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POUR UNE AMBITION ENVIRONNEMENTALE dans les politiques locales de l'habitat, par Dominique Giry, président d'Espacité


Cela semble être une lapalissade,mais intégrer plus massivement la question de l’adaptation au changement climatique dans les politiques locales de l’habitat devient on ne peut plus urgent. Nul ne peut plus ignorer que la menace du dérèglement climatique n’est pas à venir, mais est déjà là, avec l'augmentation des événements météorologiques extrêmes, la fonte des glaciers, la raréfaction des ressources naturelles (eau...), qui aggravent les inégalités en affectant davantage les populations les plus vulnérables. Les impacts en terme de santé publique, le coût humain, les conséquences sociales et migratoires, sans parler du coût économique sont connus. Nombre de nos territoires, en métropole et dans les outremers, sont déjà contraints avec des conséquences sociales et économiques souvent  dramatiques.  Le Plan national d’adaptation au changement climatique prévoit des actions pour s’adapter, et en janvier de cette année, un décret a inscrit la trajectoire de ce plan dans le code de l’environnement.

La dernière enquête électorale française menée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès (réalisée du 27 février au 5 mars 2026) met cependant en évidence la "relégation" des enjeux écologiques derrière la montée des thèmes sécuritaires et le désir de RN dans le pays.
Les élections municipales devraient être l'occasion de relancer la dynamique, d’agir maintenant et de faire de l’adaptation un pilier des politiques de l’habitat. C'est cet enjeu, à la fois technique, social et citoyen, qui exige des solutions concrètes et concertées entre les acteurs de chaque territoire associant les habitants, que veut mettre en exergue Dominique Giry.
Président du Groupe Muvo, entreprise de l’économie sociale et solidaire (ESS) spécialisée dans les domaines de l’habitat et de la ville, "assembleur" de projets urbains, il est convaincu que les collectivités territoriales disposent de capacités pour anticiper ces risques. Egalement que face à chaque défi qui se pose, il existe des solutions et des opérateurs pour accompagner les territoires pour y répondre avec "pragmatisme, inventivité et professionnalisme ". 
Ce n'est ni plus ni moins que la réussite de la territorialisation de la planification écologique qui est en jeu, qui passe par la nécessité de combiner cette ambition avec une très forte relance de la politique d’aménagement du territoire tout en gardant en tête la demande extrêmement forte d’équité sociale et territoriale dans la manière d’agencer les dispositifs et d’en répartir les efforts.

 

      Dans un contexte de remise en cause de plusieurs politiques environnementales au niveau national et européen, et de certaines composantes des politiques locales (mobilité, densité et limitation de l’artificialisation des sols…), porter une ambition environnementale peut sembler risqué à l’occasion de la campagne municipale en cours.

 

Pourtant la campagne des élections municipales des 15 et 22/03/2026 ne peut y échapper car l’actualité récente nous rappelle l’urgence : inondations à répétition, tempêtes, canicules, tensions sur la ressource en eau. Le changement climatique affecte déjà concrètement les territoires et les conditions de vie des habitants, et l’habitat est en première ligne. Agir pour limiter l’impact carbone, préserver la biodiversité, limiter le changement climatique et ses effets, favoriser la qualité de l’air dans nos villes et la qualité de l’eau sur le territoire, est une nécessité pour les politiques publiques, à toutes les échelles, et notamment en matière d’habitat.

 

L’adaptation au changement climatique est une nécessité encore peu prise en compte par les politiques publiques

 

S’il s’agit d’atténuer le changement climatique, il est aussi urgent de s’adapter. Le changement climatique est aujourd’hui une réalité mais, sur ce volet adaptation, les politiques publiques sont encore moins structurées que sur la décarbonation et l’atténuation du changement climatique.

 

2025 montre cependant une réelle prise de conscience des enjeux. La France a adopté la TRACC (Trajectoire d’adaptation au changement climatique), qui pose le principe que les + 4°C vont être atteints d’ici à 2100. Le PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique) prévoit des actions pour s’adapter, compte tenu de cette trajectoire, dans tous les domaines et en particulier sur l’habitat. En janvier 2026, un décret inscrit cette trajectoire dans le Code de l’Environnement. Remarquons aussi la publication de nombreux rapports, ouvrages ou l’organisation colloques consacrés à la question.

 

Pour autant, au-delà de cette prise de conscience, la traduction en politiques publiques reste centrée sur les enjeux techniques, fragmentée et freinée par l’absence de modèles économiques stabilisés. À la veille des municipales de mars 2026, nous voulons porter la conviction qu’il est nécessaire d’intégrer l’adaptation au changement climatique à l’ensemble des politiques sectorielles, et en particulier d’en faire un fil conducteur des politiques locales de l’habitat, dans une approche sociale et citoyenne.

 

Pour des politiques locales de l’habitat intégrant les enjeux d’adaptation au changement climatique

 

Les conséquences physiques du changement climatique sont connues à l’exemple :

- de la surchauffe des logements et des îlots de chaleur qui accroissent les températures intérieures, en particulier dans les logements mal ventilés, mal isolés ou exposés ;

- du retrait-gonflement des argiles renforcé par les sécheresses, qui fragilise les fondations et engendre des désordres structurels, mais aussi des coûts d’entretien et de rénovation potentiellement élevés, notamment dans le pavillonnaire ;

- de la multiplication d’épisodes d’inondations, d’événements extrêmes (vents, orages…), d’incendies ou encore de sécheresses aigües ;

- du recul du trait de côte et de l’accroissement des risques de submersion sur les littoraux ;

- des difficultés renforcées d’accès à l’eau potable.

 

Ces questions sont de plus en plus documentées et des acteurs commencent à s’en emparer, comme les bailleurs sociaux ou l’ANRU qui les porte dans ses programmes d’investissement d’avenir. Des collectivités locales ont également engagé des actions volontaristes.

 

Mais au-delà d’apporter des réponses aux questions physiques posées par le changement climatique, il est essentiel de croiser cette approche avec les enjeux sociaux. Car les vulnérabilités sont encore plus élevées pour les ménages plus pauvres qui subissent des impacts accrus. Leurs logements peuvent être moins bien isolés et ventilés, sur-occupés, leurs conditions de travail peuvent aggraver les difficultés auxquelles ils sont confrontés (travail de nuit nécessitant de dormir le jour en épisode caniculaire, sur les chantiers, sans possibilité de télétravail…). Leur capacité à agir face à ces risques est aussi plus limitée : ils peuvent moins facilement changer de domicile ou effectuer des travaux pour adapter leur logement.

 

Des politiques locales qui embarquent les citoyens et favorisent le vivre-ensemble

 

Il s’agit également d’en faire une question citoyenne et portée dans le débat public local. Il n’est pas facile, en tant que maire ou candidat, d’expliquer aux habitants que leur maison va devenir inhabitable. Ou que leur commune pourrait devenir une île dans une temporalité plus ou moins lointaine comme à Gâvres  (région Bretagne, département du Morbihan). Ou encore que leur maison sera régulièrement inondée dans les années à venir alors qu’ils n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Mais agir en anticipation est difficile à faire entendre. Le logement est au cœur de la vie des personnes. C’est là où ils se sentent « chez eux » et « protégés », où sont leurs réseaux de sociabilité.

 

Pourtant, un discours courageux est nécessaire et doit apparaître comme l’opportunité de chercher collectivement des solutions, de revisiter le vivre-ensemble et les solidarités sur un territoire. Il est possible d’imaginer, avec les habitants, des actions pour adapter les maisons au risque d’inondation à un coût supportable, ou encore d’organiser des modalités pour protéger les plus fragiles lors des canicules, ou des mécanismes d’entraide pour faire ses courses ou se rendre à des rendez-vous médicaux.

 

Anticiper, c’est aussi planifier les logements qui vont disparaître et compenser selon les besoins, prévoir les mobilités résidentielles induites, organiser une gestion économe et responsable de l’eau, incluant la définition de limites de capacités d’accueil, ou encore adapter les logements aux fortes chaleurs en limitant le recours à la climatisation électrique. C’est également mettre en place une véritable culture des risques liés au logement, en formant les habitants.

 

L’élaboration des futurs Programme locaux d'habitat (PLH) sera l’occasion d’en faire un sujet central des politiques de l’habitat

 

Ces quelques pistes d’actions peuvent trouver à nourrir les propositions pour les programmes municipaux et intercommunaux. L’élaboration des futurs Programmes Locaux de l’Habitat sera l’occasion d’en faire un sujet central des politiques de l’habitat, dans une approche large sur les besoins en logement, en nombre et en qualité, en associant les citoyens.

 

Chez Espacité, nous avons la conviction que ce sujet de l’adaptation, très concret pour leurs conditions de vie et leur santé, peut aussi être vecteur de lien social en favorisant les solidarités à l’échelle locale. Et nous formons le vœu que les mandats qui vont démarrer en mars prochain seront ceux de l’action pour l’adaptation au changement climatique, vecteur du mieux vivre-ensemble dans les quartiers, les villes et les villages.

 

Cela ne résout pas la question de la solidarité à l’échelle nationale, notamment des solidarités économiques avec les territoires soumis aux aléas les plus extrêmes. Cela ne résout pas non plus la question économique globale posée par les enjeux d’adaptation, à articuler avec la question assurantielle. Mais faisons le pari que de partir d’actions planifiées, concrètes, construites avec les habitants à l’échelle locale permettra d’avancer aussi à l’échelle nationale !

 

Remerciements à News Tank Cities  qui a également publié cette tribune de Dominique Giry le Changement climatique : fil conducteur des politiques locales de l’habitat porté avec les habitants"


Dominique Giry est PDG d'Espacité, agence conseil pluridisciplinaire spécialiste en matière de politiques de l’habitat et du renouvellement urbain (depuis 1997). Président du Groupe Muvo (depuis 2025), entreprise francilienne de l’économie sociale et solidaire (ESS) spécialisée dans les domaines de l’habitat et de la ville (conseil, exploitant de logements temporaires destinés aux actifs en parcours d’insertion, également foncière et promoteur), et de quelques-unes de ses filiales (Résidétape - logement temporaire et résidences sociales) et Novétape  -hébergement médico‑social et social).

Il préside par ailleurs le Conseil de développement du Val-de-Marne (Codev94 créé en 1994), un groupement associatif d'acteurs et d'élus - dont 3 membres de droit : préfecture, Université Paris Est Créteil et Département - chargé des actions de coordination entre les acteurs économiques et sociaux du département.

Dominique Giry  a été membre du Conseil national des villes et président de l’École spéciale d’architecture.

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