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SAINT-POL ROUX, "le magnifique", Par Stéphanie Mesnier-Angeli, écrivain

Portrait de Saint-Pol Roux
Portrait de Saint-Pol Roux

« Le magnifique jour où la poésie m’apparut dans sa plénitude, mon enthousiasme fut projeté d’un reflux de siècles fanés en un flux de siècles épanouis, sans que j’eusse pour cela cessé de chevaucher le présent, point d’intersection de ces siècles différents », écrit Saint-Pol-Roux.

Paul-Pierre Roux, "le magnifique", est un poète total. Pour cet admirateur de Verlaine, d'Hugo et de Mallarmé, les vers ne décrivent pas : ils proclament, ils élèvent.

À 37 ans, Saint-Pol quitte Paris pour la Bretagne. Il s'installe dans une chaumière, à Roscanvel. « On baigne ses pieds nus dans une mer menue dont la chair bleue se voit sous le frileux aller des voiles... On vit ici tel que dans un missel, avec au visage une gifle de sel ». De jour en jour, il s'enracine dans cette terre et subit le mystérieux influx tellurique qui, dit-il, « colonise le corps et l’âme ». Entre ciel et mer nait Divine, sa fille, en 1897. Et la Bretagne, « terre cosmique » à la fois païenne et chrétienne », lui inspire ses plus beaux poèmes.

En 1904, il s'installe dans le manoir de Boultous, qu'il appelle Cœcilian, du nom de son fils aîné, et il fait graver dans la pierre : « Ici, j’ai découvert la Vérité du Monde". Mais la guerre de 14 éclate. Son fils est tué, à Verdun, et sa femme n'y survit pas. Première tragédie. Puis, en 1918, l'église de Saint-Gervais, où il assiste à un office avec Divine, est bombardée, ensevelissant la moitié des fidèles. Il est témoin de l'atroce « pêlemêle indicible de mains, de torses et de visages, saignant entre des blocs de pierre ».

 

Entre les deux guerres, Saint-Pol-Roux mène une vie tranquille, écrit beaucoup, accueille l'été ses amis. Il reçoit la Légion d’honneur demandée pour lui par Apollinaire dès 1910, André Breton lui dédie Clair de terre, son recueil de poèmes, et le peintre beige Rodolphe Strebelle fait de lui un portrait marin, dans un climat d’équinoxe. Lui, sillonne la Bretagne, le chapeau à la main, et vit au manoir avec Divine et une servante, dans un climat de légendes.

 

Survient la Deuxième Guerre mondiale, et le manoir va devenir le théâtre d'un drame shakespearien. Au soir du 23 juin 1940, un soldat allemand frappe à la porte du manoir et exige de visiter la maison afin de s'assurer, dit-il, qu'on n'y cache pas des soldats anglais. Armé de deux révolvers et d'un poignard, il intimide Rose, la servante, et accompagné de Sant-Pol et de Divine, fouille la maison de la cave au grenier. Soudain, il se jette sur Divine, décharge l'un de ses révolvers sur son père qui veut s'interposer, tue la servante d'une balle en pleine bouche. Il charge la jeune fille sur son épaule et l’emmène au salon où il la viole.

Le chien de la maison hurle et parvient à faire fuir le soldat.

Lardée de coups de couteau, Divine se traîne hors du manoir jusqu'à la lande, où on la retrouvera, baignant dans son sang. Quant à Saint-Pol, malgré six balles dans le corps, à gagner la route pour demander du secours.

 

Un nouveau coup du sort le frappe, en octobre, lorsque le manoir est de nouveau visité, pillé, et que les manuscrits du poète sont déchirés ou brûlés, anéantissant trente années de travail. Par pureté professionnelle, Saint-Pol avait sans cesse différé la publication de ces œuvres pour les améliorer, si bien qu'il ne reste rien.

 

Il en meurt, le 18 octobre 1940, à Brest.

Lorsqu'il fut conduit au cimetière, le cortège observa un arrêt devant la tombe encore fraîche de la servante, Rose. Quant au manoir, il fut occupé durant 4 ans par les Allemands, bombardé en aout 1944 par les avions alliés, et complètement incendié. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines prodigieuses.

C'est peu de dire que cette tragédie marqua les esprits. Vercors dédia à Saint-Pol-Roux Le Silence de la mer. Il fit de lui la figure tutélaire de la Résistance intellectuelle, même involontaire, et le symbole de la barbarie nazie. « Quand la violence triomphe, ce sont d'abord les poètes qu'elle assassine ».

Parmi de nombreux autres, Robert Desnos, Roger Vitrac et Michel Leiris lui rendirent des hommages vibrants. Louis Aragon le nomma « l’Homme-Rayon », et Jacques Baron, « l’Homme Libre, le prince de l’Esprit pur ». Paul Eluard écrivit pour le Magnifique de fort belles pages. Mais c'est peut-être André Breton qui perpétua le mieux le génie de ce mage du verbe, qu'il choisit pour père spirituel. Car Saint-Pol demeurera pour lui un contemporain absolu, actif dans l'invisible. « Saint-Pol-Roux, le plus grand poète vivant », même après sa mort.

- Saint-Pol-Roux, 1861-1940

- Dédicace de Saint-Pol-Roux des "Reposoirs de la procession" (Mercure de France, 1893) à son aîné Stéphane Mallarmé (1842-1898)

- Saint-Pol-Roux et sa fille Divine

- Idem

- Le manoir du poète, à Camaret

- Ruines du manoir de Cœcilian à Camaret, tout près de Crozon, propriété de Saint-Pol-Roux.

- Saint-Pol-Roux devant chez lui


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Un amoureux de Saint-Pol-Roux (lundi, 12 janvier 2026 13:13)

    Des dizaines (vraiment des dizaines) d'erreurs dans ce texte. Pour une "journaliste", c'est pas top !
    Une au hasard : pouvez-vous donner la source des coups de couteaux dont le corps de Divine est "lardée" ? Merci.