LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES
Membre du mouvement de résistance Agir, arrêté en 1944 sur dénonciation par la Gestapo, le poète Robert Desnos est incarcéré à Compiègne, puis à Buchenwald, où il restera plus d’un an. Au printemps de 1945, devant la poussée des armées alliées, les S.S. reculent, déplaçant leurs déportés d’un camp à l’autre. La dernière étape sera Terezine, en Tchécoslovaquie. Le 3 mai 1945, les S.S. s’enfuient à l’arrivée des troupes soviétiques. Trop tard pour le réveil au monde pour Desnos : le 8 juin, Desnos meurt du typhus.
Notre ami Timothy Adès nous offre aujourd'hui ce poignant poème extrait de son livre bilingue Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant, une somme magistrale (517 pages, Arc publications, 2017) consacré à celui « parlant surréaliste à volonté » (Breton), qui écrit en 1942 : « En définitive, ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète ».

Avec Robert DESNOS (4 juillet 1900, Paris - 8 juin 1945, Camp de Theresienstadt), plusieurs fois sont une bonne coutume, ce poème écrit entre 1930 et 1932, extrait du recueil posthume Destinée arbitraire (1975), dans sa deuxième partie intitulée Les nuits blanches.
Bon dimanche du 10 mai !
T.A
LITTÉRATURE
Je voudrais aujourd’hui écrire de beaux vers
Ainsi que j’en lisais quand j’étais à l’école
Ça me mettait parfois les rêves à l’envers
Il est possible aussi que je sois un peu folle
Mais compter tous ces mots accoupler ces syllabes
Me paraît un travail fastidieux de fourmi
J’y perdrais mon latin mon chinois mon arabe
Et même le sommeil mon serviable ami
J’écrirai donc comme je parle et puis tant pis
Si quelque grammairien surgi de sa pénombre
Voulait me condamner avec hargne et dépit
Il est une autre science où je puis le confondre.
LITERATURE
I’d like to pen the finest verse to-day
The sort of thing I used to read at school
It sometimes turn my dreams the other way
Call me a soppy thing perhaps a fool
But joining syllables in twos and threes
Word-counts the micning labour of an ant
I’d lose my latin arabic chinese
Even my sleep my valued confidant
In fact I’ll write the way I speak so there
If any lurking jumped-up pedant scouted
My work with spiteful sneers I’d bring to bear
Another science and he’d soon be routed.
Copyright © Timothy Adès
(Traduction in Robert Desnos, surrealist, lover, resistant par Timothy Adès. Arc Publications www.arcpublications.co.uk )
Timothy Adès est un poète traducteur britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Robert Desnos, Jean Cassou, Guillaume Apollinaire, Georges Pérec, Gérard de Nerval, Louise Labé, également de Federico García Lorca, Alberto Arvelo Torrealba, Alfonso Reyes, de Bertold Brecht, Hermann Hesse, Heinrich Heine et d'Angelos Sikelianos.
Il a réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e. "Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les "Chantefables" et les "Rrose Sélavy" de Robert Desnos en anglais.
Membre de la Royal Society of Literature, administrateur de la revue "Agenda Poetry" (fondée en 1959 par Ezra Pound et William Cookson) et membre de son comité de rédaction, Timothy Adès est très engagé en faveur de la transition écologique & énergétique.
Lauréat entre autres des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.
Derniers ouvrages parus : "Ringelnatz the Rhymer " , édition bilingue allemand-anglais (The High Window, 4 août 2024; " Morgenstern's Magic", édition bilingue allemand/anglais des poèmes de Christian Morgenstern (1871-1914) (The High Window, 4 février 2024; "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019), édition bilingue espagnol/anglais; "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant" (Arc Publications, 2017), édition bilingue français/anglais, 527 pages, les poèmes de Desnos avec les versions de Timothy Adès.
Timothy Adès est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique "Tutti Frutti " (chroniques et rendez-vous culturels, poétiques, éco-gastrosophiques, pour « cueillir le jour » au sens du fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Publiés généralement le week-end).





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