Manifeste pour une République écologique (septembre 2010)



L’homme n’est pas né libre, et dans bien des endroits il reste dans les fers.


Formidable idéologie émancipatrice, la République a triomphé de ses ennemis en proposant un pacte commun à la Nation, un pacte fondé sur des valeurs dont l’actualité n’a jamais été aussi forte : la fraternité, la liberté, l’égalité et la laïcité.

 

La république est un pacte émancipateur construit autour du triptyque

« liberté, égalité, fraternité »…

 

Creuset de toute pensée politique, la République a connu l’échec du libéralisme et l’échec de la social‐démocratie keynésienne, elle a vu l’échec du marxisme. Elle demeure, pourtant, le socle commun d’appartenance des Français de toutes conditions et de toutes origines. Le dernier fil par lequel tient encore, mal, une société déchirée, épuisée, exsangue.

 

Que reste‐t-il de la Nation ? Les institutions républicaines, l’école, la protection sociale, l’Etat

régalien garant de la sécurité, de la Justice et de la neutralité de l’espace public. Les idéologies ont failli, la République demeure.

 

Emancipatrice et sociale, la République demeure le socle sur lequel nous voulons bâtir car il est le ciment commun des maisons des filles et fils d’immigrés et des enfants de la noblesse d’Ancien Régime, des descendants des paysans et de ceux des ouvriers, le seul mortier qui nous unisse et nous dresse vers un but commun.

 

Seule, la République ne peut rien. Elle doit abriter une pensée politique qui, en son sein, agisse pour l’émancipation et le partage, le bien commun et l’égalité.

 

L’écologie politique constitue le seul fait nouveau de l’histoire politique récente. Quand d’autres sont restés accrochés, avec plus ou moins de bonheur, aux théories de Smith et de Marx ou à la tentative de synthèse keynésienne, les écologistes, notamment à partir de l’œuvre d’Hans Jonas, ont tenté d’appréhender le monde de manière totalement nouvelle, comme un corps vivant, épuisable, nourricier dont nous n’étions que les dépositaires temporaires, non les propriétaires.

 

L’écologie politique a, depuis longtemps, quitté la sphère trop étroite de l’environnementalisme pour questionner le monde et tenter, avec plus ou moins de bonheur, d’inventer des réponses.

 

Développement durable, soutenable, décroissance… autant de tentatives d’explications du monde qui, si elles séduisent de plus en plus de Français, donnent l’impression de n’être pas globales. Sans doute, mais nous y reviendrons, manque‐t‐il à l’écologie politique dans sa forme actuelle une dimension sociale forte que le républicanisme que nous représentons apporte.

 

... dont nous voulons la fusion avec une écologie politique qui aura quitté la sphère trop étroite de l'environnementalisme

 

 Aujourd’hui, l’écologie politique est comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses. La meilleure quand elle incarne une offre politique nouvelle, résolument ancrée à gauche, capable à terme d’être bien plus qu’une force d’appoint : l’instrument de la transformation du monde. La pire quand elle est portée par la droite et prétend préserver l’environnement au détriment des hommes, aggravant les inégalités et cédant, au bout du marché de dupes, aux lobbys libéraux.

 

Les écologistes sont ancrés à gauche, leur histoire en témoigne. Mais les tentations existent encore, dans le nouveau mouvement auquel nous appartenons, plus large, de se proclamer ni de droite ni de gauche, de croire aux vieilles lunes d’une troisième voie qui, jamais, nulle part, n’a existé, d’admettre en son sein, comme une caricature de l’ouverture sarkozyste, des personnalités se réclamant ouvertement de la droite et d’une vision libérale du monde.

 

Nous croyons que la République est le creuset commun des écologistes de gauche.

 

Qu’est‐ce qu’être de gauche ? Croire que le monde est amendable, que la solidarité existe, que la pauvreté doit être combattue et vaincue, que la justice sociale impose un revenu en rapport avec les besoins de chacun et la contribution au bien être commun, que chacun a droit à une éducation de qualité, à des soins, à une protection sociale, que chacun doit être libre, dans un espace public neutre, de ses croyances et de ses opinions. Qu’est‐ce qu’être républicain ? La même chose.

 

Il n’existe plus de républicains de droite et ceux qui le prétendent avancent grimés de faux nez.

 

Voilà pourquoi nous voulons incarner une politique résolument républicaine et résolument

écologiste. Oxymore ? Non, plutôt syncrétisme audacieux, porteur d’avenir et, nous l’espérons, matrice de grandes victoires.

 

La laïcité n’est pas négociable. Parce qu’elle constitue, en France, le cadre indispensable de la vie commune. Chaque pays, à mesure que s’écrit son roman national, dessine le cadre de son vivre ensemble, celui qui lui permet, au fil du temps, d’accueillir et d’intégrer les nouveaux arrivants.

 

La France, depuis 1905, a choisi la laïcité, morale de la citoyenneté, pour ce faire. Sans aller trop avant dans le rappel historique, rappelons que notre pays était « la fille aînée de l’Eglise », intolérante envers ce qui n’était pas catholique, terre de la Saint Barthélémy et de l’Affaire Dreyfus.

 

La laïcité, cette rupture, n’est pas pour rien dans la création d’une République durable, stable et démocratique. La laïcité, ce n’est pas la vision étriquée d’un fanatisme antireligieux, c’est ce qui protège l’autre, le plus faible, celui qui arrive avec sa force de travail, son si peu et son être. C’est la liberté d’accès à l’autre et à la connaissance, la possibilité offerte de sortir du dogme et de ses tabous, une morale publique qui libère.

 

La laïcité, morale de la citoyenneté, est le cadre indispensable de la vie commune.

 

Le monde, depuis 1905, a changé. S’il n’est plus question de manger du curé, l’invention d’une laïcité moderne, respectueuse de toutes les convictions mais ferme sur leur libre coexistence et la neutralité de l’espace public est encore devant nous. L’Etat balbutie, de lois en lois qui toutes courent après l’actualité sans jamais porter la vision d’une laïcité déterminée garante des libertés.

 

Nous prétendons, nous, que ce qui relève de la conscience, des valeurs de transcendance de la personne, du citoyen a sa place dans la sphère privée. Et seulement dans la sphère privée.

 

La citoyenneté suppose une stricte égalité des droits, il ne peut pas y avoir de droits ou de devoirs différents selon la culture, la religion ou l’origine. La République doit garantir cette égalité qui passe entre autre par une stricte neutralité de l’espace public.

 

En matière de financement, la République ne saurait intervenir dans le financement des religions qui doit relever de l’initiative des personnes. Pour autant elle doit garantir l'exercice des religions hors des financements extérieurs fondamentalistes.

 

Elle va, cette neutralité, jusqu’à proclamer que l’espace public dans sa dimension de relation entre les citoyens doit être neutre. Il en va ainsi des services publics, des relations sociales et de l’activité économique. Pour le reste cela relève des choix de la personne et du citoyen.

 

Si l’écologie est, ce que nous croyons, une théorie de la libération, alors elle n’a d’avenir que laïc.


L'écologie repose sur une vision rationnelle du monde et émancipée de l'individu : elle ne peut être que laïque.

 

Plus, et sans doute mieux, qu’aucun autre, le parti Verts a porté la question de la parité au sein de ses instances et jusque dans ses choix électoraux. Très majoritairement, dans l’Histoire comme aujourd’hui, les religions ont été et sont instrumentalisées pour opprimer les femmes. C’est la situation actuelle des trois religions révélées, incapables, sauf aux marges, de considérer les femmes en égales des hommes. Cette égalité réelle, cette représentation duelle dans l’espace public, seule la laïcité les permet.

 

L’écologie politique est un fleuve sillonné de courants contraires. La richesse des débats en son sein, la vitalité qu’apporte la confrontation des idées sont une chance pour nous tous quand les autres courants de pensée n’ont plus rien à dire. Nous affirmons, nous, que la laïcité est un des piliers sur lequel construire l’alternance écologique à laquelle nous aspirons. Et acceptons le débat.

 

Le triptyque républicain, liberté, égalité, fraternité, a fondé le pacte social. Il demeure, essentiel à la construction d’une République écologique. Encore faut‐il que ces mots, annones et vidés de leur sens par des politiciens sans culture ni convictions, redeviennent le cœur de l’action publique.

 

L’écologie ne peut être un choix for the happy few. Elle ne peut être le fait de quelques‐uns. Elle ne peut être imposée mais doit procéder d’une adhésion consentie et libre, d’un choix de toute la Nation, comme doivent être donnés à chacun les moyens de modifier ses comportements individuels et de peser dans la modification de nos comportements collectifs. Alors, le triptyque républicain fait sens pour devenir, enfin, écologiste.

 

Comme la République, l'écologie est universelle dès lors qu'elle s'adresse à l'humanité.

 

La liberté, ce n’est pas seulement la possibilité de glisser, périodiquement, un bulletin dans une urne scellée. La liberté ne peut se résumer à pouvoir dire tout haut le mal qu’on pense du gouvernement, du Président de la République, et des institutions. C’est, certes, déjà beaucoup ; ce n’est pas suffisant. Etre vraiment libre, c’est avoir les moyens d’exercer sa liberté. Aucun homme aliéné par son travail n’est libre. Aucun pauvre n’est libre.

 

Cela, nous le savions dès les premiers jours de la Révolution de 1789. Et nous l’avons oublié. Il est plus que temps de redonner du sens aux mots que nous proclamons. L’homme libre est celui qui peut dire non.

 

La question des libertés du citoyen doit être posée sans tarder. Le sarkozysme et ses avatars

ministériels ou présidentiels ont conduit à un recul sans précédent des libertés individuelles,

aujourd’hui encore menacées par la loi LOPPSI 2, gravement atteintes déjà par les lois sur la

récidive, l’enferment psychiatrique… La liste est longue, le constat court : le sarkozysme est une attaque permanente et constante contre les libertés individuelles.

 

L’écologie républicaine que nous portons ne peut s’accommoder d’un tel recul de la citoyenneté dans un pays qui, longtemps, a pu s’affirmer dans le monde comme celui des libertés. Il faudra, nécessairement, abolir ces lois anti républicaines.

 

La première des sécurités, c’est la cohérence de la société et la réussite de l’intégration de chacun.

 

La meilleure des sécurités, c’est le progrès social, que chacun dispose d’un logement décent et d’un travail et puisse envisager une ascension sociale, un avenir.

 

Garantir la sécurité, c'est combattre la loi du plus fort et permettre en cela la liberté.

 

Pour autant, nous nous gardons de tout angélisme. Comme tous les Républicains de l’histoire, Gambetta, Jaurès ou Clémenceau, nous affirmons que l’Etat doit garantir la sécurité des citoyens.

 

Nous défendons avec force l’idée d’une police et d’une gendarmerie républicaines présentes dans les quartiers comme dans les zones rurales. Nous disons qu’il est plus que temps de rétablir la police de proximité et donc d’accroître rapidement les effectifs des fonctionnaires de police et de gendarmerie. Mieux prévenir, mieux sanctionner voilà ce que nous proposons. Nous voulons, pour assurer la sécurité de tous, une police qui marche sur deux jambes, prévention et répression.

 

Garantir la sécurité, c’est combattre la loi du plus fort.

 

La liberté de la Nation toute entière ne peut se concevoir, pour nous, sans une défense

indépendante. Elle permet non seulement la sauvegarde de notre société mais elle garantit aussi sa capacité à peser sur les affaires du monde et à empêcher l'émergence de pseudo gendarmes du monde. Cela suppose, évidemment, de quitter le commandement intégré de l’OTAN dès les premiers mois de l’alternance.

 

Aujourd’hui, l’Europe de la Défense est en net recul, la Commission préparant même un texte qui réintroduira, dans l’exportation des armes, la possibilité d’armer des régimes dangereux. La construction d’une défense européenne doit redevenir une priorité pour la France.

 

Nous considérons que l’indépendance et la souveraineté sont les conditions d’un plein exercice des libertés et de la démocratie. L’armée est celle des citoyens, entité républicaine au service de la République. Le Parlement doit ainsi décider des interventions extérieures armées.

 

Peser pour un ordre mondial plus juste est illusoire sans défense indépendante.

 

Pour nous, une armée française bien armée et bien équipée, aux choix stratégiques assumés, doit s’intégrer dans une force commune européenne de défense. Le rôle des parlements, nationaux et européens, est aussi d’exercer un contrôle à priori sur les ventes d’armes aux pays tiers.

 

Enfin, nous considérons que la France doit prendre l’initiative de nouvelles négociations sur le désarmement nucléaire global en acceptant de renoncer à une partie de sa capacité nucléaire tout en conservant une force de dissuasion opérationnelle et mobile.

 

L’écologie politique, à juste titre, a longtemps manifesté sa défiance à l’égard des politiques par trop sécuritaires et d’un militarisme outrancier. La République réaffirmée comme projet national commun n’est‐elle pas le moyen de contrôler l’exercice de la force nécessaire ? C’est au sein de la République que le citoyen peut décider librement des politiques coercitives auxquelles il consent.

 

La jeune histoire de l’écologie politique est marquée du sceau de l’égalité. Comme aucun autre parti en France, le parti Verts a inscrit l’égalité hommes‐femmes au cœur de son fonctionnement.

 

Nous considérons pour autant que l’égalité entre les hommes et les femmes de ce pays n’est pas assurée ; en réalité, les droits conquis par les femmes régressent. De la répartition des tâches domestiques au salaire, les inégalités entre les sexes sont flagrantes quand, par ailleurs et sournoisement, les atteintes à de grandes conquêtes (telles le droit à l’IVG) se multiplient, quand les femmes sont toujours sous représentées à l’Assemblée et aux fonctions majeures des collectivités, quand elles sont absentes, ou peu s’en faut, des directions des grandes entreprises, quand elles assument seules, ou presque, les contraintes liées à la fondation d’une famille.

 

Cela, nous ne l’acceptons pas. La République, nom féminin, ne s’écrit pas pour une seule moitié de l’humanité. La lutte pour une stricte égalité est une des missions que nous nous donnons.

 

La République, nom féminin, ne s’écrit pas pour une seule moitié de l’humanité.

 

En République, ce ne doit pas être à la femme de prouver qu’elle subit une discrimination, c’est à l’institution, publique ou privée, de montrer qu’elle est vertueuse.

 

De la même façon, nous n’acceptons pas que soient discriminés des hommes et des femmes au nom de leurs préférences sexuelles. La laïcité que nous portons refuse la différenciation des droits selon la culture, la religion ou l’origine ; cela veut dire que nous souhaitons une stricte égalité des droits quelque soit les choix de vie des citoyens. La préférence sexuelle ne doit interdire a quiconque ni le mariage, ni l’adoption si tel est son projet de vie.

 

Evidemment, nous considérons naturel le vote des étrangers aux élections locales. Ce n’est pas suffisant. L’accès à la citoyenneté française doit être plus large, et beaucoup plus facile. Celui que la République fait participer à la richesse commune, elle doit, s’il le désire, en faire un de ses enfants.

 

Enfin, mais nous y reviendrons, l’égalité est un vain mot quand on accepte une société

profondément inégalitaire. Il n’y a pas d’égalité entre les hommes si chacun ne peut satisfaire ses besoins de base, si certains sont exclus de l’école ou du travail. Il n’y a pas d’égalité si nous nous résignons à vivre dans une économie mondialisée, cet adjectif si pratique pour déguiser la réalité d’un monde livré à la prédation et à la spéculation, ce cache‐sexe d’un libéralisme plus ou moins aménagé à la sauce sociale‐démocrate. Il n’y a pas d’égalité si des hommes et des femmes restent sans logement, ou mal logés, sans travail.

 

Quelle égalité peut‐on promouvoir si, devant le bien le plus essentiel, la santé, nous sommes déjà profondément inégaux ? L’abandon de la santé publique par le sarkozysme, au seul profit des assureurs et de la santé privée, n’est pas acceptable. Nous prônons une réaffirmation de la santé publique qui passe aussi par une stricte régulation de la médecine libérale, un encadrement réel des laboratoires et de l’industrie pharmaceutique et une prévention accrue. Un gouvernement républicain et écologiste doit assumer le cout de l’assurance maladie. Il n’est pas scandaleux, même si la chasse aux abus est nécessaire, il est le signe d’une société qui prend soin des plus faibles des siens, d’une société en bonne santé.

 

Le choix délibéré d’un nouveau modèle économique, plus juste et moins destructeur, sans doute fondé aussi sur une consommation plus responsable, est la condition sine qua non d’une égalité réelle et républicaine.

 

Une république écologique doit garantir l'accès aux droits sociaux fondamentaux : santé, logement, éducation...

 

Du triptyque républicain, la fraternité est sans doute le concept le plus malmené. Où est la

fraternité dans une société où des femmes et des hommes dorment dehors ? Ce n’est pas une fatalité. Seuls le manque honteux de volonté politique et la faiblesse des moyens dévolus au logement d’urgence et aux associations agissant dans la rue expliquent cette situation. Oui, il est possible, en y consacrant les moyens de faire en sorte que, dans dix ans, nul ne dorme plus dehors.

 

Où est la fraternité quand les personnes en situation de handicap demeurent à la marge de la République, comme s’ils relevaient d’une citoyenneté moindre ? Là encore, les moyens sont notoirement insuffisants. Là encore, le discours politique masque l’inanité des actes. Aux lénifiants propos compassionnels, nous entendons substituer l’action républicaine.

 

Un Ministère scélérat, dit de l’Immigration et de l’Identité Nationale, a permis au sarkozysme de fouler au pied l’idée même de lien entre les hommes. Des lois de plus en plus draconiennes, de plus en plus nauséabondes, ont érigé l’étranger, l’autre, le frère humain en suspect, en pillard, en délinquant. Terrible politique qui a libéré la parole, permis le retour d’un refoulé raciste.

 

La France est grande quand elle est généreuse. Il est temps, aujourd’hui, de rappeler ce principe. Il faut assouplir les lois sur l’admission et le séjour en France, notamment pour les étudiants étranger qui seront, demain, de formidables avocats de la France dans le monde entier. La dernière loi de régularisation a près de quinze ans et, depuis, la France n’a aucune politique cohérente, ni pensée, en matière de flux migratoires et de co‐développement. Il est plus que temps de remettre les compteurs à zéro. Une grande loi généreuse est nécessaire pour régulariser les sans‐papiers. Enfin, la France doit prendre l’initiative, à la Commission Européenne, de poser le débat de l’accueil des migrants et non plus de leur traque.

 

La France doit avoir une vision sereine, généreuse et exigeante d'une immigration qui constitue une partie son identité.

 

Sur ces points, le parti écologiste français est sans aucun doute l’honneur de la République. Loin des atermoiements socialistes, loin des tentations communautaristes de l’extrême gauche, il a depuis longtemps affirmé une position généreuse. Nous la partageons.

 

La fraternité se joue des frontières. L’évolution des pays du continent africain le prouve à notre grande honte, la politique étrangère française n’a plus de boussole. Elle oscille entre la

condamnation sans nuances de certains régimes, au nom du respect de la démocratie, et le soutien total à la des dictatures ignobles et corrompues.

 

Un autre rapport Nord‐Sud est possible, débarrassé des vieux fantômes paludéens des colonies, un rapport d’égalité et de respect mutuel, sans ingérence mais sans aveuglement. Un rapport qui fonde d’autres liens commerciaux, et l’exigence d’échanges équitables. Un rapport qui s’appuie sur les forces démocratiques existant dans tous les pays, même ceux où des dictateurs occupent le pouvoir. Un rapport fraternel.

 

Républicains de toujours, notre pleine conscience des enjeux environnementaux est à la fois

récente et déterminante dans notre choix de penser un courant républicain au sein de l’écologie politique.

 

Que les formations politiques dont nous sommes issus continuent, sur ces questions, d’être

aveugles et sourdes alors que l’équilibre même de la planète est menacé n’a pas pesé pour rien dans notre démarche. La faillite des partis traditionnels est criante. Leur incapacité à penser d’autres modes de production moins polluants comme à atteindre les objectifs réalistes de Kyoto sont inacceptables.

 

Ils n’ont pas vu, sans verser dans le catastrophisme, le mur qui se dresse devant nous.

 

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la Permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ». Cette phrase d’Hans Jonas doit désormais guider, nous le pensons, l’action publique.

 

Nous devons définir un modèle de développement soutenable qui donne un accès au bien à être l'humanité entière et non à 10% d'ellemême.

 

Cela exige, évidemment, une économie moins polluante. Elle peut s’obtenir par une plus ferme répression et une très lourde taxation des industries polluantes et, à l’inverse, par des

encouragements fiscaux importants en direction de ceux qui polluent le moins ou consentent de réels efforts à moins polluer ou à dépolluer. Nous y reviendrons.

 

La lutte contre le changement climatique impose une transformation radicale de l’économie, un nouveau modèle de production et de consommation, donc une lutte constante, impitoyable et financièrement efficace contre les activités polluantes. Il a fallu deux crises pétrolières pour que les constructeurs automobiles cherchent enfin des moyens de moins consommer d’essence. Qui peut nier le rôle fortement incitatif qu’auraient de lourdes taxes ‐ dédiés à l’élaboration de technologies moins polluantes ‐ sur le développement des locaux professionnels ? Ou l’interdiction, à dix ans, de l’enfouissement des déchets quand les montagnes que nous produisons (une demi tonne par personne et par an pour la consommation individuelle, le double pour l’activité économique) sont recyclables à plus de 80%, générant de nouvelles sources d’énergie, de revenus et d’activités ?

 

Nous sommes attachés à l’indépendance énergétique de la France. Simplement, nous considérons que cette indépendance devra immanquablement, à terme, se passer du nucléaire.

 

Il faut une approche sereine de cette question. D’autres énergies existent, il est plus que temps de les développer et de faire porter notre effort de recherche sur ces technologies.

 

A ce sujet, nous voulons réaffirmer notre attachement profond à la notion de progrès. La science et la recherche ont été des vecteurs fantastiques d'émancipation et de bien être pour l'humanité. Le fait que le marché ou quelques dictateurs aient dévoyé les découvertes pour les transformer en véhicule de mort, d'exploitation ou de destruction de l'environnement ne change rien à cette conviction. Cela prouve simplement qu'il n'est de progrès vertueux que celui qui peut être contrôlé par les citoyens. Et l'un des outils majeurs de cet équilibre réside dans l'existence d'une recherche publique forte.

 

Cela exige de nous tous que nous changions nos comportements individuels. L’école de la

République demeure, pour parvenir à édifier des générations responsables, la meilleure arme dont nous disposions. L’urgence, cependant, exige que nous développions rapidement d’un arsenal législatif qui incite les citoyens à adopter de nouveaux modes de vie.

 

Cela, enfin, exige de nous d’autres modes de consommation et de production. En matière agricole, la surexploitation a produit des aberrations. L’agriculture intensive est un déni de santé publique. Il nous paraît essentiel de réformer la PAC en plaçant l’agriculture raisonnée et le bio au cœur de la logique des subventions, en mettant en avant des aides à la transformation des exploitations. En outre, on doit exiger de la grande distribution d’autres pratiques, notamment la rétribution décente du travail des producteurs.

 

Consommer mieux est possible. La France est assez riche pour garantir à chacun ce dont il a besoin pour vivre, notamment un logement. En revanche, l’excessive consommation de biens matériels, la course effrénée à la nouveauté, l’obsolescence programmée des équipements ne sont plus acceptables.

 

La France abrite plus d’espèces que toute l’Europe continentale et pourtant elle pointe au

neuvième rang mondial pour le nombre d’espèces végétales et animales menacées.

Or, la biodiversité n’est pas un joli mot recouvrant d’anodines réalités. Ce qui est en jeu

aujourd’hui, ce n’est pas la nidification d’une espèce rare de coléoptère menacée par la

construction d’une autoroute mais la disparition d’espèces qui contribuent à la survie des autres, à la vie sur terre.

 

La France est un havre de biodiversité en Europe, elle ne peut se contenter, comme aujourd’hui, de coups de menton et de déclarations.

 

La France ne peut se contenter, comme aujourd’hui, de coups de menton et de déclarations. Parce qu’elle est plus directement menacée que d’autres pays, elle doit porter auprès de la Commission Européenne la nécessité d’engagements forts. Elle doit plaider aussi en ce sens au sein des organisations internationales et dans la Francophonie.

 

Nous sommes venus à la République par conviction, parce qu’elle est le lieu d’émancipation des femmes et des hommes. L’écologie, elle, n’est pas une conviction : c’est une exigence vitale.

 

Longtemps, l’économie a servi les hommes. Aujourd’hui, les hommes la servent.

 

Le brutal arrêt, à la fin des années 80, d’un progrès régulier garant d’une amélioration du cadre de vie de tous, d’un accès meilleur à la Santé, au travail, à l’éducation et à la formation n’est pas le fait d’une mondialisation présentée naïvement comme un mouvement naturel, mais bien un choix idéologique des gagnants de la guerre froide : le libéralisme.

 

La République ne peut être libérale. Il existe, de fait, une contradiction irréconciliable entre les républicains, tenants d’un Puissance publique qui garantit l’égalité entre tous, et les libéraux, tenants du profit immédiat, de la rapacité et des inégalités.

 

Nous croyons, de la même façon, qu’une écologie libérale relève de l’oxymore. Pourquoi ?

 

Simplement parce que la recherche du profit le plus immédiat, du profit maximum ne peut

s’accommoder d’une gestion rigoureuse des ressources naturelles, d’un partage entre tous de l’accès à celles‐ci, d’une attention portée à la planète et aux espèces, dont la nôtre, qui l’habitent, bref, de l’écologie.

 

L’écologie ne peut s’accommoder du libéralisme car elle ne peut transiger sur une gestion rigoureuse des ressources naturelles et d’un partage entre tous.

 

Nous savons nécessaire que les hommes consomment mieux, notamment dans les sociétés

occidentales où nous jetons plus du tiers de la nourriture que nous achetons, où, de plus en plus, nous remplaçons des équipements qu’une simple réparation rendrait à nouveau opérationnels, où nous sommes collectivement pris d’une frénésie d’achats inutiles, technologies vouées à leur dépassement, jouets, bruyants tambours masquant le silence triste de nos âmes.

 

Consommer mieux, c’est garantir à tous de consommer selon ses besoins. Nous proposons que les besoins essentiels et communs, le logement, la santé, l’énergie, l’eau et l’alimentation, l’éducation soient garantis. La part des dépenses incompressibles doit diminuer dans le budget des plus modestes pour que chacun dispose d’un peu de « superflu », les arts, le sport, les loisirs…

 

Consommer mieux, c’est aussi renforcer l’intervention et le périmètre des services publics, refuser la privatisation des ressources et du système bancaire, imposer une obligation de service public aux entreprises de communications globales (téléphonie, télévision, Internet). La solidarité nationale doit garantir l’accès de tous, dans ces domaines, à des services de qualité à moindre coût.

 

Consommer mieux, c’est consommer moins. Il est largement temps d’en finir avec le scandale de l’obsolescence programmée en imposant une garantie légale de cinq, dix ou vingt ans selon les produits ou d’imposer un packaging qui corresponde aux besoins réels des consommateurs, et non aux intérêts des marques. De la même façon, une taxe sur les stocks des entreprises et la surproduction pourrait permettre une meilleure adéquation entre la production et les besoins.

 

Consommer mieux, c’est mettre le logement au coeur des politiques publiques. Nous proposons d’imposer à tous les propriétaires de logements vides, avant tout les sociétés, une taxation corrélée au prix moyen de la location au mètre carré. Nous estimons nécessaire qu’un seul chef de file, ayant droit de préemption sur les terrains municipaux, conduise la politique de construction de logement social afin d’atteindre, dans toutes les communes, les objectifs fixés par la loi SRU.

 

Mettre le logement au cœur des politiques publiques

 

Consommer mieux, c’est abolir la réforme des retraites, inique, insuffisante et favorable au capital.

 

Une répartition juste de l’effort passe par une mobilisation des revenus du capital. Une taxe sur ses revenus, qui prennent de plus en plus d’importance au détriment du travail, nous paraît obligatoire.

 

Une vraie négociation sur la pénibilité du travail doit s’ouvrir avec les partenaires sociaux afin que les salariés concernés puissent bénéficier plus tôt de leurs droits à la retraite.

 

Enfin, consommer mieux, c’est éduquer. Une approche écologique timide voit le jour à l’école, nos enfants sont sensibilisés plus tôt. Mais il nous paraît nécessaire d’aller beaucoup plus loin. Nos enfants - qui sait ? - seront peut‐être capables de réparer les errements de nos parents et nos propres turpitudes.

 

La croissance responsable à laquelle nous appelons ne peut faire l’impasse de la situation des pays du sud et des pays émergents. Notre responsabilité historique c’est d’inventer un modèle de développement et de bien‐être qui satisfasse les besoins de six milliards d’être humains, et non plus seulement de 10% d’entre eux.

 

Notre responsabilité historique c’est d’inventer un modèle de développement et de bienêtre qui satisfasse les besoins de six milliards d’être humains, et non plus seulement de 10% d’entre eux.

 

Nous devons admettre que le développement de ces pays, vital pour les habitants, produira des modes de consommation similaires à ceux qui furent les nôtres. Acceptons le et compensons en rationalisant encore plus notre consommation, plutôt qu’en jugeant le pauvre et sa maison de torchis du haut d’une fenêtre panoramique de gratte‐ciel climatisé. Et consacrons enfin des fonds massifs à la coopération Nord‐Sud pour aider à un développement le plus respectueux possible de l’environnement.

 

La faillite de l’économie n’est pas, comme en 29, une crise de la surproduction. Toute comparaison est malhonnête. Elle vise à déguiser la vérité, nue, terrible. La crise de l’économie est le fruit de l’éclatement d’une gigantesque bulle financière dédiée à l’enrichissement de 1% de la population au détriment des 99 autres. La crise est celle de l’argent qui crée de l’argent, non celle de l’argent qui crée des biens.

 

L’avidité, la rapacité des financiers, banques et assurances mêlées, ont eu raison de l’économie mondiale. Sans doute parce que cette économie repose sur le château de cartes de la spéculation bâti sur les fondations de la production. Mais déjà, alors que la purge aurait pu avoir des effets bénéfiques, et faute de volonté politique réelle de changer de monde, les mêmes causes reproduisent les mêmes effets, reprennent bonus indécents et crédits faciles, spéculations et tonte du consommateur.

 

Il n’y aura pas de société nouvelle sans une réforme profonde du système bancaire. Le rôle

essentiel des banques est de contribuer au développement économique et social du pays.

 

L’interdiction, ou la stricte limitation de la vente de produits dérivés est un outil, parmi d’autres, dont il faut étudier la mise en œuvre, tout comme l’obligation d’assurer les services bancaires minimums pour les plus pauvres.

 

L’exigence d’une société plus juste et responsable que nous portons, comme républicains et comme écologistes, ne s’exonèrera pas d’une réforme en profondeur de la fiscalité.

 

Les Républicains que nous sommes demeurent fondamentalement attachés à l’impôt comme instrument de financement des services publics et moyen de la solidarité nationale. Mais aujourd’hui trop de revenus échappent à l’impôt, et d’abord ceux qui ne viennent pas du travail. Il faut mettre en œuvre une retenue à la source de l’ensemble des revenus, ceux du travail, certes, mais d’abord et surtout ceux du capital et de la rente.

 

La pitoyable reculade du sarkozysme sur la fiscalité écologique n’invalide pas la justesse de celle‐ci.

 

L’instrument fiscal est, nous n’en doutons pas, le meilleur moyen pour valoriser les produits les moins polluants et renchérir les activités les plus polluantes, taxer les mouvements financiers. La confiscation pure et simple des sommes hébergées dans les paradis fiscaux, et leur reversement au budget collectif du pays, nous paraît une évidence.

 

Nous mettons en débat l’invention possible d’une société post salariale. Si nous restons attachés fondamentalement à la valeur travail, et à la valeur du travail, force est de constater que le volume d’heures de travail nécessaires à la production d’un bien ou d’un service ne cesse de se réduire, rendant plus que chimériques les illusions d’un retour au plein emploi dans une société ou le travail ne serait pas partagé.

 

A l’heure où certains croient devoir porter le débat sur un renoncement aux 35 heures, osons dire que 35 heures c’est encore trop en d’activité salariée. Si chacun doit travailler, si le travail demeure un élément majeur de la dignité des femmes et des hommes, la masse de travail doit mieux se répartir. Notre contribution au bien publique dépasse largement le temps consacré au travail salarié et nous satisfaisons aujourd’hui nos besoins avec bien d’autres richesses que celles inscrites sur notre fiche de paye. Cela pose la question de la mise en œuvre d’un revenu minimal d’existence (calculé sur ce qui reste à une famille pour vivre une fois son logement payé), allocation perçue de la naissance à la mort qui permettrait d’être moins dépendant du salariat. Cela nécessite, aussi,

 

l’extension des mécanismes du type Banque d’Echange de Bonnard où Systèmes d’Echanges Locaux (SEL). De la même façon, nous sommes favorables à la création d’un revenu maximum annuel par personne.

 

Certes, le chemin vers une utopie post salariale est long. Ceux qui, peu ou prou, l’ont portée ou s’y sont reconnus n’ont jamais nié les difficultés d’un exercice qui exige transformation du monde et changement des mentalités.

 

Pour autant, comme Républicains, comme écologistes, nous savons que l’utopie n’est jamais que l’aïeul du réel.

 

Rien n’est possible sans le peuple, tout est possible par le peuple. Ce credo, nous le partageons.

 

Encore faut‐il un peuple de citoyens, maîtres de leurs destins, capables de faire, en conscience, leurs choix.

 

Le libéralisme se méfie des citoyens, comme il se méfie de toute pensée. L’utilitarisme doit

prédominer, il faut former l’homme à son poste de travail. C’est le seul rôle qu’assignent les

libéraux à l’école.

 

Nous pensons qu’elle doit former des femmes et des hommes libres. Le vieux rêve léniniste de la cuisinière, nous le partageons. L’école, et l’école seule, peut permettre sa réalisation.

 

Hors, pointée du doigt, méprisée, assommée de discours indignes même d’un café du commerce sur les dérives du pédagogisme, en proie depuis des années au mépris des élites ou à leur nullité, soumise depuis l’ère sarkozyste à des réductions budgétaires inacceptables, l’école de la République est en danger.

 

Nous sommes convaincus, pourtant, que les générations futures pourront porter, mieux et plus haut que nous, le drapeau de l’écologie, d’une croissance durable, d’une société égalitaire. L’école a, dès lors, toute sa place ; c’est elle qui forme les générations, c’est elle qui permet l’accès de tous au savoir.

 

L’enseignant doit enfin occuper toute la place qu’il mérite, celle qui était la sienne à l’époque des Hussards noirs installant durablement la République et notre société démocratique. Les récentes et exécrables réformes sur la formation des maîtres doivent être abolies, l’autorité des maîtres réaffirmée, le rôle et l’influence des parents introduits comme accompagnant la démarche éducative aidant les enseignants dans leur rôle, et enfin le métier revalorisé.

 

La massification de l’école est une chance. Encore faut‐il avoir le courage de sortir d’un

enseignement indifférencié. L’école doit pouvoir offrir la possibilité aux enfants de prendre plus de temps dans telle ou telle matière, de travailler en petits groupes quand ils sont en difficultés. Si le débat sur le collège unique mérite d’être posé dans le temps, celui sur les rythmes scolaires et le soutien à mettre en œuvre dans ce même collège est urgent. Démocratiser la réussite au collège, comme le propose Philippe Meirieu, est d’abord la reconnaissance de l’impérieuse nécessité de sa réforme lucide. Elle exige des moyens inédits et la fin d’une culture de l’évaluation brutale et stupide. Cela demande aussi d’accompagner les jeunes tout au long de la journée, et donc de relancer avec force l’éducation populaire. Qu’un jeune passe sept heures au collège et trois heures devant la télévision relève d’un assassinat sociétal.

 

L’école de la République, et elle seule, peut former des citoyens. Elle doit avoir les moyens de résister aux visées mercantiles de l’école privée, elle doit proposer un mode de développement de l’enfant qui ne vise pas à lui faire courber l’échine pour s’adapter à son poste à la chaîne mais bien à lui rendre la colonne vertébrale rigide.

 

L’écologie comme la République ont besoin de femmes et d’hommes debout, libres et conscients. Ces femmes, ces hommes, l’école, et l’école seule, les enfante.

 

Pour les mêmes raisons, nous considérons la culture et les Arts comme essentiels. La France a, depuis la fin de l’ère Lang, renoncé à être un grand pays culturel. Le soutien aux Arts ne cesse de se réduire, peau de chagrin que des Ministres de la Culture plus ou moins inspirés essaient de nous faire passer pour le manteau de Martin.

 

L’Art n’est pas un supplément d’âme. C’est le cœur vivant de la société, l’aspiration tenace de l’artiste, de l’amateur, du public. Nous plaidons pour une politique culturelle rénovée et renforcée qui renoue avec les 1% autrefois promis. Nous plaidons pour une politique appuyée sur quatre piliers, la formation, le public, les pratiques amateurs et les professionnels.

 

La création contemporaine est la première victime des coupes budgétaires qui sont, partout, à l’œuvre dans la culture. Nous ne l’acceptons pas. Et rêvons de voir le un pour cent culturel changé en un pour cent création.

 

Eduquer aux Arts, l’école ne le fait pas. Les enseignements artistiques y sont secrètement méprisés, relégués au rang de faire‐valoir. Soit. Alors, réformons les rythmes de l’école et imposons de véritables programmes culturels et conservons les après‐midi des enfants pour les arts et les sports, comme en Allemagne. De même, ouvrons des lieux pour les amateurs, lieux de répétitions et de diffusion, encadrés par des professionnels, mêlons les deux publics aux mêmes endroits, généralisons une politique de conservatoires municipaux où s’enseignent aussi les arts plastiques, les arts vivants, les arts du cirque et de la rue, pas seulement le solfège. Enfin, acceptons que tous les publics ne soient pas égaux devant la culture et renforçons la médiation qui permet à tous d’accéder aux œuvres.

 

Le rôle de la France dans le monde ne cesse de décliner.

Nous n’en finissons pas, faute d’une politique étrangère relevant d’une vision de notre place, de nous ridiculiser.

 

Nous ne considérons pas avec méfiance l’Etat Nation. Nous sommes attachés à l’idée de Nation comme vecteur de la citoyenneté, comme espace d’exercice de l’action publique et de la démocratie.

 

Pour autant, le projet européen est le nôtre. Nous en mesurons l’importance et la chance

historique qu’il nous offre. Mais quelle Europe ? Le modèle européen, imposé contre la volonté des peuples, est libéral. Il traverse une crise profonde qui affaiblit durablement l’Europe sur la scène internationale et le disqualifie. L’Europe n’a jamais digéré son extension à 25, puis à 27 ; elle est plongée dans une crise institutionnelle qui l’a rendue incapable de répondre à la crise financière de 2008.

 

L’Europe ne s’affirme pas à l’extérieur. A l’intérieur de ses frontières, elle promet un projet

essentiellement libéral dont nous ne voulons pas, à mille lieues de l’Europe écologique et sociale que nous voulons construire.

 

Nous considérons aujourd’hui que la Nation demeure le périmètre démocratique d’expression des citoyens, en témoigne le sens réel des votes exprimés lors des consultations intermédiaires. Nous souhaitons pour autant l’avènement d’une Nation européenne construite sur une vision partagée de l’intérêt général et de la citoyenneté européenne. Cette utopie demande encore très largement d’être construite. Nous sommes fondamentalement européens, mais en rêvant d’une Europe où les pouvoirs de la Commission soient strictement réduits, comme ceux du Conseil, où la gouvernancende la Banque Européenne dépende du Parlement et où celui‐ci, enfin, joue son rôle plein.

 

Sauver l’Europe sans renoncer à la Nation c’est aussi aller résolument vers une Europe de la

Défense et des Affaires Etrangères. L’ampleur de l’Union lui permet, par exemple, d’adopter des positions fermes en matière de droits de l’homme et d’aller vers des clauses contraignantes fortes, écologiques notamment, dans les accords qu’elle passe avec des pays tiers.

 

Construire l’Europe sociale, c’est aller vers un revenu minimum d’existence dans tous les pays de l’Union Européenne, adopter une directive cadre protectrice pour les services publics, taxer les transactions financières… C’est aussi assumer un protectionnisme qui impose des clauses sociales et environnementales drastiques aux produits importés, en aidant les pays du Sud à atteindre les normes ainsi fixées.

 

Simplement, à 27, vouloir conduire une politique sociale relève de la gageure. Il est plus que temps de s’affranchir du tabou qui veut que l’Europe avance d’un même pas. Si l’Europe politique et sociale peut commencer à se construire à six, allons‐y sans rompre avec les autres pays, simplement en accélérant notre marche. Rien ne nous empêchera, plus tard, de nous arrêter pour attendre ceux qui, finalement, souhaiteront marcher avec nous.

 

Nos relations avec les pays du Sud sont catastrophiques, teintées de paternalisme, de néocolonialisme béat, d’arrogance. Le Printemps des Indépendances à cinquante ans, mais la France vit toujours à l’heure d’hiver.

 

Nous plaidons pour une relation équilibrée où le refus de soutenir les dictatures n’est pas confondu avec le retrait des pays et l’abandon des peuples, où l’accueil plus large des étudiants étrangers est vu comme une formidable opportunité commune et non un acte de charité, où nos relations économiques sont prises en compte mais ne nous contraignent pas aux reniements, où cesser de donner des leçons n’implique pas de relâcher notre vigilance démocratique et où les relations commerciales se construisent dans l’échange et le paiement du juste prix et non dans le pillage.

 

La France a longtemps eu à dire au monde. Nous croyons que c’est encore le cas. Si elle sait écouter.

 

Nous ne prétendons pas, nourris par l’expérience des échecs tragiques du vingtième siècle, au système. Notre but est de proposer un projet de gouvernement à l’heure de l’alternance.

 

Evidemment, nos propositions, celles que nous avons exposées ici comme celles qui nous restent à inventer, sont soumises au débat, à la critique, à la réfutation. Car nous savons que du débat jaillit l’acte politique, notre but.

 

Le monde dans lequel nous vivons n’est plus acceptable. Il est nécessaire que des femmes et des hommes de bonne volonté s’attellent, non plus à le commenter, non plus même à l’amender, mais à le changer radicalement, à le passer cul par‐dessus tête.

 

Nous avons longuement expliqué pourquoi cette révolution ne pouvait, pour nous, que surgir du rapprochement entre la République et l’écologie. L’écologie est l’avenir commun, la République est le cadre grâce auquel il pourra exister dans le respect des droits de tous et l’accès de chacun à une vie digne.

 

Sous couvert de mondialisation, le monde recule aux premiers âges de la révolution industrielle, dans l’exploitation et la misère. Les libéraux s’en félicitent, les sociaux‐démocrates s’y résignent.

 

Nous, nous le refusons.

 

Nous considérons vitale une transition écologique réelle, et voulons mettre en place une société du progrès social et du bien‐être. Cette société repose sur l’action publique et la démocratie. Le peuple seul peut la porter. C’est le modèle, républicain et écologiste, que nous défendons.


Voilà la raison de ce texte. Voilà pourquoi nous ouvrons le débat.

Voilà la main que nous tendons à toutes celles et à tous ceux qui, comme nous, préfèrent le combat à la capitulation.

 

(Paris, Septembre 2010)