La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
«Le lundi je suis comme Robinson Crusoé, j'attends vendredi » - Pierre Desproges.
C'est une belle victoire. Pour la Hongrie, pour l'Europe, et pour l'Ukraine. Et c'est une claque "douloureuse" pour Orbán et ses soutiens, de Trump et JD Vance à Le Pen et Bardella en passant par Meloni et Netanyahou.
Avec une participation record de 79,5% (niveau le plus élevé depuis la chute du communisme, en 1990), le parti Tisza, du conservateur pro-européen Péter Magyar réunit 54% des voix (138 sièges sur 199), contre 37% pour le parti Fidesz de Viktor Orbán (54 élus). L'extrême droite (MH) obtient 5,9% (7 élus), la gauche et l'extrême gauche sont inexistantes (chiffres Ipsos sur 90% des bulletins dépouillés).
Au pouvoir depuis 16 ans, le national-populiste, très corrompu et très pro-russe Orbán a été balayé. La victoire de Péter Magyar est écrasante, impossible à contester. "La Hongrie a choisi l'Europe !" s'est félicité la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. "La démocratie a triomphé" (Die Zeit), "Une journée historique" (Süddeutsche Zeitung). "Magyar a réussi ce qu’aucun candidat n’était parvenu à faire avant lui", souligne El País.
En effet, le tombeur d'Orbán a mené "une campagne remarquable, quasiment sans accès aux médias", contrôlés par son concurrent. En deux ans, Magyar a construit un mouvement d'opposition et a posé un choix clair : "Nous choisissons entre l'Est et l'Ouest, la propagande ou un débat public honnête, la corruption ou une vie publique intègre", a-t-il dit.
Le Figaro précise que le surcroit de mobilisation lors de cette élection exceptionnelle a concerné surtout les villes moyennes et les jeunes. Hier soir, des scènes de liesse ont eu lieu à Budapest et ailleurs, les affiches anti-Ukraine d'Orbán ont été arrachées, et le soulagement est immense à Kiev.
"Avec une victoire aussi nette, Magyar obtiendra une super majorité au parlement qui lui permettra de modifier la Constitution et de démanteler les piliers essentiels de l’héritage d’Orban, à savoir le contrôle étroit exercé sur la justice, les entreprises publiques et les médias", écrit Politico Europe.
La lourde défaite d'Orbán est un claque pour Trump qui avait mis tout son poids dans la balance, et pour Vance, envoyé en missi dominici en Hongrie, en début de semaine dernière. Le "narratif" promu par Trump et Vance d'une reconquête de leur souveraineté par des Européens brimés par leurs élites était incarné par Orban, grand défenseur de l'identité blanche et chrétienne.
Cette déculottée est aussi un avertissement pour Trump, à quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis : ce qui a provoqué la chute de son ami hongrois est "sa corruption clanique forcenée et son manque d'attention à la hausse de l'inflation" (NY Times). Autre question : avec la chute de la maison Orbán, quel relai, quel cheval de Troie pour Trump et Poutine, dont l'objectif est de déstabiliser l'Union européenne ?
Le Washington Post introduit une nuance avec un portrait du vainqueur, Péter Magyar, "ex-membre du parti d'Orbán, qui en a accompagné sans barguigner la mue illibérale"...
Autre échec pour JD Vance : celui des négociations avec l'Iran, au Pakistan, après 21 heures de pourparlers. "Le seul point qui comptait vraiment, le NUCLÉAIRE, n'a pas été réglé", a déclaré Trump dans un message. Et il a annoncé son intention d'un "BLOCUS" du détroit d'Ormuz, inspiré des mesures prises contre le Venezuela et Cuba. Le but est d'interrompre les exportations du pétrole iranien et de mettre fin au système de péage instauré par Téhéran. Les Iraniens ont déjà commencé à prélever 2M$ par navire traversant le détroit. "L'Iran ne peut être autorisé à tirer profit de cet acte illégal d'extorsion. Ils veulent l'argent, et ils veulent le nucléaire. Le moment venu, nos forces armées achèveront le peu qui reste de l'Iran" (CNN). C'est dit.
"Jean-Luc Mélenchon ne devrait plus tarder à annoncer sa quatrième tentative de briguer l'Élysée" (Politico). Une déclaration est attendue d’ici à l’été dans la "galaxie Insoumise" (La Tribune Dimanche), et, selon Le Parisien, "d’importants déplacements sont prévus d’ici à juillet". Enfin, des fidèles ont été chargés de "réactualiser le programme, L’Avenir en commun". Ça parlera de "Nouvelle France" et de "Nouvelle alliance populaire". Écolos et communistes renâclant à rejoindre le vieux "Merluche", les Insoumis comptent procéder à des "débauchages individuels". Dans leur viseur, Sandrine Rousseau, très critique de la ligne de Marine Tondelier, et Stéphane Peu, "particulièrement courtisé" (La Tribune Dimanche).
Sur France 2, Montebourg a assuré qu'il ne revoterait jamais plus Mélenchon, ce qui lui a valu d'être traité de "zombie" par l'intéressé.
Le reste de la gauche affiche ses divisions, et ce sont de lassantes petites querelles entre Olivier Faure et son rival Boris Vallaud. Ou, du côté des Verts, entre le sénateur Yannick Jadot et la députée Léa Balage El Mariky, l’un anti, l’autre pro-primaire (Politico). La désignation d'un candidat occupe plus ces grands esprits que la recherche des idées et la construction d'un programme.
En bref : Le gouvernement travaille à un projet d'allocation unique, afin que "le travail paie plus que les seules aides" (Le Parisien) - Olivier de Ladoucette, président de la Fondation Recherche Alzheimer, a lancé une loterie caritative en ligne : vous achetez un billet à 100€, et un tirage au sort désignera le gagnant, qui remportera Tête de femme, un tableau de Picasso d'une valeur de 1M€ (Les Échos) - Le renseignement français s'inquiète d'une pénétration de l'islam politique dans les universités, à 2 niveaux : les chercheurs n'osent plus travailler sur l'islam, les récentes élections au Crous ont vu l'émergence de listes proches des Frères musulmans (L'Express) - En Seine Saint-Denis, des parents retirent leurs enfants des écoles pour les scolariser à Paris, dans le privé. Souvent des bobos, tel Benoît, accessoiriste de cinéma, qui "veut le meilleur" pour sa fille (Le Parisien) - Le pape est en Algérie - Mort à 68 ans du photographe de presse Jacques Witt, personnalité aussi discrète que sympathique - Portrait de Jean Luchaire dans Le Figaro, "journaliste de gauche devenu le roi de la collaboration parisienne". Où l'on apprend que Luchaire avait fondé sous l'Occupation un prix littéraire appelé "Nouvelle France".
En voiture avec Miley Cyrus...
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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