le premier Prix Nobel de littérature en 1901. D'autres noms, aux côtés du sien,  bruissent alors dans les couloirs de l'Académie suédoise : Henrik Ibsen, Frédéric Mistral, Edmond Rostand, Léon Tolstoï…

Ce premier lauréat sera célébré de Guinée-Bissau jusqu’à Corée du Nord (valeur de la monnaie : un won).

Je vous propose aujourd'hui son poème ‘L’Étranger’ qui se trouve dans le recueil ‘Les vaines tendresses’ de 1875 : voici qu’il se demande :

- Ai-je bien vécu ?

A rapprocher de ce que Robert Desnos (1900-1945) - un habitué de la rubrique Tutti Frutti du site du PRé - dans son poème ‘L’Épitaphe’ , tirée du recueil ‘Contrée’ orné de l’art de Picasso, nous demande :

- Avez-vous tous, as-tu bien vécu ?

 

Sully Prudhomme, photographie

(Parue dans «le Monde illustré», 23 novembre 1935. / BNF. Gallica. Atelier Nadar)

 

L’Étranger – Sully Prudhomme, 1875

 

Je me dis bien souvent : de quelle race es-tu ?

Ton cœur ne trouve rien qui l'enchaîne ou ravisse,

Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse :

Il semble qu'un bonheur infini te soit dû.

 

Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu ?

A quelle auguste cause as-tu rendu service ?

Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,

Quelle est ta beauté propre et ta propre vertu ?

 

A mes vagues regrets d'un ciel que j'imagine,

A mes dégoûts divins, il faut une origine :

Vainement je la cherche en mon cœur de limon ;

 

Et, moi-même étonné des douleurs que j'exprime,

J'écoute en moi pleurer un étranger sublime

Qui m'a toujours caché sa patrie et son nom.

 

 

The Stranger – Sully-Prudhomme

 

I often ask myself: What breed are you?

Your heart remains unravished, unenslaved;

There’s nothing that your thoughts and senses craved;

Eternal happiness must be your due.

 

And yet, what paradise did you forego?

What worthy cause have you done service to?

Confined to vice and squalor here below,

What’s your own beauty and your own virtue?

 

My longing for some heaven, my divine

Uneasiness, must have some origin;

I seek it vainly in my turbid heart.

 

Amazed at my pathetic litany,

I hear a noble stranger weep in me,

Who won’t his country, or his name, impart.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès





 

L’Épitaphe – Robert Desnos 1943

 

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années

Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.

Toute noblesse humaine étant emprisonnée

J’étais libre parmi les esclaves masqués.

 

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.

Je regardais le fleuve et la terre et le ciel

Tourner autour de moi, garder leur équilibre

Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

 

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes?

Regrettez-vous les temps où je me débattais ?

Avez-vous cultivé pour des moissons communes?

Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

 

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.

Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

 

 

The Epitaph – Robert Desnos 1943

 

I’ve lived today, and since antiquity

Been dead. I lived intact, but I was prey.

Man’s nobler side was jailed and put away;

Among the slaves in face-masks, I was free.

 

I’ve lived today, and nonetheless been free.

I watched the river and the earth and sky

Turn round me, and they kept their harmony;

Honey and birds, a seasonal supply.

 

How did you use these gifts, you there alive ?

Did you misuse the days I spent in toil?

Did you make common cause and till the soil

To harvest? Did you make my city thrive ?

 

Don’t fear me, you who live: I’m dead and gone:

Not soul nor body, nothing lingers on.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 



Desnos

Les Vaines tendresses, édition originale (Alphonse Lemerre, Paris 1875), bibliothèque d'Alidor Delzant

Médaille Prix Nobel de littérature décerné à Sully-Prudhomme

Timbre poste Guinée Bissau à l'effigie de Sully Prudhomme à l'occasion de son Prix Nobel

Timbre poste français


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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LE LAC, par Alphonse de Lamartine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète, romancier; Président du gouvernement provisoire en 1848, quand l’esclavage aux colonies est abolie législativement.

‘LE LAC’ : à mon école anglaise, nous avions un professeur français, licencié ès lettres : voici le premier poème qu’il nous révéla, si beau et si touchant, j’oublie les autres…

Il fait partie des vingt-quatre poèmes que Lamartine publiera en 1820 dans son premier recueil, Les Méditations poétiques, qui eut un fort retentissement.

Le poète est au Lac du Bourget (Savoie) en 1817, il pense à Julie Charles qu’il connait depuis l’année d'avant, à la faveur d'un séjour en cure à Aix Les Bains, à la Pension Perrier au cours duquel il l'a sauvera de la noyade. Il l'attend en vain. Julie est très souffrante et ne peut le rejoindre. Fin décembre, alors qu'il est dans sa propriété familiale de Milly (Saône-et-Loire), il apprend la mort de sa muse, à Paris, des suites de la tuberculose.

En 1820, il épousera Mary Ann Elisa Birch, une jeune franco-anglaise rencontrée en Août 1819 à la Pension Perrier. Nommé attaché d'ambassade, ils s'installeront à Naples.

Le Lac est bien sûr, comme souvent chez Lamartine, une réflexion sur le temps qui passe, mais aussi une ode à la nature en ce qu'elle est le témoin vivant du bonheur et qu'elle seule peut garder la trace du souvenir.

 

 

Et pourquoi Lamartine refusera le drapeau rouge ? ‘ Forêt obscure… belle nature… le vent qui gémit, le roseau qui soupire ’ : c’est que, tout en retenant le Tricolore, il veut hausser avec nous-mêmes le drapeau vert !

 

T A

 

   Le Lac - Poème de LAMARTINE - YouTube

    (Audio-visuel réalisé par Serge Pace)

 

LE LAC

 

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour ?

 

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,

Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,

Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre

Où tu la vis s’asseoir !

 

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,

Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,

Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes

Sur ses pieds adorés.

 

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;

On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,

Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence

Tes flots harmonieux.

 

Tout à coup des accents inconnus à la terre

Du rivage charmé frappèrent les échos ;

Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère

Laissa tomber ces mots :

 

” Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

” Assez de malheureux ici-bas vous implorent,

Coulez, coulez pour eux ;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;

Oubliez les heureux.

 

” Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore

Va dissiper la nuit.

 

” Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;

Il coule, et nous passons ! “

 

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,

Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,

S’envolent loin de nous de la même vitesse

Que les jours de malheur ?

 

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?

Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !

Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,

Ne nous les rendra plus !

 

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,

Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?

Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes

Que vous nous ravissez ?

 

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !

Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,

Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,

Au moins le souvenir !

 

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,

Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,

Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages

Qui pendent sur tes eaux.

 

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,

Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,

Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface

De ses molles clartés.

 

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,

Que les parfums légers de ton air embaumé,

Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,

Tout dise : Ils ont aimé !

 

THE LAKE

 

Forever swept to unknown shores away,

Propelled through endless night implacably,

Shall we not once on time’s primeval sea

Drop anchor for a day ?

 

O Lake! a year is over. On this stone,

By these dear waves she should have viewed again,

Before you she was seated. I remain,

And sit to-day alone.

 

Just so, beneath these plunging cliffs, you roared,

And dashed yourself against their jagged walls;

Your wind-blown foam fell then, where now it falls,

Here on her feet adored.

 

Recall how we set out, one silent eve :

Nothing was heard between the waves and sky,

But noise of oars that stroked in harmony

The skein your waters weave.

 

Then, suddenly, to tones no mortals hear

The echoes on the spellbound shores awoke:

The flood gave heed; across the water spoke

The voice that I hold dear :

 

“Time, halt in your flight, and you hours, as a favour,

Stop short and stand still in your ways !

Since pleasures are fleeting, let’s eagerly savour

Our best and most beautiful days !

 

“For the wretches who suffer, run swiftly, you hours;

They are many, and this they implore :

Put an end to their days, and their care that devours;

But the happy, I bid you ignore !

 

“For myself, I may crave a few moments – but no,

Time gives me the slip, takes flight:

I may say to the night, ‘Go slow, go slow’,

But the dawn will scatter the night.

 

“ So to Love! Let us love! Seize the wings of the morn,

And delight in the scurrying day !

For Man has no haven, and Time has no bourn :

Time flies, and we vanish away ! ”

 

Time, jealous Time! In bursts of giddy joy,

Love inundates us with great happiness;

Do these a faster wayward flight employ

Than days of wretchedness ?

 

What? Can we not pin down at least a trace ?

What? Lost entirely? Gone for evermore ?

Time gave, and Time is minded to efface;

And shall not Time restore ?

 

Dark gulfs, eternity, the past, the void !

You swallow down our days; and what’s their fate ?

Will you give back what you have once destroyed,

Our bliss, divinely great ?

 

O Lake! Mute rocks and caves ! Dim greenery !

Which Time shall spare, or render young again:

Natural Beauty! Guard this night for me,

Remember, and retain.

 

Both in your tempests let this memory dwell,

Fair lake, and in your calm; your slopes that smile,

And the black firs and, high above your swell,

The louring rocky pile;

 

And in your tremulous and fleeting breeze,

Your shore-sound that your further shore relays;

And the star silver-browed, whose clarities

Give whiteness to your glaze;

 

And moaning wind, and softly sighing reed,

Light perfumes, on your balmy zephyrs moved;

And everything that’s heard, or seen, or breathed:

All this shall say “ They loved ! ”

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès

 


- Méditations poétiques par Alphonse de Lamartine, neuvième édition, 1823 (Librairie de Charles Gosselin) (BnF)

- Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, le 27 avril 1848, par François-Auguste Biard

- Portrait d’Elvire à 25 ans (le nom donné dans le poème à Julie Charles, née Bouchaud des Hérettes) d’après la miniature du peintre Elouis, appartenant à M. Léon Séché (In « Études d’histoire romantique »)

- Portrait d'Elisa de Lamartine (née Mary Anne Elisa Birch, épouse du poète), par Jean Léon Gérome, 1849 (Montauban, Musée Ingres)

- Lamartine repoussant le drapeau rouge devant l'Hôtel-de-Ville de Paris, le 25 février 1848, tableau d'Henri Felix Philippoteaux (1815-1884), peint vers 1848 (Musée Carnavalet, Paris). Lamartine, membre du gouvernement provisoire, ministre des Affaires étrangères, défendit le drapeau bleu-blanc-rouge, prononçant devant la foule un de ses plus fameux discours : « Si vous m’enlevez le drapeau tricolore […] vous m’enlèverez la moitié de la force extérieure de la France ! Car l’Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires dans le drapeau de la République et de l’Empire. En voyant le drapeau rouge, elle ne croira voir que le drapeau d’un parti ! ajoutant pour sa part qu'il « a fait le tour du monde avec la République et l'Empire, alors que le drapeau rouge n'a fait que le tour du Champ-de-Mars dans le sang du peuple »

- Portrait de Lamartine, 1839,  par Henri Decaisne (1799-1852), (Mâcon,  Musée Lamartine, Hôtel Senecé)

- Partition de Le lac , musique de Camille Saint-Saëns (1835-1921), édité en 1856; dédicace à Monsieur Stockhausen

- Lamartine photographié par les ateliers Nadar, 1870

- Cèdre de Lamartine - Réserve forestière de Maasser El Chouf au Liban. Lamartine vient au Liban en 1832. Le Voyage en Orient (1835) est la première grande œuvre en prose de Lamartine. Le poète décrit admirablement, entre autres, la montagne libanaise. Lamartine habite Beyrouth de septembre 1832 à avril 1833. Des cinq maisons qu’il loue dans la campagne de Beyrouth, une seule subsiste aujourd'hui, celle sur les hauteurs d’Achrafieh


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : " Alfonso Reyes, Miracle of Mexico " (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant " (Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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HISTOIRE DE FOLFANFIFRE, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Notre ami poète traducteur britannique revient à Desnos en nous proposant  cette Histoire de Folfanfrife dont le fameux critique Michael Schmidt* a dit  de sa traduction qu'elle était  « étourdissante ».

 

 *Michael Schmidt est l'auteur notamment d'un remarqué Lives of the Poets (1998), qui célèbre la poésie en évoquant plus de 300 poètes, de Chaucer jusqu'à nos jours.


 

En 1929-33, Robert DESNOS (1900-45) écrit son recueil Les Nuits Blanches en pensant à Youki, rencontrée en 1928, une des égéries du Montparnasse de l'époque, célèbre pour la toile Nu allongé dont elle fut le modèle. L’alcool et les drogues lui ont enlevé la chanteuse Yvonne George, qu’il a tant aimée mais qui ne partageait pas son désir; à la faveur d'une randonnée en Bourgogne avec Youki (Lucie Badoud) et son mari, le peintre japonais Foujita, il réussira à "tourner" la page Yvonne. Après une expérience de triangle amoureux, ils emménagent en avril 1931 au 6, rue Lacretelle (XVe arr.).

Desnos et Youki

Fin 1931, Foujita quitte la France pour le Brésil en enmenant avec lui son nouveau modèle, Madeleine Lequeux, non sans adresser ses meilleurs voeux à Desnos et Youki.  Ces deux-là meneront une vie de couple : elle sera sa femme. La poésie de Desnos devient plus simple et joyeuse.

Voici Histoire de Folfanfifre, l'un des 49 poèmes tiré du recueil " Destinée arbitraire ".

 

 

La Grande Librairie, Direct5 : https://www.youtube.com/watch?v=w75CMBxAzW0

(Robert Desnos : histoire d'un poète résistant. Dans « Légende d'un dormeur éveillé », aux éditions Héloïse d'Ormesson, Gaëlle Nohant retrace le parcours de vie du poète Robert Desnos)

 

Institut Français, Londres, Kensington : https://www.youtube.com/watch?v=_bmlw4va1as

(Timothy Adès présente les poèmes de Desnos avec ses propres traductions à l'Institut français de Londres, le 18 octobre 2017. Avec Marina Warner et Sonia Masson).

 

Robert DESNOS – Est-il toujours parmi nous ? (Chaîne Parisienne, 1965): https://youtu.be/RLNQsNmSoSg

 

 Histoire de Folfanfifre

 

Folfanfifre à l’école ne savait rien

À l’école n’apprenait rien

Son maître étant un sot

Folfanfifre fut un sage

De ne rien apprendre de faux

Folfanfifre eut ce courage

 

Folfanfifre au bistro ne buvait rien

au bistro ne mangeait rien

Le patron étant un empoisonneur

Folfanfifre eut ainsi la chance

de ne pas mourir avant l’heure

Et de pouvoir encore danser une danse

 

Folfanfifre au bal dansa cette danse

se brisa un bras un pied une dent et la panse

Folfanfifre mourut à son heure

au même instant que ses compagnons

qui moururent empoisonnés par malheur

et par de mauvais champignons

 

Folfanfifre avait une maîtresse

Folfanfifre aimait ses caresses

Il avait beau n’être pas beau

Il était aimé mieux qu’un autre

Il s’en souvient en son tombeau

Ferez-vous de même en le vôtre ?

 

Folfanfifre n’avait pas l’air heureux

Peut-être était-il heureux

Mais au point où il en est

Qu’est-ce que ça peut bien faire

Vous souvenez-vous qui il était

vous sa maîtresse et vous son frère ?

 

Folfanfifre aimait l’arc-en-ciel

aimait aussi les hirondelles

Il aimait les feux d’artifice

Sans doute aussi le vieux bourgogne

l’argent l’or et le pain d’épices

Mais il n’aimait pas la besogne

 

Folfanfifre aurait voulu toujours dormir

Pour gagner son pain il se privait de dormir

Il est bien avancé à cette heure

Maintenant qu’il est au cercueil

Mais peut-être dort-il à cette heure

Peut-être même ne dort-il que d’un œil ?

 

Folfanfifre qui n’apprit rien

Savait tout ne sachant rien

Nous non plus ne savons pas grand-chose

Si l’on nous aime et si nous aimons

Si c’est au rosier que fleurit la rose

Folfanfifre ne se posait pas de questions

 

Et ne répondait jamais aux questions

Si plus que Folfanfifre nous existons

Tout compte fait je puis le dire

Je crois bien qu’il avait raison

Moi j’ai raison de rire

Et vous de pleurer sans raison.

 

 

Tale of Fol-Fan-Fifer

 

Fol-Fan-Fifer went to school

Learning nothing there at all.

Blame the master he was plastered

Fol-Fan-Fifer was no fool

Learning anything untrue?

Not for him the cocky bastard

 

Fol-Fan-Fifer at the diner

Took no food nor drink at all

These were poisoned by the owner

Fol-Fan-Fifer’s lucky chance

No untimely funeral

He survived to dance the dance

 

Fol-Fan-Fifer shimmied but

Broke his arm foot tooth and gut

Time for death his moment comes

In the same hour as his chums

Dying poisoned by mischance

Mushrooms evil champignons

 

Fol-Fan-Fifer’s girlfriend gave

Him caresses he adores

No good being no good-looker

Loved him well her fancy took her

Looks back fondly from his grave

Will you do the same from yours ?

 

Fol-Fan-Fifer looked unhappy

But consider where he’s at

Just supposing he was happy

What would be the good of that?

You his girlfriend you his brother

Can you tell him from another ?

 

He loved rainbows in the sky

Loved the way the swallows fly

Loved the fireworks in July

Burgundy mature and red

Silver gold and gingerbread

Wasn’t fond of penury

 

He’d have liked a life of sleep

Lost his sleep to earn his bread

Which has put him well ahead

Swaddled in his shroud below

Mightn’t he be sleeping now

One eye open for a peep ?

 

Fol-Fan-Fifer learning nothing

Knew it all and still knew nothing

Which of us can say he knows

If we’re loved and if we’re lovers

If the rose-bush bears the rose

If we are more real than he was?

 

Fol-Fan-Fifer never queried

Never answered any query

All in all I can declare it

I believe he had good reason.

I have reason to be merry,

You, to weep, for no good reason.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- " Femme allongée" Youki, par Foujita, 1923

- " Femme endormie ", Youki, par Foujita, 1928

-   Youki et Desnos en 1944

-   Robert Desnos : Surrealist, Lover, Resistant, translated by Timothy Adès (Arc Publications, octobre 2017)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán,

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : une somme de 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.

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JE SUIS JEAN, par Jean Cassou / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Je reviens aux 33 Sonnets composés au secret de Jean Cassou (1897-1986), Résistant emprisonné en plein hiver de 1941/2. ‘Il n’avait que la nuit pour encre, et le souvenir pour papier’.

Œuvre incontournable, début des Éditions de Minuit, préface très émouvante d’Aragon ; ma première palme comme traducteur ; poésie superbe !

Cassou ‘le grand méconnu’, historien et critique d'art, chef de la Résistance au Sud-ouest, honoré par de Gaulle, créera la collection du Musée National d’Art Moderne.

Voici le Sonnet XIX.

 

 

Sonnet XIX    Je suis Jean. – V.H.

 

Je suis Jean. Je ne viens chargé d’aucun message.

Je n’ai rien vu dans l’île où je fus confiné,

rien crié au désert. Je porte témoignage

seulement pour le songe d’une nuit d’été.

 

Pour le songe d’une jeunesse retrouvée

sur les chaudes constellations d’une autre âge,

et parce que je veux entendre le langage

brûlant et vif de ce firmament éclaté.

 

Quant à moi, je ferai silence, étant indigne

de nouer le cordon des approches insignes

qui monteront vers l’aube ou d’apaiser mon front

 

sur le scintillement des hymnes révélés :

précurseur et disciple en toi s’aboliront,

ô nuit de l’ombre blanche et du total reflet !

 

 

XIX  Je suis Jean. – V.H.

 

I am John. I am not here for witnessing.

Imprisoned in the isle, I saw no sight;

I cried not in the wilderness. I bring

only the image of a summer night;

 

that is my message; and of youth, restored

in other times, a hot and starry sky.

I come to hear the burning, living word,

this shattered firmament's soliloquy.

 

I am unworthy (and shall hold my peace)

to tie the lace for that processional

climb to the bright dawn, salving ears and eyes

 

in the revealed and sparkling harmonies.

Precursor and disciple both shall cease

in you, white-shadowed night that mirrors all!

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


 

Il s’agit de : Victor Hugo, Les Contemplations, IV :

 

« Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres…

 

« …J’ai dit à Dieu : Seigneur, jugez où nous en sommes.
Considérez la terre et regardez les hommes.
Ils brisent tous les nœuds qui devaient les unir.
Et Dieu m’a répondu : Certes, je vais venir ! »

 

Hugo nous montre Jean le Baptiste, fêté le 24 juin ; Van Dyck, le Baptiste et l’Évangeliste ; Cassou, le Baptiste et Jean de Patmos, qui était pour lui, comme pour Titien, l’Évangeliste et le Disciple à la fois.

 



Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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MICHEL ANGE par Auguste Barbier / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

Auguste Barbier (1805-82), nouvelliste, mémorialiste, librettiste, critique d'art,  traducteur, également poète inspiré par l’Italie, compose une grande œuvre poétique, Il Pianto (1833).

Voici ce qu'en dit Gustave Planche, le critique littéraire et artistique de la " Revue des deux mondes " en 1837 :

« L’auteur a séparé les trois premiers chants du Pianto par des sonnets sur Michel-Ange, Raphaël, Masaccio, Corrège, Titien, Dominiquin, Léonard de Vinci, Allegri et Cimarosa. Plusieurs de ces sonnets sont des chefs-d’œuvre de grace ou d’énergie ; je citerai particulièrement les sonnets sur Raphaël et Corrège, Michel-Ange et Dominiquin. En général, il manie cette forme si rebelle avec une grande liberté ; …

« M. Barbier, par un caprice bien excusable, a préféré la forme du sonnet, et a écrit sur les grands artistes de l’Italie des hymnes très purs et d’une rare élégance.

Notre admiration pour ces rubis d’une si belle eau, et si parfaitement taillés, ne nous permet pas d’insister sur le reproche que nous lui adressons ; mais nous croyons que ce reproche est fondé. … »

 

Auguste Barbier / Atelier Nadar  1900

 

Une critique peu amène, mais qui n'est rien comparativement à  ce que Planche reproche aussi à Victor Hugo en direction duquel il ne ménage pas son acrimonie…

 

 

Michel-Ange

 

Que ton visage est triste et ton front amaigri,

Sublime Michel-Ange, ô vieux tailleur de pierre !

Nulle larme jamais n’a mouillée ta paupière;

Comme Dante, on dirait que tu n’as jamais ri.

 

Hélas ! d’un lait trop fort la Muse t’a nourri,

L’art fut ton seul amour et prit ta vie entière;

Soixante ans tu courus une triple carrière

Sans reposer ton coeur sur un coeur attendri.

 

Pauvre Buonarotti ! ton seul bonheur au monde

Fut d’imprimer au marbre une grandeur profonde,

Et, puissant comme Dieu, d’effrayer comme Lui :

 

Aussi, quand tu parvins à ta saison dernière,

Vieux lion fatigué, sous ta blanche crinière,

Tu mourus longuement plein de gloire et d’ennui.

 

 

Michael Angelo

 

How sad thy face, how haggard is thy brow,

Great master, Michael Angelo, of stone !

To whom, like Dante, laughter was unknown,

Nor ever on those cheeks did teardrops flow.

 

Alas! A Muse’s-milk too rich hadst thou:

Art took thy whole life, was thy love alone;

For sixty years, three callings were thine own,

Nor did thy heart dear heart’s ease ever know.

 

Poor Buonarrotti ! Thy one happiness,

To stamp the marble with sublime impress,

And, strong as God, to strike such awe as He;

 

And so thou didst thy final hour attain,

Weary old lion of the snowy mane,

Long since replete with glory and ennui.

 

 Translation: Copyright © Timothy Adès


- Estampe représentante Auguste Barbier par le graveur Marcellin Desboutin, 1878

- II Pianto, recueil de poème (2e éd., 1833) / par Auguste Barbier (BnF), éditeur U. Canel (Paris) / A. Guyot (Paris)

- Fresques de Michel Ange à la Chapelle Sixtine, la séparation des terres et des eaux

- Détail du David de Michel Ange, réalisé entre 1501 et 1504), à partir d'un bloc de marbre blanc, Galleria dell’Accademia de Florence

- Jugement dernier, Michel Ange, Chapelle Sixtine

- Détail de La création d'Adam, Michel Ange, Voute Sixtine

- Manuscrit de Michel Ange

Rime di Michelagnolo Buonarroti, raccolte da Michelagnolo suo nipote (Publication : Firenze : i Giunti, 1623)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Adés est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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CLAIR DE LUNE, par Verlaine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici Clair de Lune de Paul VERLAINE (1844-96), extrait de Fêtes Galantes, paru en 1869, dont c'est le premier poème des vingt deux que compte le recueil.

Ce poème paraît une première fois dans la revue La Gazette rimée, sous le titre « Fêtes galantes » (20-02-1867).

Ce poème inaugural s'inspire de paysages entre autres de Watteau, de Boucher, de Fragonard, traduisant l'insouciance et la frivolité du XVIIIe siècle. Verlaine y souligne le caractère illusioniste de la fête. Entre gaïté et tristesse, illusions et apaisement mélancolique, un poème d'un grande musicalité.

Comme souvent dans ses poèmes, Verlaine y suggère des sentiments complexes et nuancés, ouvrant sur son répertoire sensible personnel.

 

 

Portrait de Verlaine à l'âge de 23 ans, Frédéric Bazille, 1867

 

 

Véronique Gens chante Fauré : https://www.youtube.com/watch?v=l94bcD3hWSY

 

Et Sir Thomas Allen : https://www.youtube.com/watch?v=f5q9fGYhytA

 

Clara Rodriguez joue Debussy : https://www.youtube.com/watch?v=qsZxtmZq9-k

 

Et Liberace : https://www.youtube.com/watch?v=ldbP1sZe1_k

 

 Claire de Lune

 

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

 

Tout en chantant sur le mode mineur

L’amour vainqueur et la vie opportune,

Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

 

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d’extase les jets d’eau,

Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Moonlight

 

Your soul’s a chosen country scene

That masques and bergamasques beguile

With lutes and dancing, though they seem

Sad, underneath their fancy style.

 

While in a minor key they sing

Life’s pleasures and triumphant love,

They seem to doubt their prospering,

Lapped in the moonlight up above:

 

The moonlight, calm, sublime and sad,

That sets birds dreaming in the trees,

While slender fountains rise amid

Statues, and sob in ecstasies.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- Portrait de Verlaine en bleu, 1866

- L'amour au théâtre italien, huile d'Antoine Watteau (1684-1721)

- La Partie quarrée, par Antoine Watteau, vers 1713 (Huile sur toile, San Francisco, Fine Arts Museum of San Francisco, Museum purchase, Mildred Anna Williams Collection)

- Portrait de Verlaine en troubadour, 1868, attribué à Frédéric Bazille (1841-1870)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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COUPLETS par Alexandre Pouchkine / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

  

Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète national de la Russie, était du gratin russe qui avait l’habitude de se parler en français, à l’époque. Il nous a donc légué quelques poèmes en français, datant surtout de sa jeunesse.

 

C’est la soprane Julia Kogan qui m’a fait connaître ce poème exquis : elle le chante également en français et en anglais sur ces deux CD : les coordonnés chez YouTube sont ci-dessous : la musique est d’Isabelle Aboulker. Ces deux dames sont magnifiques !

 

 

 

 

Portrait de Pouchkine  par Vassili Tropinine (1827)

Alexandre Pouchkine - Сouplets

 

Quand un poète en son extase

Vous lit son ode ou son bouquet,

Quand un conteur traîne sa phrase,

Quand on écoute un perroquet,

Ne trouvant pas le mot pour rire,

On dort, on baille en son mouchoir,

On attend le moment de dire :

Jusqu'au plaisir de nous revoir.

 

Mais tête-à-tête avec sa belle,

Ou bien avec des gens d'esprit,

Le vrai bonheur se renouvelle,

On est content, l'on chante, on rit.

 

Prolongez vos paisibles veilles,

Et chantez vers la fin du soir

A vos amis, à vos bouteilles :

Jusqu'au plaisir de nous revoir.

 

Amis, la vie est un passage

Et tout s'écoule avec le temps,

L'amour aussi n'est qu'un volage,

Un oiseau de notre printemps;

 

Trop tôt il fuit, riant sous cape –

C'est pour toujours, adieu l'Espoir !

On ne dit pas dès qu'il s'échappe :

Jusqu'au plaisir de nous revoir.

 

Le temps s'enfuit triste et barbare

Et tôt ou tard on va là-haut.

Souvent – le cas n'est pas si rare –

Hasard nous sauve du tombeau.

 

Des maux s'éloignent les cohortes

Et le squelette horrible et noir

S'en va frappant à d'autres portes :

Jusqu'au plaisir de nous revoir.

 

Mais quoi ? je sens que je me lasse

En lassant mes chers auditeurs,

Allons, je descends du Parnasse –

Il n'est pas fait pour les chanteurs,

 

Pour des couplets mon feu s'allume,

Sur un refrain j'ai du pouvoir,

C'est bien assez – adieu, ma plume !

Jusqu'au plaisir de nous revoir.

 

https://www.youtube.com/watch?v=pgb_rK8dw-g

 

Pushkin - We certainly must meet again

 

When some young bard who dreams of glory

Reads you his ode, or greets with rhyme,

When some old bore drags out his story,

When parrots prate and waste your time:

With no cue for humorous comment,

Drowsy, with yawns suppressed in vain,

You have words that await their moment:

‘We certainly must meet again.’

 

Ah, but alone with your true love,

Or with amusing company,

Happiness will revive and thrive,

While mirth and song flow joyfully.

 

Linger long on your peaceful evenings!

As they close, chirrup your refrain:

Sing to your friends, sing to your flagons:

We certainly must meet again.

 

My friends, our life is an instant:

All things must pass – and so does Time;

And Love is utterly inconstant,

Just a bird of our short springtime.

 

Too soon it flies, with furtive snigger,

For evermore: so, Hope, begone!

We do not tell the wayward figure

‘We certainly must meet again.’

 

Time takes his flight, that cruel ruffian,

And in our turn we soar above.

Sometimes – in fact it happens often –

It’s Luck that keeps us from the grave.

 

No present threat from dangers mortal:

The grisly black-robed skeleton

Goes knocking on some other portal:

We certainly must meet again.

 

But what? I sense a little weakness,

I’ve wearied my dear audience too:

So look, I’ll come down from Parnassus,

No place to sing, that’s very true.

 

My lyrical candle is burning:

That’s enough now: halt, little pen!

No more rhyming: goodbye, my churning:

We certainly must meet again.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

https://www.youtube.com/watch?v=_aOR18YfveU

 



- Portrait de Pouchkine à sa table de travail, par Piotr Kontchalovski (1876-1956)

- Buste de Pouchkine

- Timbre poste russe représentant Pouchkine, 1937

- Timbre poste éthiopien représentant Pouchkine (Le père du poète, Sergueï Lvovitch Pouchkine, lieutenant de la Garde Impériale, épouse Nadejda Ossipovna Hanibal, petite fille d'Abraham Hanibal, fils de prince Ethiopien qui termina sa carrière comme général en chef de l'armée Impériale)

- Tableau représentant Pouchkine à un bal avec sa femme par OULYANOV (alias OULIANOV) Nikolaï Pavlovitch (1875-1949)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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"LE MESSAGE" et "FIESTA" par Jacques Prévert / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


   

   Dans l’histoire de la poésie française, Jacques PRÉVERT (1900-1977) domine son siècle comme l’avait fait Victor Hugo : un million de ses livres se seraient vendus.

D’ailleurs il nous a régalé du trésor de ses œuvres cinématiques : et pour nous en instruire, nous avons l’excellente amie Carole Aurouet, qui a écrit trois livres à ce sujet, et qui en a fait un beau montage.

En effet, ‘ l’œuvre de Jacques Prévert est protéiforme : théâtre, cinéma, poésie, chanson, récit pour la jeunesse et collage. ’

Voici deux petits poèmes du grand maître, qui nous conduisent de la tristesse à l’extase, extraits de ses recueils Paroles  et Histoires, publiés en 1946.

 

                 LE MESSAGE

 

La porte que quelqu'un a ouverte

La porte que quelqu'un a refermée

La chaise où quelqu'un s'est assis

Le chat que quelqu'un a caressé

Le fruit que quelqu'un a mordu

La lettre que quelqu'un a lue

La chaise que quelqu'un a renversée

La porte que quelqu'un a ouverte

La route où quelqu'un court encore

Le bois que quelqu'un traverse

La rivière où quelqu'un se jette

L'hôpital où quelqu'un est mort.

 

                  FIESTA

 

Et les verres étaient vides

Et la bouteille brisée

Et le lit était grand ouvert

Et la porte fermée

Et toutes les étoiles de verre

Du bonheur et de la beauté

Resplendissaient dans la poussière

De la chambre mal balayée

Et j’étais ivre mort

Et j’étais feu de joie

Et toi ivre vivante

Toute nue dans mes bras.

 

 

                        THE MESSAGE

 

The door someone opened

The door someone shut it

The chair someone sat in

The cat someone petted

The fruit someone bit it

The note someone read it

The chair someone flipped it

The door someone opened

The road someone’s on it

The wood someone’s in it

The weir someone’s dashed in

The ward someone’s died in.

 

               FIESTA

 

The glasses were empty

The bottle was shattered

The bed was wide open

The door was tight shuttered

Each shard was a star

Of bliss and of beauty

That flashed on the floor

All dusty and dirty

And I was dead drunk

Lit up wildly ablaze

You were drunk and alive

In a naked embrace !

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


- Manuscrit de Fiesta

- "Paroles" : 95 poèmes écrits entre 1930 et 1944; achevé d'imprimer du 20 décembre 1945. Maquette de couverture de Pierre Faucheux (les Éditions du Point du Jour)

- "Histoires" : 30 poèmes de Jacques Prévert - 30 Poèmes d'André Verdet - 31 dessins de Mayo (Editions du Pré aux Clercs, 1946)

Couverture spéciale pour un exemplaire signé de Prévert à René Bertelé (?), la couverture initiale ayant été entièrement recouverte d'un collage original de Jacques Prévert. Artcurial & bibliothèque René Bertelé (Paris, 1997, n°278)

- Le Message, réinventé par des élèves du collège Perharidy de Roscoff (année scolaire 2019-20)

- Montage Prévert by Carole Aurouet, universitaire, spécialiste de l’œuvre de Jacques Prévert, créatrice et directrice de la merveilleuse collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles éditions Place)                                                                 
- Carole Aurouet, Cerisy, été 2017, codirection du colloque "Jacques Prévert, détonations poétiques"


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LA FILLE DE LONDRES, par Pierre Mac Orlan / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici une chanson de Pierre MAC ORLAN (1882-1970), l’auteur du «Quai des brumes», adapté au cinéma avec Jean Gabin. Mac Orlan fut un artiste protéiforme : chanteur au ‘Lapin Agile’ - où il rencontre Picasso, Max Jacob, Dorgelès... - auteur illustrateur de BD, peintre, journaliste, romancier, poète, écrivain, directeur littéraire (éditions de la Banderole) et critique de cinéma.

 

      Pierre Mac Orlan, Musée de la Seine-et-Marne

 

La musique de La Fille de Londres, qui fut un grand succès des années cinquante (avec Fanny de Lanninon), est de Marceau Verschueren, dit V. Marceau, grand accordéoniste, réputé pour l'utilisation de la main gauche, avec lequel il écrit une douzaine de chansons.

J’ai traduit la chanson pour l’ami Alastair Brotchie, Régent du ‘London College of Pataphysics’, qui me l’a demandé pour son journal.

Alastair a même connu le vieux ‘Charlie Brown’s pub’ à Limehouse, quartier de marins assortis, de drogues, de coûteaux… Brown avait des chinoiseries…

Et en voici bien des chanteuses  interprètes de Mac Orlan :

 

Germaine Montéro https://www.youtube.com/watch?v=ApeBdcr2Hzw

 

Juliette Gréco https://www.youtube.com/watch?v=i0F8Orp91x4

 

Catherine Sauvage https://www.youtube.com/watch?v=JwtWwkBHjK8

 

Danièle Dupré https://www.youtube.com/watch?v=Y4vXw5rUnyw

 

Monique Morelli https://www.youtube.com/watch?v=p3ycqUXZpVo

 

Catie Canta https://www.youtube.com/watch?v=GIqGF0jykJo

 

…et Sanseverino https://www.youtube.com/watch?v=HP3XsBPIoQA

 

 

 La Fille de Londres

 

 

 

Un rat est venu dans ma chambre

Il a rongé la souricière

Il a arrêté la pendule

Et renversé le pot à bière

Je l'ai pris entre mes bras blancs

Il était chaud comme un enfant

Je l'ai bercé bien tendrement

Et je lui chantais doucement :

 

"Dors mon rat, mon flic, dors mon vieux bobby

Ne siffle pas sur les quais endormis

Quand je tiendrai la main de mon chéri"

 

Un Chinois est sorti de l'ombre

Un Chinois a regardé Londres

Sa casquette était de marine

Ornée d'une ancre coraline

Devant la porte de Charly

A Penny Fields, j'lui ai souri,

Dans le silence de la nuit

En chuchotant je lui ai dit :

 

 "Je voudrais je voudrais je n'sais trop quoi

 Je voudrais ne plus entendre ma voix

 J'ai peur j'ai peur de toi j'ai peur de moi"

 

Sur son maillot de laine bleue

On pouvait lire en lettres rondes

Le nom d'une vieille "Compagnie"

Qui, paraît-il, fait l'tour du monde

Nous sommes entrés chez Charly

A Penny Fields, loin des soucis,

Et j'ai dansé toute la nuit

Avec mon Chinetoque ébloui

 

Et chez Charly, il faisait jour et chaud

Tess jouait "Daisy Bell" sur son vieux piano

Un piano avec des dents de chameau

 

 

Alors, j'ai conduit l'Chinois dans ma chambre

Il a mis le rat à la porte

Il a arrêté la pendule

Et renversé le pot à bière

Je l'ai pris dans mes bras tremblants

Pour le bercer comme un enfant

Il s'est endormi sur le dos

Alors j'lui ai pris son couteau.

 

C'était un couteau perfide et glacé

Un sale couteau rouge de vérité

Un sale couteau rouge sans spécialité.

 

 

The London Girl... as sung by Germaine Montéro

 

 

Into my room there came a rat.

He gnawed the mousetrap, stopped the clock,

Tipped up the brown ale in my crock.

Into my milk-white arms I took him,

He was so warm, just like a child.

I held him tenderly to rock him,

Sang this lullaby as I smiled:

 

   Chorus

   Sleep my rat, my cop, my bobby, sleep my boy in blue.

   Don’t you hiss along the sleeping quays, it’s not for you,

   When I hold my darling’s hand, as I hope to do.

 

A Chinese came in from the dark

And gave old London Town a look.

On his head, a sailor’s bonnet

With a coral anchor on it.

At Charlie’s place at Pennyfields

In silent night at him I smiled,

And whispered, he was quite beguiled:-

 

   Chorus

    I’d like, don’t quite know what I’d like.

    To hear my voice, I wouldn’t like.

    Afraid, afraid of you, afraid of me.

 

His blue wool costume when he swims

Had big round letters showing me

The name of some old Company

That goes all round the world, it seems.

We went inside at Charlie’s place

At Pennyfields without a care.

I danced away the livelong night

With my bedazzled China there.

 

   Chorus

   At Charlie’s, it was bright and sunny.

    Tess played ‘Daisy Bell’ on her piano,

    An old one, brown-toothed like a camel.

 

I took the Chinese to my room.

He shooed the rat, fixed up the clock,

He poured brown ale, refilled the crock.

Into my trembling arms I took him,

Like a child, so as to rock him.

He lay down on his back and slept.

His knife into my hand I slipped.

 

   Chorus

    It was a slippery, icy knife,

    Dirty and red from moments of truth,

    Dirty and red and none too choosy.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 

https://www.youtube.com/watch?v=z_gW71-91Rg


- Jaquette du vinyle Gréco chante Mac Orlan

- Monique Morelli chante Mac Orlan

- Carte de reporter européen (MDSM - Inventaire : D.PMO.1994/1995.1.2570 )

- Photographie de Pierre Mac Orlan prise à Saint-Cyr-sur-Morin où il s'était installé dans les années 1920. LP/Marie Linton

- Frip et Bob, deux jeunes globe-trotters créés en 1910 (dessin et texte) par Pierre Mac Orlan pour L’Almanach Nodot 1911

- Monsieur Homais voyage, illustration par Pierre Mac Orlan Collection MDSM  : Avant d'être intégré au 156e Régiment d'infanterie, en octobre 1905, Mac Orlan décroche ses premiers engagements comme peintre et illustrateur. Il décore l'intérieur d'un auberge à Saint-Vaast-Dieppedalle, et illustre le roman écrit par un de ses amis rouennais, de Robert Duquesne. Il illustrera 10 ouvrages par la suite et quelques 11 revues et journaux illustrés

- Dessin de matelots par Mac Orlan, au fusain, stylo à bille bleu, stylo-feutre de couleurs sur une feuille de papier fin extraite d'un carnet (146 x 210 mm), sous verre, baguette de bois doré.

- Façade du Pub Charlie Brown


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LA JOIE DES CHOSES, par Victor Hugo / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

 

Timothy Adès connait son bonheur, lui qui, dans ce mois de Mai, l'a vu fêter ce jeudi 6 l'anniversaire de Dawn, sa femme, qui sera suivi d'autres joies avec celui de sa petite-fille Anna, de son "fiston" Harry, de son neveu Jack et enfin celui de son petit-fils Remy !


 

   Le printemps s’avance, les saisons s’avancent : je reviens à Victor Hugo qui me semble le plus grand des poètes français, et à son dernier recueil de poésie, ‘L’art d’être grand-père’ (1877), que j’ai traduit complètement en anglais. Ce poème exquis de la nature date du 18 juillet 1859.

Voici de belles images et de belles vidéos, y compris le ver lent qui ‘jette le froc’ mais qui ne serait pas strictement un ver de terre, étant plutôt lézard rampant. Hugo a pris le mot lacrimæ rerum ‘larmes des choses’ de Virgile pour l’invertir en lætitia ‘joie’.

 

 

Rossignol https://www.youtube.com/watch?v=XdlIbNrki5o

Ver lent https://www.youtube.com/watch?v=HWgYPp_uieY

Aragne https://www.youtube.com/watch?v=LNXLKEr6zFM

 

LÆTITIA RERUM – la joie des choses

 

Tout est pris d'un frisson subit.

L'hiver s'enfuit et se dérobe.

L'année ôte son vieil habit;

La terre met sa belle robe.

 

Tout est nouveau, tout est debout;

L'adolescence est dans les plaines;

La beauté du diable, partout,

Rayonne et se mire aux fontaines.

 

L'arbre est coquet; parmi les fleurs

C'est à qui sera la plus belle;

Toutes étalent leurs couleurs,

Et les plus laides ont du zèle.

 

Le bouquet jaillit du rocher;

L'air baise les feuilles légères;

Juin rit de voir s'endimancher

Le petit peuple des fougères.

 

C'est une fête en vérité,

Fête où vient le chardon, ce rustre;

Dans le grand palais de l'été

Les astres allument le lustre.

 

On fait les foins. Bientôt les blés.

Le faucheur dort sous la cépée;

Et tous les souffles sont mêlés

D'une senteur d'herbe coupée.

 

Qui chante là ? Le rossignol.

Les chrysalides sont parties.

Le ver de terre a pris son vol

Et jeté le froc aux orties;

 

L'aragne sur l'eau fait des ronds;

ciel bleu! l'ombre est sous la treille;

Le jonc tremble, et les moucherons

Viennent vous parler à l'oreille;

 

On voit rôder l'abeille à jeun,

La guêpe court, le frelon guette;

A tous ces buveurs de parfum

Le printemps ouvre sa guinguette.

 

Le bourdon, aux excès enclin

Entre en chiffonnant sa chemise;

Un oeillet est un verre plein

Un lys est une nappe mise.

 

La mouche boit le vermillon

Et l'or dans les fleurs demi-closes,

Et l'ivrogne est le papillon,

Et les cabarets sont les roses.

 

De joie et d'extase on s'emplit,

L'ivresse, c'est la délivrance;

Sur aucune fleur on ne lit:

Société de tempérance.

 

Le faste providentiel

Partout brille, éclate et s'épanche

Et l'unique livre, le ciel,

Est par l'aube doré sur tranche.

 

Enfants, dans vos yeux éclatants

Je crois voir l'empyrée éclore;

Vous riez comme le printemps

Et vous pleurez comme l'aurore.

 

 

LÆTITIA RERUM - The Joy of Things

 

Everywhere, a sudden ferment.

Winter hurries off, disrobes;

Old year drops her faded garment,

Earth puts on her finest robes.

 

All is new, proud, debonair.

Round us, youth’s awakenings;

Devil-beauty everywhere

Sparkles, preens in limpid springs.

 

Trees start flirting. Flowers choose

Which of them is loveliest:

All display their gaudy hues,

Even the very homeliest.

 

Tufts are spurting from the rock;

Light leaves by the air are kissed.

June adores these tiny folk    

Of the heath, in Sunday best.

 

It’s a proper festival;

Coarse-grained thistle’s mood is festal.

In the summer’s banquet-hall

Stars light up the tiers of crystal.

 

Now, it’s hay-time: next, the grain.

In the copse, the reaper sleeps.

Scented breezes all retain

Perfume of the grass he reaps.

 

Nightingale is singing there;

All the chrysalids have gone.

Earthworm climbs to take the air,

Flings to the nettles his old gown.

 

Water-boatmen tour the pond;

Blue skies frame the trellis-shade;

Breezes stir the reedy frond;

Tiny insects serenade.

 

Wasp and hungry bee take wing,

Hornet’s at his look-out post.

Wayside pub is opening;

Quaff the perfumes: spring’s mine host!

 

Bumble-bee who loves excess

Smoothes his shirt, adjusts his tie:

Bud of the pink’s his brimming glass;

Lily, his white napery.

 

Crimson draughts, and gold, the fly

Sips from flowers that shyly close;

Bar-fly is the butterfly,

Toper’s tavern is the rose.

 

Ecstasy and joy imbibed!

Drunkenness is deliverance!

Not one flower is inscribed

‘Solemn League of Temperance’.

 

Nature in her pomp and bloom

Gushes, bursts a thousand-fold:

Heaven is a priceless tome

That the dawn has edged with gold.

 

My children, in your shining eyes

To me the empyrean appears;

The spring lives in your gaieties,

And the dawn rises in your tears.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


Notes :

- cépée : terme de chasse. Bois d’un an ou deux. Touffe de bois sortant d’une même souche. (Littré)

- empyrée : de l’adj. lat. ecclés. empyrius, grec empur(i)os « en feu, de feu ». (mythologie grecque) la plus élevée des quatre sphères célestes, qui contenait les feux éternels, c’est-à-dire les astres, et qui était le séjour des dieux. (Robert)


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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CE DIVIN NECTAR, par François Villon / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Voici un petit poème du pauvre scélérat François VILLON (1431-1463) qui est inscrit sur chaque bouteille de ce beau vin Grand Cru Classé de Saint Émilion : Château Balestard La Tonnelle St-Émilion… On parle d’un chanoine Balestard, ancien compositeur.

Ici règne depuis 500 ans la famille Capdemourlin : en plus de ses bons vins, on admire leur ancienne tour de guet, l’architecture, le beau jardin…

 

Les paysages viticoles de Saint-Émilion ont été les premiers au monde à avoir été inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. La confrérie la Jurade de Saint-Émilion, garante de la qualité des vins de Saint-Émilion, organise des festivités tout au long de l’année, notamment "la Fête de Printemps" (troisième dimanche de juin) et "le Ban des Vendanges" (troisième dimanche de septembre) pendant lequel une quarantaine d'impétrants est intronisée en tant que jurats.

 

J’ai traduit ce poème à l'occasion d’une soirée de vins français dans le cadre de  ‘Poet in the City’, agence culturelle à Londres.

 

Vierge Marie, gente déesse,

Garde-moi place en paradis

Oncque n’aurai joie ni liesse

Ici-bas, puisqu’il n’est permis

De boire ce divin nectar,

Qui porte nom de Balestard,

Qu’à gens fortunés en ce monde.

Or, suis miséreux et pauvret,

Si donc au Ciel ce vin abonde,

Viens, doulce Mort, point ne m’effraye,

Porte-moi parmi les élus

Qui, là-haut, savourent ce cru.

 

 

Mary, mother of the Lord,

up in heaven keep my place:

dull and joyless are my days

here below, for I’m debarred

from this draught miraculous

by the name of Balestard,

drunk by such as can afford.

I am poor, penurious:

if this wine in heaven flows,

come, sweet Death, and I shall profit:

take me up, and I’ll repose

with the chosen ones who quaff it.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès

 


- Statue de François Villon à Utrecht (Museumkwartier district central Utrecht city, Netherlands)

- Timbre poste dessiné et gravé par Albert Decaris, émis  en 1946

- Bouteille de Château Balestard

- Entrée du Château de Balestard Saint Emilion

- La Tonnelle, la très ancienne tour de guet en pierres du XVe siècledu Château de Balestard Saint Emilion

- La Jurade de Saint Emilion

- La Tour du Roy à Saint Emilion

- La ballade des pendus ou « l’épitaphe de Villon » est l’œuvre la plus connue du poète français médiéval. Il l’écrit alors qu’il est condamné à mort par pendaison.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LA SOURIS D'ANGLETERRE, par 'Nino', Michel Veber / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

Timothy Adès nous offre en ce dimanche 25 avril de la poésie, de la musique et de l'humour avec deux chansons de 'Nino', pseudonyme de Michel Veber, issu d'une famille d'artistes, d 'écrivains, d'hommes de théâtre et de cinéma, dont nous connaissons, plus près de nous, le réalisateur Francis Veber (Le Jouet). 

Le chef compositeur de très grand talent Manuel Rosenthal (élève de Maurice Ravel) en signe la musique. Elles sont interprétées ici par deux artistes lyriques exceptionnelles : Julia Kogan et Paloma Pelissier. Et comme à l'accoutumée, Timothy Adès nous offre sa version en anglais,


 

   C'est une des plus belles chansons de ‘Nino’ (1896-1965) que je vous propose aujourd'hui. Ainsi que deux de ses interpétrations par deux artistes lyriques : l'une avec la mezzo soprano Paloma Pélissier, l'autre avec la soprano #JuliaKogan, pour qui je l’ai traduite en anglais, et qui va sûrement l’enregistrer en anglais, l’un de ces beaux jours.

 

La musique est de Manuel Rosenthal (1904-2003).

J’ajoute la chanson du chien Fido, issue elle-aussi de l'album "Les Chansons du Monsieur Bleu" (1932) des mêmes artistes où figurent également Quat' et trois sept; L'éléphant du Jardin des Plantes; Le marabout; Le naufrage; Grammaire; Le petit chat est mort; Tout l'monde est méchant; Le vieux chameau du zoo; Le Bengali et L'orgue de Barbarie.

 

L’Hôtel d’Angleterre à Calais était sur la Place d’Armes, en face de la Tour du Guet.

 

Michel Veber ‘Nino’ est aviateur pendant la Guerre de 1914-18.

 

« Connu comme dialoguiste de cinéma, il était le beau-frère de Jacques Ibert, pour lequel il écrit le livret d’"Angélique" en 1926. Il collabore avec Albert Roussel pour "Le Testament de la tante Caroline" en 1932, puis avec Manuel Rosenthal pour les "Bootleggers", et surtout pour deux pièces plus célèbres : "Le Rayon des soieries" (1930) et "La Poule noire" (1933, création 1937).

C'était le neveu de Tristan Bernard, et de Pierre Veber. »

Librettiste, parolier, auteur de poèmes musicaux, Michel Veber est aussi connu pour avoir fait les dialogues de Gran Casino (1947), le premier film de Luis Buñuel de sa période mexicaine

 

Michel Veber sert au service de presse de l’attaché de l’air à Washington en 1940. En 1941 il rejoint les FAFL (Forces aériennes françaises libres), il est au Kenya et en Afrique du Sud, il est torpillé ; il revient au combat en Europe ; il fait neuf missions de bombardement ; le médecin l’exclut.

Du carnet de Pierre Mendès-France :

« 7 septembre (1943) …. Départ capitaine Weber (sic) ... Quarante-sept ans, vivait à Hollywood (cinéma), est venu s’engager chiquement. Titres de l’autre guerre. … Va retrouver femme et fils en Amérique. »

 

La souris d'Angleterre

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Ell' s'était embarquée au port de Manchester

Sans même savoir où s'en allait le navire.

No, Madam', no, my dear.

Elle avait la dent long' comme une vieille Anglaise,

S'enroulait dans un plaid à la mode écossaise

Et portait une coiffe en dentelle irlandaise.

 

Dans le port de Calais, elle mit pied à terre,

Yes, Madame, yes, my dear,

Elle s'en fut bien vite à l'hôtel d'Angleterre,

Et grimpe l'escalier tout droit sans rien leur dire,

No, Madam', no, my dear,

Le grenier de l'hôtel lui fut un vrai palace,

La souris britannique avait là tout sur place,

Du whisky, du bacon, du gin, de la mélasse.

 

Chaque soir notre miss faisait la ribouldingue,

Yes, Madame, yes, my dear,

C'était toute la nuit des gigues des bastringues,

Les bourgeois de Calais ne pouvaient plus dormir,

No, Madam', no, my dear,

En vain l'on remplaçait l'appât des souricières,

Le Suiss' par le Holland', le Bri' par le Gruyère,

Rien n'y fit, lorsqu'un soir on y mit du Chester.

 

C'était une souris qui venait d'Angleterre,

Yes, Madame, yes, my dear.

 

Julia Kogan

https://www.youtube.com/watch?v=Nagajm69XUQ

 

Paloma Pélissier

https://www.youtube.com/watch?v=ohJ-y_AmGGg

 

The Mouse from England

 

Now once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

She sailed from Liverpool – she must have been a Scouse.

She didn’t even know the likely port-of-call.

No, Madame, no, my dear.

Long in the tooth she was, like any English crone,

She wore a tartan plaid, the kind the Scots put on,

And proudly on her head an Irish lace confec-ti-on.

 

She came to Calais port, and there she disembarked

Yes, Madame, yes, my dear.

And to the Angleterre Hotel she quickly walked.

Straight up the stairs she went, she said no word at all.

No, Madame, no, my dear.

The loft of the hotel outdid the great palaces:

The lucky British mouse was well supplied, with masses

Of whisky, of bacon, of gin, and of molasses.

 

Each evening our Miss Mouse went on a jolly spree,

Yes, Madame, yes, my dear.

With noisy reels and jigs and shouts of revelry.

The burghers of Calais could get no sleep at all

No, Madame, no, my dear.

The cheeses in the traps were switched to no avail,

The Swiss, the Dutch, the Brie, so many bound to fail,

Till at last one night they put some Wensleydale.

 

For once upon a time there was an English mouse

Yes, Madame, yes, my dear.

 

Translation © Timothy Adès

 

 



 

Fido, Fido Manuel Rosenthal / Nino (Michel Veber)

 

Fido, Fido, le chien Fido

Est un chien vraiment ridicule;

On n'sait jamais s'il est su' l'dos,

Ni s'il avance ou s'il recule.

 

Il perd son poil et ses babines,

Ses oreill's traînent en lambeaux;

Quand il pleut il met des bottines,

Une casquett' quand il fait beau.

 

Pour lui donner un coup de fer,

On fait venir le praticien;

Et comme il ne voit plus très clair

On l'a conduit chez l'opticien.

Et lorsqu'il s'en va-t-à la chasse

Il est forcé de mettr' des verres.

Les perdreaux rient, les pies l'agacent,

Et les lapins se roul'nt par terre.

 

Fido, Fido, le chien Fido

Est un chien vraiment ridicule;

On n'sait jamais s'il est su' l'dos,

Ni s'il avance ou s'il recule.

 

 

Fido, Fido

 

Fido, Fido, the dog Fido,

He is a really silly pup.

His front and rear are none too clear,

You can’t see if he’s wrong way up.

 

He shakes his chops, he sheds his hair,

His ears flip-flop, they trip him up,

Come rain, he has neat boots to wear

And when it’s fine, a jockey-cap.

 

To straighten out his matted knots

They had to call a specialist,

And as he cannot see a lot

They took him to the oculist.

So when he’s on a hunting jaunt

With pebble-glasses on his phiz,

The woodcocks laugh, the magpies taunt,

The rabbits roll in ecstasies.

 

Fido, Fido, the dog Fido,

He is a really silly pup.

His front and rear are none too clear,

You can’t see if he’s wrong way up. Woof !

 

Translation © Timothy Adès


- La Place d'Armes à Calais

- Michel Veber, 7° debout , de gauche à droite, capitaine navigateur, le 3 novembre 1942, avec son groupe de la France Libre à Durban (Afrique du Sud) après le torpillage du Mendoza - (Extrait photographie, collection Y. Morieult).

- Le testament de Caroline, opéra bouffe composé par Albert Roussel (1869-1937) en 1933 sur un livret de Nino.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

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LE CHAT QUI NE RESSEMBLE A RIEN, par Robert Desnos / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES


 

   Amusons-nous avec Robert Desnos !

Ses beaux poèmes pour enfants se trouvent en maintes éditions illustrées : y comprises les Chantefables/Storysongs bilingues que j’ai faites avec les dessins de Cat Zaza, de chez Agendapoetry : trente poèmes que, déporté, Desnos n’a jamais vus publiés, par les Éditions Gründ, après la Libération.

De même, ses cinquante Chantefleurs. Avant la guerre il avait fait trois petits recueils : La ménagerie de Tristan, d’où est extrait ‘Le chat qui ne ressemble à rien’, avec les dessins de Desnos lui-même ; Le parterre d’Hyacinthe, avec ‘Salsifis du Bengale’ ; ces deux ont été écrits à l'intention des enfants de ses amis Lise et Paul Deharme; et La géometrie de Daniel, pour le fils de Madeleine et Darius Milhaud. Seul le volume de chez Gründ illustré par Silbermann contient tous les cinq recueils entiers.

Desnos note dans son journal : « Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. »

 

 

Le Chat qui ne Ressemble à Rien

 

Le chat qui ne ressemble à rien

Aujourd’hui ne va pas très bien.

 

Il va visiter le Docteur

qui lui ausculte le cœur.

 

Votre cœur ne va pas bien

Il ne ressemble à rien,

 

Il n’a pas son pareil

De Paris à Créteil.

 

Il va visiter sa demoiselle

Qui lui regarde la cervelle.

 

Votre cervelle ne va pas bien

Elle ne ressemble à rien,

 

Elle n’a pas son contraire

À la surface de la terre.

 

Voilà pourquoi le chat qui ne ressemble à rien

Est triste aujourd’hui et ne va pas bien.