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L'ARBRE-MONDE, par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


     Les sapeurs-pompiers volontaires ne sont pas salariés. Ils perçoivent une indemnité horaire, exonérée d'impôt sur le revenu. Selon l'arrêté ministériel du 29/11/25, un pompier reçoit 8,71€/heure, un caporal 9,35€, un sous-officier 10,55€, et un officier 13,11€.

 

 

 

 

 

 "Les flammes de l'enfer", titre la Dordogne Libre, résumant le sentiment général. Les pompiers font face à "un ogre" (L'Indépendant) qui a dévoré 50.000 hectares en Gironde et jeté sur les routes 250.000 personnes : "La plus grande évacuation en temps de paix depuis la Seconde Guerre mondiale", note CNN. L'incendie est aux portes de Bordeaux, mais l'évacuation de la 6e ville du pays n'est pas à l'ordre du jour, ce qui est discuté par la presse régionale du coin.

"Une saison en enfer", annonce Le Figaro. À la Gironde qui se consume, il faut ajouter les Landes, la Haute-Corse, le Var… Et, si l'on porte plus loin le regard, l'Espagne, le Canada, la Chine… À Madrid, deux des trois mégafeux qui ravagent l'ouest de la capitale viennent de fusionner, rendant le feu "incontrôlable" (France Info).

 

   Canicules et sécheresse intense constituent bien sûr un terrain favorable aux incendies, mais deux remarques reviennent en boucle ce matin :

1)Le rappel que 90% des départs de feu sont d'origine humaine : imprudence, inconséquence, acte criminel. L'incendie qui ravage le bassin d'Arcachon a été déclenché mercredi par les ouvriers d'un sous-traitant d'Enedis débroussaillant une parcelle en plein soleil, sous une ligne électrique. Ils ont essayé de l'éteindre, "sans succès"… Jets de mégots et barbecues peuvent avoir des conséquences tout aussi désastreuses, et Jean-Charles Giroud, ancien garde-forestier et amoureux de la forêt, juge sévèrement les promeneurs négligents dans Le Figaro.

"Fais pas ci, fais pas ça…" L'Opinion s'agace contre les "injonctions infantilisantes" que le gouvernement nous serine. Comme si les Français n'étaient pas des adultes conscients des risques ! À "la fiction de la protection absolue" par un État qui nous prend pour des demeurés, le quotidien libéral préfère la responsabilité (et des amendes lourdes). Respecter la nature, protéger les plages et les forêts, ne pas laisser de déchets derrière soi, relève du comportement de chacun. Adopter de bonnes pratiques, respectueuses de notre environnement, est-ce si difficile ?

2)Malgré le travail remarquable des pompiers, la France ne dispose plus des moyens nécessaires pour faire face aux incendies, et "les leçons des catastrophes de 2022 n'ont pas été tirées" (Le Figaro). Passons sur le manque de camions ou de Canadair, la presse relève d'autres aberrations : le Code forestier (L. 131-10) impose le débroussaillement, mais le Code de l'environnement (L. 411-1 et L. 411-2) le limite au nom des espèces protégées (Le Monde). Créer une réserve d'eau coûte plus en études et en recours administratifs qu'en travaux (La Tribune). Les bords de route ne sont pas systématiquement fauchés et entretenus (Ouest France). Dans les forêts, les "pare-feux" (bandes où la végétation combustible est réduite ou supprimée) sont insuffisants, tout comme les pistes pour laisser circuler les véhicules (Le Monde). Faut-il laisser les forêts border des zones d'habitation ? (Le Point).

Enfin, le Service d'incendie de la Gironde (SDISS 33) dénonce une autre absurdité : Bruxelles a imposé sur les véhicules un système antipollution utilisant de l'AdBlue, qui réduit les émissions d'oxydes d'azote. Mais lors des longues interventions, les réservoirs se vident plus rapidement. Les camions doivent quitter le front des incendies pour aller faire le plein plus souvent. Nos voisins européens ont accordé des dérogations aux véhicules de secours. Pas la France (Actu Bordeaux).

 

   Aussi vaillants soient-ils, les pompiers sont débordés. Les habitants défendent leurs maisons avec l'énergie du désespoir, à l'aide de tuyaux d'arrosage, de balais et de pelles… Et les agriculteurs ont été les premiers à se porter au secours des pompiers, "arrivant de différentes régions en convois spectaculaires de citernes pouvant contenir jusqu'à 20.000 litres, l'équivalent de trois camions de pompiers" (Le Figaro) .

Ces aides, parfois non coordonnées et qui, devant l'urgence, font fi des autorisations administratives, n'ont pas eu l'heur de plaire à la préfète de Gironde. Peu importe : malgré les engueulades des autorités, les habitants tentent d'instaurer des pare-feux, débroussaillent, déversent de l'eau pour ralentir le feu… Qui pourrait leur en vouloir de ne pas rester les bras croisés ?

La solidarité s'organise : repas, ravitaillement, accueil des évacués… Le spectacle est bien différent du côté des politiques. Marine Tondelier (Verts) a aussitôt accusé "l'incompétence et l'inconséquence des macronistes en matière d'écologie". Tout comme Mélenchon, qui polémique sur l'envoi de l'A400M et appelle les "Insoumis.es à aider la Sécurité civile"… Mais la palme de l'indécence revient sans conteste à Jean-François Coulomme, un député LFI qui a accusé "les bourgeois du Cap-Ferret" forcément des "riches", qui ne paient pas assez d'impôts.

 

   Une 4e canicule frappera la France, dès demain. Le mois de juillet s'apprête à surpasser celui de juin en termes d'anomalie thermique (Météo France). Les sols demeurent extrêmement secs, et l'indice hydrique s'approche de celui du désert dans certaines régions, telle la Bourgogne (France Info). Des pans entiers de forêts agonisent. À Paris, les feuilles mortes s'accumulent comme pour un automne précoce. Le réseau d'eau non potable, hérité des travaux du baron Haussmann, qui sert notamment à nettoyer les rues et à arroser, aurait pu les soulager. Mais victime de mauvais entretien, il fuit de tous côtés. Au point que la Mairie recourt parfois à l'eau potable pour nettoyer les caniveaux (Médiapart).

 

   En Bref : Le dernier Conseil des ministres de la saison a été annulé, remplacé par une réunion de crise sur les incendies – Les odeurs de fumée des incendies en Gironde et dans les Landes se font sentir jusqu'à Toulouse (La Dépêche) – Edouard Philippe est le premier candidat à la présidentielle visé par une campagne de désinformation attribuée à un réseau prorusse, avec de fausses infos sur sa santé (TF1) – Stéphane Bern a été élu président de l'association "Suivez la Flèche", chargée de piloter la reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France. Le maire de Saint-Denis, l'Insoumis Bagayoko, qui estimait que cette présidence lui revenait de droit, a quitté la salle avant le vote (Le Figaro) – À Ivry, un piéton a été percuté par le rétroviseur d'un bus de la RATP dont le chauffeur roulait sans permis et sous stupéfiants (Le Parisien) – Trump suspend ses bombardements en Iran, "par crainte de manquer de missiles" (CNN) – La justice ordonne la destruction de quatre réserves d'eau en Charente-Maritime (Info) – Abdul B., 21 ans, islamiste radical, citoyen allemand d'origine libanaise connu des services allemands, a foncé dans la foule lors de la Gay pride de Berlin, causant un mort et 29 blessés. Au terme d'une "chasse à l'homme", Abdul B. a été abattu par la police (AFP) – En Suisse, à Davos, un hôtel a "désinfecté sa piscine" après le passage "d'invités juifs". La mère de famille est entrée dans l'eau avec "un maillot de bain pudique", ce que la direction de l'hôtel appelle "vêtements ordinaires". La facture de la désinfection a été envoyée à la famille (Times of Israël)

Hommage à la Belle, Marie-Paule.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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