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LA MAREE DES TEMPS, par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


     Du point de vue de l'actu, on ne peut pas dire que ce week-end de Saint-Valentin fut semé de pétales de roses et béni de champagne...

 

   « Après le lynchage de Quentin, l'extrême gauche en accusation » . Le titre du Figaro est décliné par l'ensemble de la presse, ce matin.  « Comment ne pas frémir devant les éructations de Mélenchon, quand sa gestuelle, qui emprunte à Chaplin dans Le Dictateur, ne fait que souligner le ridicule de le voir rêver à "tirer l'humanité de l'impasse" ? » écrit Le Parisien. Pour Les Échos« l'extrémisme de LFI est un danger mortel », quand l'Opinion évoque un « effet boomerang ». Mélenchon et ses troupes font tout pour « brutaliser le débat public ». L'on ne peut impunément chauffer à blanc « les casseurs antisystème agités par le fantasme du grand soir », appeler à la "bordelisation" de l'Assemblée, nazifier ses adversaires, ne pas condamner le terrorisme, appeler à l'intifada mondiale et électriser les amphis. « La polarisation des discours a fait le lit d'une violence dévastatrice », s'alarme La Croix« Le climat politique actuel, saturé d'outrances et d'intolérance, a tout pour engendrer ce type de tragédie", estime Libé.

 

   Quentin, 23 ans, a été tabassé par 5 agresseurs, « en marge » d'une intervention à Sciences Po Lyon de Rima Hassan, eurodéputée LFI dont sa défense du Hamas et ses saillies antisémites avaient conduit l'IEP de Paris à interdire sa venue. La déclaration du procureur de Lyon, cet après-midi, est très attendue. Le récit des membres du collectif Nemesis (proche extrême droite) est contredit en partie par la famille de Quentin, et LFI se défausse, évoquant « une rixe » qui se serait tenue à des kilomètres du bâtiment où Rima Hassan était accueillie en rock star. Toutefois, selon de premiers éléments publiés par la presse, des membres de la Jeune Garde, un mouvement antifasciste visé par une procédure de dissolution (lancée par Retailleau), et cofondé en 2018 à Lyon par le député Insoumis Raphaël Arnault (fiché S et déjà condamné à 4 mois de prison avec sursis pour « violences volontaires »), sont impliqués. L’un des collaborateurs d'Arnault, Jacques-Elie Favrot, serait l’un des agresseurs.

 

   Pour Eric Delbecque, expert en sécurité intérieure, « le climat idéologique entretenu par La France insoumise a nourri ce drame ». Dans Le Figaro, il évoque la « fascination" de l'extrême gauche (LFI vient d'être classée à l'extrême gauche) « pour la violence conçue comme mode d’expression politique. Elle ne se dit pas toujours telle ; elle s’habille d’antifascisme, d’indignation morale, de rhétorique de la vigilance ». Ces groupes militants, telle la Jeune Garde, s'apparentent aux sections d'assaut de l'entre-deux-guerres (exaltation de la brutalité, uniformisation vestimentaire, etc.).

« Le paradoxe est cruel, souligne Delbecque : au nom de la lutte contre le fascisme, ils en réactivent les ressorts anthropologiques. L’antifascisme, vidé de son ancrage démocratique, devient une posture identitaire qui reproduit très exactement et hypocritement ce qu’elle prétend conjurer. » N'est-ce pas très exactement ce que dénonçait Pasolini, dans ses Lettres luthériennes« Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme »...

On dira que l’ultradroite recourt elle aussi à la violence. Éric Delbecque en conclut que « les deux bords procèdent d’un même rapport malsain à la politique : absolutisation de la cause sur un mode totalitaire, sacralisation de son camp, diabolisation de l’adversaire. Lorsque la politique cesse d’être un espace de délibération pour devenir un champ de bataille moral, la violence n’est jamais loin ».

 

   Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, décolle aujourd'hui pour Alger. En « opération déminage », il veut « renouer le fil »

 

 (ah, les métaphores journalistiques !). Au menu, selon l'Opinion : lutte contre le trafic de drogue, lutte contre le terrorisme, volet migratoire avec le renvoi des OQTF et « une éventuelle révision des accords de 1968 ». Le nom de Christophe Gleizes n'est pas cité par le quotidien. Mais comment imaginer que Nuñez ne plaide pas pour la libération de notre otage ? « Avec la libération de Boualem Sansal en novembre, Alger estime avoir fait assez d'efforts », estime un diplomate pessimiste dans Politico.

 

   À Munich, Marco Rubio, le patron de la diplomatie américaine, a eu des paroles très douces et a fait couler le miel aux oreilles des dirigeants européens, qui se sont levés pour l'applaudir. « Ah, les cons...», aurait dit Daladier à la vue de ce « lâche soulagement ». Chacun ne sait-il pas que le rabibochage est impossible ? Comme pour montrer que l'Ukraine n'était plus sa priorité, Rubio a zappé une réunion sur le soutien à Kiev et s'est précipité auprès de ses « vrais alliés », à Bratislava et à Budapest, voir Fico et Orban qui n'avaient pas pris la peine de se déplacer. À la question d'une journaliste : « Allez-vous inciter la Hongrie et la Slovaquie à cesser d'acheter de l'énergie russe ? » Rubio a éludé.

 

   En Bref : Plusieurs journaux italiens évoquent le meurtre de Quentin, mettant en cause Raphaël Arnault et Jacques-Elie Favrot, « bien connus en Italie ». Il Giornale titre sur « l'internationale de la haine des antifas » - Israël approuve « l'enregistrement foncier » en Cisjordanie pour la 1re fois depuis 1967. Cette mesure ouvre la voie à l'annexion du territoire occupé (The National) - Sur Channel 4 News, Halima Begum, directrice d'Oxfam jusqu'en décembre 2025, a dénoncé la « culture interne raciste, sexiste et antisémite » de l'organisation, la « focalisation disproportionnée » d'Oxfam à propos de Gaza et les « pressions » pour employer le mot « génocide » - Au Soudan, « plus de 6.000 personnes ont été tuées en 3 jours ». L'ONU évoque une « violence intense par sa brutalité, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité » (Arab News) - À Munich, 250.000 personnes ont manifesté pour la liberté en Iran. La Theresienwiese s'est changée en une mer de drapeaux (Süddeutsche Zeitung). La présence de Reza Pahlavi à la Conférence sur la sécurité a beaucoup contrarié les mollahs (Tehran Times) - Décès à 90 ans de Michel Portal, géant du jazz, curieux de tout et éclectique - La France prend l'eau, sortez les bottes. Crues et inondations vont encore durer quelques jours...

Dans la famille Bocelli, voici le fils

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Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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