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VIVEMENT CE WEEK-END, par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


« Le politicien devient un homme d'État quand il pense à la prochaine génération plutôt qu'à la prochaine élection » – Winston Churchill

 

     Manifestations dans plusieurs villes, cadres militaires qui démissionnent, hauts gradés qui rompent leur devoir de réserve, journalistes vent debout, parlementaires frondeurs… En limogeant Mykhaïlo Fedorov, son très populaire ministre de la Défense, Volodymyr Zelensky a déclenché une "crise politique toxique" (Le Parisien).

Qui est Mykhaïlo Fedorov ? Très proche de Zelensky, dont il pilota la stratégie numérique lors de la campagne présidentielle de 2019, il fut d'abord nommé ministre de la Transformation numérique. À ce poste, il modernisa profondément l'administration ukrainienne grâce au numérique. Dès l'invasion russe de février 2022, il comprend que la guerre est en train de changer de nature. Il lance les premiers grands programmes nationaux de drones, favorise les start-up de défense, simplifie les procédures administratives et accélère l'innovation. Sous son impulsion, l'Ukraine devient le laboratoire mondial de la guerre technologique. Le Financial Times l'a même décrit comme « l'architecte de la révolution ukrainienne des drones », celle qui a permis à Kiev de compenser, en partie, son infériorité démographique et industrielle face à la Russie.

Nommé ministre de la Défense en janvier 2026, Fedorov entreprend de réformer son ministère en profondeur. Pour vaincre la Russie, dit-il, il faut faciliter les prises de décision, développer les missiles à longue portée qui vont cibler les raffineries russes, intensifier la production de drones. Il rend les marchés publics d'armements beaucoup plus transparents, et participe aux discussions pour convaincre Musk et Starlink de couper l'accès du réseau aux forces russes. Mais très vite, il se heurte au commandant en chef, Oleksandr Syrsky, héros de la défense de Kiev en 2022, attaché à un fonctionnement plus "traditionnel" de l'institution militaire.

Les désaccords portent sur la conduite de la guerre, la réforme des achats d'armes, la lutte contre la corruption, ou encore la mobilisation. À la levée de nouvelles troupes, Fedorov préfère l'utilisation des drones et un "nouveau pacte social" avec la population. Selon plusieurs médias, il aurait finalement demandé à Zelensky de remplacer Syrsky. Mais le président a choisi de conserver son chef militaire et d'écarter son jeune ministre réformateur.

Cette décision provoque une onde de choc. Plusieurs officiers supérieurs, parmi lesquels le général Mykhaïlo Drapaty, soutiennent publiquement celui qu'ils considèrent comme "le ministre le plus efficace du gouvernement", tandis que la presse internationale qualifie le choix de Zelensky de "grave erreur". Le Wall Street Journal, le Washington Post, Le Figaro, La Stampa, The Economist ou encore Reuters expriment leur même incompréhension, tant Fedorov était identifié aux succès récents de l'Ukraine. Beaucoup y voient l'affrontement de deux visions stratégiques : celle de Fedorov, fondée sur la technologie, la rapidité d'exécution et la décentralisation, contre une approche plus classique incarnée par Syrsky et une partie du haut commandement.

Au moment où Kiev engrange de bons résultats sur le front, le départ de Fedorov risque de ne pas être sans conséquences sur la conduite de la guerre. Et elle donne le sentiment qu'au terme d'un bras de fer entre un réformateur et l'appareil militaire, c'est le vieux système qui l'a emporté…

 

   Marco Rubio, le secrétaire d'État de Donald Trump, a annoncé dans le WSJ l'intention des États-Unis de démanteler la Cour pénale internationale (CPI, basée à La Haye), dont ils n'ont jamais ratifié l'acte fondateur. Il accuse la CPI de "mener une guerre contre les Américains, non avec des balles ou des missiles, mais avec des statuts, des traités, et la force du soi-disant droit international". Il qualifie les onze magistrats qui la composent de "bureaucrates mondialistes qui s'affranchissent de tout contrôle". En plus de sanctions contre ces juges, Washington a révoqué leurs visas et mène campagne auprès d'autres pays pour qu'ils se retirent du traité. Trump a personnellement appelé Xi Jinping pour l'inciter à suivre son exemple (WSJ).

 

   En Bref : Gérard Larcher a pointé son nez sur le tournage de Emily in Paris, hier, dans les jardins du Sénat (Jardins du Luxembourg) – Selon un sondage Odoxa/Le Figaro, les sympathisants Renaissance préféreraient que Sébastien Lecornu se présente à la présidentielle, plutôt que Gabriel Attal ou Edouard Philippe – Elon Musk, l'homme le plus riche du monde et qui a 240,9 millions d’abonnés sur X a apporté son soutien à Marine Le Pen, "dernier espoir de la France", ce qui n'a pas du tout plu au RN : "On ne lui a rien demandé, il va nous attirer le mistigri" (Politico) – Si Édouard Philippe et Marine Le Pen comptent mettre leur campagne sur "pause", cet été, Gabriel Attal a la bougeotte et a prévu deux déplacements par semaine. Darmanin, lui, "réfléchit à ce qu’il va faire au sortir de l’été" et se dit "très occupé par les suites de l'affaire Lyhanna" (LCP) – À gauche, on discute toujours primaire/pas primaire. Hollande et Cazeneuve n'en veulent pas. Hollande attend de voir si Glucksmann décolle ou pas dans les sondages, et Cazeneuve a envoyé une "Lettre aux Français". Ou plutôt, un colissimo de 86 pages… – À Berlin, le président algérien Tebboune a refusé de s'exprimer sur Christophe Gleizes – Il faudra qu'on parle de cette étrange proposition de loi contre "les ingérences intérieures", mais je ne tiens pas à vous accabler davantage avant le week-end !

À 88 ans, Anthony Hopkins sort un album de ses compositions classiques originales. Il n'y a pas d'âge pour accomplir ses rêves.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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