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MUNICIPALES : ETONNANT, NON ? par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


"Le champagne est nécessaire en cas de défaite et indispensable en cas de victoire" – Winston Churchill.
     Les résultats des municipales ressemblent un peu à L'École des fans du défunt Jacques Martin : tout le monde a gagné, ou veut le faire croire. LFI fait carton plein dans les banlieues de Paris et de Lille, le RN s'enracine dans le Sud. Le PS et les Verts limitent les dégâts, mais doivent faire des choix difficiles. Au Havre, le futur candidat à l'élection présidentielle Édouard Philippe se rassure (43,7%) – il est la seule personnalité du bloc central à tirer son épingle du jeu. "Le triomphe du macronisme saute aux yeux !" ironise Le Figaro. "Le président rêvait de dynamiter le paysage partisan, il l'a atomisé". Dit autrement, dans l'Opinion : "La France est éparpillée façon puzzle".
   Seuls 57,6% des 49M de Français inscrits sur les listes électorales se sont déplacés hier. Moins de 6 électeurs sur 10. "C'est médiocre", se désole le président d'Elabe devant "des urnes à moitié vides" (La Croix). "La désaffection et la désillusion de nos compatriotes à l'égard de leurs élus" inquiètent Les Échos qui, comme tout le monde, enregistrent la "nouvelle progression des extrêmes. Après Macron, les Français semblent prêts à renverser la table". Idem pour Libé : "À un an de la présidentielle, la crise démocratique remporte le 1er tour et dépeint le malaise du pays". La "poussée des extrêmes", encore, dans Le Parisien. Le bloc central s'effondre, le RN s'implante localement (Perpignan, Nice, Toulon...). Quant à LFI, "l'antisémitisme n'est plus un frein, il y a une prime à la radicalité" (Roubaix, Lille, Toulouse...)
   Les experts vont bien sûr analyser ces résultats à la loupe. S'ouvre une " intense semaine de tractations" en vue du second tour, où l'attitude du PS et des Verts sera scrutée : fusion, soutien, désistement, ralliement ?... Les Insoumis ont déjà dégainé leur "front antifasciste", le fascisme commençant, selon eux, à Rachida Dati à Paris, ou au candidat de centre-droit à Nantes.
"La stratégie de Mélenchon est un succès", constate Libé qui se réjouit ainsi à la Une : "Haut les gauches". Non seulement LFI obtient de bons scores dans plusieurs villes, mais il met en difficulté le PS et les Verts, qui vont devoir manger leur chapeau. À l'offre de Bompard de "fusionner pour faire barrage aux fascistes", Olivier Faure a répondu, drapé dans sa dignité : "Pas d'accord national". Le chef socialiste ne prendrait-il pas les électeurs pour des truffes ? Pas d'accord national, mais des accords locaux, oui ! "La jurisprudence Faure montre qu'on peut fort bien juger qu'un responsable politique tient des "propos antisémites intolérables", et s'allier avec lui dès le 1er tour", rappelle Le Figaro.
   Amateurs de sensations fortes, tournez-vous vers Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille. Commençons par Paris, que je connais un peu mieux que le reste. À l'heure où l'on beurre les tartines, certains se demandent avec angoisse ce que va faire Pierre-Yves Bournazel. Le candidat Horizons soutenu par Renaissance, arrivé 4e du scrutin avec 11,34% des voix, peut se maintenir au 2d tour. Gonflé comme un pop-corn, il est partagé entre la position de faiseur de rois et l'envie d'aller jusqu'au bout. À l'Élysée, on ne rigole pas : "Il faut une fusion entre les listes de Bournazel et de Dati à Paris. Tout le monde espère que Bournazel fera son devoir", a confié un proche de Macron (Politico). Mais il faudra aussi compter avec Sarah Knafo et ses 10,4%, qui a déjà appelé à "l'union des droites pour battre la gauche"...
Si le socialiste Emmanuel Grégoire (37,9%) bénéficie d’une avance confortable et "se frotte les mains" (France Info), il va devoir, lui, composer avec Sophia Chikirou (LFI) et ses 11,72%. Celle-ci lui a lancé un ultimatum : "Je vais attendre l’appel de Grégoire, et s’il refuse de faire un front antifasciste, je déposerai la liste du Nouveau Paris populaire demain soir", a-t-elle menacé, toutes dents dehors.
   Pas d'accord national, mais des ententes PS/LFI au cas par cas. À Marseille, Sébastien Delogu (LFI, 11,94%) a proposé "la constitution d’un front antifasciste" (décidément...) à Benoît Payan (PS, 36,69%). Lequel a pour l'instant refusé sa bouillabaisse : "Aucune tambouille !". Ce à quoi Delogu a répliqué : "C'est irresponsable". Le candidat RN, Franck Allisio, a obtenu 35,02%. Le suspens concerne donc Martine Vassal (DVD) et ses 12,41% : maintien ou retrait ? Elle pencherait pour le maintien ( 20 Minutes).
En revanche, à Lille et à Lyon, socialistes et écologistes sont ouverts à des accords avec LFI. À Lyon, l'écolo Grégory Doucet (37,36%), talonné par Jean-Michel Aulas (36,78%), accepterait la "fusion technique" proposée par l’Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41%).
   Rien à voir avec les municipales, mais, dans Le Parisien, une belle illustration du génie français en matière de fiscalité : depuis le 1er mars et l’entrée en vigueur d’une taxe de 2 euros sur les petits colis (Temu, Shein, AliExpress), l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle reçoit 50 vols d'avions-cargos en moins par semaine et les immenses dépôts restent silencieux. "Les gens appellent pour savoir quand le travail reprendra". Mais les avions atterrissent désormais en Belgique, au Luxembourg ou aux Pays-Bas, et les colis sont acheminés en France par camions (Le Parisien). Les colis restent et les emplois s'envolent...
   En Bref : À Paris, la réforme du mode de scrutin a été globalement favorable à la gauche (Ipsos) - À Cannes, David Lisnard (DVD) a été réélu avec 81% des voix - Idem à Bézier, où Robert Ménard a été reconduit avec 65,6% - Maire sortant de Narbonne, Bertrand Malquier, lui, maire sortant divers droite, manque l'élection au 1er tour d'un seul bulletin - Paris encore, où le RN Thierry Mariani réalise un score microscopique (1,61%), écrabouillé par Sarah Knafo de Reconquête (aussi pro-russe que lui) - À Roubaix, 46,7% des électeurs ont voté pour David Guiraud, député LFI qui a traité un autre député, juif, de "porc". Que dire ? - Ça s'annonce chaud cacao à Pau pour Bayrou et ses 33,8% (20 points de moins vs 2020), confronté à une triangulaire incertaine - À Nice, Éric Ciotti fait la course en tête et écrase Estrosi de 10 points - France Info et France Télé ont présenté leurs excuses à Éric Ciotti, que Nathalie Saint-Cricq a qualifié à l'antenne de "Benito" en référence à Mussolini - Après Gaza, Cuba. Greta Thunberg soutient Cuba, et l'Insoumise Emma Fourreau embarque sur une nouvelle flottille (toujours zéro soutien à la résistance ukrainienne et aux femmes iraniennes) - N'allez pas croire que la situation s'est calmée au Moyen-Orient : au Liban, des Casques bleus ont été visés par des tirs du Hezbollah, et les Iraniens ont lancé une attaque de drones contre une base italienne au Koweït - La rubrique nécrologique est un peu chargée avec le départ groupé d'Andreas Mavrommatis (chef franco-chypriote aux restaurants bien connus), de Jürgen Habermas (philosophe allemand, théoricien de la discussion et du patriotisme constitutionnel), de Bruno Salomone (acteur et humoriste), et d'Émilien Bouglione (alias "le prince du cirque"). Je n'oublie personne ? Alors attention à la fermeture des portes...
Jessie Ware, une bouffée d'air frais.
 

Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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