Philippe Raynaud : « L’affaire Benalla n’est pas une affaire d’Etat »

 

Parce qu’il n’y a pas eu intention de l’Etat de commettre un acte délictieux, il n’y a pas d’affaire d’Etat, explique dans une tribune au « Monde », le philosophe Philippe Raynaud qui estime que les partis d’opposition polémiquent avec d’autant plus d’acharnement qu’ils n’ont toujours pas digéré le résultat de l’élection présidentielle.

 

LE MONDE | 28.07.2018 | Propos recueillis par Nicolas Truong

 

 Le 12 avril, Emmanuel Macron et Alexandre Benalla.

 Le 12 avril, Emmanuel Macron et Alexandre Benalla. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

 

Entretien. Professeur de science politique à l’université Paris II-Panthéon-Assas [où il enseigne la philosophie politique], Philippe Raynaud a publié de nombreux ouvrages, dont L’Esprit de la Ve République (Perrin, 2017) et Emmanuel Macron : une révolution bien tempérée (Desclée de Brouwer, 200 pages, 17 euros). [Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire et lauréat du prix Alexis de Tocqueville en 2014], il explique pourquoi l’affaire Benalla n’est pas, selon lui, une affaire d’Etat.

 

L’affaire Benalla est-elle une affaire d’Etat ?

 

Une affaire d’Etat est une affaire lors de laquelle les plus hautes autorités sont accusées d’avoir autorisé des actes considérés comme illégaux, en général au nom de la raison d’Etat, qui, elle-même, peut-être interprétée de façon plus au moins extensive. Dans l’affaire du Rainbow-Warrior, par exemple, le ministre de la défense, Charles Hernu, avait ordonné, avec l’autorisation de François Mitterrand, le coulage du navire de l’organisation écologiste Greenpeace par les services secrets français, le 10 juillet 1985. On peut aussi ajouter les écoutes téléphoniques ordonnées par François Mitterrand. Or, ce n’est pas du tout le cas avec l’affaire Benalla, lors de laquelle un chargé de mission a fait une faute regrettable, certes, mais aucunement commanditée par l’Elysée. Même s’il a été autorisé à assister à la manifestation du 1er-Mai avec les forces de l’ordre, aucun responsable de l’Etat ne lui a demandé de jouer à Rambo place de la Contrescarpe, à Paris. Il s’agit d’une crise politique qui devient une « affaire d’Etat » si l’on entend par là que le sommet de l’Etat est touché, mais elle n’est aucunement comparable avec le Watergate, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, qui serait bien avisé d’être aussi soucieux des abus de pouvoir au Venezuela.

 

Emmanuel Macron se présentait comme le héros du nouveau monde, et l’on découvre la perpétuation de vieilles pratiques bien connues de la Ve République…

 

C’est certain. Le problème de la Ve République, c’est qu’elle confère un pouvoir considérable au chef de l’Etat qui n’a presque aucun compte à rendre. Sous la Ve République, un président peut déclarer qu’il est responsable, alors qu’il ne l’est pas juridiquement, puisqu’il est protégé par son immunité.

 

Ce scandale aurait-il les mêmes conséquences politiques à l’étranger ?

 

En Angleterre, par exemple, le ministre de l’intérieur aurait sans doute démissionné et serait retourné dans sa circonscription pour se faire réélire ou bien se faire battre. Alors qu’en France personne ne démissionne tant qu’il n’y a pas de pression pénale ou de mise en cause de la moralité. C’est la jurisprudence Balladur : les ministres ne démissionnent que lorsqu’ils sont mis en examen. En Grande-Bretagne, c’est le fait d’être politiquement responsable qui vous permet d’avoir du pouvoir. Et on peut démissionner plus facilement. La France est bien loin d’une telle pratique politique.

 

Dans quelle mesure Emmanuel Macron a-t-il failli ?

 

On peut toujours discuter de savoir si la sanction est suffisante et on peut estimer que la stratégie de communication d’Emmanuel Macron s’appuie trop sur la situation privilégiée du président, alors que c’est précisément celle-ci qui est en question aux yeux des Français. Je trouve qu’on n’a pas assez relevé la seule véritable nouveauté de cette séquence : le fait que le président Macron n’ait pas cédé à la facilité du fusible. C’est absolument inhabituel, voire inédit sous la Ve République, où l’on lâchait un conseiller ou un ministre à chaque coup dur.

 

S’agit-il d’une affaire politique ?

 

Je ne peux m’empêcher de penser que tout cela est arrivé alors qu’Emmanuel Macron avait une chance insolente. Tout lui souriait, et c’était sans doute insupportable pour beaucoup. A gauche comme à droite, les partis n’avaient pas digéré l’élection présidentielle. D’où la sainte-alliance de Jean-Luc Mélenchon avec Marine Le Pen, d’Olivier Faure avec Eric Ciotti pour atteindre le président. La partie la plus politisée de la droite considère qu’elle s’est fait voler l’élection en raison de l’affaire Fillon. Les « insoumis » se croyaient au second tour, rêvaient même d’imposer une cohabitation à Macron et se sont retrouvés loin derrière aux législatives, sans même pouvoir incarner le mouvement social, profondément divisé. Le PS a été laminé. Quant au Front national, il s’est ridiculisé pour longtemps dans le débat de l’entre-deux-tours.

 

La réaction d’Emmanuel Macron à l’égard des médias est-elle justifiée ?

 

Elle s’inscrit dans la cote bonapartisme soft de la présidence Macron. Le président est plus sensible à la gêne que représente la presse pour l’action qu’à sa contribution à la délibération politique. Cette attitude peut être rapprochée à son goût mesuré pour la délibération parlementaire. Comme dit Kant, « la colombe légère lorsque, dans son libre vol, elle fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait se représenter qu’elle réussirait encore bien mieux dans l’espace vide d’air ». Et Emmanuel Macron peut faire penser, sur ce point, à Napoléon III, qui considérait que les journalistes étaient moins légitimes que les élus politiques. « Mais qui êtes-vous les journalistes ? Vous n’exprimez que des intérêts particuliers. Moi, je représente l’intérêt général, car j’ai été élu par le peuple ! Vous, vous ne représentez que vos lecteurs », disait-il. Ou encore : « Qu’est-ce qu’un journal ? Ce n’est que l’alliance d’un capital et d’un talent, alors que je suis l’expression autorisée de l’intérêt général et de la volonté générale. »

 

Les journaux en général, et « Le Monde » en particulier, en font-ils trop ?

 

La dramatisation médiatique est excessive, et le ton inimitable de componction, de sérieux et de moralisme du Monde donne à cette affaire un goût de moraline, comme dirait Nietzsche. D’ailleurs la convergence éditoriale momentanée avec la rédaction du Figaro est assez symptomatique de

cette « convergence des luttes » contre un président élu par une extraordinaire combinaison de chance et de talent qui dérange tout le monde.

 

Si l’affaire Benalla n’est pas une affaire d’Etat au sens strict, ne témoigne-t-elle pas d’une intolérance accrue envers les abus de pouvoir ?

 

Il est indubitable que l’opinion ne supporte plus les passe-droits, les abus de pouvoir ou le fait du prince. Dans L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville montre bien que c’est lorsque les privilèges sont affaiblis qu’ils deviennent illégitimes. Les Français ne tolèrent plus la société de cour et les privilèges de l’exécutif, comme les bourgeois révolutionnaires de 1789 n’acceptaient plus de céder leur place à un noble qui passait avec son apparat sur un pont, même si la monarchie était déclinante.

 

Propos recueillis par Nicolas Truong


Sandra Laugier : “Pour Stanley Cavell, l’éthique est cette volonté d’aller toujours au-delà de soi-même ”

 

Le philosophe américain est mort le 19 juin 2018. Sandra Laugier, Professeure de philosophie de classe exceptionnelle à l'Université Paris I Panthéon Sorbonne, évoque le parcours de ce penseur inclassable, qu’elle a traduit (9 ouvrages) et contribué à faire connaître en France (Recommencer la philosophie. Stanley Cavell et la philosophie en Amérique, Vrin, Paris, 2014).  Sandra Laugier est membre senior de l’institut Universitaire de France depuis 2012, chaire Ethique et pratiques de l’ordinaire (après avoir été membre junior de l’IUF de 1999 à 2004), directrice adjointe de l’UMR 8103 Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne.

Comment avez-vous découvert Stanley Cavell ? Sandra Laugier : J’ai découvert Stanley Cavell quand j’étais étudiante à Harvard. J’ai commencé à suivre ses cours, en particulier un sur le mélodrame hollywoodien, qui était extraordinaire. Puis j’ai ... [Lire la suite]


Tariq Krim : « Il faut limiter certaines technologies avant qu'il ne soit trop tard »

 

L'entrepreneur théorise le « Slow Web » et lance Dissident.ai pour nous permettre de reprendre le contrôle de notre vie numérique.

 

Propos recueillis par Guillaume Grallet

Modifié le 28/05/2018 à 12:49 - Publié le 28/05/2018 à 07:42 | Le Point.fr

 

 

Entrepreneur du Web. Il est à l’initiative du lancement de la plateforme Dissident.ai.

 

© dr/ SP

 

Entrepreneur en série (Netvibes et Jolicloud, notamment) et ancien vice-président du Conseil national du numérique, le designer français Tariq Krim lance Dissident.ai, une plateforme qui veut permettre aux utilisateurs de ­reprendre le contrôle de leur vie numérique.

 

Le Point : Quelle position adopter face aux géants d'Internet comme Google, Apple, Facebook ou Amazon ?

 

Tariq Krim : Nous sommes dans une situation paradoxale. Il y a 25 ans, il ne fallait surtout pas réguler, car il fallait empêcher les opérateurs téléphoniques de mettre la main sur le Net en créant des autoroutes de l'information. Mais finalement l'absence de régulation a permis la création de géants du numérique bien plus puissants que les États. Limiter leur pouvoir sera très difficile, car il ne s'agit plus de régler uniquement des questions fiscales ou concurrentielles. Les Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) sont désormais des acteurs politiques à part entière.

 

Les technologies de manipulation comportementale couplées à l'intelligence artificielle (IA) ont le potentiel de détruire les fondements de nos sociétés.

 

Que voulez-vous dire ?

 

Nous n'avons véritablement compris l'impact de leur influence que lors des récentes élections. Au-delà des fausses nouvelles qui ont pollué toute tentative de débat démocratique, c'est le succès de l'utilisation de masse des technologies de changement comportemental qui devrait nous inquiéter.

 

De quoi s'agit-il ?

 

Nous entretenons une relation symbiotique avec nos applications, nous avons autant besoin d'elles qu'elles ont besoin de nos données. Dès les années 1950, Norbert Wiener, le père de la cybernétique, qui a notamment introduit le concept de rétroaction pour permettre le contrôle à distance des machines, s'inquiétait déjà dans son livre Cybernétique et société que l'inverse soit un jour possible : prendre le contrôle à distance des êtres humains grâce à la manipulation de leurs émotions. Tous les services présents dans nos smartphones utilisent désormais ces techniques. La simplicité d'usage nous a rendus passifs et paresseux. Les likes et les shares sur les réseaux sociaux créent plusieurs fois par jour des sentiments d'euphorie ou de dépression.

 

C'est un peu ce que faisait Cambridge Analytica ?

 

Absolument, l'usage des fausses nouvelles a été le moyen d'«  activer  » certains électeurs et de les rendre imperméables au sens commun. Ce type de manipulation, théorisée par la doctrine Gerasimov, est désormais l'arme préférée des populistes. Car, contrairement à la télévision, on peut toucher l'électeur directement sur son téléphone portable et au moment où il est le plus fragile psychologiquement. Ces technologies ont été inventées au départ pour la publicité : il ne s'agit plus de vous montrer des choses qui vous intéressent, mais de modifier votre comportement pour que vous vous intéressiez à certaines choses. Appliquées au monde politique, elles deviennent un outil redoutable.

 

Que peut-on faire ?

 

Aujourd'hui, l'opinion a les yeux rivés sur la question des données personnelles. Ce n'est plus suffisant. Les technologies de manipulation comportementale couplées à l'intelligence artificielle (IA) ont le potentiel de détruire les fondements de nos sociétés. En fragmentant individuellement les opinions de chaque citoyen, on transforme l'espace public et la parole politique en millions de petits espaces privés, par ailleurs invisibles pour le régulateur. Je pense qu'il faudrait limiter ce genre de technologies avant qu'il ne soit trop tard.

 

La Silicon Valley considère désormais que la machine peut prendre de meilleures décisions que les êtres humains.

 

Vous parlez du «  Slow Web  » comme d'une alternative ?

 

Au départ, le Web était un outil de liberté et d'émancipation ; c'est devenu un espace confiné où nous sommes surveillés en permanence. Entre l'utilisateur et le contenu qu'il consomme, des dizaines d'intermédiaires tentent d'influer sur ce que nous voulons voir, dire ou faire. Ces algorithmes ne sont pas magiques : ils sont créés par des gens qui ont leur propre agenda. Il y a un vrai besoin de transparence. Nous sommes plusieurs à avoir fait la comparaison avec la nourriture. Dans les années 1970, nous mangions des produits bourrés de produits chimiques ; aujourd'hui, il n'y a plus un supermarché qui ne propose pas du bio, car les mentalités et, surtout, l'information disponible pour le public ont changé. Le Slow Web est l'équivalent du mouvement écogastronomique Slow Food pour la technologie : une alternative éthique de l'Internet.

 

Cela vous inspire, puisque vous lancez un nouveau projet qui s'inspire de cette philosophie.

 

Depuis un an, je travaille à l'élaboration de Dissident.ai (www.dissident.ai), qui est une des premières plateformes de Slow Web. Elle nous permet de reprendre le contrôle de nos contenus personnels et d'accéder à des sources d'information sans aucune altération algorithmique. Une forme de version «  bio  » alternative à ce que proposent les grandes plateformes.

 

Vous avez fait vos études dans le domaine de l'intelligence artificielle. Que pensez-vous de son développement actuel ?

 

Les questions restent les mêmes : que se passera-t-il quand le monde ne s'expliquera plus par la philosophie mais par l'analyse des données par une machine ? Seuls deux acteurs sont réellement déterminés à y répondre : la Chine et les Gafa. C'est fascinant de voir comment la même technologie est mise au service de deux visions politiques totalement antagonistes. Pour la Chine, l'intelligence artificielle est le moyen de créer une société dont les ressources sont équitablement redistribuées par la machine ; une nouvelle forme d'économie socialiste de marché optimisée en temps réel. Il s'agit aussi d'un monde dans lequel les citoyens sont constamment notés et surveillés par la machine, pour le meilleur et pour le pire. Le professeur de droit Feng Xiang pense que cette forme d'organisation sociale est le seul rempart contre la création d'une oligarchie numérique qui contrôlerait toutes les données, comme c'est déjà le cas aux États-Unis. Le passage à l'intelligence artificielle oblige la Silicon Valley à renier l'un de ses fondements idéologiques, à savoir l'idée que l'ordinateur est un outil d'émancipation individuelle. Elle considère désormais que la machine peut prendre de meilleures décisions que les êtres humains. Il faut donc tout faire pour la renforcer, l'alimenter avec toujours plus d'informations en poussant notamment les gouvernements à ouvrir leurs bases de données les plus précieuses. C'est une quête quasi religieuse. D'ailleurs, les Gafa sont les seules entreprises au monde persuadées que leur situation de monopole est bénéfique pour l'humanité.

 

Entre ces deux visions, l'Europe a bien du mal à exister. La France a-t-elle encore sa place dans cette bataille ?

 

Le rapport de Cédric Villani sur l'IA est un premier pas, mais le fait d'avoir déroulé le tapis rouge aux Gafa en plein scandale Cambridge Analytica était une erreur. Ils étaient en terrain conquis. Pendant la remise du rapport, Yann LeCun, patron du pôle IA chez Facebook, s'est même permis de dire : «  Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas accaparer tous les chercheurs français.  » En même temps, nous apprenions que la chaire d'intelligence artificielle de l'École polytechnique allait être financée par Google. Cela donne l'impression que les impôts des Français servent à financer la recherche et développement (R&D) de grandes plateformes qui non seulement ne paient pas leurs impôts en France, mais dont les services sont en train de radicaliser une partie de sa jeunesse et de la rendre totalement imperméable à la science et au sens civique. Ce n'est certainement pas le retour sur investissement que sont en droit d'attendre les Français.

 

Comment voyez-vous la French tech actuelle ?

 

Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'à de rares exceptions près l'ambition est surtout axée sur la création de champions locaux. C'est peut être lié au fait que l'État est très présent dans l'écosystème des start-up et que les projets les plus risqués sont délocalisés. Il y a un autre point qui me dérange : c'est que cet écosystème numérique actuel encourage une forme de reproduction des classes. Pendant que l'élite des étudiants crée ses start-up cools, les gamins des banlieues sont condamnés à faire de la livraison en scooter. Pendant que nous célébrons la start-up nation, nous créons une génération pixel née pour nous servir à travers les écrans des smartphones. Que fait-on pour cette nouvelle classe invisible ?

 

Que pensez-vous de la stratégie numérique du gouvernement ?

 

Sur le numérique, il faut totalement revoir la copie. Au lieu d'être fasciné par les États-Unis et leur donner les clés de notre pays, on devrait s'appuyer sur les développeurs français, les fédérer, leur donner le pouvoir d'utiliser leur savoir-faire au service de l'État et les faire rayonner chez nous et au-delà de nos frontières.

 


 

 

 

 

L'interview de notre ami Guillaume Vuilletet, Pt d'honneur du PRé, Député, à propos de la laïcité, parue dans le magazine de la Licra, Droit de vivre, de mai  2018


 

 

Nicolas Hulot « sonne le tocsin » de la biodiversité en danger

Le ministre présentera en juillet un plan d’action contre l’érosion du vivant, après une consultation du public.

LE MONDE | 2018/05/18 17:08:58- mis à jour le 2018/05/18 17:20:14

 

 

Photo Reuters

 


 

 

Edgar Morin : « Nous sommes entrés dans une période historiquement régressive »

Observateur des mouvements de jeunesse des années 1960, le sociologue explique que Mai 68 était une révolte libertaire différente de celle qui se joue aujourd’hui, où les mouvements néoautoritaires tiennent le haut du pavé.

LE MONDE | 2018/05/16 07:15:22- mis à jour le 2018/05/19 10:33:09


 

 

Transition énergétique : En France, un débat dans l’ombre du nucléaire

Instaurée par la loi de transition énergétique d’août 2015, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) vise à définir une feuille de route plaçant le pays sur la bonne trajectoire pour atteindre ses objectifs à long terme.

LE MONDE | 2018/05/13 17:15:25


Télécharger
L’Assemblée Nationale renforce sa fonction d’évaluation des politiques publiques
Le MONDE Politique
Le Monde.fr avec AFP | 17.04.2018
Un nouveau « temps fort » budgétaire au printemps permettra aux députés de mieux « contrôler le bon emploi des fonds publics et l’efficacité des politiques publiques ». L’AN va, dès ce printemps, expérimenter un changement dans le processus budgétaire. L’ambition est d’évaluer davantage l’usage des fonds publics et des politiques publiques, d’après une annonce du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, et de plusieurs membres influents de la commission des finances, mardi 17 avril.
L'AN renforce sa fonction d’évaluation d
Document Adobe Acrobat 482.5 KB

Télécharger
Eoliennes offshore : le gouvernement maintient la pression sur la filière
Le Monde Economie
LE MONDE | 16.04.2018 à 14h30 | Par Nabil Wakim

Pour forcer les opérateurs à diminuer le coût pour l’Etat des futurs parcs éoliens en mer, l’exécutif menace d’annuler les appels d’offres à l’été si aucun accord n’est trouvé.
Trois mois pour négocier. Après plusieurs mois de tergiversations, le gouvernement a finalement mis au point sa stratégie sur l’éolien en mer. « Une négociation va s’engager dans les prochains jours avec les lauréats pour faire baisser les coûts », explique-t-on au ministère de la transition écologique et solidaire. « Ce sera aux professionnels de faire des propositions », prévient-on. Mais si les coûts des projets restent élevés, le gouvernement menace d’annuler purement simplement les appels d’offres octroyés en 2012 et 2014 et d’en relancer de nouveaux sur les mêmes zones.
Eoliennes offshore le gouvernement main
Document Adobe Acrobat 529.0 KB

Télécharger
Elisabeth Badinter : « Il n’y a pas de féminisme sans laïcité »
LE MONDE | 12.04.2018 | Propos recueillis par Nicolas Truong
Dans un entretien au « Monde », la philosophe s’inquiète de l’offensive menée par les mouvements antiavortement au nom d’une idéologie qui défie la nature.
L’écrivain et philosophe Elisabeth Badinter, en 2006, à Paris. ERIC FEFERBERG/AFP
Elisabeth Badinter Il n’y a pas de fémin
Document Adobe Acrobat 615.6 KB

Le MONDE

Le Blog de Michel Noblecourt

11 avril 2018

 

Une première historique entre la CPME et les syndicats

 

Pour la première fois dans l’histoire des relations sociales, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) et les cinq confédérations syndicales représentatives ont conclu un accord – même s’il ne s’agit pas juridiquement d’un accord national interprofessionnel (ANI) en bonne et due forme – sur la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises qui devrait être rendu public dans les prochaines semaines. Inédite, cette initiative avait été lancée par François Asselin, le président de la CPME, qui, dans une lettre en date du 15 novembre 2016, avait proposé aux partenaires sociaux d’ouvrir « une concertation paritaire au niveau national interprofessionnel menant à une délibération posant les bases et fixant les grands principes de ce qui favoriserait le déploiement de la RSE dans les TPE-PME ».

 

La CPME avait posé deux préalables à l’ouverture de cette concertation : « pas de nouvelles obligations pour les employeurs et respect du principe d’une démarche volontaire ». Toutes les confédérations  – CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO – ont répondu favorablement mais le Medef et l’U2P (artisans et professions libérales) ont décliné l’invitation. La première réunion s’est tenue le 1er février 2017 et les travaux, pilotés par Guillaume de Bodard, président de la commission environnement et développement durable de la CPME, ont abouti à un texte commun, en mars, qui marque le premier accord entre la CPME, qui négocie habituellement au niveau interprofessionnel dans la roue du Medef, et l’ensemble des syndicats.

 

Le texte adopté a pour objet de renvoyer aux branches professionnelles, essentiellement sur la base du volontariat, l’ouverture de négociations pour mettre en place, dans les entreprises de moins de 500 salariés la RSE. Il ne s’agit donc pas d’un ANI qui imposerait de telles négociations mais d’une incitation lancée conjointement par l’organisation patronale et les cinq centrales, y compris la CGT. Cette initiative intervient alors que le gouvernement met la dernière main à son plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) qui doit faire l’objet d’un prochain projet de loi. Il doit notamment s’appuyer sur la mission confiée à Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, et Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin, sur « l’entreprise et l’intérêt général ».

 

Le document commun a été adressé au Medef et à l’U2P qui, pour l’heure, réservent leur réponse. Mais on relève à la CPME que Pierre Gattaz, qui n’a pas caché ses réticences sur les préconisations de la mission Notat-Senard, a indiqué qu’il s’agissait d’une « bonne initiative ». A noter que pour Force ouvrière, c’est Pascal Pavageau, qui va succéder à la fin du mois à Jean-Claude Mailly à la tête de la centrale, et qui est réputé plus dur, qui a apposé sa signature au bas du texte.

 


Télécharger
MAI 68, RUPTURE HISTORIQUE ET INTIME
Marianne
Entretien, propos recueillis par Stépahne Dou et Hervé Nathan
30 mars-5 avril 2018
Le dernier livre de Benjamin Stora a pour titre "68, et après", celui de Jean-Pierre Le Goff aurait pu s'intituler "68, et avant". Dans les deux cas, la fièvre de mai y est analysée comme un événement politique total et collectif, en même temps qu'existentiel et intime.
Notre ami Benjamin Stora est membre du CS du PRé.
Le Mai 68 de JP Le Goff et de B Stora.pd
Document Adobe Acrobat 1.4 MB

FARAFINET MEDIA

 

DES DÉCHETS: l´ONG ÉNERGIC soumet un projet de recyclage d´ordures à la mairie du district de Bamako.

 

By B. SIDIBÉ 29/03/2018

 

Pour gérer à bon escient les déchets de la ville de Bamako, une ONG française, Énergic a approché, le mercredi 28 mars 2018, la Mairie du District de Bamako pour présenter son projet de recyclage et de transformation. La cérémonie de présentation s’est déroulée dans la salle de conférence de la Mairie, en présence du personnel de la Mairie du District.

 

L’entassement des déchets et des ordures dans la ville de Bamako est en passe de devenir triste souvenir.

 

Présentant le projet, Eric Chevaillier *, président de ‘’Énergic’’ a indiqué que le projet s’attaque à l’ensemble des déchets de la ville de Bamako. «Notre objectif est de nous occuper de 80% des déchets. L’équipe Energic travaille avec la commune II, avec pour mission de donner de la valeur aux déchets qui s´entassent dans nos communes. Nous voulons créer à peu près 10 000 tonnes de compostes par an », a-t-il déclaré.

Armand Jost, président de la fondation ‘’R20’’, partenaire de l’ONG Énergic, a précisé qu’ils ne sont pas venus pour vendre un produit mais pour aider chacune des communes de Bamako, commençant par la commune II. « Le déchet est de l’or et si on peut sortir l’or du dur et on obtient vraiment de l’or dur et c’est ça pour moi, le message. Nous vous proposons ensemble avec les communautés politiques locales d’essayer de faire quelque chose pour la ville de Bamako», a souligné Armand Jost.

 

Pour sa part, Adama Sangaré, maire du district, n’a pas caché sa joie de trouver un partenaire pouvant transformer et valoriser les déchets de la ville de Bamako. Partant, il a expliqué la raison pour laquelle l’ONG Énergic a commencé par la commune II. A l’en croire, Djeneba Keita, adjointe au Maire déléguée de l’hôtel de ville de Montreuil, était en contact avec les députés de la commune II, avec la municipalité de la commune II et ils ont pensé à commencer quelque part.

 

Pour le maire, l’important n’est pas de commencer en commune II, l’important est que le projet puisse démarrer. «Ils sont à Bamako car ils savent que ça nécessite l’implication de toutes les communes de Bamako c’est pour cette raison qu’ils ont décidé de créer un partenariat avec le district pour la gestion des ordures. La commune II est un départ mais c’est ensemble des six communes de Bamako qui constituent réellement l’objectif. »

 

B. SIDIBE

 

* Eric Chevaillier est au conseil des membres du PRé

 


Télécharger
MA COHERENCE, C'EST LE SOCIALISME LIBERTAIRE, entretien avec Benjamin Stora, historien, membre du conseil scientifique du PRé
Entretien dans l'Express.
28-02-2018
Benjamin Stora, président du conseil d'orientation du musée national de l'Histoire de l'immigration, évoque, dans "68, et après". Les héritages égarés, cinquante ans de combat politique. Entretien et extraits. Propos recueillis par Alexis Lacroix
Ma cohérence, c'est le socialisme libert
Document Adobe Acrobat 943.3 KB

Télécharger
REFORMER L'ENTREPRISE, MISSION IMPOSSIBLE ?
Par Dominique Pialot | La Tribune, 07/02/2018
Au fil des années, de grandes entreprises ont joué les pionnières sur la voie de la RSE, mais les organisations patronales françaises se sont montrées globalement réticentes à toute évolution de la réglementation leur imposant de nouvelles contraintes. Dans un monde confronté à des contraintes environnementales et à une explosion sans précédent des fractures sociales, redéfinir le rôle de l'entreprise est un sujet qui couve depuis plusieurs années.
Réformer l'entreprise.pdf
Document Adobe Acrobat 334.1 KB

Télécharger
Bénin : les ressorts de l'exception démocratique
Jeuneafrique
02-02-2018
Si le Bénin fait figure de modèle démocratique, aux côtés par exemple du Sénégal, la faiblesse de ses partis le place cependant dans une situation paradoxale. Au point que l'on parle même d'« énigme politique ». C'est le constat que dresse Prudent Victor Topanou, ancien garde des Sceaux du Bénin.

Par Victor Prudent Topanou, professeur de sciences politiques à l’Université d'Abomey-Calavi, ancien ministre de la Justice et Garde des Sceaux du Bénin (2009-2011), membre de la commission chargée des réformes politiques et institutionnelles, mise en place par le président Patrice Talon en 2016.
Auteur, notamment, de "Boni Yayi ou le grand malentendu. Le quatrième président du renouveau démocratique béninois" (éditions L'Harmattan, sept 2012).
Membre du conseil scientifique du PRé.
Grand Format Bénin les ressorts de l’exc
Document Adobe Acrobat 383.8 KB

Télécharger
Chevènement et Macron, un compagnonnage ancien
LE PARISIEN
Politique|M.E.| 31 janvier 2018
A priori, tout les oppose. Le premier est libéral, proeuropéen ; le second, souverainiste. Et pourtant, Emmanuel Macron et Jean-Pierre Chevènement entretiennent une certaine complicité politique. Les deux hommes se parlent régulièrement.
Chevènement et Macron un compagnonnage a
Document Adobe Acrobat 408.7 KB

La GAZETTE.FR

 

REFORME TERRITORIALE : LE RAPPORT D'ETONNEMENT DES DEPUTES

Publié le 30/01/2018 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

 

Pour les membres de la nouvelle délégation aux collectivités de l’Assemblée, le secteur privé n’a pas été assez impliqué dans les lois NOTRe et MAPTAM. Aussi, prônent-ils une responsabilité territoriale des entreprises.

 

Le programme était alléchant. Les députés de la toute nouvelle délégation aux collectivités territoriales de l’Assemblée devaient,  ce 30 janvier 2018, faire le point sur leur mission consacrée à « une nouvelle étape de la décentralisation ». Mais le président de l’instance Arnaud Viala (LR, Aveyron) a vite douché les ardeurs.

 

« Une pause est nécessaire sur les compétences. Nos travaux veulent s’affranchir des considérations institutionnelles », a-t-il prévenu. A ses côtés, les deux députés LREM Jean-François Césarini (Vaucluse) et Guillaume Vuilletet  (Val-d’Oise) ont fait assaut de la même modestie.

 

Parlementaires de fraîche date, tous s’en sont tenus à des constats. « En Occitanie, les métropoles de Montpellier et Toulouse captent les trois quarts de la TVA alors qu’elles ne représentent que 28 % », a lancé Guillaume Vuilletet, au moment d’aborder la fracture territoriale. « Les start-ups se créent dans les petits villages et les petites villes. Et pourtant, la French Tech était uniquement centrée sur les métropoles », a complété Jean-François Cesarini.

 

Un texte sur les territoires dans la deuxième partie de la mandature ?

 

Pour les propositions précises, il faudra attendre fin mai-début juin, soit la veille de la prochaine édition de la Conférence nationale des territoires. Une direction semble cependant se dessiner : une plus grande implication du secteur privé dans l’écosystème local. Les députés de la mission évoquent, parmi leurs pistes, l’instauration d’une responsabilité territoriale des entreprises. Les créations des emplois en dehors des métropoles pourraient ainsi être valorisées. Il en serait de même pour le télétravail à la campagne.

 

Egalement au menu : une réforme des pôles d’équilibre territoriaux et  ruraux. Il s’agirait de faire entrer les chambres de commerce et d’industrie ainsi que les pôles de compétitivité dans ces structures de gouvernance.

 

Par ailleurs, Jean-François Cesarini évoque un projet de loi sur les fusions métropoles-départements. Un texte qui, selon lui, devrait être présenté dans les prochaines semaines. Lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron, le 29 janvier 2018, le député marcheur du Vaucluse a, enfin, défendu l’idée d’un projet de loi en faveur des territoires qui serait examiné durant la seconde partie de la mandature

 


Télécharger
« L’écologie est aussi un enjeu de la recomposition de la gouvernance mondiale »
Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.
LE MONDE | 12.01.2018 à 14h00 | Par Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)
L'écologie un enjeu de la gouvernance mo
Document Adobe Acrobat 338.5 KB

Télécharger
« l’enjeu est d’assujettir le droit commercial au droit environnemental et social »
Pour les signataires de cette tribune au « Monde », Laurent Berger, Philippe Frémeaux et Audrey Pulvar, les règles de l’OMC et les traités de libre-échange comme le CETA doivent intégrer les objectifs de l’accord de Paris contre le réchauffement.
LE MONDE ECONOMIE | 20.12.2017 | Par Laurent Berger (Secrétaire général de la CFDT), Philippe Frémeaux (Président de l’Institut Veblen) et Audrey Pulvar (Présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme)
Assujettir le droit commercial au droit
Document Adobe Acrobat 340.8 KB

Télécharger
« Les entreprises doivent aussi être comptables de leurs performances environnementales »
Dans une tribune au « Monde », l’avocat Jean-Philippe Robé estime que fixer aux entreprises un « objet social » ne suffit pas, ce sont les règles de la comptabilité qu’il faut changer.
LE MONDE | 20.12.2017 | Par Jean-Philippe Robé (Avocat, enseignant à l’école de droit de Sciences Po)
Les entreprises doivent être comptables
Document Adobe Acrobat 426.1 KB

Télécharger
L’athéisme, ce tabou du monde musulman
Du Maghreb au Pakistan, en passant par l’Arabie saoudite, les athées sont de plus en plus nombreux. Enquête sur cet athéisme qui dérange et effraie le monde musulman.
LE MONDE | 20.12.2017
L'athéisme et l'islam.pdf
Document Adobe Acrobat 539.6 KB

Télécharger
L’écologie, solution miracle d’une gauche en recomposition ?
On ne compte plus aujourd’hui les professions de foi écologistes. A tel point qu’EELV se retrouve dépouillée de sa spécificité et voit son existence menacée
LE MONDE | 15.12.2017
L'écologie politique.pdf
Document Adobe Acrobat 469.1 KB

Télécharger
L’agriculture biologique a de meilleures performances économiques que la conventionnelle
LE MONDE ECONOMIE | 06.12.2017 | Par Laurence Girard
Selon l’Insee, dans les trois secteurs d’activité étudiés, le vin, le maraîchage et la production laitière, les agriculteurs bio obtiennent de bons résultats.
L’agriculture verte n’a pas à rougir de ses performances économiques. Bien au contraire. L’étude intitulée « Les acteurs économiques et l’environnement », publiée mardi 5 décembre par l’Insee, montre, dans trois secteurs d’activité – le vin, le maraîchage et la production laitière –, que les agriculteurs bio dament le pion à leurs homologues tenants d’une agriculture conventionnelle sur le plan du résultat de leurs exploitations.
Agriculture bio.pdf
Document Adobe Acrobat 384.7 KB

Télécharger
Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond
REPORTERRE
18-11-2017 / Marie Astier
La COP23 s’est achevé vendredi 17 novembre sur la déception. Déstabilités par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, les États n’ont pratiquement pas avancé sur la mise en oeuvre de ce traité.
Fin de la COP 23.pdf
Document Adobe Acrobat 684.5 KB

Télécharger
Val-d'Oise : deux députés ont poussé la porte de la prison Faits divers|Timothée Boutry| 07 novembre 2017
Le PARISIEN
Timothée Boutry| 07 novembre 2017
Surpopulation, radicalisation, dégradations : des parlementaires ont découvert lundi le quotidien de la maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise).
Guillaume Vuilletet pousse la porte de l
Document Adobe Acrobat 426.0 KB

Télécharger
La Confédération paysanne salue une politique agricole "extrêmement novatrice"
EUROPE 1
06h46, le 12 octobre 2017, modifié à 07h05, le 12 octobre 2017

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, s'est dit satisfait jeudi, sur Europe 1, des annonces formulées mercredi par Emmanuel Macron lors des États généraux de l'alimentation.
INTERVIEW
La Confédération paysanne salue une poli
Document Adobe Acrobat 259.6 KB

Télécharger
L'Europe rêvée d'Emmanuel Macron
LE MONDE Idées| 27.09.2017 Editorial.
Mardi à la Sorbonne, le chef de l’Etat a prononcé un discours ambitieux sur l’UE, en proposant à ses vingt-sept membres de nombreux projets.
L’Europe rêvée d’Emmanuel Macron.pdf
Document Adobe Acrobat 350.7 KB

Télécharger
le CETA est «un traité de libre échange au mauvais sens du terme»
LE PARISIEN Economie J.Cl.| 22 septembre 2017
Le ministre pour la Transition écologique, soumis à son obligation de réserve gouvernementale, a critiqué, à mots feutrés, le contenu du traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, entré en vigueur jeudi.
Le Ceta, traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, est entré en application jeudi, dans sa quasi-totalité. Au grand dam de ses détracteurs qui voient dans cet accord une fuite en avant irresponsable. Y compris le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, qui n’a pas dissimulé une forme de déception, ce vendredi matin, sur Europe 1.
HULOT le CETA est «un traité de libre-éc
Document Adobe Acrobat 385.8 KB

Télécharger
Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto
Pour dédouaner le pesticide, les experts ont largement plagié des documents de la Glyphosate Task Force, le consortium industriel conduit par la firme américaine.
LE MONDE | 16.09.2017 à 06h43 • Mis à jour le 25.09.2017 à 11h53 | Par Stéphane Foucart
Rarement expertise publique aura été aussi fragilisée que celle conduite par les instances européennes sur le glyphosate – l’herbicide controversé dont la Commission a proposé la réautorisation pour dix ans en Europe. Aux nombreuses accusations de collusion ou de complaisance, formulées ces derniers mois par les organisations non gouvernementales ou par des scientifiques indépendants, s’en ajoute une nouvelle, qui surpasse toutes les autres en gravité.
Glyphosate l’expertise européenne truffé
Document Adobe Acrobat 451.0 KB

Télécharger
" Les écologistes avaient raison
L'édito politique par Thomas Legrand

FRANCE INTER, vendredi 8 septembre 2017

Ce matin une décision qui n’a pas fait les gros titres : le plan de fin de l'exploitation d'hydrocarbures en France, présenté mercredi par Nicolas Hulot…
L'écologie : un long combat © Getty / anand purohit
Les écologistes avaient raison.pdf
Document Adobe Acrobat 260.9 KB

Télécharger
Présentation en conseil des ministres du projet de loi mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures
Published on Miércoles 6 Septembre 2017

Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, a présenté aujourd’hui en conseil des ministres le projet de loi mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures conventionnels et non conventionnels et portant diverses dispositions relatives à l’énergie et à l’environnement.
Ministère de la Transition écologique et
Document Adobe Acrobat 432.8 KB

Télécharger
La France révèle la constitution de son Conseil présidentiel pour l’Afrique
Agence ECOFIN
29-08-2017
La France révèle la constitution de son
Document Adobe Acrobat 478.4 KB

Télécharger
« La portée réactionnaire du discours de la race écrase le combat social »
LE MONDE Idées
24.06.2017
Dans une tribune au « Monde », l’historien et ancien préfet dénonce les propos de la porte-parole du Parti des indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui maintiennent l’idée de domination et proposent de l’inverser, au lieu de la renverser.
LE MONDE | 24.06.2017
D Leschi.pdf
Document Adobe Acrobat 443.8 KB

Télécharger
Vuilletet prend la 2e circonscription à Poniatowski (LR)
LE PARISIEN
Législatives 2017 : Vuilletet prend la 2e circonscription à Poniatowski (LR)
Elections législatives|Marie Persidat| 18 juin 2017
La vague La République en marche a eu raison du député-maire de L’Isle-Adam. Malgré son ancrage lcoal dans cette 2e circonscription du Val-d’Oise (Beaumont, Magny, Marines, Pontoise, Vallée du Sausseron, Vigny), Axel Poniatowski (LR) s’incline avec 49 % des suffrages contre 51 % pour Guillaume Vuilletet (REM).
Election de GV.pdf
Document Adobe Acrobat 273.4 KB

Télécharger
2 solutions pour résoudre le dilemme du logement vécu par les apprentis
Blog Huffington Post
03/04/2017
Il n'y a aucune correspondance obligatoire entre le lieu d'apprentissage, l'entreprise d'accueil et le domicile d'origine des jeunes en formation.

Par Guillaume Vuilletet Consultant spécialisé dans les problématiques de l'habitat, ancien conseiller régional IDF
Et Didier Macioca Dirigeant d'une ESH (entreprise sociale pour l'habitat) ancien directeur d'une association d'insertion
BLOG GV Huffington Post.pdf
Document Adobe Acrobat 215.4 KB

Télécharger
Nicolas Hulot : « Je veux engager des réformes concertées mais irréversibles »
OUEST France
Modifié le 16/07/2017 à 19:53

Nucléaire, Notre-Dame-des-Landes… Dans cet entretien exclusif, le ministre fait un tour d’horizon des dossiers en cours. Il reconnaît que la tâche est rude et que beaucoup de temps a été perdu.
La dernière fois que nous l’avions interrogé, c’était il y a quelques mois, dans le joli jardin de sa maison de Saint-Lunaire, sur la côte d’Émeraude.
Nicolas Hulot  pour des réformes concert
Document Adobe Acrobat 417.1 KB

Télécharger
Perturbateurs endocriniens : le vote camouflet du Parlement européen
Perturbateurs endocriniens : le vote camouflet du Parlement européen
Les eurodéputés ont rejeté, mercredi, la proposition de réglementation de Bruxelles jugée beaucoup trop laxiste.
LE MONDE | 04.10.2017 à 16h40 • Mis à jour le 05.10.2017 à 06h41 | Par Stéphane Horel
C’est un énième camouflet pour la Commission européenne. Mercredi 4 octobre, le Parlement de Strasbourg a rejeté à la majorité absolue son projet de réglementation des perturbateurs endocriniens (PE).
Perturbateurs endocriniens.pdf
Document Adobe Acrobat 449.0 KB

Télécharger
Légumes gratuits et bio à prix coûtant ? Bienvenue à Châteaufort !
Légumes gratuits et bio à prix coûtant ? Bienvenue à Châteaufort !
Dans cette commune, le potager partagé et l'épicerie bio à prix coûtant nourrissent déjà 108 familles. Et ça ne fait que commencer ! Explications.
Par Axel Leclercq

Publié le 2 octobre 2017
POSITIVR.pdf
Document Adobe Acrobat 1.2 MB

Télécharger
En finir avec le procès en islamophobie
En finir avec le procès en islamophobie
Par Patrick KESSEL, Président du Comité Laïcité République — 15 février 2016 à 17:11
Patrick Kessel en octobre 2015. AFP
Si le racisme antiarabe doit être combattu, les accusations systématiques d’islamophobie visent en revanche à discréditer l’idée que la laïcité s’applique à tous les cultes, à l’islam comme aux autres.
Tribune Laicité.pdf
Document Adobe Acrobat 434.7 KB

Télécharger
Pour faire de la France le pays leader du climat
Tribune Pour faire de la France le pays leader du climat
Par Marie Toussaint, juriste, pour «Notre affaire à tous» — 3 novembre 2017 à 17:23 La moitié des eaux des bassins Rhône-Méditerranée et Corse sont en mauvais état écologique en raison de la pollution par les pesticides et de l'aménagement excessif des rivières (barrages, digues...), selon l'agence régionale de l'eau.
Tribune Marie Toussaint.pdf
Document Adobe Acrobat 354.1 KB

Télécharger
Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050
Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050
Selon une étude scientifique, le scénario est possible à condition de réduire le gaspillage alimentaire et de limiter la consommation de protéines animales
LE MONDE | 14.11.2017 à 18h51 • Mis à jour le 15.11.2017 à 10h52 | Par Audrey Garric
Une agriculture 100.pdf
Document Adobe Acrobat 548.2 KB

Télécharger
Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050
Selon une étude scientifique, le scénario est possible à condition de réduire le gaspillage alimentaire et de limiter la consommation de protéines animales
LE MONDE | 14.11.2017 à 18h51 • Mis à jour le 15.11.2017 à 10h52 | Par Audrey Garric
Les bénéfices du bio pour la santé et pour l’environnement sont aujourd’hui prouvés. Mais pour ses contempteurs, ce type de production ne pourrait pas être généralisé, faute de rendements suffisants pour subvenir aux besoins d’une planète à la démographie galopante. Une idée répandue que réfutent des chercheurs européens dans une nouvelle étude publiée par la revue Nature Communications, mardi 14 novembre.
Une agriculture 100.pdf
Document Adobe Acrobat 548.2 KB

Comment le FN se prépare pour ne pas être le perdant automatique du second tour de la présidentielle

image: http://www.atlantico.fr/sites/atlantico.fr/files/styles/une/public/images/2015/12/rtx1xg9a.jpg

 

Alors que la course à l'élection présidentielle bat son plein la stratégie du Front national de Marine Le Pen commence à se dessiner. Loin du mouvement qui se résume à la dé-diabolisation le FN parie désormais sur une ligne bien différente.

 

Entretien avec Nathalie Krikorian-Duronsoy

Publié le 17 Février 2017

 

 

Atlantico : Alors que le Front national est désormais entré en campagne, que peut on dire de la stratégie développée par le parti de Marine Le Pen en vue de l'élection présidentielle de 2017 ? Au regard du discours et des propositions, quelle est la ligne dessinée par le parti ? 

 

 

Nathalie Krikorian-Duronsoy : Depuis qu’elle a pris les commandes du Front National, Marine Le Pen suit la même stratégie de conquête de l’opinion par la normalisation de son parti.

 

Poursuivant du reste l’oeuvre paternelle qui avait consisté, au début des années 1970, à faire évoluer des idées contre-révolutionnaires, c’est à dire anti-parlementaires et anti-démocrates par la création d’un parti réformiste, le Front National, présentant des candidats au Suffrage Universel.

 

Le travail de normalisation de Marine Le Pen dès 2000 a consisté à transformer le vieux FN en un parti moderne, rompant progressivement avec un extrêmisme auquel elle n’a du reste jamais adhéré.  

 

Le but de créer un électorat stable, adhérant à ses analyses autant qu’à ses propositions, s’est réalisé à travers deux objectifs : transformer, en partant du haut vers le bas, l’idéologie du FN et former des cadres et des candidats, en particulier au moment des municipales de 2014.

 

Au plan électoral, force est de constater que Marine Le Pen a rempli le contrat fixé. Son parti suit une progression constante et solide. En 2012 : 17,9% des voix à la Présidentielle contre 5,5% pour son père en 2002. En 2014 : 24,86% des voix aux européennes, il devient le premier parti de France, passant de 3 à 20 députés et il gagne 14 villes aux municipales contre 3 en 1999. En 2015 : 28% aux régionales et 25, 14% aux départementales.

 

Enfin aujourd’hui, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote au premier tour de la prochaine présidentielle avec 26%, devant Emmanuel Macron, 20,5% et François Fillon, 17,5%. Mais surtout, au regard des autres candidats, son électorat est le plus motivé et le plus stable : 85% de ses électeurs se disent sûrs d’aller voter pour elle.

 

Mais on ne comprendra rien à la réussite de ce parcours du combattant, qui a fait passer le FN de troisième force politique à première en à peine trois ans, si on ne perçoit pas le rôle joué par le labourage idéologique des consciences, entrepris depuis bientôt 16 ans, qui a soulevé dans le pays un véritable mouvement en faveur du lepénisme.

 

Dans ce contexte, c’est surtout l’aveuglement, parfois délibéré, de ses adversaires face à un changement en profondeur et non pas en surface des théories frontistes qui a permis leur progression au plan électoral. Ainsi, sur la question de l’immigration que le Parti Socialiste instrumentalisait depuis les années 1980, via un antiracisme de combat privilégiant la morale au politique tout en se coupant des principes de la laïcité au profit de ceux de la diversité, les analyses sociologiques du FN, dont il a tiré sa riposte idéologique, triomphent.

 

C’est autour de ses thèses, non pas tant « ethno-sociales » mais qui lient questions culturelles et économiques que s’organisent désormais le débat politique français.

 

Une réflexion idéologique en phase avec la réalité du pays a donc précédé la stratégie pour la candidature à la présidentielle de Marine Le Pen.

 

Elle a rompu, non par tactique mais par choix, avec les thèses extrémistes de son père, replaçant les idéaux républicains si bien analysés par Claude Nicolet, dans le giron du nationalisme lepéniste. Faisant dès lors à nouveau coïncider Nation et République que l’Affaire Dreyfus avait désunis. C’est la congruence de ses deux idées qui a donné au FN sa force de persuasion auprès d’une opinion publique désorientée par les effets destructeurs conjugués de la mondialisation sur l’économie nationale, et de la domination du discours relativiste sur les consciences populaires qui l’ont rejeté.

 

Quelle est la stratégie mise en place par le FN pour parvenir à briser le "plafond de verre" auquel il a pu être confronté lors des dernières élections régionales ? 

 

Si l’expression « plafond de verre » est utilisée pour transmettre l’idée qu’exprimait la notion de « Front républicain » inventée par le PS et la gauche afin de convaincre leurs électeurs de voter Jacques Chirac, pour « barrer la route au FN » à la présidentielle de 2002, puis, afin d’empêcher des alliances de second tour au plan local, seuls les résultats du second tour de la prochaine présidentielle nous en indiquerons l’épaisseur.

 

Plus que par la stratégie la force de la ligne mariniste réside dans sa cohérence intellectuelle face aux contradictions internes des discours de ces adversaires qui critiquent ses positions tout en se ré-appropriant les thèmes de ses discours. J’ai été frappée par l’emploi désormais récurrent chez François Fillon, Emmanuel Macron ou Benoît Hamon, pour ne citer qu’eux, des mots : « nation » « patrie » ou « patriote » bannis des discours des deux grands partis de gouvernement avant l’an 2000, et des mots « laïcité » et « peuple » tombés en désuétude avant cette date. Emmanuel Macron, libéral en économie et multiculturaliste bon teint est devenu plus anti-UMPS que le FN, et sa critique du «système » n’a d’égal que celle proférée autrefois par Le Pen père contre «l’establishment ». François Fillon a fait sienne la critique lepéniste du lien entre les dangers de l’islamisme et les idéaux multiculturels de la gauche. Avec son projet de « revenu universel » Benoît Hamon tente de contrer le FN sur le terrain des idées, en particulier celle du rôle de l’Etat Providence devenu propriété de Marine Le Pen qui veut le rendre au peuple depuis que la gauche de gouvernement est devenue capitaliste.

 

La force du FN c’est que c’est autour de ses théories que s’orientent désormais non seulement le débat public mais les discours et les choix politiques de ses adversaires en vue de la présidentielle.

 

La désignation d'un ennemi a longtemps fait partie de la stratégie de campagne du FN, qui avait réussi un coup politique avec l'invention de l'UMPS. Cette stratégie peut-elle être poursuivie aujourd'hui ?

 

L'affaissement des partis de gouvernement, peut-il être, paradoxalement, un handicap pour le Front national ?

 

L’invention d’un ennemi politique unique réunissant les deux grands partis de gouvernement UMP et PS, droite et gauche confondues, correspondait à la volonté politique de présenter le FN comme une troisième voie, nationaliste et populiste, tout en faisant éclater la distinction droite gauche. Ce corollaire était notamment légitimé par le tournant économique libéral et donc « de droite » du PS à l’époque mitterrandienne et l’adhésion de l’UMP, donc de la droite, aux thèses de l'antiracisme différentialiste de la gauche.

 

Comme je l’ai dit les cartes sont désormais rebattues et la dichotomie droite vs gauche est en plein décomposition. De plus l’affaire Fillon comme l’élection de Benoît Hamon contribuent à complexifier les rapports de force sur le nouvel échiquier politique. Ils ont, semble-t’il pour l’instant, chacun à leur façon ruiné les chances des deux grands partis de gouvernement d’arriver au second tour de la Présidentielle. Mais je ne crois que ce soit un réel handicap pour Marine Le Pen qui a déjà marqué sa rentrée politique à Lyon par un discours contrant ouvertement son concurrent en populisme, Emmanuel Macron, dont les sondages prédisent qu’il serait son adversaire au second tour. En faisant de l’islamisme et du mondialisme les deux faces idéologiques d’un unique ennemi de la souveraineté autant que de la liberté du peuple français, la présidente du FN a en effet posé les jalons de ses futures attaques contre les propositions libérales et multiculturalistes du président En Marche.

 

Nathalie Krikorian-Duronsoy est philosophe, analyste du discours politique et des idéologies, membre du conseil scientifique du PRé.

 


La forêt amazonienne ne résistera pas à un réchauffement climatique important

 

LE MONDE |

 

C’est, au choix, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète et pour l’humanité. Les optimistes retiendront que la forêt amazonienne est capable, grâce à la très grande diversité de ses arbres, de s’adapter à un changement climatique de relativement faible amplitude. Les pessimistes noteront, eux, que cette forêt ne résisterait pas à une forte hausse des températures. L’enjeu est crucial, en raison de l’importance de cet écosystème tropical humide qui, s’étendant sur plus de 6 millions de km2 répartis entre neuf pays (Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Guyana, Surinam, Equateur, Guyane française), constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, en même temps qu’un gigantesque puits de carbone.

 

L’idée que la diversité d’un milieu naturel représente un atout qui lui permet de mieux faire face aux aléas est largement admise par les écologues. Pour la première fois, une équipe de chercheurs allemands et néerlandais l’a testée à grande échelle, sur l’ensemble du bassin amazonien. Dans un article publié lundi 29 août dans la revue Nature Climate Change, elle montre que la diversité de cette forêt favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale (biomasse) et à continuer de remplir des fonctions comme le stockage de gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

 

Exceptionnelle biodiversité

 

Boris Sakschewski, de l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, et ses collègues ont fait fonctionner des modèles numériques, en prenant en compte les « traits fonctionnels » des arbres : des caractéristiques telles que la hauteur des troncs, la densité du bois, la surface des feuilles ou la taille des graines, qui assurent la dynamique d’un peuplement sylvestre et lui permettent de se régénérer plus ou moins efficacement.

 

Ils ont aussi retenu deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, sur les quatre étudiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le premier, qui mise sur une stabilisation des émissions avant la fin du siècle à un niveau bas, prévoit une hausse des températures comprise entre 1,1 et 2,6 °C à l’horizon 2100. Le second, dans lequel les émissions continuent de croître au rythme actuel, conduit à une montée du thermomètre pouvant atteindre 4,8 °C.

 

Il apparaît que dans la première hypothèse, celle du plafonnement de la courbe d’émissions et de réchauffement, la plus grande partie du territoire boisé de l’Amazonie (84 %) parvient à se régénérer sur le long terme. Cette aptitude s’explique par son exceptionnelle biodiversité, beaucoup plus riche que celle des forêts tempérées, avec pas moins de 16 000 espèces d’arbres répertoriées. Grâce à cette profusion, décrivent les chercheurs, la forêt tropicale humide devrait s’adapter, au prix toutefois de changements de grande ampleur. Les grands arbres dominants actuels pourraient ainsi céder leur place à des essences de plus petite taille, moins sensibles au stress hydrique.

 

Perte massive de superficie

 

En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre, entraînant une atmosphère beaucoup plus chaude et des saisons sèches plus sévères, seule une infime portion (13 %) du bassin amazonien serait en mesure de se régénérer à longue échéance. Dans ce cas, la biodiversité forestière ne fonctionne plus comme une « assurance contre les impacts du changement climatique ».

 

« Cette étude marque une avancée importante, car les climatologues se sont jusqu’à présent fondés, pour anticiper la réponse des forêts tropicales à l’effet de serre, sur des modèles qui ne prenaient pas en compte la biodiversité, commente Jérôme Chave, directeur de recherche au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (CNRS-Université Paul-Sabatier). Ce travail montre que la diversité végétale de la forêt amazonienne peut avoir un effet tampon face au changement climatique. » Si du moins, ajoute-t-il, « cette forêt n’est pas affectée par d’autres facteurs ».

 

Le dérèglement du climat n’est en effet ni la seule, ni même la première menace qui pèse sur cet irremplaçable couvert boisé. Celui-ci, mis à mal par une déforestation massive et par le développement de la culture du soja et du palmier à huile, a déjà perdu, au cours du dernier demi-siècle, près du cinquième de sa superficie.

 


La pression des activités humaines sur la planète

s’accentue dangereusement

 

 

LE MONDE |

 

Ces cartes montrent l’intensité estimée des atteintes aux espèces vivantes sur la terre, l’empreinte humaine globale.  La première reflète la situation en 2009. La seconde indique l’évolution des améliorations et des aggravations entre 1993 et 2009.

 

Plus rapides, plus dévastateurs : les humains intensifient leurs pressions sur leur environnement, menaçant toujours davantage la diversité de la vie sur Terre. C’est en substance ce que dit le travail d’une douzaine de scientifiques de huit universités canadienne, australienne, américaines et européennes, ainsi que de l’ONG Wildlife Conservation Society (WCS). Publiées mardi 23 août dans la revue Nature Communications, ces cartes livrent une mise à jour sévère des connaissances sur le sujet.

 

Les auteurs estiment que l’impact humain s’est accru de 9 % en seize ans. Intégrant à la fois des images satellites – de déforestation par exemple – et des données recueillies sur place, l’indicateur de l’empreinte humaine qui leur sert de référence est passé de 5,67 en 1993 à 6,16 en 2019. Cet indice standardisé compile les mesures de huit variables : artificialisation des sols, terres agricoles, pâturages, démographie, éclairage nocturne, chemins de fer, routes principales et voies navigables.

 

Les trois quarts de la planète altérés

 

Cette étude n’apporte pas que de mauvaises surprises. Ainsi, dans certaines parties du monde, les pressions sur l’environnement ont ralenti d’au moins 20 %. 3 % des vastes écosystèmes pris en compte ici – soit 823 « écorégions » – sont dans ce cas de figure.

 

Mais cette embellie limitée est loin de compenser les 70 % qui voient au contraire le rythme de leur empreinte humaine s’accélérer de plus de 20 %. Cette publication exclut les 27 % de la superficie du globe où l’empreinte humaine ne peut être évaluée, selon les scientifiques.

 

Dans l’ensemble, sans compter l’Antarctique, les chercheurs considèrent que 9 % des habitats – soit 23 millions de kilomètres carrés – qui étaient à l’abri des pressions humaines en 1993 ne le sont plus. Les derniers havres préservés sont à chercher dans les toundras et les déserts du Sahara, de Gobi et d’Australie, ou dans les parties les plus reculées des forêts de l’Amazonie et du bassin du Congo.

 

Les zones les plus rudement affectées apparaissent « terriblement vastes » et très dispersées : forêts tempérées d’Europe de l’ouest, de l’est des Etats-Unis et de la Chine, forêts tropicales d’Inde, du Brésil, de l’Asie du Sud-est.

 

« Nos cartes montrent que les trois quarts de la planète sont maintenant significativement altérés, et 97 % des endroits les plus riches du point de vue de la biodiversité sont sérieusement touchés », constate James Watson, l’un des coauteurs de l’étude, de l’Université du Queensland.

 

La pression augmente moins vite que l’économie mondiale

 

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, les courbes ascendantes des atteintes à la biodiversité – c’est-à-dire les menaces directes et indirectes qui pèsent sur les espèces animales et végétales et font disparaître leurs habitats – n’épousent pas celles de la croissance économique.

 

Heureusement, car dans la période étudiée la population s’est élevée de 23 %, tandis que l’activité économique a grimpé de 153 %. Oscar Venter, de l’université Nothern British Columbia, y voit un élément « encourageant » car « cela signifie que nous sommes devenus plus efficaces dans la façon dont nous utilisons les ressources naturelles ».

 

Mesures de conservation

 

Le rythme des atteintes à la nature varie considérablement d’une partie du monde à l’autre. Les pays les plus prospères, où les taux d’urbanisation sont les plus élevés, sont ceux qui ont le plus freiné le rythme, voire ont inversé la tendance. Certes, écrivent les chercheurs, les régions les plus développées avaient déjà considérablement endommagé leur environnement en 1993. De plus, elles ont tendance à confier à d’autres pays la mission de produire pour leur compte de quoi les nourrir et de les fournir en matières premières : ainsi 40 % des bœufs élevés dans le secteur de l’Amazonie sont exportés vers l’Union européenne.

 

Néanmoins, en s’appuyant sur les données du commerce international de bois et de denrées, il semble que cette tendance à la délégation n’explique pas tout. Les efforts pour gérer plus durablement les relations de l’homme à l’environnement, les mesures de conservation de la nature et la maîtrise des ravages de la corruption ont un véritable effet.

 

 

Les changements dans la pression humaine sur l’environnement intervenus entre 1993 et 2009 sont indiqués sur cette carte en rouge (croissant) et en bleu (décroissant).

 

 

Redresser la barre est donc envisageable. Des améliorations notables pour les espèces vivantes se sont produites ces dernières années non seulement dans les parcs naturels du Canada, mais aussi dans des endroits où des mesures de protection ont été prises, dans des forêts tropicales de la péninsule de Malaisie et au Sri Lanka, dans les pinèdes de Belize

 

Cependant, les endroits les plus riches en espèces variées sont ceux où l’empreinte humaine s’aggrave le plus. L’indice est particulièrement inquiétant dans les pays à revenus bas et moyens. Leurs forêts sont les plus évidentes victimes. Dans les mangroves, les forêts tropicales d’Inde, du Brésil, d’Asie du Sud-est et même en Europe, le scénario est toujours le même : les arbres cèdent la place aux cultures et aux pâtures.

 

Les chercheurs se déclarent « surpris » par l’exactitude de la corrélation entre la pression humaine globale et l’agriculture : celle-ci explique l’essentiel de notre impact sur la Terre, car de plus en plus, la moindre parcelle, même très peu fertile, est exploitée. Voilà comment les humains s’en prennent irrémédiablement à leur planète : ils la mangent.

 

Lire aussi :   Nourrir l’humanité sans détruire de nouvelles forêts


Mort de Bertrand Schwartz, le « père » des missions locales

 

LE MONDE

Par

12.08.2016

 

 

 

 

« Cette fois, c’est juré, je prends ma retraite », disait-il en 1996, à l’âge de 77 ans. On lui répliquait « Vous ne pouvez pas dire ça, Bertrand. D’ailleurs, vous en êtes bien incapable. » Jusqu’à ses derniers mois, Bertrand Schwartz, le « père » des missions locales, s’est voué à sa tâche, l’accompagnement des jeunes en difficulté d’intégration, jusqu’à son décès, le 30 juillet, à l’âge de 97 ans.

Né en 1919, cousin germain de Michel Debré, le premier ministre du Général de Gaulle, son parcours est semé de mérites républicains. Il fait ses classes dans les meilleurs lycées parisiens, Janson-de-Sailly, Saint-Louis, Louis-le-Grand. Polytechnicien, il intègre l’Ecole nationale supérieure de la métallurgie et de l’industrie des mines de Nancy comme professeur en 1948, avant d’en prendre la direction de 1957 à 1966 et de réformer en profondeur l’enseignement.

Pendant tout le reste de sa carrière, le polytechnicien ne s’intéresse qu’aux « bac moins douze ». En 1981, Pierre Mauroy lui confie la rédaction d’un rapport qui fera date sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Ses conclusions plaident pour une nouvelle approche de l’insertion fondée sur une vision globale. L’objectif des missions locales qu’il a inspirées entend apporter aux 16-25 ans un accompagnement à la fois sur la formation, la recherche d’emploi, mais aussi la culture, la santé ou les loisirs.

Sa ligne de conduite : donner à chacun sa chance et considérer que ceux qui ne sont pas formés ne sont pas les moins intelligents. Le polytechnicien s’est battu pour que les exclus des schémas sélectifs trouvent leur place. Sa méthode consistait à écouter pour élaborer un programme. Il laissait aux jeunes la parole libre sans intervenir dans les débats et valorisait toute connaissance concrète menant, sans relâche, des expériences de pédagogie. Il pratiquait notamment la maïeutique, l’art de faire accoucher les esprits, chère à Socrate, posant plus de questions qu’il n’apportait de réponse.

 

Tenace face aux institutions

 

« Il s’est toujours heurté avec ténacité aux institutions pour ne pas être enfermé, affirme Jean-Patrick Gille, député d’Indre-et-Loire et président de l’Institut Bertrand Schwartz. Il avait une volonté farouche de faire avancer les choses. Il avait des intuitions profondes qu’il souhaitait mettre en œuvre. Il n’était pas contre l’administration, mais militait pour qu’elle soit tournée vers l’action. » Infatigable poil à gratter, il militait auprès des cabinets ministériels pour l’insertion des jeunes. « Il surgissait avec une note sur un projet et faisait le siège en attendant une réponse du ministre », confiait un conseiller de Martine Aubry en 1996.

Son acharnement n’a pas démérité. Aujourd’hui, ce sont 1,4 million de jeunes qui sont accompagnés chaque année au sein des missions locales. Bertrand Schwartz a reçu en 1989 le premier Grawemeyer Award, prix international d’éducation, qui lui a permis de financer son association, Moderniser sans exclure, créée en 1992 qu’il a présidée pendant une dizaine d’années. En 1994, il publiait un livre manifeste portant le nom de son association, où il rappelait les potentialités de développement des personnes sans qualification et l’importance de la confiance en soi. « Sans être un gourou, il suscitait quelque chose qui redonnait de l’énergie, de la confiance, non pas en lui, mais en soi », se souvient Jean-Patrick Gille. Bertrand Schwartz est fait grand-croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction républicaine, en 2013.

François Mitterrand disait de lui qu’il fait partie de ceux qui, en 1981, lui ont « éclairé la route », avec Hubert Dubedout, maire (PS) de Grenoble (1965-1983), « père » de la politique de la ville, et Gilbert Bonnemaison, à l’origine de la création des conseils de prévention de la délinquance. Au soir de sa vie, en 1994, le président Mitterrand déclarait : « Ce sont des pionniers, ils ont tracé des voies ; encore faut-il que ces voies soient maintenant non seulement explorées, mais poursuivies et élargies par leurs successeurs. »


 

Manger local : les amendements soutenus par la députée de l’Ariège Frédérique Massat* adoptés

 

 06-07-2016

 

Dans le cadre de l’examen du projet de loi Egalité et Citoyenneté examiné la semaine dernière à l’Assemblée nationale, des élus socialistes et écologistes ont déposés des amendements visant à rétablir les dispositions introduites par la proposition visant à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation de la députée Brigitte Allain.

 

Cette proposition de loi, examinée par la commission des affaires économiques, présidée à l’Assemblée nationale par Frédérique Massat, s’inscrivait dans la ligne d’un encouragement de l’approvisionnement de la restauration collective en produits locaux.

Fruit d’un travail collectif entre les élus écologistes et socialistes à l’Assemblée nationale, le texte a été adopté à l’unanimité à l’Assemblée mais vidé de sa substance à l’issue de son examen au Sénat.

 

Afin que les mesures de la proposition de loi soient tout de même inscrites dans notre arsenal législatif, Frédérique Massat s’est associée à des collègues de la commission des affaires économiques afin de déposer des amendements au texte Égalité et Citoyenneté.

Un premier amendement vise à réintroduire les dispositions relatives à l’approvisionnement de la restauration collective : 40% issus de l’alimentation durable et 20% issus de l’alimentation biologique d’ici 2020.

Le second amendement concerne les mesures destinées aux grandes entreprises, qui devront intégrer, dans leur action de responsabilité sociale et environnementale (RSE), des exigences en matière de consommation alimentaire durable.

Frédérique Massat se félicite que les amendements promouvant une production agricole de proximité, respectueuse des équilibres sociétaux, environnementaux et économiques aient été adoptés en séance publique.

Le projet de loi Egalité et Citoyenneté doit maintenant être examiné au Sénat...

 

* Frédérique Massat est députée SER de la 1ère circonscription d'Ariège et présidente de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale.


Un avocat toulousain crée une plateforme pour des actions en justice collectives

 

L'avocat toulousain Christophe Lèguevaques * lance une une plateforme pour lancer des actions en justice collectives.

 

AFP

 

Un avocat toulousain promeut une plateforme qu'il a créée dans le but de lancer des actions en justice collectives, avec pour première cible les banques et la façon dont certaines calculent les taux des prêts immobiliers. 

Mysmartcab.fr est la plateforme lancée via internet par Christophe Lèguevaques, avocat inscrit aux barreaux de Toulouse et de Paris, par ailleurs élu Les Républicains. 

Son but, "faciliter l'accès aux actions collectives pour les particuliers et réduire le montant des honoraires d'avocats en mutualisant les dossiers", sur le modèle des "class-actions" anglo-saxonnes, a résumé Me Lèguevaques en présentant lundi à Poitiers son nouvel outil. 

Première cible en vue pour l'avocat et les confrères qui l'ont rejoint dans sa démarche : les banques qui pratiquent "l'année lombarde", une méthode de calcul des intérêts sur 360 jours et non sur les 365 de l'année civile. "Un certain nombre d'établissements bancaires continuent à le faire de manière illégale et en toute connaissance de cause.

La jurisprudence en la matière est désormais très claire: c'est illégal. Nous estimons qu'il existerait plus d'un million de contrats litigieux, ce qui représente des dizaines de millions d'euros perçus illégalement", explique Me Lèguevaques. Pour chaque client, le calcul à la lombarde se traduit par une différence de quelques euros, indolore à l'échelle individuelle d'un prêt immobilier. 

"C'est un peu comme ces industriels qui vous disent que la bouteille contient 100 centilitres d'huile alors qu'il n'y en a que 99. Les gens ne vont pas aller protester. Ils jouent là-dessus. En plus, les gens ont souvent peur d'engager une procédure contre leur banque", poursuit-il. 

La plateforme espère recueillir un millier de dossiers au cours de la première phase de souscription, prévue pour durer jusqu'à la mi-septembre. Lundi après-midi, elle en affichait une soixantaine.

 

*Christophe Léguevaques est membre du Conseil scientifique du PRé


Les énergies vertes feraient gagner plus de 3 points de PIB à la France

 

LE MONDE | 30.06.2016

 

Par Pierre Le Hir

 

 

Un déploiement massif des énergies vertes en France aurait un impact positif sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages.

C’est la conclusion d’une étude prospective de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), rendue publique jeudi 30 juin. En 2015, l’établissement public avait fait sensation avec un rapport qui montrait qu’un mix électrique « 100 % renouvelable » en 2050 était possible dans l’Hexagone, pour un coût comparable à celui d’un bouquet conservant 50 % de nucléaire.

 

Cette fois, l’Ademe s’est livrée à une évaluation macroéconomique d’un tel scénario. Celui-ci, précise-t-elle, s’inscrit dans la perspective d’une division par deux de la consommation énergétique totale en 2050, telle que la prévoit la loi de transition énergétique, et nécessite donc de maîtriser la demande d’électricité. Il impose aussi une baisse continue du coût des filières renouvelables. Il exige encore de développer des solutions d’adaptation de la demande (compteurs intelligents, etc.) et de stockage de ressources intermittentes.

 

Trois hypothèses ont été retenues : un mix 100 % renouvelable privilégiant l’éolien terrestre et en mer, un deuxième également 100 % renouvelable mais à « acceptabilité modérée » (ce qui restreint l’éolien terrestre et le solaire au sol au profit du solaire en toiture et des énergies marines), le dernier avec seulement 80 % de renouvelable (le complément étant d’origine nucléaire ou fossile).

 

Les résultats sont spectaculaires. A l’horizon 2050, le produit intérieur brut (PIB) de la France serait, selon l’hypothèse retenue, supérieur de 3,6 % à 3,9 % au niveau qu’il atteindrait en l’absence de transition énergétique. Explication : les « effets récessifs » de cette transition (baisse d’activité liée à la moindre production d’énergie, hausse du coût de production de l’électricité, augmentation de la fiscalité environnementale) sont plus que compensés par ses « effets expansionnistes » (hausse de l’emploi liée aux investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, baisse de la facture énergétique à moyen terme, diminution des importations de combustibles fossiles…).

 

L’étude anticipe de 830 000 à 900 000 emplois supplémentaires par rapport à un modèle énergétique inchangé. Les postes perdus dans les secteurs du nucléaire, de l’automobile et des ressources fossiles sont, là encore, plus que regagnés par ceux créés dans les services, la construction et la production d’énergies renouvelables.

 

Autre indicateur au vert : le revenu disponible des ménages. Il est bonifié, pour l’ensemble de la population française, d’environ 250 milliards d’euros par an, soit approximativement 3 300 euros par habitant. Cela en raison de la baisse de la facture énergétique des foyers (quasiment divisée par deux du fait d’une consommation réduite), en même temps que du regain d’activité économique.

 

 

« Investir pour le climat est aussi un moteur pour notre croissance », commente le président de l’Ademe, Bruno Léchevin. Cette mutation énergétique permettrait en effet de faire chuter les émissions de CO2 de la France de 68 % à 72 % au milieu du siècle. Là encore, un vrai bénéfice.

 


L’ AGRONOMIE GRANDEUR NATURE

 

Le Centre d’études biologiques de Chizé*mène des travaux en plein champ à l’échelle du paysage sur les interactions entre environnement et production agricole. Parmi ses conclusions : on peut augmenter le rendement des céréales avec moitié moins de pesticides et d’azote

 

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.06.2016

Par Stéphane Foucart (Chizé, envoyé spécial)

 

Ils étaient près de quatre-vingts à avoir fait le déplacement. Quatre-vingts agriculteurs – céréaliers, éleveurs, apiculteurs – rassemblés, samedi 18 juin, au Centre d’études ­biologiques de Chizé (CEBC, CNRS-université de La Rochelle), dans les Deux-Sèvres.

 

Ils étaient venus assister à la restitution annuelle des résultats du laboratoire. Silence attentif dans la salle de conférences de l’unité de recherche, installée au cœur de la forêt de Chizé. Ecoute attentive mais aussi étonnée, car Vincent Bretagnolle (CNRS) présente cette année un résultat stupéfiant.

 

Le rendement économique des céréaliers peut être substantiellement augmenté – jusqu’à 200 euros par hectare de blé ! – en divisant par deux la quantité d’herbicides et d’engrais azotés épandus. La première question qui vient à l’esprit est : en les remplaçant par quoi ? « En les remplaçant par rien du tout », ­répond le chercheur.

 

Si les agriculteurs se déplacent chaque année aussi nombreux pour assister à la grand-messe du Centre d’études biologiques de Chizé, c’est aussi qu’ils sont, en quelque sorte, coauteurs des résultats présentés. Sans eux, rien ou presque ne serait possible.

 

« La zone atelier Plaine et Val de Sèvre sur laquelle nous travaillons fait 450 kilomètres carrés, et recouvre plus de 400 exploitations agricoles, plus de 15 000 parcelles, explique Vincent Bretagnolle, le directeur de la zone atelier. Nous pouvons ainsi faire de l’expérimentation à l’échelle d’un territoire,manipulerles paysages pour explorer les relations entre la biodiversité et les activités agricoles, mais nous ne pouvons le faire qu’avec le concours des agriculteurs. »

 

Les mauvaises herbes aussi aiment l’azote

 

Cette participation à la recherche est enthousiaste et désintéressée. A chaque fois que les exploitants sont sollicités et qu’un surcroît de travail leur est demandé pour apporter leur concours à une ­expérience, un dédommagement financier leur est proposé. Mais dans l’écrasante majorité des cas, ils le déclinent.

 

La zone atelier est un vaste damier sur lequel les chercheurs déplacent ainsi des pions : installer une prairie ici, retarder la fauche de la luzerne là, épandre plus d’azote ici et moins d’herbicides ailleurs… Et voir comment environnement et production agricole coréagissent.

 

Le bric-à-brac du laboratoire, ce sont des sachets de thé enterrés, puis déterrés et pesés pour mesurer la capacité des sols à dégrader la matière organique, des bocaux d’échantillons de retour du terrain, des pièges à insectes bricolés à partir de fond de bouteilles plastiques. THEOPHILE TROSSAT POUR "LE MONDE"

 

L’expérience phare présentée cette année, testant l’efficacité des herbicides et engrais azotés, est partie d’une idée simple. « Dans un champ de blé, l’agriculteur a deux outils de pilotage principaux : les herbicides et l’azote. Il met de l’azote pour avoir plus de blé et des herbicides pour avoir moins d’adventices [mauvaises herbes] », raconte le chercheur.

 

« Mais lorsqu’il met de l’azote, ajoute-t-il, les adventices l’utilisent aussi. Notre idée a donc été de chercher à étudier la compétition qu’il pouvait y avoir entre le blé et les adventices. »

 

Dans une première étude, menée en 2007, 150 parcelles de trente exploitations de la zone atelier ont été enrôlées. L’échantillon balaie tout le spectre des pratiques, depuis les plus gros utilisateurs d’herbicides et d’azote jusqu’à des agriculteurs bio n’utilisant ni l’un ni l’autre. Une première analyse corrélative, à paraître dans une revue internationale, suggère qu’une réduction des herbicides ne semble pas avoir d’impact important sur les rendements.

 

Pour achever la démonstration, les chercheurs sont allés plus loin : ils ont demandé aux agriculteurs de diviser leurs parcelles en huit sous-parcelles et de faire varier les paramètres : présence ou absence de culture, quantités variables d’azote et d’herbicides utilisés, etc.

 

Les résultats de ces travaux, en cours de finalisation, suggèrent qu’une réduction couplée d’azote et d’herbicides ne conduit à aucune baisse de rendement. Et l’intégration de ces données dans des modèles économiques montre des gains économiques importants.

 

« Ce que l’on montre, grosso modo, c’est que les herbicides font baisser la diversité d’adventices en détruisant bien plus les espèces rares que les espèces les plus communes qui portent, elles, préjudice aux cultures », explique Vincent Bretagnolle.

 

Pour la première fois en plein champ

 

Reste une question : pourquoi, si ces résultats sont valides, les agriculteurs persistent-ils à utiliser autant d’intrants ? « En station, dans des conditions ultracontrôlées, les instituts techniques trouvent des résultats à l’opposé, constate en effet le chercheur. Mais ces conditions ne sont jamais remplies en plein champ, en conditions réelles. C’est tout l’intérêt de travailler comme nous le faisons, à l’échelle du paysage, en tenant compte de toutes les diversités de comportements des agriculteurs, des différents environnements, etc. »

 

Aussi incroyable que cela paraisse, de tels essais, grandeur nature, « n’avaient au­paravant jamais été menés en plein champ », précise Vincent Bretagnolle.

 

En milieu contrôlé, les problèmes sont considérés et traités un par un, indépendamment les uns des autres. « Or les systèmes écologiques sont des systèmes complexes. Si on prend l’exemple très simple d’une proie et de son prédateur étudiés en système clos, le résultat de toute expérience ou de toute modélisation est très simple : l’un puis l’autre disparaissent, illustre le chercheur. Mais dès lors que ce système confiné est connecté à un autre système, la proie et le prédateur persistent. Et plus on connecte les milieux, plus l’espace est continu, plus les résultats divergent de ce que l’on trouve dans un environnement clos et simplifié à l’excès. » Dans la vie réelle, la complexité de l’écosystème s’impose.

 

Plus de pollinisateurs, plus d’oléagineux

 

La destruction – pour une grande part inutile – des adventices a-t-elle un effet direct sur d’autres compartiments de l’écosystème ? A l’évidence. « Entre la floraison du colza et celle du tournesol, les abeilles et les pollinisateurs en général sont confrontés à une forme de disette, explique Clovis Toullet, chercheur associé au dispositif Ecobee, mis en place par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et hébergé par la zone atelier. Au cours de cette période, ce sont précisément les adventices qui permettent de nourrir les abeilles. »

 

Les cinquante ruches du dispositif sont placées aléatoirement dans la zone atelier et servent d’observatoire de la qualité de l’environnement : les principaux paramètres de chaque colonie sont régulièrement mesurés – mortalité et démographie, taille du couvain, production de miel, présence de pathogènes ­naturels, type de pollen rapporté. Ainsi, il a été possible de montrer que c’est une adventice (par ailleurs élégante), le coquelicot, qui fournit à ­certaines périodes de l’année jusqu’à 60 % de leur pitance aux ruches.

 

Eradiquer trop d’adventices, c’est donc affaiblir les colonies d’abeilles et les pollinisateurs sauvages. C’est, en conséquence, prendre le risque de faire chuter les rendements des cultures de tournesol et de colza avoisinantes. C’est un des autres grands résultats obtenus à Chizé.

 

Mais l’expérimentation est délicate : il est impossible de manipuler finement la quantité d’abeilles ou de pollinisateurs – on en dénombre près de 250 espèces sur la zone atelier – qui fréquentent un champ d’oléagineux.

 

Les chercheurs ont donc procédé autrement. Sans se laisser intimider par l’ampleur de ce travail de fourmi, ils ont arpenté des champs de colza et de tournesol, et ont « ensaché », à la main, les fleurs de certaines parcelles avec des tulles aux mailles de tailles diverses. Certaines laissent passer les plus petits pollinisateurs, mais arrêtent les plus gros comme les abeilles ou les bourdons. D’autres interdisent l’accès des fleurs à tous les insectes, ne laissant que le vent faire le travail de pollinisation.

 

Résultat : confirmant des travaux précédents, publiés par d’autres équipes, les chercheurs du CEBC montrent que l’augmentation de l’abondance de pollinisateurs peut augmenter les rendements du tournesol de 20 % environ. « Sur le colza, ajoute M. Bretagnolle, augmenter d’un facteur dix l’abondance de pollinisateurs peut faire grimper le rendement de 34 %, ce qui est consi­dérable. »

 

Réputés se contenter du vent pour leur pollinisation, les oléagineux bénéficient donc grandement des services rendus par les abeilles, bourdons et autres papillons. Contrairement à une idée très ancrée, maraîchage et arboriculture ne sont pas les seuls à tirer parti de la pollinisation : certaines grandes cultures lui sont redevables également.

 

Le bio bénéficie-t-il au conventionnel ?

 

D’où les bénéfices rendus par les zones ou les systèmes agricoles qui permettent aux pollinisateurs de s’alimenter et de survivre. Et en particulier les prairies où la diversité florale est importante, ou encore les parcelles conduites en agriculture biologique. Mais là encore, la recherche à l’échelle du paysage complique tout.

 

Les travaux menés sur la zone atelier ont ainsi montré que la diversité florale d’une parcelle dépend autant du mode d’agriculture pratiqué dans la parcelle elle-même que des modes d’agriculture adjacents. « Typiquement, on trouve en moyenne une di­versité d’espèces florales deux fois supérieure sur les parcelles conduites en agriculture biologique, par rapport à ce que l’on trouve dans celles ­conduites en conventionnel, dit ainsi Sabrina Gaba, chercheuse au Laboratoire agroécologie de l’INRA, à Dijon, et qui travaille sur la zone atelier. Mais nous avons montré que les effets du paysage comptent énormément : la diversité est ­augmentée dans les paysages riches en parcelles bio et cette plus grande richesse est essentiellement le fait de la présence d’espèces rares, donc sans impact attendu sur la production agricole. »

 

Feuille de graines, placée dans une parcelle et relevée quelques jours après, le delta des graines manquante permet d'évaluer la présence de prédateurs.

 

Forts de ce constat, les chercheurs vont tester une hypothèse : l’existence d’externalités positives de l’agriculture biologique – c’est-à-dire de bénéfices collatéraux dont profiteraient les parcelles conventionnelles adjacentes.

 

L’hypothèse est plutôt à contre-courant des idées dominantes, qui considèrent que les champs bio, moins traités, sont des réservoirs à ravageurs et à pathogènes et qu’ils portent plutôt préjudice à leur entourage.

 

« Nous allons tester cela sur la zone atelier, en cherchant à savoir si l’agriculture biologique a, au contraire, un effet bénéfique sur les autres parcelles en servant de refuge à des pollinisateurs ou à des organismes auxiliaires, par exemple susceptibles de faire du biocontrôle [c’est-à-dire de la prédation des ravageurs] », ­explique Sabrina Gaba.

 

Soixante carrés de 1 kilomètre de côté ont été sélectionnés dans la zone atelier. Dans chaque carré, une proportion variable de surfaces conduites en agriculture biologique, de 0 % à 80 %, et trois parcelles-cibles à étudier : l’une en blé bio, une autre en blé conventionnel et une dernière en colza ou tournesol conventionnel.

 

Les résultats escomptés permettront de déterminer si l’agriculture bio a un effet bénéfique sur les parcelles adjacentes et, peut-être, d’estimer le bénéfice économique qu’en ont tiré – sans le ­savoir – les agriculteurs conventionnels.

 

Rémanence de certains pesticides

 

Pour cela, il faut aussi écarter tous les facteurs possibles de confusion. Et connaître finement toutes les pratiques des agriculteurs de la zone. Etre capable de savoir quels types d’intrants ont été utilisés, quand et en quelles quantités.

 

C’est un gigantesque travail de porte-à-porte et d’indexation. Tout l’historique des 15 000 parcelles de la zone atelier est dûment enregistré depuis la création de la zone atelier, voilà vingt-deux ans. L’effort pourrait sembler disproportionné en regard du bénéfice scientifique attendu : à quoi bon savoir ce qui s’est passé quelques années plus tôt sur une parcelle ?

 

Mais l’information ne permet pas seulement de suivre sur le long terme l’impact environ­nemental ou agronomique de la rotation des cultures. Il devient utile pour évaluer la rémanence de certains pesticides.

 

En 2013 et 2014, les chercheurs du CEBC ont mené une expérimentation sur du colza traité au thiaméthoxame (un néonicotinoïde). L’un des préalables à l’étude était de contrôler les quantités de substances retrouvées dans le pollen et le nectar des plantes traitées

 

« Or nous avons eu la surprise de dé­couvrir également de l’imidaclopride, un autre néonicotinoïde auparavant utilisé sur le blé, dit Fabrice Allier, ingénieur à l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation et associé au centre de Chizé. Parfois, on voit que du blé Gaucho [nom commercial du blé dont les semences ont été enrobées d’imidaclopride] a été planté il y a plusieurs années, mais que des résidus d’imidaclopride persistent dans le nectar et le pollen du colza planté aujourd’hui sur les mêmes parcelles. »

 

Effondrement massif des insectes

 

La découverte, publiée à l’automne 2015 dans la revue Proceedings of the Royal Society B, est d’autant plus surprenante que les taux d’imidaclopride retrouvés dans ces plantes mellifères, très attractives pour les abeilles, excèdent parfois les taux de thiaméthoxame détectés – molécule avec laquelle elles ont pourtant été traitées !

 

Les mécanismes de rémanence, de remobilisation et de transport de ces substances dans l’environnement sont encore peu connus. Un manque de connaissance fort dommageable, les néonicotinoïdes étant suspectés de produire des effets délétères de grande ampleur sur ­l’ensemble de la biodiversité – le cas de l’abeille ­domestique étant le plus médiatisé.

 

Sachets de thé ayant passé entre un et deux mois à 7 cm sous le sol afin de mesurer la capacité du sol à dégrader la matière organique, ils sont pesés avant et après l'expérience.

 

Malgré la forte implantation d’agriculteurs bio – près du double du niveau national – et malgré les dispositifs de maintien de la biodiversité rendus possibles par son classement Natura 2000, d’importants dégâts se font sentir dans la zone atelier.

 

Ils sont en accélération, et Vincent Bretagnolle suspecte l’impact des « néonics ». « Les derniers chiffres qui ont été publiés et qui montrent une augmentation récente de leur utilisation d’environ 30 % correspondent bien à ce que l’on voit dans la zone atelier, s’alarme le chercheur. Depuis 2012-2013, on assiste à un effondrement massif des insectes. Les populations de carabes, un petit scarabée qui est ici l’espèce la plus commune et qui remplit d’importantes fonctions écosystémiques, ont chuté de 90 % en vingt ans. Cette tendance, on peut l’observer sur un grand nombre de taxons [catégories d’êtres vivants] : pour l’alouette des champs, pour le campagnol, on est sur un rythme comparable d’effondrement. C’est très inquiétant. »

 

Le plus déprimant, pour les chercheurs, n’est pourtant peut-être pas tant de documenter le désastre que de produire des connaissances dont les décideurs semblent n’avoir que faire…

 

Un observatoire de la biodiversité et de l’agriculture

 

La zone atelier Plaine et Val de Sèvre appartient au réseau national des zones ateliers piloté par le CNRS. C’est une plaine céréalière au sud de Niort qui, pour moitié de sa ­superficie, bénéficie aussi du statut de zone Natura 2000, désignée pour la biodiversité remarquable des espèces d’oiseaux. Elle est étudiée depuis 1994. Elle associe quinze unités de recherche (INRA, universités), mais aussi des instituts techniques comme l’Institut technique de l’apiculture et de la pollinisation, et des agriculteurs. L’objectif de cet observatoire à long terme des pratiques agricoles et de la biodiversité est de produire et de diffuser des connaissances en agroécologie.

 

 

*(Chizé est situé près de Niort, dans les Deux-Sèvres, 79)

 


Brexit : assez de la légende « Bruxelles contre les peuples »

 

LE MONDE | 21.06.2016

 

Par Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Jacques Delors

 

 

 

 

 

Une légende veut que Bruxelles soit incapable de tenir compte du verdict des référendums. Cela serait révélateur d’une fracture démocratique entre l’UE et ses peuples. Cette légende traduit un triple déni de démocratie, qu’il est d’autant plus utile de relever dans un contexte de dénigrement pavlovien de « l’Europe ».

 

Depuis 1972, 57 référendums portant sur des enjeux liés à l’UE ont été organisés, dont les verdicts ont été suivis d’effets : voilà un premier déni de la réalité démocratique européenne. Près des trois quarts de ces référendums (41) ont conduit à l’approbation du texte européen proposé : tous leurs résultats ont été pris en compte, à l’exception des deux « oui » espagnol et luxembourgeois au traité constitutionnel européen, qui n’est finalement pas entré en vigueur.

 

Les six « référendums d’appartenance » négatifs ont aussi vu leurs résultats dûment pris en compte – il en sera de même en cas de vote négatif au référendum britannique du 23 juin, car l’Union n’est pas une prison : nul ­peuple n’est obligé de la rejoindre ou d’y rester contre son gré. Idem pour les quatre « référendums d’approfondissement » négatifs (participation ou non à l’Union économique et monétaire notamment). Les Danois bénéficiaient par exemple d’une exemption en matière de coopération policière et judiciaire, depuis le référendum négatif de 1992 ; ils ont refusé de la mettre en cause lors d’un référendum en 2015, et nul ne s’est opposé à leur volonté.

 

« Dénis de démocratie »

 

C’est seulement lorsque des « référendums de gouvernance », portant sur des enjeux plus indivisibles, s’avèrent négatifs (c’est arrivé six fois), qu’il est plus délicat de prendre leur verdict en considération au niveau européen. Lorsque les Irlandais rejettent le traité de Lisbonne, qui modifie les règles de fonctionnement et les compétences de l’UE, comment leur donner satisfaction, sauf à renoncer à ce traité, mais aussi à tous les suivants, dès lors que l’accusation selon laquelle le traité suivant ressemble au précédent ne manquera pas d’être brandie ? Lorsque les Néerlandais rejettent l’accord d’association UE-Ukraine, comment les exempter de ces dispositions, notamment économiques et commerciales, et comment les satisfaire pleinement, sauf à renoncer là aussi à tout nouvel accord entre l’UE et l’Ukraine ?

 

La solution politique doit être recherchée par un examen des raisons ayant poussé une majorité des votants à dire non, lorsqu’elles ont un rapport direct avec le texte rejeté. Cette stratégie a permis de transformer le traité constitutionnel en traité de Lisbonne, en l’expurgeant d’éléments qui avaient fait l’objet d’un rejet en France et aux Pays-Bas. Elle sera utilisée après l’identification des motivations des Néerlandais contre une aide financière à une Ukraine présumée corrompue, ou la possible libéralisation des visas accordés aux Ukrainiens.

 

Le deuxième « déni de démocratie », c’est celui que pratiquent les acteurs et observateurs qui pensent qu’un non référendaire devrait s’imposer à tous les autres peuples de l’UE, alors que nombre d’entre eux ont une position divergente. Il faut faire preuve de paresse intellectuelle et de mauvaise foi politique pour professer l’idée selon laquelle les verdicts référendaires négatifs sur les enjeux européens seraient les manifestations successives d’une fracture « Bruxelles contre les peuples » : ces référendums traduisent en réalité une fracture entre les peuples de l’UE, qui est inquiétante, mais qui n’est pas le signe d’un « déficit démocratique ».

 

Il ne serait pas démocratique d’entériner la primauté d’un peuple sur les autres : on ne saurait se fonder sur un verdict référendaire pour tenter d’imposer ses vues aux autres, ni interpréter la difficulté de trouver un nouveau compromis proche de celui rejeté comme le symptôme d’un déni de démocratie.

 

Dénouer cette contradiction démocratique sans nier l’utilité de l’appel aux peuples supposerait d’organiser des référendums paneuropéens ouverts à l’ensemble des citoyens de l’UE, et dont le verdict devrait être accepté par les votants mis en minorité, comme par les représentants de leurs Etats. A défaut, il faut forger des compromis entre 28 démocraties, dont aucune ne saurait dicter sa loi aux autres.

 

Le monopole des peuples

 

Le troisième déni de démocratie en matière européenne découle de l’idée selon laquelle un non populaire serait plus légitime qu’un ou des oui parlementaires. Il n’est guère surprenant qu’il soit commis par des forces politiques minoritaires, qui ne parviennent pas à conquérir le pouvoir par les voies de la démocratie représentative, faute de disposer de la confiance d’une majorité des citoyens de leurs pays. D’où leur prédilection pour des référendums à l’issue desquels leur alliance circonstancielle, protestataire et parfois contre nature, est susceptible d’emporter la majorité des suffrages.

 

Même si elles souffrent de discrédit, les autorités nationales ne sauraient concéder le monopole des peuples à des forces qui critiquent les élus faute d’en avoir suffisamment, bien au-delà des enjeux européens. Les autorités européennes doivent d’autant moins accepter la primauté de la démocratie référendaire nationale qu’il est parfois impossible de recourir au référendum sur des enjeux européens.

 

La gouvernance de l’UE comporte une dimension représentative incontournable : les autorités nationales doivent pouvoir engager pays et peuples, en les consultant si besoin en amont de leur participation aux décisions bruxelloises. Elle pourrait difficilement s’accommoder de la multiplication de référendums nationaux dont les résultats seraient en contradiction avec les positions des autorités du pays concerné, mais surtout avec celles des autres peuples de l’UE, qui en deviendrait ingouvernable, au détriment de ses citoyens, sans pour autant être plus démocratique.

 

 

Yves Bertoncini est directeur de l'Institut Jacques Delors depuis avril 2011.

 Il est administrateur de la Commission européenne, où il a travaillé au sein des Directions générales "Education, Formation, Jeunesse" et "Politique Régionale". Il a travaillé dans les services du Premier Ministre français en tant que chargé de mission « Europe » au Centre d’analyse stratégique (2006-2009) et comme Conseiller auprès du Secrétaire général des Affaires européennes (2010-2011).

Il a également travaillé pour le Ministère français des Affaires étrangères et européennes, pour l’organisation du « dialogue national pour l’Europe » (1995-1997) et à l’ambassade de France à Alger (1992-1993). Il a enfin été responsable des Affaires internationales de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (2002-2005).

Il enseigne ou a enseigné les questions européennes au Corps des Mines (Mines Paris Tech), à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (2001-2011) et à l’Ecole nationale d’administration (2007-2009). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, articles et "policy papers" sur les enjeux européens.

 


 TRIBUNE

 

Pour une écologie en action*

 

Libération 21 juin 2016

 

OGM, gaz de schiste, COP 21… Les avancées vertes ont été nombreuses ces quatre dernières années. Mais pour l’heure, ce qui compte, c’est la victoire de la gauche en 2017.

 

Pour une écologie en action

 

Ecologistes, nous portons un projet de transformation de la société centré sur le développement humain et le respect de l’environnement. Cela se traduit par une exigence singulière au sein de la majorité que nous avons constituée en 2012, pour peser jusqu’au bout sur les décisions et répondre à l’urgence sociale et climatique par des actes concrets.

 

Nous avons parfaitement conscience des erreurs commises par cette majorité, des insuffisances, parfois des défauts de pédagogie. Oui, nous aurions préféré que la majorité mène plus loin la réforme fiscale, concrétise une taxe poids lourd mal préparée par la majorité précédente, soit plus explicite sur sa politique, plus rapide parfois dans son action. Mais nous savons aussi ce qui a été fait : la loi de transition énergétique qui vise à réduire la consommation d’énergie, à développer les énergies renouvelables et qui remet en cause, de manière historique, le dogme du tout-nucléaire ; la résistance aux lobbys pour maintenir l’interdiction des gaz de schiste et des OGM ; le soutien au développement de l’agroécologie ; la création et la montée en puissance de la taxe carbone rebaptisée «contribution climat énergie» et, bien entendu, la réussite de la COP 21 : le sommet de Paris sur le climat a accouché du 1er accord universel de l’histoire qu’il s’agit de concrétiser.

 

Et nous savons ce qu’il reste à faire au cours des semaines qui viennent : simplification administrative et réglementaire au service des projets d’énergies renouvelables et de l’entreprenariat, car la transition écologique de l’économie passe par les entreprises, généralisation à grande échelle de l’isolation thermique des logements, qui permettra une baisse des consommations énergétiques et des économies pour les citoyens, mise en place d’un cadre législatif clair et opérationnel pour protéger la biodiversité, interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, taxation de l’huile de palme, inscription du préjudice écologique dans le code civil, compléter l’arsenal pour lutter contre les pollutions de l’air…

 

Bien sûr, en tant qu’écologistes, nous aimerions aller plus vite, plus loin. Mais reconnaissons qu’aucune majorité dans l’histoire française n’aura fait autant, en quatre ans, sur l’écologie. Surtout, aucune majorité alternative potentielle n’aurait fait autant : il suffit pour s’en convaincre de lire les déclarations des leaders du parti Les Républicains, de ceux du FN, mais aussi de constater les votes le plus souvent hostiles à l’écologie des députés du Front de gauche. Il suffit aussi de regarder comment les sénateurs de droite tentent de tailler en pièces la loi sur la biodiversité et comment leurs nouveaux présidents de région entament une chasse aux écologistes, supprimant les subventions aux associations de défense de l’environnement.

 

Nous sommes ainsi des écologistes dans l’action, partenaires d’une majorité qui avait fait du retour à la raison budgétaire, de la justice sociale et du progrès économique et social des boussoles pour sa politique. Sur le progrès social, là encore, nous avons conscience de certaines erreurs commises, mais nous assumons les résultats qui sont là : en quatre ans, les déficits sociaux ont été divisés par 2 - condition essentielle au maintien d’un système de protection sociale solidaire. Les fruits de la lutte contre l’évasion fiscale permettent, depuis deux ans, de financer les baisses d’impôts pour les classes moyennes et les faibles revenus. Le renforcement des moyens de l’école et son adaptation au monde ont été engagés. Et les conditions d’une économie plus compétitive, respectant le dialogue social au sein des entreprises, garantes de nouveaux droits (formation tout au long de la vie, mutuelles pour les salariés, égalité professionnelle entre les femmes et les hommes) sont peu à peu mises en œuvre, malgré les conservatismes. Le chômage commence enfin à reculer. Tout cela, seule cette majorité l’a fait. Les actes sont là pour en témoigner. Nous déplorons donc le jeu systématique des postures et du dénigrement pavlovien qui ne font qu’entretenir une dépression collective, un sentiment d’impuissance face aux crises et une crainte du déclassement qui alimentent ensemble le populisme nationaliste d’extrême droite.

 

Face à ces crises qui ont des solutions, pour peu qu’on s’inspire collectivement de réussites locales ou individuelles, face à ce danger populiste qui peut être conjuré, pour peu qu’on cesse de s’en renvoyer la responsabilité en permanence au visage, sans voir qu’il n’est pas franco-français, nous avons fait le choix de l’écologie qui agit. Parce que ce qui compte à nos yeux, ce n’est pas de savoir si un candidat écologiste, quel qu’il soit, fera «un bon score» au premier tour d’une élection présidentielle qui verrait, au second, le choix réduit entre l’extrême droite et une droite libérale qui se présente comme «parti des OGM, du nucléaire et des gaz de schiste». Ce qui compte à nos yeux, ce n’est pas de faire vivoter une boutique peinte en verte, qui survivrait dans un paysage politique dévasté en attendant un grand soir qui ne viendra jamais. Ce qui compte à nos yeux, c’est la victoire de la gauche en 2017 pour continuer à faire progresser l’écologie et les solutions concrètes que cette dernière propose aux Français.

 

 

*Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l’Habitat durable, Barbara Pompili Secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, François de Rugy, Député de la Loire-Atlantique, vice-président de l’Assemblée nationale, président du parti Ecologistes !,Véronique Massonneau Députée de la Vienne, vice-présidente du groupe socialiste, écologiste et républicain à l’Assemblée nationale, Eric Alauzet Député du Doubs, Christophe Cavard Député du Gard, François-Michel Lambert Député des Bouches-du-Rhône.

 


 

« L’année lombarde », cible des actions collectives

 

Entretien   LE MONDE ECONOMIE 

Par Jade Grandin de l'Eprevier

 

Avec Christophe Léguevaques *

16.06.2016

 

Les petits calculs des banques se retournent parfois contre elles. La nouvelle plate-forme d’actions collectives conjointes Mysmartcab, lancée jeudi 16 juin, compte bien en tirer profit. Cette nouvelle société indépendante de conseil juridique veut devenir « un grand cabinet virtuel pour rivaliser avec les grands cabinets employés pour se défendre par les groupes industriels », explique son fondateur Christophe Lèguevaques, avocat au barreau de Paris. Pour 1 200 à 2 400 euros, des particuliers pourront obtenir l’aide de professionnels du droit pour faire valoir leurs intérêts.

 

Sa première cible ? Les banques ayant utilisé « l’année lombarde » pour leurs crédits immobiliers. « C’est une action collective rentable, simple, très connue, sans risque pour le client et présentant un résultat financier pour l’avocat », se réjouit MLèguevaques. Grâce à la « manne » attendue de cette première action collective, il veut « constituer une cagnotte pour financer d’autres actions collectives plus citoyennes : accompagner les victimes de pesticides, attaquer un grand syndic de copropriété qui aurait surfacturé ses prestations, etc. »

 

Les banques ont beaucoup à perdre

 

Mysmartcab n’est pas la première à avoir flairé l’aubaine. Plusieurs plates-formes similaires se sont déjà emparées du sujet. L’ordre des avocats de Paris a ouvert une procédure collective sur la pratique de l’année lombarde. ActionCivile.com, propriété de la société Demander justice, propose également des actions collectives conjointes. Celles-ci ont été autorisées par la loi Hamon du 17 mars 2014. Sorte d’action de groupe à la française, elles permettent de mutualiser les efforts en regroupant des dossiers similaires, mais de les traiter indépendamment si l’un aboutit plus vite que les autres. Pour se différencier, MLèguevaques a recruté quinze avocats et garantit un suivi personnalisé à ses clients. Il en vise mille d’ici à trois mois.

 

Pour les banques, l’année lombarde consiste à calculer les intérêts d’un prêt immobilier sur la base d’une année de 360 jours au lieu de 365, comme le faisaient, au Moyen Age, les banquiers de Lombardie, une région du nord de l’Italie. Une pratique qui simplifie les calculs des banques en considérant que chaque mois fait trente jours. Sur la durée totale d’un prêt, la facture s’alourdit de quelques euros à une centaine d’euros pour l’emprunteur. Les banques, elles, multiplient ce gain sur des centaines de milliers de dossiers.

 

« C’est opaque et toujours en faveur de la banque, réprouve Laurent de Badts, associé gérant des Expertiseurs du crédit, une société concurrente de Mysmartcab qui aide aussi les emprunteurs à contester leur dossier de crédit. Ce sont des profits virtuels non mérités, de l’argent fait sur une pirouette mathématique. »

 

La majorité des établissements ont mis fin à cette pratique. Et pour cause : ils ont beaucoup plus à perdre qu’à y gagner. Si un emprunteur les attaque en justice, la sanction peut être lourde. D’après le code de la consommation, le taux effectif global (TEG) du crédit immobilier qui comprend les garanties et les assurances doit être calculé sur la base d’une année civile de 365 jours. La Cour de cassation a donc maintes fois donné raison aux emprunteurs. Elle ordonne alors aux banques de recalculer la totalité des intérêts du prêt au taux légal lors de son accord. Or, ce taux légal, de 1,01 % au premier semestre 2016, est souvent inférieur au taux négocié initialement. Il a atteint son minimum historique à 0,04 % en 2013 et 2014. Sur chaque dossier sanctionné, l’établissement perd en moyenne 60 000 euros, selon les Expertiseurs du crédit.

 

Lire aussi :   Crédit immobilier : les taux divisés par trois depuis 2000

 

« Poche profonde »

 

Le 15 avril, le tribunal de grande instance de Montpellier a ainsi condamné la Caisse d’épargne du Languedoc-Roussillon à rembourser à une cliente 24 556 euros en intérêts perçus et à recalculer ses intérêts futurs aux taux de 0,04 % et 0,38 % contre 3,30 % et 3,90 % auparavant. Soit une économie totale de 85 000 euros pour l’emprunteuse.

 

Plus d’un million de contrats seraient non conformes, pour un coût potentiel de 84 milliards d’euros pour les établissements, ont estimé les Expertiseurs du crédit. Le délai de prescription est de cinq ans après la signature du contrat ou la découverte d’une irrégularité non stipulée.

 

Un pactole qui fait saliver les sociétés privées de conseil juridique. En plus de facturer au client leur forfait classique d’accompagnement, elles prélèvent un pourcentage des économies réalisées sur le dos des banques. Vaches à lait ? Plutôt « poches profondes », pour MLèguevaques.

 

« Je ne fais qu’appuyer là où ça fait mal. La question est traitée depuis plus de dix ans par la Cour de cassation qui sanctionne systématiquement les banques, mais elles ont continué d’utiliser l’année lombarde. »

 

LCL a cessé d’y recourir seulement en février et nie toute faute. « Nos prêts sont établis en toute bonne foi et toute transparence », assène la banque. Mysmartcab et ses concurrents entendent bien continuer de prouver le contraire devant les tribunaux.

 

Et

plateforme www.mySMARTcab.fr

 

*Christophe Léguevaques est avocat au barreau de Paris, docteur en droit, spécialiste dans le droit des catastrophes et les risques, du droit bancaire et financier, associé gérant de la cLé, réseau d’avocats à Paris et Toulouse. Il est membre du Club DJS (Droit Justice et sécurités) et du conseil scientifique du PRé.

 


«L’écologisation va entrer de force dans la géopolitique»

Novéthic* - 6 juin 2016

 

 

Face à l’urgence écologique, l’ancien ministre des affaires étrangères affirme qu’une véritable communauté internationale pourrait se souder autour de la préservation du climat ou de la biodiversité. Hubert Védrine propose également des outils afin que le monde politique, mais également celui de l’entreprise, soient désormais capables de penser le long terme. L’essai qu’il consacre à ces questions, «Le monde au défi», est sorti début avril.
Propos recueillis par Antonin Amado


Novethic : La communauté internationale des droits humains est-elle morte? Vive la communauté internationale des droits écologiques?

 

Hubert Védrine : La communauté internationale des droits humains n’est pas morte. Mais elle ne suffit pas. L’effort historique réalisé par les Occidentaux pour instaurer dans le monde entier les valeurs occidentales, celle de la période des Lumières en somme, n’a pas réussi à s’imposer au monde chinois, à la culture musulmane, etc. Cet universalisme est admirable mais il est insuffisant. Il n’a pas permis de constituer une communauté internationale dans laquelle tous les peuples du monde auraient les mêmes peurs et les mêmes projets.

Tout comme n’a pas suffi l’économie de marché dérégulée et hyper financiarisée, peut-être parce qu’elle était caricaturale d’elle-même.

Ma démarche a donc consisté à me poser cette question : quel est le seul vrai lien entre tous les habitants de la planète? Et la réponse est simple : que la planète demeure vivable. Formulé ainsi, cela ressemble à une lapalissade. Mais il faut entendre l’alerte des milieux scientifiques, qui s’alarment des changements climatiques, de l’effondrement de la biodiversité, des pollutions, de l’artificialisation des sols. Etc. Autant de dangers qui sont encore moins soutenables dans un monde à 7,8 ou 9 milliards d’humains.

Dans ces conditions, un mode de vie à l’américaine, à l’occidental, n’est pas possible. Mais ce qui est frappant d’un point de vue géopolitique, c’est que ces évidences là, tout le monde s’en fiche. On assiste parfois à des pulsions d’intérêt, comme la COP21, mais dix jours plus tard, tout le monde a oublié. J’essaie de faire le pont entre les enjeux classiques des relations internationales et ces urgences écologiques.

 

Les États ont-ils encore les moyens de faire l’impasse sur ces questions écologiques ?

 

Non, car elles vont entrer de force dans la géopolitique. De plus en plus, les États seront jugés sur leur participation à la question écologique. Et non plus seulement sur leurs capacités militaires, leur respect des droits humains ou leur puissance économique. La notion d’État voyou écologique finira par s’imposer, même si les spécialistes des relations internationales sont très hostiles à cela. Il parait probable qu’un pays ne mettant pas fin à un trafic d’une espèce d’animal en voie de disparition – ce n’est qu’un exemple parmi d’autres – sera sanctionné.

 

Quels outils proposez-vous pour parvenir à fabriquer ce pont entre relations internationales et urgences écologiques?

 

L’un des plus importants concerne l’économie de marché. Le seul instrument pour mesurer la croissance et la richesse d’un pays est le produit intérieur brut (PIB). C’est un instrument extraordinairement schématique et sommaire. On lui fait jouer un rôle qui n’aurait pas dû être le sien. Le PIB ne mesure que les flux. En caricaturant à peine, si demain on rase une forêt entière pour installer des industries polluantes qui vont provoquer des cancers pendant trente ans, c’est de la croissance. Il y a là quelque chose d’absurde.

Ce qui manque absolument dans le calcul économique, c’est la prise en compte du patrimoine. On parle de stock en économie. Donc si on parvient à donner une valeur au patrimoine existant – par exemple la capacité de la forêt à capter du CO2 – les outils de mesure qui seront demain utilisés par tout le monde et en particulier les investisseurs permettront d’aller dans le bon sens : celui de l’écologisation.

Donner une valeur à la capacité de la nature à se régénérer, c’est presque se passer de lois et de mesures coercitives. Ce serait génial. Celui ou celle qui inventera un tel mécanisme méritera le Nobel d’économie.

 

Avez-vous identifié des chercheurs qui travaillent actuellement à l’élaboration d’un tel indice ?

 

Ils sont actuellement des dizaines dans le monde à le faire. Impossible, évidemment d’être exhaustif, mais une chose m’a tout de même marqué : les indicateurs auxquels travaillent la plupart de ces chercheurs mélangent économie, écologie et bien-être de la population. Je pense qu’il est difficile, voire impossible, de concilier toutes ces notions à la fois. C’est tellement difficile de mesurer le bonheur et le bien être… Il faut y aller par étapes. Les pouvoirs publics devraient encourager activement la recherche sur cette question.

 

Comment définiriez-vous l’écologisation que vous évoquez ?

 

Quand on parle d’écologie, c’est une notion statique qui nous renvoie au fait que certains sont pour et d’autres contre. Les écologistes d’un côté, les prédateurs classiques de l’autre. Or, si l’on résonne comme cela, rien n’est soluble.

L’exemple de l’élevage est à ce titre parlant. Nous mangeons globalement trop de viande. Et la production de cette viande a aujourd’hui un coût environnemental trop élevé. Pour autant, comment imaginer mettre brutalement au chômage d’un seul coup les centaines de milliers de personnes qui vivent de cette industrie?

Le mot d’écologisation, qui est à rapprocher de celui d’industrialisation, permet de convoquer le temps long. Cette écologisation va nous prendre 10, 20, 30 ans. Mais on va y arriver. Il s’agit de responsabiliser les professionnels de chaque filière avec des objectifs atteignables à un horizon lointain. L’accent doit être mis sur les secteurs de l’industrie, de la chimie, du bâtiment, des transports et de l’agriculture. Il faut réduire la violence de l’antagonisme immédiat et faire émerger des solutions de long terme.

 

Dans leur écrasante majorité, les entreprises ont du mal à penser le temps long. Leur horizon est en général limité à une fourchette s’étalant de trois à cinq ans. Comment dépasser cet obstacle?

 

Cinq ans, ce n’est déjà pas si mal. En particulier si vous avez un plan. C’est pour cette raison que de nombreuses entreprises ont commencé à bouger. C’est notamment vrai dans le secteur de l’énergie.

Cela dit, les entreprises n’ont pas le monopole du court-termisme. Combien d’États, y compris parmi les grandes démocraties, peuvent se targuer d’un plan de transition sur les cinq prochaines année?

 

Le secteur privé est-il en avance par rapport aux puissances publiques sur ces grands enjeux écologiques ?

 

À quelques exceptions près, oui, le monde de l’entreprise est en avance. Prenez notamment n’importe quel segment de l’industrie : tous les acteurs du secteur sont en mouvement sur ces questions, même s’ils se battent parfois via du lobbying pour ralentir certaines législations ou réglementations. Mais globalement, le monde de l’entreprise a compris qu’il doit s’adapter. Et très vite.

 

Comment créer les conditions d’un dialogue de long terme entre le monde de l’entreprise et celui d’une sphère politico-administrative chargée d’édicter des normes?

 

Mais ces discussions existent déjà et elles sont permanentes, même si elles tournent parfois au dialogue de sourds. Mais cette question nous ramène au problème auquel sont confrontés les décideurs politiques : le court-termisme. Ils sont soumis à des sollicitations constantes, dont les trois quarts sont artificielles. C’est ce qui rend la fonction de décideur public si difficile à accomplir aujourd’hui.

La crise actuelle de la démocratie représentative les fragilise encore davantage. Dans ce contexte, ils ont bien souvent du mal à trancher des intérêts contradictoires. L’affaiblissement de la sphère publique est un handicap. Les entreprises n’y sont pas soumises et peuvent avancer de leur côté.

 

Le politique peut-il aujourd’hui se donner les moyens de penser le long terme ?

 

C’est le cœur de la question. Je reprends de mon côté une idée de Robert Lyons remise au goût du jour par Jacques Attali et portée par Nicolas Hulot. Il s’agit d’une chambre des générations futures. Un organisme, qui serait plutôt composée de scientifiques de plusieurs disciplines, capables de penser le long terme.

 

N’est-ce pas le rôle du Conseil économique sociétal et environnemental?

 

Il n’a pas le poids suffisant. Beaucoup de gens honorables y siègent, mais vous savez bien que ça ne marche pas. Ça ne sert à rien.

Non, cette chambre pourrait faire un rapport public annuel sur le modèle de la Cour des comptes.

Ce rapport aurait un impact énorme, car l’opinion publique est aujourd’hui sensibilisée à ces questions. Sauf qu’à la différence de la Cour des comptes, il s’agirait d’examiner les impacts d’une loi ou d’une mesure dans le futur, et non jauger des actions passées.

Il s’agirait de se poser ces deux questions : cette mesure est-elle bonne pour nos enfants? Et les enfants de mes enfants?

Cela permettrait au débat public de s’installer.

 

 

* Novethic est "le média promoteur du modèle économique responsable".

 

Ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine préside aussi l'Institut François-Mitterrand (IFM) depuis 2013. En novembre 2012, il remet au Président Hollande un « rapport sur les conséquences du retour de la France dans l’OTAN, sur la relation transatlantique et sur l’Europe de la défense «. Cette même année il signe un nouvel ouvrage, publié chez Fayard: «Dans la mêlée mondiale».
En 2013 - 2014, il préside la commission qui rédige un rapport sur les perspectives économiques entre l’Afrique et la France.

Il a crée en 2003 son propre cabinet de conseil, tout en travaillant en parallèle pour le cabinet d’avocats Gide Loyrette Naouel ainsi que pour de grandes entreprises
Son dernier ouvrage, paru en 2015 chez Fayard: «la France au défi».


Télécharger
En finir avec le procès en islamophobie
Par Patrick KESSEL, Président du Comité Laïcité République — 15 février 2016 à 17:11

Si le racisme antiarabe doit être combattu, les accusations systématiques d’islamophobie visent en revanche à discréditer l’idée que la laïcité s’applique à tous les cultes, à l’islam comme aux autres.
Tribune Laicité.pdf
Document Adobe Acrobat 434.7 KB

La magistrale leçon inaugurale de Patrick Boucheron au Collège de France

 

 

Le médiéviste a disserté sur le thème « Ce que peut l’histoire », jeudi 17 décembre.

 

Le Monde.fr | 19.12.2015

 


 

L’exercice n’est pas vraiment pour lui. Inaugurant l’année académique 2014-2015 à Bordeaux, Patrick Boucheron confessait d’entrée qu’il « aimerait ne jamais avoir à commencer », épinglant la violence de l’assertion puisque commencer et commander partagent la même racine grecque. Et l’historien de faire sienne la formule du Foucault de L’Ordre du discours , placé devant le même défi inaugurant quarante-cinq ans plus tôt sa propre chaire au Collège de France consacrée à l’Histoire des systèmes de pensée : « Plutôt que de prendre la parole, j’aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible ».

 

 

Le médiéviste a pareillement choisi l’intitulé de la chaire qu’il inaugurait jeudi 17 décembre à l’amphithéâtre Marguerite de Navarre : « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe-XVIe siècle ». Mais avant de livrer les grandes options de ce qui sera son enseignement, Patrick Boucheron a revisité l’exercice académique voulu par l’institution. Et si c’est sous l’égide d’un philosophe et d’un sociologue, Michel Foucault et Pierre Bourdieu, que l’historien se place d’entrée, et cela s’entend pour qui veut percer la symbolique des formes culturelles de la domination, il a tenu à reprendre ces discours programmatiques qui, depuis 1530, font l’identité de ce Collège des savoirs rêvé par François Ier et Guillaume Budé.

 

 

Relever le défi de la posture académique

 

 

De Latomus (1534) – le premier dont le propos est conservé – à Michelet (1838) qui « invente » cette Renaissance dont Boucheron ne fait qu’un épisode dans une séquence plus ample, qu’ouvre au XIIe siècle le pari de la réforme grégorienne où l’Église entend confisquer l’autorité et ce début du XVIIe siècle où l’autonomisation de la raison politique ne fait plus guère débat dans les faits sinon dans les cercles du savoir. De Ramus (1551) à Braudel (1950), Patrick Boucheron interroge l’exercice, en décrypte les enjeux, s’en imprègne sans s’y couler vraiment, aussi soucieux de relever le défi de la posture académique que de privilégier un verbe proclamatif qui entend comprendre à quoi sert l’histoire aujourd’hui. Comme pouvaient se le demander les contemporains de Budé et d’Erasme confrontés aux Guerres de religion qui en firent, pour reprendre la formule de Lucien Febvre, citée par Fernand Braudel dans sa propre leçon inaugurale, ces « tristes hommes d’après 1560 ».

 

Verbatim: « Il faut  “étonner la catastrophe” »

 

« Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos. Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d’une conscience — non pas seulement le siège d’une pensée, mais d’une raison pratique, donnant toute latitude d’agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s’y consacrent avec exactitude. Il faut pour cela travailler à s’affaiblir, à se désœuvrer, à rendre inopérante cette mise en péril de la temporalité qui saccage l’expérience et méprise l’enfance. « Étonner la catastrophe », disait Victor Hugo, ou avec Walter Benjamin, se mettre en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture.

 

Voici pourquoi cette histoire n’a, par définition, ni commencement ni fin. Il faut sans se lasser et sans faiblir opposer une fin de non recevoir à tous ceux qui attendent des historiens qu’ils les rassurent sur leurs certitudes, cultivant sagement le petit lopin des continuités. L’accomplissement du rêve des origines est la fin de l’histoire — elle rejoindrait ainsi ce qu’elle était, ou devait être, depuis ces commencements qui n’ont jamais eu lieu nulle part sinon dans le rêve mortifère d’en stopper le cours.

 

Des allégories politiques données à voir dans le palais communal de Sienne, quand rôde le spectre de la tyrannie (1338) aux objets triviaux (ce jeton de 1581 où apparaît la devise latine appelée à s’imposer à Paris, « fluctuat nec mergitur » et qui résonne en chacun au lendemain des attentats du 13 novembre), la sémiotique que propose l’historien dit assez que son « histoire des pouvoirs » se réinvente en marge des compilations académiques. Et c’est la raison pour laquelle l’entrée de Boucheron au Collège de France, alors qu’il a à peine 50 ans, est une formidable promesse.

 

 

Vigilance critique

 

 

Dans sa brève mais si juste présentation de l’oeuvre déjà accomplie par le jeune médiéviste, Roger Chartier salua sa constante attention à la vigilance critique comme garantie d’un civisme exemplaire. La belle ouverture de la leçon qui suivit, évoquant la place de la République transformée par les hommages nombreux et anonymes rendus aux victimes des attentats de novembre, lui donna pleinement raison. Avec une flamme et une rigueur littéraire que l’historien revendique aussi comme une voie d’accès à la vérité.

 

Remerciant du reste Roger Chartier, brillant champion de sa candidature au Collège, pour sa bienveillance (« sans laquelle l’intelligence n’est qu’une vilaine manie ») Boucheron a tenu, comme toujours, à reconnaître ses dettes. Envers Georges Duby ou Pierre Toubert, médiévistes fameux qui l’ont précédé dans le lieu, le byzantiniste Gilbert Dagron, récemment disparu, ou Jacques Le Goff, « maître joyeux » de cette dépériodisation qui lui tient tant à cœur, comme il salue collègues et étudiants qu’il sait entraîner dans des aventures capables de décaper les vernis et d’ouvrir l’horizon sur cette histoire connectée dont, avec Serge Gruzinski et Romain Bertrand, il incarne le dynamisme et la pertinence en livrant une captivante Histoire du Monde au XVe siècle (Fayard, 2009).

 

 

Des chantiers historiographiques majeurs

 

 

Lui qui a si souvent coécrit ou codirigé des chantiers historiographiques majeurs (avec notamment Jacques Chiffoleau, Sylvain Venayre, Vincent Azoulay, Jean-Philippe Genet ou Jacques Dalarun récemment) – « un des plaisirs du métier », précise-t-il, qui permet de déjouer les injonctions administratives en leur préférant cette « politique de l’amitié » – se retrouve seul dans sa nouvelle fonction, enseignant toujours, prêt à aborder d’entrée la part de souvenirs, de fictions et de croyances au coeur des institutions même. Un défi et une transgression des usages qui conviennent résolument à celui qui invoquait le Hugo des Misérables (« tenter, braver, persister ») pour ne pas se résoudre à « un devenir sans surprise, à une histoire où plus rien ne peut survenir à l’horizon » qu’il conjure en homme « exagérément libre ».

 

 

Une année de publications

 

 

Outre la reprise en poche de son formidable Essai sur la force politique des images, à partir des peintures siennoises d’Ambrogio Lorenzetti, Conjurer la peur (Points Histoire, Seuil), l’édition, avec Jacques Dalarun de l’introspection biographique de Georges Duby, Mes égo-histoires (Gallimard), parallèlement à la direction d’un collectif, emmené par les mêmes maîtres d’oeuvre, Georges Duby. Portrait de l’historien en ses archives (Gallimard), Patrick Boucheron a assuré avec Stéphane Gioanni la publication des fruits d’un chantier international transdisciplinaire sur les « usages politiques et sociaux d’une autorité patristique en Italie (Ve-XVIIIe siècle) », La Mémoire d’Ambroise de Milan (Publ. De la Sorbonne) et dialogué avec Mathieu Riboulet sur les événements de janvier 2015 (Prendre dates, Verdier).

 

Depuis l’automne, on peut retrouver son Éloge dantesque de la transmission, prononcé à Bordeaux, puis à Pau en septembre 2014 (Au banquet des savoirs, P.U. de Bordeaux/P.U. de Pau et des Pays de l’Adour, 7 €) et son échange avec le théoricien politique américain Corey Robin, à Sciences Po Lyon en novembre 2014 (L’Exercice de la peur. Usages politiques d’une émotion, P.U. de Lyon, 10 €). Lire surtout sa lumineuse introduction à la Chronique de l’Anonyme romain qui relate la révolte du tribun romain Cola di Rienzo au mitan du XIVe siècle (Anarcharsis, « Famagouste », 320 p., 24 €) et découvrir Un Tyran attirant, le premier chapitre d’un récit à paraître chez Verdier, donné en ouverture de la livraison que la revue Critique consacre à Patrick Boucheron : l’histoire, l’écriture (n°823, décembre 2015, 11,50 €) et qui se clôt sur un entretien mené par Marielle Macé et Vincent Azoulay, interrogeant les adresses de l’historien (« défaire les continuités »).

 

 

 


Entretien avec Marcel Gauchet publié par Monde. 

Nicolas Truong.

 

22 novembre 2015.

 

 

La victoire de François Fillon vous a-t-elle surpris ?

 

Oui. J’avais remarqué, comme tout le monde, que François Fillon s’était nettement imposé lors des débats télévisés entre les candidats de la primaire, mais je ne pensais pas que l’électorat de droite pouvait se montrer aussi stratège. Il est en général plus fixé dans ses choix. Or, là, il a procédé à grande vitesse et au dernier moment, en fonction de cette offre d’un troisième homme qu’il n’avait pas vraiment perçue, à un calcul de réduction des inconvénients des deux grands favoris : Sarkozy, trop clivant, Juppé, trop consensuel.

 

Nicolas Sarkozy offrait à la gauche une fenêtre inespérée, en raison du capital d’hostilité qu’il a accumulé. Alain Juppé offrait au Front national un boulevard de premier tour par son irénisme élitaire sur les sujets brûlants pour l’électorat populaire.

 

Entre ces deux écueils, François Fillon est apparu comme celui qui était le mieux à même de faire barrage à Marine Le Pen dès le premier tour, tout en donnant un visage plus digne et plus rassurant à la rupture libérale attendue depuis si longtemps par le noyau actif de l’électorat de droite. Mais je reste étonné que la cristallisation de cette perception se soit effectuée si vite.

 

Considérez-vous que François Fillon est un réactionnaire, comme le disent ses adversaires ?

 

Il faudrait s’entendre une fois pour toutes sur la signification de ce terme de « réactionnaire », devenu grotesque à force de mésusage. Ce n’est plus que l’anathème des gens qui s’estiment du côté du bien face à ceux qui pourraient troubler leur digestion. Dans le cas de François Fillon, il ne veut manifestement rien dire.

 

En François Fillon, la droite française retrouve le sillon gaulliste, dans une version actualisée, avec son mélange de modernisme et d’ancrage traditionnel. L’ère néolibérale, depuis les années 1980, avait disqualifié la synthèse gaulliste, tant sous son aspect dirigiste en économie que sous son aspect autoritaire dans la vie sociale. L’essoufflement, si ce n’est la crise de la vision néolibérale, redonne sa chance à la recherche d’une nouvelle combinaison entre modernisme économique et conservatisme politique.

 

Les recettes libérales ont remplacé l’économie administrée et l’individualisation a définitivement éliminé un certain style de commandement, mais elle n’a pas fait disparaître le besoin de sécurité, elle l’a renforcé au contraire. C’est cette nouvelle variante du conservatisme libéral qui me semble assurer le franc succès de François Fillon.

 

Mais François Fillon est-il fidèle au gaullisme, qui fut aussi social et étatiste ?

 

Le gaullisme n’est pas une doctrine, mais une inspiration. On pourrait la définir : un pragmatisme au service du patriotisme, dans sa double dimension de priorité de l’intérêt national et d’autorité de l’Etat qui en est l’instrument.

 

Les temps ont beaucoup changé depuis la mort du général de Gaulle, en 1970. Le pragmatisme commande de s’adapter à cette nouvelle donne. On prend l’économie telle qu’elle est. Mais ce qui est frappant dans le discours de Fillon, c’est la subordination de la technique économique à un dessein politique. C’est le « redressement du pays » qui commande de s’en remettre aux recettes libérales.

 

D’où le volontarisme avec lequel leur application est envisagée. Sur le plan diplomatique, cela se traduit par le retour à la realpolitik des intérêts nationaux, contre l’idéalisme des interventions au nom des droits de l’homme. En somme, sur le plan de la politique étrangère, François Fillon est un Hubert Védrine de droite. La continuité dans l’inspiration gaullienne au milieu de la différence des situations me semble assez nette.

 

Pourquoi est-ce cette droite – notamment portée par La Manif pour tous et les essais sur le déclin français – qui est victorieuse intellectuellement et politiquement aujourd’hui ? Est-elle devenue hégémonique ?

 

Sur le fond, la victoire idéologique de la droite vient de loin. Elle remonte à plus de trente ans. Elle se résume dans la déroute et l’abandon des solutions collectivistes : les privatisations à la place des nationalisations. La gauche a dû se résigner à adopter la vision libérale du fonctionnement de l’économie.

 

Mais la victoire idéologique ne donne pas ipso facto les clefs du pouvoir politique. Battue idéologiquement, la gauche a très bien résisté politiquement. Elle a trouvé une place dans le cadre libéral en se faisant la championne des droits individuels et de leur traduction sous forme de droits sociaux. Aujourd’hui, elle est rattrapée par l’épuisement de ce cadre, qui affecte aussi bien la droite libérale classique. La montée des fameux « populismes » en est le symptôme massif.

 

La force de la proposition de François Fillon est de s’écarter de ce cadre conventionnel en remettant le politique au centre, en même temps qu’en faisant appel à un traditionalisme modéré en matière de vision de la société. Mais l’équilibre de cette combinaison est fort loin d’être trouvé. Souvenons-nous de l’épisode gaulliste, justement : dans sa version d’alors, la combinaison de modernisme économique et de traditionalisme social avait fini par craquer.

 

Je ne crois absolument pas à la vocation hégémonique de cette synthèse. Elle est fragile intérieurement et vulnérable extérieurement. Elle peut tout au plus bénéficier d’un avantage relatif et momentané dans la mesure où elle est en phase avec une conjoncture de la société française.

 

Pourquoi le discours sur le religieux a-t-il envahi la politique aujourd’hui ?

 

La réponse n’est pas difficile : à cause de l’islam et des divisions sur l’attitude à adopter à son égard. Vient s’y ajouter maintenant un contrecoup identitaire catholique qui n’était pas non plus très difficile à prévoir. Dans la foulée, les pro-islam à gauche sont trop contents d’avoir un autre « intégrisme » à dénoncer. Mais n’exagérons pas les proportions du phénomène.

 

Quels sont les ressorts de ce renouveau du conservatisme ou de ce populisme nationaliste à l’œuvre aujourd’hui ?

 

Fondamentalement, le conservatisme nouvelle manière qui est en train de se chercher un peu partout procède de la frustration proprement politique que suscite le règne néolibéral, dans ses deux visages, de droite et de gauche. Tout à sa préoccupation de l’efficacité économique, à droite, et des droits individuels, à gauche, il laisse sans réponse des questions que la globalisation et ses effets de diverses natures rendent de plus en plus pressantes, en particulier dans les milieux populaires.

 

La fracture qui se creuse entre ceux qui tirent profit de l’ouverture sur le monde et ceux pour lesquels elle signifie ou chômage ou appauvrissement et environnement social dégradé ranime l’aspiration à la cohésion nationale. Les bénéfices de la concurrence sont une chose, les nécessités de la protection, à tous les niveaux, militaire, policière ou sociale, en sont une autre. Loin de se dissoudre dans le bain global, le besoin d’appartenance en sort exacerbé.

 

La gouvernance ne remplace pas le gouvernement. La société de marché éloigne de l’impératif primordial de se gouverner. La dépossession démocratique que provoque la soumission à des normes ou à des mécanismes définis de l’extérieur réveille la nostalgie de la souveraineté. Croire que les individus en réseau vont se substituer au collectif, c’est une vue de l’esprit.

 

Et il faudrait encore parler, parmi bien d’autres choses, de la profonde insécurité qu’engendre la liberté personnelle quand on n’a pas vraiment les moyens de l’assumer. C’est l’ensemble de ces facteurs qui se conjuguent dans la formation de cette nébuleuse conservatrice qui est loin d’avoir trouvé ses contours. La notion confuse de « populisme » en rend très mal compte.

 

Emmanuel Macron dit que la véritable opposition est celle entre progressistes et conservateurs. Partagez-vous cette analyse ?

 

Nous avons connu, au XIXe siècle, le « parti de l’ordre » et le « parti du mouvement ». Ce genre d’oppositions sont commodes, pas entièrement fausses, mais d’un simplisme qui les rend inopérantes, au-delà du slogan électoral. Dans l’analyse d’Emmanuel Macron, il y a des conservateurs à gauche comme il y en a à droite, il y a des progressistes à droite comme il y en a à gauche. Donc le clivage classique entre les deux camps est dépassé.

 

Sauf que les « conservateurs » en question ne se soucient pas de conserver les mêmes choses à droite et à gauche et que ce n’est pas du même progrès qu’il est question à droite et à gauche, même s’il existe des zones de recouvrement. La défense des « acquis sociaux » n’a pas grand-chose à voir avec la défense de la famille traditionnelle et la levée des entraves à la concurrence n’est pas forcément le premier souci de ceux qui visent à approfondir la participation démocratique.

 

Ce qui rend la situation actuelle si compliquée, c’est qu’il y a des conservations, ou plutôt même des sauvetages, qui ressemblent à des progrès et, en revanche, dans l’autre sens, de supposés progrès qui relèvent manifestement d’un « bougisme » stérile, quand il n’est pas toxique. Emmanuel Macron devra affiner son analyse s’il veut être pris au sérieux.

 

Puisque, selon vous, la cohésion idéologique est plus forte à gauche, malgré les dissensions aiguës en son sein, la gauche aurait-elle encore une chance de l’emporter en 2017 ?

 

Mais on ne gagne pas une élection seulement avec de la cohésion idéologique, surtout quand celle-ci n’est pas comprise par des acteurs qui se déchirent à qui mieux mieux ! Il y faut des personnalités capables de susciter l’adhésion, un langage qui paraît en prise sur les problèmes qui tracassent les citoyens et des perspectives d’action convaincantes. Or, la gauche, en son état actuel, n’a rien de tout cela sous la main. Elle est divisée, sans candidat fédérateur et sans projet de société mobilisateur. Ses chances sont très faibles ; ses plus chauds partisans ne l’ignorent d’ailleurs pas.

 

Avec le règne néolibéral, « la droite est amenée à se gauchiser et la gauche à se droitiser », écrivez-vous dans Le Débat. Avec le reflux de son idéologie – même Christine Lagarde propose aujourd’hui de se tourner vers l’économie sociale –, les deux camps peuvent-ils sortir du confusionnisme ?

 

Le genre de transition qui se dessine demande du temps. La clarification n’est pas pour demain. Il y a lieu de craindre que la gauche, après sa probable défaite, ne s’en remette au confort d’une opposition radicale, en pariant sur l’échec du camp d’en face, plutôt que de se pencher sur les incertitudes de sa doctrine.

 

Quant à François Fillon, s’il l’emporte, il aura à gérer une alliance des contraires. Imposer le libéralisme est par nature une tâche difficile, puisqu’il est foncièrement hostile au volontarisme. Prendre le risque d’affaiblir l’Etat quand on compte sur son autorité n’est pas chose simple. Il lui faudra beaucoup de talent et de chance pour parvenir à envelopper ces tensions dans l’intérêt supérieur du pays. Pour lui, les difficultés commencent. Ce qui est relativement rassurant, c’est qu’il en a l’air conscient.

 

 


Marcel Gauchet est philosophe et historien, responsable de la rédaction du Débat dans lequel il publie « Droite et gauche en redéfinition », n° 192, novembre-décembre 2016, Marcel Gauchet analyse les ressorts du vote « stratégique » de l’électorat de droite pour François Fillon et les ressorts du renouveau du conservatisme. Auteur de Comprendre le malheur français (Stock,


LA CROIX

 

François-Michel Lambert: «Sortir d’une société de dépendance et de gaspillage»

 

 

Recueilli par Séverin Husson

 

16-02-2015

 

Le député François-Michel Lambert préside l’Institut de l’économie circulaire. Il estime que la construction d’une économie construite autour de l’impératif de préservation et d’optimisation des ressources est un incontournable.

 

La Croix: Qu’est-ce que l’économie circulaire?

 

François-Michel Lambert: Tel qu’il tourne actuellement, notre système de production ne fonctionne pas car, sur terre, les ressources en eau, en énergie, en matières premières sont limitées. Nous sommes donc appelés à repenser ce modèle, en sortant d’une société de dépendance et de gaspillage pour entrer dans une économie construite autour de l’impératif de préservation et d’optimisation des ressources.

 

Ce n’est donc pas simplement du recyclage?

 

F.-M. L.: Non, le recyclage, c’est l’un des maillons de l’économie circulaire, disons le minimum à réaliser. En triant et en recyclant, on limite les dégâts mais on ne change pas le système qui, lui, continue à polluer. Il est donc préférable d’embrasser une approche plus globale consistant à limiter la masse de déchets produits. Par exemple en allongeant la durée de vie des objets, en les réparant, en les réutilisant ou en réemployant certains de leurs composants. On peut aller encore plus loin en intensifiant leur utilisation : au lieu d’acheter une voiture pour la faire rouler quelques heures par jour, mieux vaut payer pour utiliser un véhicule quand on en a besoin, puis le partager avec d’autres. C’est le principe de l’autopartage, dans lequel chaque voiture remplace quatre à six véhicules individuels.

 

Pourquoi y a-t-il urgence à s’engager dans cette voie?

 

F.-M. L.: Parce que nous sommes dans un monde fini. Dans les années à venir, certaines matières premières comme le zinc, le cuivre ou le phosphate vont s’épuiser. Or, aucune autre planète ne va venir se garer à côté pour nous servir de stock. C’est donc un incontournable.

 

N’est-ce pas, avant tout, une affaire de morale?

 

F.-M. L.: Il ne faut juger personne, ne pas décider ce qui est bien ou mal. À la notion de morale, je préfère celle de responsabilité, de sentiment d’appartenance à une même communauté humaine. Chacun doit prendre conscience que nous faisons partie d’un ensemble plus vaste et que chaque geste compte. Cette économie est aussi là pour nous inciter à recréer des liens. Notre modèle social a lui-même été mis à mal par la société du jetable : ces habitudes sont passées aux hommes, que l’on jette aussi.

 

Y a-t-il un modèle économique viable, sans aides publiques?

 

F.-M. L.: Oui dans certains secteurs, et non dans d’autres. Recycler est rentable pour tous les matériaux qui ont besoin de beaucoup d’énergie pour être produits : le verre et l’aluminium, par exemple. Ça l’est aussi quand il y a des ruptures de modèle économique. Le cas d’Autolib’ est connu. Mais Michelin, par exemple, s’est aussi engagé dans cette démarche. Avant, ils produisaient et vendaient des pneus pour poids lourds. Maintenant, ils les « louent » aux transporteurs routiers, au kilomètre parcouru. Ça change tout car ainsi Michelin reste propriétaire des pneus et peut les récupérer à la fin de leur durée d’utilisation pour les régénérer. C’est très intéressant à l’heure où une pénurie de l’hévéa menace. En plus, pour rendre l’opération intéressante, Michelin a fait en sorte d’augmenter leur durée d’utilisation : elle est passée de 300 000 kilomètres parcourus à un million.

 

Que faut-il faire pour aller plus vite?

 

F.-M. L.: Il existe trois grandes barrières à l’entrée. La fiscalité, qui ne favorise pas plus la préservation des ressources que le gaspillage. Ainsi, vous payez la même TVA sur des pièces de seconde main que sur des neuves, alors que la TVA a déjà été payée une fois lors du premier achat, qu’il y a un coût supplémentaire pour rénover les pièces et certifier qu’elles sont en bon état… Deuxièmement, il faut assouplir la réglementation, le statut du déchet, qui est extrêmement contraignant, notamment en ce qui concerne la traçabilité. Enfin, il y a une question de comportement, de rapport à la propriété. Partager une voiture ou choisir un téléphone mobile d’occasion n’est pas entré dans les mœurs. Il nous faut donc prendre l’habitude non seulement de ne plus jeter, mais aussi de ne plus toujours posséder. L’économie circulaire impose de passer d’une économie de la possession à une société de l’usage.

 

Pourquoi n’est-ce pas un simple effet de mode?

 

F.-M. L.: Le gouvernement a décidé d’inclure l’économie circulaire dans sa loi de transition énergétique ; la Ville de Paris vient d’annoncer qu’elle voulait devenir une référence mondiale en la matière ; un nombre croissant de pays s’engage dans cette voie : la Chine, le Japon, la Corée, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni, les Pays-Bas… C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’un effet de mode.

 

Quelle est la place des entreprises sociales?

 

F.-M. L.: Elles ont compris très tôt que les déchets étaient une formidable ressource délaissée par les autres. Qu’ils constituaient un moyen de créer de l’activité, des emplois pour ceux qui en sont éloignés, à condition de se montrer patient et ne pas attendre de taux de rentabilité à deux chiffres. Mais elles ne sont plus seules: d’autres types d’acteurs commencent à s’y intéresser, à tel point qu’on ne parle plus de déchets mais de « mines urbaines ».

 

L’arrivée de ces nouvelles entreprises risque-t-elle de fragiliser les acteurs historiques?

 

F.-M. L.: Dans une mine, on ne peut pas être trop nombreux à creuser. Il faut donc veiller à ce que ceux qui disposent des moyens financiers les plus importants ne détournent pas l’ensemble à leur profit. Maintenir une pluralité d’acteurs est essentiel.

 

Parmi les membres de l’Institut de l’économie circulaire que vous présidez, on trouve aussi bien Veolia que Le Relais, EDF que le Réseau des ressourceries. Le dialogue entre ces structures est-il facile?

 

F.-M. L.: Le dialogue existe mais les approches sont différentes. Les entreprises sociales sont dans des démarches de petits pas, tandis que d’autres misent sur des retours sur investissements rapides et ont besoin de capter de grands flux. Le pouvoir politique doit aider chacun à prendre sa place, avec des leviers fiscaux, peut-être des quotas. Sinon, comme dans le monde minier, seuls quelques groupes subsisteront et la dynamique collective d’amélioration continue sera brisée.

 

-------------

 

LES ENTREPRISES SOCIALES, AU SERVICE DE L’INTERET GENERAL

 

Définition: Les entreprises sociales se définissent d’abord par leur activité, économiquement pérenne, qui doit servir l’intérêt général. Selon le Mouvement des entrepreneurs sociaux, ce modèle d’entreprise repose sur quatre piliers : un projet économique viable, une finalité sociale et/ou environnementale, une lucrativité limitée, une gouvernance participative.

 

Des secteurs d’activité variés: 
L’activité des entreprises sociales répond à des besoins sociaux mal couverts par l’État et le secteur privé. Elles interviennent dans les secteurs de la réinsertion de personnes éloignées de l’emploi (Mozaïk RH, le réseau Cocagne), dans l’accès aux soins (Groupe SOS, La Sauvegarde du Nord), la dépendance (Siel bleu), le logement (Solidarités nouvelles pour le logement), le commerce équitable (Éthiquable)… Beaucoup d’entre elles sont également présentes dans la construction d’une économie circulaire, à travers les questions de recyclage, de réemploi, d’accès aux biens et services à un coût attractif (Enercoop, Vitamine T, Juratri…).

 

Un compartiment de l’économie sociale et solidaire: 
La loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire (ESS) du 31 juillet 2014 reconnaît les entreprises sociales comme partie intégrante de l’économie sociale et solidaire. Mais cette famille est beaucoup plus large puisqu’elle intègre, outre les entreprises sociales, des structures qui se définissent par leur statut : les coopératives, associations, mutuelles et fondations.
Et ce quel que soit leur domaine d’activité.
Le défi du changement d’échelle:
Il n’existe pas de chiffre précis sur le nombre d’entreprises sociales, ni sur les emplois qu’elles comptent. Si quelques-unes occupent plusieurs milliers de salariés, la plupart rencontrent des difficultés à se développer, notamment parce qu’elles manquent de capitaux. La loi Hamon ambitionne de leur faciliter l’accès à de nouveaux financements.

 

Recueilli par Séverin Husson

 

François Michel Lambert est membre du Conseil des membres du PRé

 


Le sociologue allemand Ulrich Beck est mort

 

Le Monde.fr |

 Le sociologue allemand Ulrich Beck.

 

Le sociologue allemand Ulrich Beck, à qui l'on doit notamment le concept de la « société du risque », est décédé le 1er janvier d'un infarctus, à l'âge de 70 ans. Né le 15 mai 1944 à Stolp, aujourd'hui Słupsk en Pologne, Ulrich Beck a grandi à Hanovre, mais a fait ses études supérieures à Munich, où il a étudié la sociologie, la psychologie et les sciences politiques.

L'année même de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986, il publie son ouvrage majeur : La Société du risque (Aubier, 2001), qui connaîtra un succès mondial, mais ne sera traduit en français que quinze ans plus tard.

Pour lui, « la production sociale des richesses » est désormais inséparable de « la production sociale de risques ». L'ancienne politique de distribution des « biens » de la société industrielle doit donc être relayée par une politique de distribution des « maux » engendrés par cette société.

 

Comme le note le sociologue belge Frédéric Vandenberghe dans une Introduction à la sociologie cosmopolitique du risque d'Ulrich Beck, « confrontée aux conséquences de la politique d'industrialisation, la société industrielle devient “réflexive”, ce qui veut dire qu'elle devient un thème et un problème pour elle-même ». Une théorie qui a eu un impact important sur le mouvement écologiste allemand, qui a pris son essor dans les années 1980 et a été notamment influencé par la « seconde modernité » décrite par Ulrich Beck.

Lorsqu'Angela Merkel a annoncé en mars 2011, après la catastrophe de Fukushima, vouloir renoncer au nucléaire civil à l'horizon 2022, Ulrich Beck avait accepté de faire partie de la commission éthique chargée de réfléchir à la faisabilité d'un tel projet pour l'Allemagne.

 

« NON À L'EUROPE ALLEMANDE »

 

Ses réflexions sur le risque ont amené Ulrich Beck à remettre très tôt en question les Etats-nations, une notion qu'il qualifiait de « catégorie-zombie ». Il était en faveur d'un Parlement mondial, tout en soulignant les risques que cette mondialisation entraînait pour l'individu, de moins en moins protégé par des structures collectives et de plus en plus dépendant d'une réussite individuelle reposant notamment sur l'éducation et le savoir.

Pour Ulrich Beck, la construction européenne était une étape importante vers la voie de la mondialisation maîtrisée qu'il appelait de ses vœux. En 2010, avec notamment les députés européens Daniel Cohn-Bendit et Sylvie Goulard et l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, il faisait partie du groupe Spinelli, qui plaidait pour une Europe fédérale.

Avec le philosophe Jürgen Habermas, dont il était proche, Ulrich Beck était l'un des intellectuels allemands les plus engagés ces dernières années dans le combat européen. Les titres de deux de ses derniers ouvrages, Pour un empire européen et Non à l'Europe allemande, en témoignent.

Ulrich Beck aimait mettre en avant les cours qu'il avait donnés à la London School of Economics et à la Maison des sciences de l'homme à Paris. Ne détestant pas la polémique, Ulrich Beck s'en était violemment pris ces dernières années à Angela Merkel, fustigeant l'attentisme de la chancelière. Il avait créé le néologisme Merkiavel, qui allait faire florès dans toute l'Europe.

 

Lire : Penser la société du risque global, par Ulrich Beck

 

N.B PRé  / www.college-etudesmondiales.org : Ulrich Beck reste une des grands ressources intellectuelles du PRé.

Il était professeur de sociologie à l'Université de Munich et « British Journal of Sociology Centennial Professor » à la London School of Economics depuis 1997. Plusieurs universités européennes lui ont décerné des doctorats d’honneur et son œuvre, traduite dans plus de trente langues, a reçu de nombreux prix. Il publie régulièrement des essais dans les principaux journaux européens et dirige les revues « Soziale Welt » et « Edition Zweite Moderne ». Il a fondé le centre de recherche « Reflexive Modernisation » à l’université de Munich.

Auteur d'ouvrages majeurs, Ulrich Beck s'attache à comprendre les mutations de nos sociétés à l'heure de la mondialisation, en développant une sociologie du risque et la notion de cosmopolitisme.

Dans son livre pionnier La Société du risque (1986), le risque et sa répartition dans nos sociétés contemporaines devient un enjeu majeur qui dépasse même en importance la question de la répartition des richesses. Le risque ne se résume plus au danger ou à la menace, il sert à mesurer l’action, et notamment l’action politique. Ce véritable changement social est en lien avec le développement industriel et technologique.  Prenant l'exemple de l'industrie nucléaire, il critique « les acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité - l'État, la science et l'industrie - » dans la mesure où « ils exhortent la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour ». Selon lui, les choix doivent s’effectuer entre des « solutions également dangereuses », mais « dont les risques sont qualitativement trop différents pour être aisément comparés. » Or, précisément, les « gouvernements adoptent (...) une stratégie de simplification délibérée » en présentant « chaque décision particulière comme un choix entre une solution sûre et une solution risquée tout en minimisant les incertitudes de l'énergie nucléaire. » Selon Ulrich Beck, les dangers n’ont pas augmenté mais il y a une baisse de la tolérance au risque qui augmente la demande d'assurance.

Par la suite, Ulrich Beck combine ce premier modèle avec la notion de cosmopolitisme qui est pour lui une manière de promouvoir une forme de mondialisation basée sur la reconnaissance et la coexistence des différences plutôt que l’unification. Il l’applique d’abord à la construction politique européenne dans son livre Pour un empire européen (Flammarion, 2007), co-écrit avec son condisciple Edgar Grande.

Puis, dans son dernier livre, World at Risk (Polity Press, 2008), Ulrich Beck propose une analyse des trois grands risques contemporains : les changements climatiques, le terrorisme et les crises financières. Dans ce contexte d’inégalité globale et de vulnérabilité locale, le cosmopolitisme n’est plus seulement une notion politique. Il devient une méthode de travail et d’analyse qui doit permettre de dépasser un nationalisme méthodologique inadapté à ces risques globaux.