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COMME UN VENDREDI DE MARS, par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


« On commence la guerre quand on veut, mais on la finit comme on peut » –Machiavel.

 

     Que dire de la tribune offerte, à heure de grande écoute, par Lea Salamé et le service public à Serguei Lavrov, hier soir ? Parler de "honte" est un peu faible. Sans être interrompu ni corrigé, le ministre de Poutine a pu tranquillement dérouler sa propagande et empoisonner les esprits. Et encore, n'a été diffusée au JT de France 2 qu'une version resserrée de l'interview d'une heure, enregistrée le matin et disponible sur le site de la chaîne. Comme s'il était sur Russia Today, Lavrov a pu ainsi prétendre que la Russie "défend le droit international", parler des "nazis de l'Ukraine", évoquer des "lois anti-russes" qui n'existent pas, nier la responsabilité russe dans les massacres de Boutcha, sans que Salamé lui oppose autre chose que des clignements d'yeux et quelques "ouai, voilà". Ou encore : "Je dois vous dire qu'on n'a jamais entendu parler de ça. Sans doute avez-vous vos informations". Lavrov a ses informations, tandis que Salamé, elle, ne maitrise pas son sujet.

Alors que le Russie mène une guerre hybride contre l'Europe, déporte des enfants ukrainiens, fait du viol une arme, multiplie les crimes et nous menace, autant de complaisance relève au mieux de l'incompétence. Cette interview lamentable montre à quel point le regard des élites françaises sur la guerre en Ukraine demeure naïf et cucul la praline. Ça, c'est pour être gentille...

 

   On parle moins (à tort) de la guerre en Ukraine, et beaucoup de la guerre au Moyen-Orient. Pourtant, dans les deux cas, souligne Le Figaro, "de Kiev à Ormuz, les mêmes camps se font face". D'un côté, Moscou, Pékin et Téhéran, de l'autre, Israël, les États-Unis et les Européens". La Russie apporte son aide à l'Iran en lui fournissant du renseignement et même, selon le Financial Times, des drones. Tandis que Kiev partage son expérience en matière de guerres des milliers drones avec l'Occident et que les Européens se préparent à aller épauler l'Amérique dans le détroit d'Ormuz.

À croire qu'il n'y a que Trump qui ne comprend pas le jeu de ces alliances géopolitiques. "Il ne voit pas que le régime des mollahs en Iran, le Kremlin et la Corée du Nord forment le même tableau" (Le Figaro). Trump continue de ménager Poutine, qui, lui, le roule dans la farine.

Et voilà que, selon le Washington Post, le Pentagone veut "rediriger certaines munitions" destinées à l’Ukraine, et payées par les Européens 750M$, vers la guerre en Iran, où les États-Unis en ont besoin. Reuters précise qu'il s'agit "principalement de missiles d'interceptions aériennes" (armes anti-drones) qui étaient destinées à protéger le ciel d'Ukraine. Le vendeur peut-il décider soudain de garder l'argent ET les armes ?

 

   Hier, Trump s'est longuement exprimé sur la guerre en Iran, affirmant que "les Iraniens le "supplient pour obtenir un accord de cessez-le-feu", qu'il "n'oubliera pas" l'inaction de ses alliés, et que le conflit s'arrêtera "bientôt" parce qu'il a "atteint et même dépassé tous les objectifs". Papa Trump a prévenu les Iraniens qu’ils avaient intérêt à "devenir sérieux rapidement, autrement ça ne sera pas joli". Selon le site d'infos Axios, le Pentagone se prépare à porter un "coup de grâce" à l’Iran, mais les options restent ouvertes : "campagne massive de bombardements" ou "forces au sol", pour débloquer le détroit d’Ormuz ou saisir le pétrole iranien.

 

   Selon le politologue François Kraus, le résultat officiel du RN aux municipales reflète mal une "vague souterraine", en particulier dans les villes de moins de 3.500 habitants, où vit près de 30% de la population. Dans une note pour la Fondation Jean-Jaurès, il précise : "En dessous de 3.500 habitants, le ministère de l’Intérieur n’attribue pas de nuançage politique. Nombre de candidats RN se sont présentés sous le label "sans étiquette" ou "divers" pour maximiser leurs chances. Jordan Bardella revendique 70 communes et 3.000 élus, mais le chiffre réel est supérieur (...). Ce scrutin confirme que la puissance électorale du RN est inversement proportionnelle à la taille des communes : faible au-dessus de 100.000 habitants (hors Nice et Perpignan), spectaculaire entre 30.000 et 50.000, massive et diffuse en dessous de 30.000. C’est la carte d’un parti qui conquiert la France périphérique commune par commune, dans un mouvement souterrain que le prisme médiatique des grandes métropoles rend invisible – mais dont le poids se fera sentir dès les sénatoriales de septembre prochain, puis dans la course aux parrainages pour 2027."

 

   En Bref : Le gouvernement a rappelé à l'ordre Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis : "Toute décision d'écarter un agent municipal pour des motifs politiques serait entachée d'illégalité" - François Bayrou a décidé de ne pas siéger au conseil municipal après sa défaite à Pau - Trump aura sa signature sur les billets de dollars. Une première pour un président américain - Mort à Toulouse de l'écrivain et philosophe Jean-Pierre Faye, à 100 ans. Il remporta le prix Renaudot pour L'Écluse en 1964 et mit en lumière l'antisémitisme de Martin Heidegger - L'Afrique du Sud, d'abord invitée, a été écartée par Macron du G7 prévu en juin à Évian. Paris a finalement fait le choix d'un "sommet resserré". C'est pas très poli... - Un jury californien a condamné Instagram et Youtube à verser 6M$ à une plaignante pour avoir contribué à sa dépression quand elle était ado. Meta et Google font appel - L'État français va aider les "gros rouleurs" à payer leur essence - Xavier Dupont de Ligonnès aurait été vu au Texas, en 2020 - Pâques approche, avec de nombreux tests comparés dans la presse du week-end. Entre cocottes, lapins, œufs et créations totalement barrées, enfin un sujet qui a du goût !

L’historien Yann Bouvier, tente de ne pas s'énerver, mais alerte sur les erreurs des vidéos générées par IA et qui prétendent nous plonger dans le passé :

Une autre façon de se plonger dans l'histoire, avec l'IA et à grand renfort de "plouf".

Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Luc. C (vendredi, 27 mars 2026 23:23)

    C'est le soir que j'aime lire vos revues de presse du jour!

  • #2

    Dominique LEVEQUE (vendredi, 10 avril 2026 10:03)

    Il n'y pas d'heure pour aimer ce que l'on aime !
    Belle journée !
    Bien à vous,