La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli
On y est. C'est le "blue Monday", le jour supposé être le plus déprimant de l’année. Mais il n'y a pas qu'aujourd'hui que l'actu doit être repeinte en rose...
Huit pays européens, dont la France, la Suède et l'Allemagne, ont envoyé des militaires sur la glace bleue du Groenland, à la demande du Danemark, afin de montrer un front uni face aux ambitions d'annexion de Trump. Furieux, Donald les a menacés de nouveaux droits de douane punitifs : +10% dès février, qui passeront à +25% en juin si, d'ici là, le Groenland n'est pas passé sous sa coupe. Les 27 se sont réunis en urgence, et Macron a annoncé qu’il demanderait "l’activation de l’instrument anticoerction" (IAC) de l’UE si Trump passait à l'acte. Jamais utilisé, cet outil est surnommé le "bazooka commercial". Il permet de geler l’accès au marché européen ou de bloquer certains investissements.
Cette semaine, plusieurs dirigeants européens se rendront à Davos où ils croiseront Donald Trump. Peut-être auront-ils l’occasion de se parler ?
"La folie de Trump au Groenland entraîne l'Otan vers le désastre", jugent plusieurs journaux britanniques, dont le Daily Mail. "Qui aurait cru qu'une Alliance vieille de 77 ans pourrait se briser sur un bout de terre gelée aux confins du monde ?" demande Libé. Selon The Globe and Mail, le Canada envisage d’envoyer un petit contingent de soldats au Groenland pour y soutenir les Européens. "Aucune désescalade, la situation ne fait qu'empirer", s'inquiète Politiken.
Aux États-Unis, les sondages ne sont pas bons pour Trump. Seuls 37% des Américains approuvent sa politique étrangère, quand 56% la désapprouvent (sondage Marist). Et pour ce qui est du Groenland, ils sont très majoritairement opposés à ses projets : 4% soutiennent une prise de contrôle de l'île par la force (Ipsos USA).
En France, tous les responsables politiques ont dénoncé les menaces de Trump et son intention d'annexer le Groenland. Tous sauf Jordan Bardella (RN) qui a déclaré lors de ses vœux à la presse : "L'intérêt commercial et stratégique s'impose pour les États-Unis et nous devons en prendre acte" (BFM). Vraiment, nous devons en prendre acte ? Tout comme l'intérêt de la Russie est de prendre l'Ukraine ?... Au Groenland pas plus qu'en Ukraine, le RN ne défend la souveraineté des nations.
Publiée au début décembre, la "Nouvelle doctrine de sécurité des États-Unis" prônait explicitement l'affaiblissement de l'Europe et son "annexion idéologique", en s'appuyant sur les partis d’extrême droite (une vision déjà exposée par J.D. Vance, en février, à Munich). La France apparait comme une cible prioritaire et, à l'évidence, Trump peut compter sur le RN.
Autre prédateur qui n'aime pas l'Europe : Poutine. Autant dire que les tensions entre Trump et les 27 le réjouissent. Sergueï Karaganov, l'un de ses proches, a choisi l'émission de l'Américain Tucker Carlson, star du monde MAGA, pour s'assurer que Trump serait "à l'écoute". Selon le Kremlin, "l'Europe est devenue une ennemie de l'humanité". Pour lui "infliger une défaite complète", la Russie est prête à "frapper l'Allemagne et l'Angleterre avec une bombe nucléaire d'ici à un an". Sans crainte de représailles, car "les Américains ne répondront jamais", assure Karaganov. Ils ne protègent plus l'Europe (cité par Le Grand Continent).
La fameuse "méthode Lecornu" pour le budget a échoué. Après 3 mois de douloureuses contorsions, l'Assemblée n'accouchera pas même d'une souris. Pas de budget, et pas de budget des armées... Le PM devra choisir, aujourd'hui, entre le recours aux ordonnances et le 49.3, deux méthodes qu'il avait juré de ne pas utiliser depuis son entrée à Matignon.
LFI et le RN promettent la censure, le PS, qui s'est toujours dit opposé aux ordonnances et au 49.3, attend. Vendredi, Lecornu câlinait encore les députés socialistes, annonçant l’augmentation de la prime d’activité, la généralisation des repas à 1 euro dans les restaurants universitaires sans condition de revenus, et le maintien de MaPrimeRénov (Le Parisien, Politico).
Billy Long, cow-boy joufflu que Trump vient de nommer ambassadeur en Islande, a déclaré devant des élus du Congrès que l’Islande allait "devenir le 52e État américain" (après le Groenland et avant le Canada), et qu’il en serait "le gouverneur". Devant le tollé, il jure qu'il plaisantait. Mais son humour, jugé "offensant", passe mal auprès des Islandais. Une pétition a été lancée afin de rejeter sa nomination (Libé)
En Bref : Le maire de Chessy risque une amende de 53.000€ pour avoir refusé de marier un étranger sous OQTF - Au Portugal, António José Seguro (socialiste) et André Ventura (extrême droite) disputeront le 2d tour de la présidentielle, qui s'annonce serré (Diário de Noticias) - L'Iran s'étouffe dans son sang. La contestation a été écrasée, en dépit de ses promesses, Trump n'a pas bougé (La Croix) - Tragédie ferroviaire en Andalousie. Un TGV reliant Malaga à Madrid est entré en collision avec un train circulant en direction de Huelva - Le Covid pendant la grossesse peut perturber le développement du cerveau de l'enfant (Obstetrics & Gynecology) - Stimuler le nerf vague peut soulager des maladies inflammatoires, comme la polyarthrite rhumatoïde ou la maladie de Crohn (Le Figaro) - Bardella, autoproclamé "porte-parole authentique d’une France que les élites méprisent", s'affiche avec une héritière royale habituée des fêtes de la Jet Set, Maria Carolina de Bourbon des Deux Sicile. Ils ont fait la Une du quotidien italien La Repubblica. Le père de la dame, Charles, proche de Trump, réclame le "trône de Naples" (il n'est pas le seul) et "tire son train de vie de la fortune colossale d’une héritière épousée à Monaco et citée dans les Paradise Papers (Le Monde).
Haendel et Joyce DiDonato pour retrouver la pêche.
Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière.
Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).
Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).
Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.
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