La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
« Deux hommes intelligents d'idées opposées trouveront beaucoup plus de choses à se dire que deux cons du même parti » – Frédéric Dard.
Reléguées par l'actualité brûlante de la guerre en Iran, les élections municipales font un retour dans la presse. Le Figaro consacre une partie de sa Une aux « accords PS-LFI malgré les outrances de Mélenchon » (Briançon, Chartres, Épinal...). L'antisémitisme et les excès du chef des Insoumis sont certes embarrassants, mais comme le répète Emmanuel Grégoire à Paris : « l'adversaire, c'est la droite ». Les socialistes, « humiliés et soumis, vont donc continuer de pactiser avec le diable ».
De son côté, l'Opinion annonce un « grand chamboule-tout » et dévoile « le plan secret de Manuel Bompard pour faire exploser les écologistes avant la présidentielle ». Pariant sur « une grosse claque » pour les Verts aux municipales, il « discute déjà des transferts vers les mélenchonistes de ceux qui auront été débarqués ».
Pour le RN, les municipales sont « un pas de plus vers 2027 ». C'est la 1ère fois que le parti de Marine Le Pen affiche l'ambition de « conquérir des grandes villes », comme Toulon, Nice ou Marseille. Libération offre d'ailleurs sa Une au maire sortant de Marseille, Benoit Payan (PS), qui appelle à « faire barrage » : « Une victoire du RN serait un séisme national ». Mélenchon viendra demain soutenir son ex-chauffeur et candidat à la mairie, Sébastien Delogu. Si celui-ci, crédité de 15%, se maintenait au second tour, Franck Allisio, le candidat RN, aurait toutes les chances d'être élu. Des rumeurs de fusion entre la liste de Payan et celle de Delogu courent la ville, mais selon Politico, « Payan n'est pas très chaud » pour se compromettre avec les Insoumis. Il appelle Delogu à « se retirer », celui-ci répond que « c'est exclu » (Libé).
Avec plus de 600 candidats investis, le RN compte s’implanter dans des petites communes (La Croix). Mais contrairement aux dires de Bardella, le parti ne s'est pas débarrassé de toutes ses brebis galeuses. Le site Les Jours cite le cas de la liste menée par Cristelle Courtin à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loire), dont plusieurs colistiers se répandent en « propos antisémites, racistes, homophobes et pro-russes, conspirationnistes et satanistes ». La 3e de liste, fondatrice des "Femmes avec Zemmour", parle ainsi du patron du Medef : « Est-il le petit-fils d’Hitler, un débile mental, une simple ordure ou un pur corrompu du système… j’hésite.» D'autres ne jurent que par Soral et Dieudonné, assurent que « les nazis sont en Ukraine » et que « l'Europe est une p*te » (Les Jours). Panot n'est pas la seule à avoir du ménage à faire dans ses rangs et dans ses idées...
Le contrôle de l'argent public a de gros trous dans la raquette. L'an dernier, la Mairie de Paris a versé 241M€ à des associations diverses, dont 21M€ ont été distribués en « repas et cadeaux à son personnel ». À Lyon, même méthode, avec 110M€ d'argent public distribué. « La subvention n'est plus un levier, mais un mode de gouvernement », écrit le site d'infos Les Électrons libres. Créer un « écran associatif" permet d'entretenir le clientélisme, mais aussi de « diluer les charges et d'éviter les audits de performance ».
Mieux : à Paris, deux associations loi 1901 reçoivent 2,67M€ pour verser des pensions de retraite à d’anciens conseillers de la Ville. Un montage sophistiqué, car, comme le souligne la Chambre régionale des comptes, ces deux associations n’exercent « aucun rôle effectif dans la distribution des pensions ». Cerise sur le gâteau, ce sont des agents de la Ville qui calculent les montants et établissent eux-mêmes les listes de bénéficiaires ! (Les Électrons libres).
Un premier chiffrage du Pentagone estime à près d'1Md$ par jour le coût de l'intervention américaine en Iran (NY Times). La guerre a des répercussions d'abord en Asie, et la Chine a suspendu ses exportations de pétrole raffiné. Toute l'économie de l'Asie du Sud-Est se trouve fragilisée (La Tribune). Mais la spéculation financière sur les prix de l'énergie a pour résultat d'augmenter les prix de l'essence et du diesel en Europe (Financial Times).
Un 2e front s'ouvre au Liban, avec la probable intervention au sol de l'armée israélienne qui veut en finir avec le Hezbollah (allié de l'Iran). Après avoir fait évacuer le Sud-Liban (8% du territoire libanais), Tsahal appelle les habitants des quartiers sud de Beyrouth à fuir « immédiatement » afin de bombarder les infrastructures de l'organisation terroriste. Selon Reuters, les « troupes d’élite du Hezbollah » se concentrent au Sud-Liban pour y « combattre directement l’armée israélienne ».
Macron a dépêché à Beyrouth le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon (L'Orient-Le Jour). En renfort à l'armée libanaise, la France offre « un soutien logistique et opérationnel » (Reuters).
En Bref : La direction antiterroriste du Rhône a été co-saisie de l'enquête sur le meurtre du jeune militant nationaliste Quentin Deranque par des membres de la Jeune garde. Elle a procédé à deux nouvelles interpellations, et le septième mis en cause lors des premières arrestations (seul à être ressorti libre) a rejoint ses camarades en prison (Le Dauphiné, Le Parisien) - À Lyon, soutenu par le Parti animaliste, Jean-Michel Aulas s'engage à remplacer des animaux du zoo par des hologrammes (BFM) - En Arabie saoudite, 20 chameaux ont été disqualifiés d'un concours de beauté pour avoir abusé d'injections de botox. L'enjeu est de taille, car le 1er prix est de 60M$ (non, ces chameaux botoxés ne sont pas coincés à Dubaï) - Sous la pression du syndicat des libraires, Amazon se retire du festival du Livre de Paris (Le Monde) - Avec les températures très douces pour la saison, les moustiques sont de retour, en particulier les moustiques-tigres - Mort, à 83 ans, de l'écrivain portugais António Lobo Antunes, l'une des grandes voix de la littérature européenne. Celui qui n'a jamais obtenu le Nobel estimait que « la Pléiade, c'est plus important ». L'occasion de relire Le cul de Judas, Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau, « Mon nom est Légion...
"Always on My Mind", une chanson écrite en 10 minutes par Wayne Carson dans sa cuisine, après une dispute après sa femme, immortalisée par Elvis. Version EPIC, pas mieux que l'originale.
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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