La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
Si Trump s'efforce de pimenter l'actu, on ne peut pas dire que les journaux montrent autant d'imagination : « Le Moyen-Orient s'embrase » (Midi Libre), « Le Moyen-Orient s'embrase à nouveau » (La Nouvelle République), « Qui à la tête de l'Iran ? » (L'Est Républicain), « Qui pour assurer la transition ? » (Républicain Lorrain), « La guerre va durer » (Nice-Matin),« Le Moyen-Orient dans le brouillard de la guerre » (Les Échos), « La fin du régime des mollahs » (Le Dauphiné), «Vers la fin du régime des mollahs ? » (Ouest France), « Le jour d'après » (Libé)...
Samedi à l'aube, avec l'appui d'Israël, Donald Trump a déchainé la foudre au Moyen-Orient et décapité le régime islamique au premier jour de la guerre. L'élimination du Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 36 ans, marque un tournant historique, mais il est trop tôt pour dire si l'opération israélo-américaine débouchera sur un changement de régime. Un autre ayatollah, Alireza Arafi, a été nommé Guide suprême par intérim, qui a juré de venger la mort de son prédécesseur et de la cinquantaine de chefs partis rejoindre avec lui les vierges du paradis.
Mais « on ne renverse pas un régime depuis les airs. Il n'y a pas de précédent », ont admis les Israéliens (Le Parisien). Trump en a conscience lui aussi, qui appelle les Iraniens à « prendre le contrôle », ajoutant : « Ce sera probablement votre seule chance pour des générations ». Par le biais de la télé d'État et des applications de prières, brièvement piratées, Netanyahou et Trump se sont invités dans les foyers iraniens, lançant des appels au soulèvement. « Si cela ne se produit pas, au moins aurons-nous face à nous un régime affaibli, avec moins de capacité nucléaire, moins de capacité balistique, et peut-être de nouveaux dirigeants avec une attitude différente », espère un ex-officier israélien (Le Figaro).
Trump a engagé un pari risqué, avec Israël pour seul allié (Le Monde). Les pays arabes ont refusé de participer à l'opération, et l'Europe est restée à l'écart. Seuls les Britanniques ont été avertis et ont participé à des « missions défensives » à partir de Chypre et du Qatar. Face aux communiqués embarrassés des Européens divisés (l'Espagne condamne, la Hongrie soutient, l'Allemagne « refuse de donner des leçons », la France encourage « une solution négociée »), l'entourage de Trump s'agace : « C'est pathétique. L'Europe est tombée bien bas. Nos alliés sont devenus lamentablement mous » (Lindsay Graham, Fox News).
L'Opinion aussi, étrille « la tiédeur épique des Européens », concluant sévèrement : « L'Europe compte pour du beurre sur le dossier iranien, tout comme celui du conflit israélo-palestinien, ou même celui de la guerre en Ukraine où elle est réduite à un rôle de donateur-payeur ».
Les Iraniens ont répliqué en déclenchant le feu contre les bases américaines de la région, les villes israéliennes et les monarchies du Golfe. Après des tirs de missiles et de drones du Hezbollah, l’armée israélienne a répliqué au Liban. Les alliés russes et chinois de Téhéran n'ont pas bougé.
L'armée iranienne a fermé le détroit d'Ormuz, par où transitent 11% du commerce mondial et 20-25% du pétrole, ce qui laisse craindre une hausse du prix du baril.
Trump, qui n'a guère pris le temps d'expliquer aux Américains les motifs de ce nouveau conflit et s'est abstenu de demander l'autorisation du Congrès, a annoncé que cette guerre, qui pourrait faire « de nouveaux morts" (3 soldats ont été tués), allait durer « 4 semaines ». Il a aussi assuré au NY Times avoir trois noms en tête pour diriger l’Iran, avant d’annoncer à ABC que tous les candidats auxquels il pensait étaient morts. Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah, n'est donc pas sur sa liste...
Cette nuit, les bombardements israéliens et américains se sont poursuivi « à grande échelle » contre l'Iran (CNN)
Pour Gilles kepel (Le Figaro), « la mort de Khamenei est une conséquence directe de la guerre déclenchée le 7 Octobre par le Hamas », financé et parrainé par Téhéran. Les massacres commis par les terroristes ont entrainé une « mobilisation de moyens israéliens inouïs, qui aboutirent à la liquidation du Hamas, du Hezbollah, du régime syrien, principaux mandataires (proxies) de l’Iran, ouvrant ainsi la voie à la guerre avec l'Iran et à la mort de Khamenei ».
L'islamologue ajoute : « Il est aussi une autre filiation, moins bien connue, et d’autant plus importante de nos jours, à laquelle la Révolution iranienne donna naissance : l’islamo-gauchisme, aujourd’hui illustré par des personnages aux trajectoires aussi contrastées que Tariq Ramadan ou Jean-Luc Mélenchon. En effet, le mouvement qui renversa le chah en 1979 avait une composante marxiste et anti-impérialiste importante (qui) fascina une partie de l’intelligentsia française post-soixante-huitarde (...) À l’époque, celle-ci s’inscrivit dans ce que l’on nommait le tiers-mondisme, notion aujourd’hui dépassée par le décolonialisme et le wokisme » (Le Figaro).
L'Ukraine a apporté son soutien aux opérations israélo-américaines en Iran. Le ministre des AE, Andriy Sybiha, a ironisé : « Assad, Maduro, et maintenant Khamenei... Poutine a perdu trois de ses plus proches amis en un an. Et il n’a aidé aucun d’entre eux » (Ukrinform). A priori, l’affaiblissement de l’Iran, qui livrait à Moscou ses redoutables drones Shahed, est bénéfique à l’Ukraine. Mais les Russes les produisent désormais eux-mêmes, et en quantité. De plus, un Trump grisé de puissance pourrait se montrer encore plus déterminé à « imposer une paix défavorable à Kiev » (Le Point).
En Bref, chez les fous : Vous pensiez que Mélenchon allait profiter des frappes sur l'Iran pour se faire oublier ? Après Epstein, il a récidivé à Perpignan en ironisant sur la prononciation du nom de Raphaël Glucksmann-Glucksmen. Ce qui lui a valu les applaudissements de Soral, sur X : « Il est de mieux en mieux, Merluche. Il me rappelle Le Pen » – Lequel Soral qui, condamné à 2 ans de prison ferme pour "association de malfaiteurs", s'est enfui en Russie où il mène le combat pour « la libération de la France, totalement sous occupation des suprémacistes sionistes » - Après une instruction de 9 ans, début aujourd'hui du procès de Tariq Ramadan, pour 3 viols. Son avocat compte demander un renvoi - Poutine appelle au « respect du droit international » et dénonce « le meurtre cynique de l'ayatollah Khamenei ». Il s'y connait - Panique chez les influenceurs/influenceuses réfugiés à Dubaï. L'un, Sadek, se lamente : « Je suis parti de France pour fuir les pédophiles et les satanistes et je me retrouve au cœur d'une possible attaque nucléaire ! » Une autre, Maeva Ghennam, amie de Sébastien Delogu, a avoué : « Je suis en panique, je me suis fait dessus. La France, protégez-nous ! »
Teddy Swims vous conseille de repeindre le monde avec vos propres couleurs. Bonne idée.
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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