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LES PREMIERS AEROPLANES, par Émile Verhaeren / Timothy Adès


LE POST POETIQUE DOMINICAL DE TIMOTHY ADES

 

Timothy Adès nous propose pour notre rubrique Tutti Frutti du week-end un nouveau poème d'Émile VERHAEREN.

Qu'il soit ici remercié pour ses voeux, sa contribution au PRé et ses rendez-vous poétiques hebdomadaires qui nous permettent de retrouver certains poètes français ou de langue française, voire de nous les réapproprier, parfois même de les découvrir.

Mais la performance n'est pas là, elle est dans ce travail remarquable que Timothy nous livre avec sa version anglaise qui ravit les sympathisants britanniques francophiles du PRé, et forcent notre admiration en tant que Français. C'est qu'il ne s'agit pas uniquement ici de traduction (littérale), mais d'un vrai "travail" poétique qui n'est pas aisé. Certaines de ses versions anglaises peuvent nous paraître parfois ardues, mais c'est souvent que la version originale en français ne se laisse pas forcément domestiquer. Même pour ceux d'entre-nous qui pratiquons les deux langues !

Qu'il soit également remercié pour le souffle que ses posts poétiques nous procurent, ce souffle qui vient parfois à nous manquer en ces temps de contraintes et d'incertitudes.

C'est un plaisir que nous savons partagé. Même si parfois il sollicite la réciproque, un peu de travail de notre part sic !

Nous pourrions même ajouter que les posts de Timothy ont à voir souvent avec un acte "politique".

C'est en tous les cas un vrai luxe, un bienfait essentiel en cette période de pandémie et de déréliction sociale. Qui nous permet de surcroît de maintenir le lien avec  nos amis d'Outre-Manche qui restent attachés à l'idée d'Europe.

N'hésitez pas à manifester sur cette page votre contentement, vos interrogations, votre sentiment à la lecture de ces poèmes et de leur version anglaise, à exprimer le cas échéant vos commentaires et à échanger avec Timothy qui en sera ravi.

Mille mercis Timothy !


 

   Au secours, chers amis lecteurs de la page du PRé !

Les avions polluent ; ils sont de grands émetteurs qui surchauffent la planète ; nous devons les utiliser beaucoup moins, ainsi que les voitures ; mais tout au contraire, nous leur versons de la sympathie et de l’argent. IL es urgent que nous changions d’avis et de pratiques sur les questions de mobilités ! Il est invraisemblable que rien ne soit encore enclenché pour reconvertir une partie des personnels des compagnies d'aviation et des aéroports, dans les emplois verts, à la faveur de la nécessaire transition écologique et énergétique dont les enjeux sont énormes et qui représent un vivier d'emplois nouveaux, plein de valeur et de bénéfices divers et variés.

 

https://www.greenpeace.fr/revolutionnons-les-transports/

 

 Le poème qui suit du Belge Émile Verhaeren (1855-1916), déjà évoqué en ce début d'année, cet  " Européen devant la guerre " qui entreprend d'encourager la conscription à travers une tournée de conférences en Angleterre, est extrait du recueil Les Ailes rouges de la Guerre (édité en 1916). Il évoque les avions de guerre tels qu’ils étaient en 1914 : tout petits, mais menaçants.

Nous avons vécu avec l’énorme bénédiction de l’aviation : mais ce n’est plus le cas.

 


 

Les premiers aéroplanes

 

Les roses de l’été — couleur, parfum et miel —
Peuplent l’air diaphane;
Mais la guerre parsème effrayamment le ciel
De grands aéroplanes.

 


Ils s’envolent si haut qu’on ne les entend pas
Vrombir dans la lumière
Et que l’ombre qu’ils allongent de haut en bas
S’arrête avant la terre.

 


L’aile courbe et rigide et le châssis tendu,
Ils vont, passent et rôdent,
Et promènent partout le danger suspendu
De leur brusque maraude.

 


Ceux des villes les regardant virer et fuir
Ne distinguent pas même
Sur leur avant d’acier ou sur leur flanc de cuir
Leur marque ou leur emblème.

 


On crie, — et nul ne sait quelle âme habite en eux,
Ni vers quel but de guerre
Leur vol tout à la fois sinistre et lumineux
Dirige son mystère.

 


Ils s’éloignent soudain dans la pleine clarté,
Dieu sait par quelle voie,
En emportant l’affre et la peur de la cité
Pour butin et pour proie.

 

 

The First Aeroplanes

 

Honey, colours, aromas of roses of summer:
Bright breeze’s refrains.
But war sows the sky with the fearsome yammer
Of great aeroplanes.

 


They fly up so high and they thrum in the light
Yet we hear no sound
And their shadow stretching down from a height
Never reaches the ground.

 


With chassis outstretched, with curved rigid wing
They circle and prowl,
And wherever they go they hang threatening
With their evil patrol.

 


City people watching them scamper and wheel
Cannot even descry
On their leather flank or their nose of steel
An identity.

 


Though we shout, no-one knows who is riding unseen,
Or to what warlike ends
The luminous flight of the hellish machine
Inscrutably tends.

 


And all at once in broad daylight they’ve fled,
God knows by which way,
Making off with the city’s terror and dread,
Their booty, their prey.

 

Translation: Copyright © Timothy Adès


Published in Agenda 2014.

 

 

 


Émile Verhaeren en redingote rouge, 1907, par Georges Tribout (1884-1962) (Coll. Musée Émile Verhaeren, Sint-Amands, Belgique)

Portrait de Verhaeren par Paul Charles Delaroche, 1911-1913

Médaille représentant Verhaeren par Angelo Hecq, 1932

Les Ailes rouges de la Guerre, recueil de poèmes d'Émile Verhaeren dans lequel figure le poème "Premiers aéroplanes" (Paris, Mercure de France, 1916, 252 p.); source  :  Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z BARRES-27043.


Timothy Adès est un poète traducteur-britannique, spécialiste de la versification, des rimes et des mètres, en français, espagnol, allemand et grec. Fin connaisseur, entre autres, de Victor Hugo, Louise Labé, Robert Desnos, Jean Cassou, Georges Pérec, Alberto Arvelo Torrealba, du poète vénézuélien des Plaines, du mexicain Alfonso Reyes, de Bertold Brecht et de Sikelian.

Il a aussi réécrit les Sonnets de Shakespeare en évitant la lettre e et a écrit une longue poésie n’utilisant aucune voyelle, sauf le e.

"Ambassadeur" de la culture et de la littérature française, il est le premier à avoir traduit les Chantefables de Robert Desnos en anglais. Lauréat des Prix John Dryden et TLS Premio Valle-Inclán.

Timothy Ades est membre du conseil scientifique du PRé, co-animateur de la rubrique Tutti Frutti.

 

Derniers ouvrages parus : "Alfonso Reyes, Miracle of Mexico" (Shearsman Books, 2019). Bilingual Spanish/English, "Robert Desnos, Surrealist, Lover, Resistant "(Arc Publications, 2017) : 527 pages, bilingual text, his poems with my versions.

Timothy Adès | rhyming translator-poet

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