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CLAIR DE LUNE, par Verlaine / Timothy Adès

 

   Voici Clair de Lune de Paul VERLAINE (1844-96), extrait de Fêtes Galantes, paru en 1869, dont c'est le premier poème des vingt deux que compte le recueil.

Ce poème paraît une première fois dans la revue La Gazette rimée, sous le titre « Fêtes galantes » (20-02-1867).

Ce poème inaugural s'inspire de paysages entre autres de Watteau, de Boucher, de Fragonard, traduisant l'insouciance et la frivolité du XVIIIe siècle. Verlaine y souligne le caractère illusioniste de la fête. Entre gaïté et tristesse, illusions et apaisement mélancolique, un poème d'un grande musicalité.

Comme souvent dans ses poèmes, Verlaine y suggère des sentiments complexes et nuancés, ouvrant sur son répertoire sensible personnel.

 

 

Portrait de Verlaine à l'âge de 23 ans, Frédéric Bazille, 1867

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LES TABLES DE FLAMBART

Gastronome, Marc Dudicourt l’a été superbement quand il a incarné Dodin-Bouffant dans La vie et la passion de Dodin-Bouffant. Un jeu brillant, époustouflant de bravoure, énorme ! Anne Rey dans Le Monde dira de sa prestation : « Dodin (Marc Dudicourt) entre en scène, luisant de santé, la bedaine avantageuse, les yeux gourmands, la bouche charnue sous d'épaisses moustaches. Pleure-t-il sa maîtresse morte ou les petits plats qu'elle ne lui fera plus ? Sous prétexte, en tout cas, d'un dernier hommage funèbre à l'auteur inspirée de ses délices, il proclame en un long discours l'avènement d'un septième art (la cuisine) et prêche en faveur de la seule religion qui vaille : les plaisirs de la bouche et du palais. Le curé s'en étrangle d'indignation. » Elle ajoutera : « Le réalisateur, Edmond Tyborowsky, a quelque peine à se maintenir, durant une heure et demie, au diapason de ce début foudroyant ;… ».

 

Dans la vie, gourmand, il l’a été pleinement. Membre de la Confrérie de la Tête de veau, il avait son circuit, ses tables préférées. De ses adresses parisiennes favorites qui remontent du temps où il habitait dans le 19°, dans les années 80, beaucoup n’existent plus : Zen (rue du Fbg Montmartre), Au Charolais (Bd Richard Wallace, Puteaux), Chez Eddy (rue de Maubeuge, Paris 9 ; remplacé depuis par le Bon Jour), Yamato (de la rue Nollet s’est déplacé rue Lécluse), Charlot 1er – Aux Merveilles des mers (Bd de Clichy), Le Relais Basque (rue Saint Lazare), Restaurant du Marché (rue de Dantzig, du temps de Christiane et Michel Massia), Le Cochon d’Or (avenue Jean Jaurès), Lamazère (rue de Ponthieu), Les Belles Gourmandes (rue Paul Louis Courrier), Gildo (rue de Grenelle).

Seules ont survécu Le Récamier (rue Récamier), La Truffière (rue Blainville) et le San Francisco (rue Mirabeau).

 

A partir des années 1990-2000, jusqu’à il y a six ans, avant que des ennuis de santé ne le contraignent et ses genoux ne le lâchent, ou quand ils n’avaient pas fermé ou que leur cuisinier n’était pas parti voguer sous d’autres cieux, il avait ses établissements préférés. Il toquait ainsi, avec ses frangins, au moins une fois par mois, le soir, chez Hugues (président alors du Cercle des Rabelaisiens de Paris), au Coin de Verre, rue Sambre et Meuse, dans le même esprit de philosophie partagée qui l’avait conduit à avoir son rond de serviette à l’adresse précédente de son hôte, rue de Provence. Il allait de temps à autre également à La Boule Rouge ou au Lafayette, une brasserie qui restait ouverte tard la nuit ; Chez Walczack. – Aux Sportifs réunis (« on ne boxe pas, on boit ! »), rue Brancion, la cantine de Brassens, où il se produisait de temps à autre en poussant la chansonnette. A partir des années 90, il se prend d’affection pour la cuisine bistronomique de Christophe Beaufront à l’Avant-Goût, rue Bobillot, qui servait un succulent pot au feu de cochon aux épices (il appréciait la philosophie du chef - aujourd’hui sculpteur - qui considérait que la gastronomie ne devait pas être l’apanage de l’élite, qui avait fait ses classes chez Michel Guérard et Guy Savoy, mais aussi aux Bains Douches), ou encore pour les poires au roquefort du restaurant coopératif Au Temps des cerises, rue de la Butte aux Cailles.

 

Il avait une adresse récurrente, la seule qu’il fréquentait avec des cercles d’amis différents, dont le hasard fit qu’il leur arrivait de se mélanger de temps à autre : Chez Denise (La Tour Montlhéry) où Il ne refusait jamais de partager une dive bouteille avec quelques solides autour, cochonnailles et autre haricot de mouton, quand ce n’était pas le plat du jour, en général tard le soir, à la sortie d’une représentation de théâtre, ou encore au retour d’un extérieur nuit avec ses frangins des Ateliers du Mardi, des « Capuçins » agnostiques qui animent une sorte d’atelier de gastrosophie pratique, conjuguant pratique culinaire et pratique poético-philosophique, dont il était un membre des plus actifs. "Papillon" le bichonnait comme un Duc et ne manquait pas de lui proposer un Château Talbot de derrière les fagots dont il le savait amoureux, qui n’était pas sur la carte.

Et dans les deux cas, cela pouvait durer jusqu’au petit matin ; à coup sûr, quand Claude Brasseur qui avait le même tempérament gourmand se mêlait à ces échappées, où quand lui-même sortait du Théâtre des Variétés. Il fut une époque où il donnait rendez-vous à midi Chez La Vieille (Adrienne), une autre « institution », à deux pas de là, pour, entre autres, pour son charriot d’entrées et de desserts. Marc Dudicourt n’était pas sans reproches : il fut parfois surpris à faire des infidélités au Saint Julien et à boire des bières dans un Pub irlandais près de La Comédie Française avec deux de ses bons copains, mais il ne tardait jamais à aller faire pénitence au Cercle Républicain, dont il fréquentait par moments les salons, avenue de l’Opéra. Il avait aussi quelques inclinaisons anciennes qu’il cultivait du côté du bouchon lyonnais Chez René, une autre « institution », Bd Saint Germain ; ou Chez L’Ami Jean, rue Malar ; ou encore Chez Germaine, rue Pierre Leroux, en général à deux, en compagnie de l’esprit de René Coty, pour son décor et ses plats des années 50, qui a fermé le rideau depuis. Le Villaret, rue Ternaux, figurait aussi sur son calepin, une adresse que lui avait fait découvrir sous le manteau ses copains des Ateliers du Mardi, dont les amateurs à l’époque se félicitaient qu’elle soit méconnue ; le chef patron Olivier Gaslain y mitonne encore aujourd’hui une cuisine traditionnelle, valorise les produits de saison et continue de proposer une carte des vins de folie. Mais aussi La Régalade, première époque (tenue par Yves Camdeborde, chef de file du mouvement « bistronomique » à sa sortie du Crillon), rue Jean Moulin, pour sa cuisine qui fleurait bon le terroir gourmand. Ces dernières années, il aimait deviser avec ses copains à l’Ami Vint, rue de Vouillé, autour d’un apéro, d’une terrine généreuse de pâté de campagne que le patron Marcel lui laissait sur la table, d’os à moelle ou de harengs fumés pommes à l’huile, avec une fillette de Côte du Rhône ou de Brouilly; il y alla plus occasionnellement pendant la période Patrick et Bambina Barthélémy, jusqu’à ce que le restaurant ne finisse par rendre l’âme.

 

Mais c’est Au général Leclerc, rue du Général Leclerc, au Kremlin Bicêtre, une adresse hyper-confidentielle, brasserie improbable vue de l’extérieur, qu’on remarquait à peine, qui sentait bon le clandestin, une adresse sérieuse, épatante de générosité, d’ambiance et de clientèle éclectique, qu’il aura sans doute eu ses dernières plus fortes émotions culinaires et conviviales. Le plus souvent, le vendredi, pour se donner de la marge derrière, en formation Mousquetaires (trois ou quatre), une adresse qu’il connut grâce à Jean-Claude Ribaut, alors chroniqueur gastronomique au journal Le Monde. Une adresse qu’on ne donnait pas, qu’on ne s’échangeait pas, sauf entre « professionnels » de la fourchette. Et encore ! Au Général Leclerc était plus qu’une excellente table, c’était aussi une scène ! Il n’était pas rare qu’il y enrôlât son monde alentour, à commencer par Monique, son hôtesse à la coiffure Pompadour et au caractère bien trempé, pour déclamer des dialogues de circonstance d’Audiard ou de Simonin, voire interpréter quelques scènes de son propre rôle dans La vie et la Passion de Dodin-Bouffant. Quand ce n’était pas des extraits des Diablogues, histoire de réinventer le dialogue de sourds, façon Dubillard, au plus grand plaisir de la tablée et des autres clients qui faisaient basculer alors la salle dans l’absurde, le fantastique et l’hilarité. Le départ à la retraite du couple de patrons fut fêté en grandes pompes, en petit comité, avec des produits de la chasse fournis par le mari de Monique.

 

Sur le tard, il établira plus tranquillement ses quartiers Au Tramway (anciennement L’hirondelle du faubourg), rue de Dantzig, pour sa cuisine simple, familiale, l’accueil sans chichi de son patron qui lui avait fait l’amabilité d’afficher deux photos de lui en Flambart derrière son comptoir, et son accès facile, à pied, de chez lui, rue Thureau Dangin.

 

Son amour de la table et du partage avec les copains était tel qu'il avait souhaité ouvrir une adresse. Il en avait déjà trouve le nom : Chez Flambart, qu'il avait déposé a l'INPI ...

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COUPLETS par Alexandre Pouchkine / Timothy Adès

 

  

Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète national de la Russie, était du gratin russe qui avait l’habitude de se parler en français, à l’époque. Il nous a donc légué quelques poèmes en français, datant surtout de sa jeunesse.

 

C’est la soprane Julia Kogan qui m’a fait connaître ce poème exquis : elle le chante également en français et en anglais sur ces deux CD : les coordonnés chez YouTube sont ci-dessous : la musique est d’Isabelle Aboulker. Ces deux dames sont magnifiques !

 

 

 

 

Portrait de Pouchkine  par Vassili Tropinine (1827)

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"LE MESSAGE" et "FIESTA" par Jacques Prévert / Timothy Adès

   

   Dans l’histoire de la poésie française, Jacques PRÉVERT (1900-1977) domine son siècle comme l’avait fait Victor Hugo : un million de ses livres se seraient vendus.

D’ailleurs il nous a régalé du trésor de ses œuvres cinématiques : et pour nous en instruire, nous avons l’excellente amie Carole Aurouet, qui a écrit trois livres à ce sujet, et qui en a fait un beau montage.

En effet, ‘ l’œuvre de Jacques Prévert est protéiforme : théâtre, cinéma, poésie, chanson, récit pour la jeunesse et collage. ’

Voici deux petits poèmes du grand maître, qui nous conduisent de la tristesse à l’extase, extraits de ses recueils Paroles  et Histoires, publiés en 1946.

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