La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
« On rencontre beaucoup d'imbéciles dans la vie (…) Il n'y a rien de pire que l'amertume et la vengeance. Reste toujours digne et fidèle à toi-même » – Marjane Satrapi
La gendarmerie a trouvé un corps dans le Gers. Des examens sont en cours pour confirmer qu'il s'agit bien de la jeune Lyhanna, 11 ans, disparue depuis une semaine.
Jerôme B., le principal suspect, avait déjà fait l’objet de deux plaintes pour viol sur mineurs et deux autres signalements pour des faits remontant à 2017. Et en août 2025, une mère avait porté plainte pour le viol répété de sa fille, Rosa, 10 ans. Des lésions anales et vaginales avaient été constatées sur la fillette, ainsi que d'autres séquelles post-traumatiques.
Seulement voilà, rien ne s'est passé et Jérôme B. a été laissé libre de récidiver. En matière de violences sexuelles sur mineurs, comme pour pas mal d'autres choses, le dysfonctionnement est devenu la norme.
Déposée en 2020, la première plainte avait été abandonnée, "faute de preuves". Un classique : près de 3/4 des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs font l’objet d’un classement sans suite (France Info).
La deuxième plainte, en août 2025, était "en cours d'examen". En dépit des éléments, accablants, le suspect n’a même pas été entendu. C'est un autre grand classique : en France, le nombre de plaintes pour violences sexuelles a plus que doublé en 10 ans, et l’instruction pour un viol prend environ 18 mois (min. Justice).
Résultat : Jérôme B., laissé en liberté, jamais inquiété, a continué de violer.
"Que dire ?" se désole Le Parisien qui met la photo de la collégienne, souriante et confiante, à la Une. "Que répondre aux parents de Lyhanna ? Que dire à ceux de Shaïna, qui avait porté plainte, victime d'un viol collectif, avant d'être brûlée vive à 15 ans ? Les morts de Marina, Lola, Céleste, et de tant d'autres auraient pu être évitées".
"Police et justice ont-elles failli ?" (La Dépêche). "Les juges ne sont-ils donc jamais responsables ?" (Europe 1). Une enquête administrative commune à la Justice et à l'Intérieur a été diligentée. Comme pour les crimes commis dans le périscolaire parisien, connus de nos élus depuis 2015, la protection de nos enfants n'est-elle pas une priorité ?
Si la droite pointe "la faillite totale de l'État", la gauche dénonce un "manque de moyens". Le gouvernement se défend, rappelant que le budget de la Justice a été "massivement augmenté" depuis 9 ans (Maud Bregeon). Ce qui est vrai : +50% depuis 2017. Mais l'inflation a absorbé une partie de cette hausse, et l'argent est surtout allé vers "l’administration pénitentiaire, l’immobilier et les revalorisations salariales" (Dalloz Actualité).
La France compte aujourd'hui 8.000 magistrats professionnels en France. Pour rattraper la moyenne européenne, il en faudrait deux fois plus (Le Monde).
Selon Les Échos, le gouvernement va réaliser près de 4Mds€ d'économies en baissant de 1,4% les dépenses ministérielles. Les ministères les plus touchés : la Culture (-4,9% d'autorisations d'engagement vs budget initial), l'Intérieur (-6,2%) et la Justice (-8,6%).
La France n'a plus les moyens de ses ambitions. Dans Le Figaro, le prix Nobel, Philippe Aghion, estime que "la voix de la France est affaiblie par sa situation budgétaire très dégradée (…) Pour retrouver de la crédibilité, il faut nous engager sur une trajectoire où la dépense publique croît moins vite que la richesse produite". Un beau débat pour la présidentielle. Mais les candidats renonceront-ils à la promesse du "on rase gratis" ?
Le Figaro, qui consacre sa Une à Vladimir Poutine, "fragilisé par la guerre en Ukraine". L'ogre russe patauge dans le sang et la boue. "L'armée russe perd 35.000 hommes chaque mois sur le front" et le Kremlin peine désormais à recruter. Les drones de Kiev s'enhardissent jusque dans l'Oural. Certains militaires russes parlent tout bas de "défaite"…
Poutine réagit en serrant les boulons. Il a donné tous les pouvoirs à la Direction chargée des opérations politiques du FSB, chargée du "contrôle de la société", et notamment de traquer tous ceux qui critiquent la guerre. "La Russie s'enfonce dans l'absolutisme, un stalinisme 3.0".
L'opposant Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé 10 ans dans les geôles du régime poutinien, estime qu'il "ne pourra y avoir de vraie paix avec la Russie tant que Poutine sera vivant". Il appelle les Européens à "se préparer", à se "réarmer dans l'urgence" et à "construire un poing dissuasif " (Le Figaro).
Marjane Satrapi, la créatrice franco-iranienne de Persepolis, a été "emportée par la tristesse". Elle s'est éteinte, à 56 ans, un an après le décès de son mari, Mattias Ripa. Car oui, on peut mourir de chagrin. Comment ne pas penser à Hugo von Hofmannsthal, mort brutalement en 1929, terrassé par le deuil alors qu’il s’apprêtait à accompagner au cimetière son fils Franz, suicidé deux jours plus tôt ?
Marjane Satrapi laisse une œuvre riche et singulière, à la fois témoignage historique et réflexion sur l'identité, la liberté, l'exil.
En hommage à Marjane, voici "Barayeh", devenu l’hymne de la révolte iranienne, composé par Shervin Hajipour, et dont elle avait réalisé le clip.
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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