· 

L'HEURE DU TRI, par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


Hier soir, à Lyon, devant une salle bondée, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours de campagne brutal. En une seule diatribe, il a défendu la Russie de Poutine et montré son antisémitisme : il a insisté pour que l'on prononce Epstein à la façon yiddish, « comme Frankenstein », a-t-il ajouté. La prononciation imposée par les médias, a-t-il dit, vise « à faire plus russe ».

Le 9 février, sur X, l'idéologue d'extrême droite Alain Soral s'est livré au même exercice de prononciation, ajoutant qu'une « mafia juive suprémaciste et raciste doublement délinquante sur le plan financier et sexuel » règnait sur l'Occident. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a saisi le Parquet (Le Figaro).

 

 

Selon Erwan Pépiot, linguiste expert en sociophonétique à Paris 8, l'usage veut que le nom de Epstein soit prononcé comme il l'est aux États-Unis, "Ep-stiin" (Ouest France).

 

   Un scooter filmé à plusieurs reprises près du lieu du meurtre de Quentin « intrigue les enquêteurs, qui soupçonnent des repérages avant l’attaque ». Si tel était le cas, « la qualification pénale pourrait évoluer vers l’assassinat, la préméditation devenant alors un élément central du dossier » (Lyon Mag).

 

   Mélenchon a assumé le tri des journalistes admis à ses conférences de presse en opposant les « nouveaux médias numériques », précaires et sous-rémunérés, aux « médias traditionnels », accusés de « mentir » (La Croix). L'occasion de faire un point sur l'état de la presse. Car réduire le journalisme à une élite de nantis est un contresens sociologique. La précarité est bien présente dans les rédactions historiques (avec d'autres, je peux en témoigner). Certains titres ne tiennent que grâce au travail invisible de « petites mains » exploitées et sous-payées. Derrière l’image d’une presse « bourgeoise et parisienne » se cache un tissu professionnel que Mélenchon invente.

Il est d'autant plus aisé de taper sur la presse que celle-ci perd la confiance du public et peine à se remettre en cause. Selon le Reuters Institute, la confiance dans les informations en France s’établit à 30 %, l’un des niveaux les plus faibles d’Europe. Ce recul s’inscrit dans un contexte de mutations profondes : concentrations des médias entre quelques milliardaires, montée en puissance des influenceurs, des podcasts politiques (l'Opinion consacre sa Une à ce « nouveau confessionnal des politiques »), contenus générés par l’IA, stratégies assumées de « délégitimation de la presse » (Trump, Mélenchon...)

Les moins de 35 ans s’informent massivement via TikTok, YouTube et des messageries privées. Plus largement, « en France, 1/5 de la population s’informe principalement via les réseaux sociaux » (Médiaculture). L’usage croissant de l’IA marginalise celui des moteurs de recherche, le flux vers les sites d’information est en baisse. Google anticipe une baisse de 43% dans les trois prochaines années.

Déjà, certains médias accusent un retard difficile à combler et mourront. D’autres misent sur les newsletters spécialisées, la personnalisation éditoriale, les formats vidéos, les enquêtes à forte valeur ajoutée, ou des coopérations intermédias pour mutualiser les coûts liés à l’IA. On se dirige vers la coexistence sans hiérarchie de contenus fiables et de productions médiocres ou manipulatoires, sans hiérarchie pour aider le lecteur à s’y retrouver.

 

   Pendant ce temps, « le duo Le Pen-Bardella" a fait « front commun au Salon de l'agriculture » (Le Figaro, La Tribune). Accueillis par des « Jordan, je t'aime ! » et des « Sauvez la France ! », ils ont enlacé des agneaux à défaut de pouvoir tâter le cul des vaches, enchaîné les rencontres avec les professionnels, parfois à huis clos, et assurés qu'ils se préparaient  « à gouverner ». Face à la probabilité d'une « disqualification » pour 2027, Marine Le Pen a « anticipé et préparé très en amont » une « solution de rechange » : Bardella sera (le RN l'espère), Premier ministre ou Président. Mais si Le Pen ne peut se prétendre à l'Élysée en 2027, elle renoncera aussi à Matignon (Le Monde).

Au passage, une pensée compatissante pour les agneaux bisouillés par Marion Maréchal et les brebis nourries par Yaël Braun-Pive. Finalement, les vaches s'en sont bien tirées.

 

   En Bref : Hourra, hourra ! La France a un nouveau gouvernement Lecornu, troisième du nom. Selon RTL, Macron a nommé 180 ministres depuis 2017 (vs 192 par Mitterrand, mais en 14 ans) - Macron prononcera lundi son allocution sur la doctrine nucléaire française, « toute l'Europe attend » (Politico) - Kobili Traoré, l'assassin de Sarah Halimi qui avait été déclaré « pénalement irresponsable », a été interpelé pour « vol à main armée et séquestration » (TF1) - Sophia Chikirou, candidate LFI à Paris, sera jugée en mai pour « escroquerie » (Le Point) - En Chine, les purges auraient touché « la moitié du haut commandement militaire » (NY Times). C'est le moment pour Taïwan d'attaquer son grand voisin ! - De jeunes Irakiens sont  « piégés et enrôlés par la Russie » avant d'être envoyés sur le front (The National) - En Allemagne, le tribunal de Cologne a jugé que l'AfD ne pouvait être classée à  « l'extrême droite », car le parti ne représente pas « une tendance de fond hostile à la Constitution » - Dans l'affaire Epstein, Hillary Clinton a été entendu hier à huis clos par une commission d'enquête du Congrès. Aujourd'hui, c'est au tour de Bill, qui a reçu 17 fois Epstein à la Maison-Blanche » (France Info). Les deux époux réclament l'audition de Trump (y'a pas de raison !) - Meryl Streep est pressentie pour jouer le rôle de Gisèle Pelicot au cinéma (Marianne) - On ne s'intéresse pas assez à la famille royale de Norvège : le Roi Harald V est mal en point, le Prince héritier, Haakon Magnus, assure la régence. Il est plutôt apprécié, mais son beau-fils est en prison, et le nom de son épouse, Mette-Marit, apparait plus de 1.000 fois dans les Epstein files... Dur, dur - Durant son hommage funèbre, le nom de Brigitte Bardot a été hué aux César. J'imagine sans peine ce qu'elle en aurait dit.

Dan Black, l'ex-chanteur du groupe british The Servant, prépare son retour, dans son chalet, à Paris.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0