La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
Fin d'une "semaine internationale" plus secouée que la Vodka Martini de James Bond. Le projet impérialiste américain apparait dans toute sa brutalité, mais laisse songeur quant à la santé mentale de Trump. À Washington, un médecin a demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire sur ses aptitudes à exercer ses fonctions (France Info).
Le léger malentendu à propos du Groenland se précise. Trump considère que le Groenland lui a été promis par Mark Rutte, le patron de l'Otan, et que c'est dans la poche. LCI a annoncé que Mark Rutte "est en train de vendre des petits morceaux du Groenland sur lesquels les Américains auraient la souveraineté", les désignant même sur une carte et affirmant : "À la fin, c'est toujours Trump qui gagne". Idem sur France Info, où l'on annonçait un "accord-cadre" comme un fait accompli. L'affaire mérite plus de prudence...
Qu'a réellement promis Rutte ? Quel mandat a-t-il reçu, et de qui ? Selon le NYT, Rutte aurait en effet parlé "d'enclaves de souveraineté américaines" au Groenland pour y établir des bases militaires, et d'un droit de veto US sur les investissements miniers. Mais rien, absolument rien n'est décidé.
"Nous choisissons le Royaume du Danemark. Nous choisissons l'Union européenne, nous choisissons l’Otan" a répété comme un mantra Jens-Frederik Nielsen, le PM groenlandais, depuis Nuuk. Quant à Mette Frederiksen, la PM danoise qui rencontrera Rutte ce matin, elle assure ne pas être au courant d'un tel accord.
Et comme s'il avait trouvé la bouteille de vin caché au fond du placard, Trump a remis ça. Il a menacé de "grosses représailles" les Européens, si ces derniers vendaient les titres de dette américaine qu'ils possèdent pour faire pression sur les États-Unis. "Nous devons nous préparer à ce que Trump fasse une nouvelle crise et change à nouveau d’avis", confie un diplomate fatigué à Politico.
Hier, Trump a officiellement lancé son grand bidule. Et présenté son "Conseil de la Paix" comme "l’instance la plus prestigieuse jamais créée, dont tout le monde veut faire partie". Les grands bandits de la planète en sont : Erdogan (Turquie), Orban (Hongrie), Loukachenko (Biélorussie), les grands démocrates du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Qatar, etc.). Netanyahou et Poutine sont annoncés (tous deux visés par des mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale). Trump, qui en est le "président à vie", décide qui est membre et qui ne l'est pas. Un siège permanent coûte 1Md$ (seulement en espèces). Les décisions votées ne peuvent être appliquées si elles ne plaisent pas au shérif.
L'Onu bis de Trump réunit 22 pays (sur 60 invités) et concentre 24 % du PIB mondial (soit trois fois moins que le G20). La photo de baptême fait vaguement penser au Muppet show...
En France, par 157 voix, l'Assemblée a voté une résolution visant à inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes européennes. Mais 101 députés de gauche ont voté contre (pas seulement des Insoumis), hurlant à "l'islamophobie". "Ce texte islamophobe place une cible dans le dos de tous les musulmans", a protesté Thomas Portes (LFI). Mais n'est-ce pas lui qui assimile "tous les musulmans" aux disciples d'Hassan el-Banna ? À l’origine du texte, Eric Pauget (LR) a appelé à ne pas confondre foi et politique : "Mon texte ne vise à combattre ni l’islam ni les musulmans, mais une idéologie politique, l’islamisme, dont le projet est de faire triompher la charia à travers une stratégie d’entrisme" (Le Monde).
En applaudissant et avec un grand sourire, Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête, a signé et voté au Parlement européen un texte portant son nom, et qui dénonce son propre parti comme vecteur de la désinformation russe ! L'histoire, savoureuse, est rapportée par Le Point. Knafo a voté un rapport qui alerte sur la dépendance technologique des Européens et qu'elle présente comme le sien. Problème : de ce texte, elle n'a pas écrit une ligne. Elle avait bien produit une 1ère mouture, mais celle-ci a été entièrement revue. Knafo n'a pas travaillé, n'a pas relu, mais a voté. Le texte dénonce "le rôle des partis d'extrême droite comme caisses de résonance de la désinformation étrangère". Et cite nommément l'AfD allemand, le Fidesz hongrois et Reconquête du couple Zemmour-Knafo.
Autre mauvais point pour la leader d'extrême droite qui se présente aux municipales à Paris, relevé par Le Parisien : elle utilise des visuels générés par l'IA pour "illustrer le déclin de la capitale" et effrayer l'électeur. Le journal a repéré sur les "fausses photos", "une bouche de métro inexistante, un faux logo de la Ville de Paris, un nom de rue erronée, etc." Après l'intervention du Parisien, la mention "Images générées par l’IA" a été ajoutée sur le site.
Je sais que cette lecture est déjà trop longue, mais comment ne pas évoquer le remarquable discours de Zelensky, hier, à Davos ? En voici quelques extraits :
"Il y a un an, j’ai conclu mon discours à Davos en disant : L’Europe doit savoir comment se défendre. Un an a passé. Rien n’a changé (...) L’Europe a besoin de forces armées unifiées capables de la défendre réellement. Aujourd’hui, l’Europe se repose uniquement sur la croyance que, si le danger arrive, l’Otan agira. Mais personne n’a jamais vu l’Alliance à l’œuvre... Si Poutine décide de s’en prendre à la Lituanie ou de frapper la Pologne, qui répondra ? Aujourd’hui, l’Otan repose sur la croyance que les États-Unis ne resteront pas à l’écart. Et si ce n’était pas le cas ? (...) Trump ne changera pas. Il s’aime tel qu’il est. Il dit qu’il aime l’Europe, mais pas cette Europe-ci.
"La Russie tente de geler les Ukrainiens jusqu’à la mort. −20°C. La Russie n’aurait pas pu produire un seul de ses missiles sans des composants critiques venant d’autres pays. La Chine, bien sûr, mais pas seulement. La Russie reçoit des composants d’Europe, des États-Unis, de Taïwan... Pourquoi ne pas cesser de fournir à la Russie ces composants ?"
"Nous ne devons pas accepter que l’Europe ne soit qu’une salade de petites et moyennes puissances, assaisonnée par les ennemis de l’Europe. L’Europe peut et doit être une puissance mondiale. Pas une puissance en retard. Une puissance qui façonne l’avenir. Nous sommes prêts à faire partie d’une Europe qui compte réellement — une Europe de la force réelle. Cette force est nécessaire pour défendre l’indépendance. L’indépendance de l’Ukraine vous est aussi nécessaire. Demain, c’est peut-être la vôtre que vous devrez défendre."
En Bref : Emmanuel Grégoire, dauphin d'Hidalgo et candidat à la Mairie de Paris, promet que s'il est élu, plus aucun enfant ne dormira dans la rue l'hiver prochain (comme un air de déjà entendu...). Se positionnant en "défenseur de l'immigration", il veut créer des foyers pour les "mineurs isolés" (4.000 places) et veut faire de Paris une "ville refuge" (Le Figaro) - Lyon arrive en tête des villes françaises les plus congestionnées, devant Paris. Bel exploit pour le maire Grégory Doucet avant les municipales - "Dans cette période de menaces géopolitiques, la France ne peut pas être un bateau ivre sans gouvernement ni budget", a déclaré Laurent Wauquiez (LCP). Avant d'annoncer qu'il fallait voter la censure (cherchez l'erreur) - Trump menace de "criminaliser" et de poursuivre les auteurs des sondages qui lui sont défavorables (Truth social)
Heureusement, le week-end arrive et Sabrina Carpenter a préparé un espresso.
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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