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UN MONDE DE DINGUERIES, Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


     Ça y'est. Il y est arrivé. Trump, tout sourire dans le Bureau ovale, a reçu des mains de María Corina Machado la médaille du prix Nobel de la Paix. L'opposante à la dictature de Maduro, contrainte à la clandestinité, était allée le chercher à Oslo dans de rocambolesqu es conditions, fuyant le pays par la mer à bord d'une petite embarcation. Machado avait dédié son prix à Trump, puis apporté son soutien à l'intervention américaine. En retour, elle n'a reçu que du mépris de la part du président rongé par la jalousie : "Elle est gentille, mais elle ne bénéficie ni du soutien ni du respect de son pays", avait-il déclaré.

Décalage horaire oblige, la nouvelle n'est pas encore dans la presse française, mais la photo fait la Une du New York Post. Et l'on éprouve un profond malaise à la regarder. Qui est le plus pitoyable ? Le gros de la cour de récré qui extorque son goûter à une petite mignonne ? Ou la soumission de celle-ci, qui lui offre son quatre-heures avec un sourire crispé ?

Le comité Nobel s'est fendu d'un communiqué , précisant que, "une fois qu'un prix Nobel est annoncé, il ne peut être révoqué, partagé ou transféré à d'autres personnes".

 

     Autre info qui en dit long sur le nouveau désordre mondial : Maia Sandu, présidente de la Moldavie, a déclaré, lors d'une interview au podcast britannique The Rest is Politics : "S'il y avait un référendum, je voterais pour le rattachement à la Roumanie". Dénonçant les ingérences russes et la propagande du Kremlin, elle a ajouté : "Regardez ce qui se passe autour de la Moldavie. Regardez ce qui se passe dans le monde. Il devient de plus en plus difficile pour un petit pays de survivre en tant que démocratie et qu'État souverain".

Ses opposants socialistes crient à la trahison. Mais entendre un chef d'État se déclarer favorable à la disparition de son pays mérite qu'on s'y arrête. L'ancien ordre mondial n'était pas parfait, mais les désaccords (politiques, commerciaux, etc.) pouvaient se régler autrement que sous les chenilles des chars (ce que faisait l'URSS). Au nom de certains principes du droit et de l'égalité des nations, les grands restreignaient leurs forces vis-à-vis des petits. Les conventions mises en place depuis 1945 faisaient que l'on n'annexait pas un autre État simplement parce qu'on pouvait le faire. L'arrivée de Trump a tout remis en question. Il se fiche du droit international, de la souveraineté des autres États, et fait passer avant toute chose ses intérêts et ceux des États-Unis. Il incarne de manière décomplexée, presque chimiquement pure, "l'ère des prédateurs". "Nous sommes une superpuissance, nous allons nous comporter en tant que telle, dans un monde réel gouverné par la force", a déclaré Stephen Miller, conseiller de Trump, sur CNN.

Trump, Poutine, Xi… Les faibles ne sont plus à l'abri. Pas plus le Groenland que l'Île de Pâques ou la Moldavie. Il va falloir trouver des protecteurs ou se promener le fusil à l'épaule. Si on ne se fait pas respecter, ce sera la soumission ou la guerre.

 

   Autre signe d'un monde qui change : Aux États-Unis, l’université Texas A&M a imposé au professeur de philosophie Martin Person "de supprimer de ses cours certains textes de Platon, parce qu’ils pourraient enfreindre de nouvelles règles, qui interdisent de faire l’apologie d’une idéologie raciale ou de genre, ou encore liée à l’orientation sexuelle" (Houston Chronicle). De quoi parle-t-on ? Du mythe d'Aristophane et de l'échelle d'amour de Diotima, qui affirment qu’il existe plus que deux sexes biologiques et "offrent une vision jugée positive de l’homosexualité". Considéré désormais comme "subversif", Platon, 2.400 ans d'histoire intellectuelle au compteur, est prié d'aller se rhabiller.

Indigné, le professeur Person a rappelé au Houston Chronicle que "Platon a fondé à Athènes la première université du monde, l’Académie". Et fait savoir qu’il remplacerait les enseignements supprimés par des leçons sur la liberté d’expression et la liberté universitaire.

"Jeter Platon par-dessus bord, c’est faire du tort aux étudiants qui désirent apprendre à raisonner, à argumenter et à penser (...) Les croisés antiwoke ont perdu les pédales", critique le Washington Post.

De l'autre côté, sévissent les "sensitivity readers", des relecteurs chargés de traquer tout ce qui pourrait offenser les minorités ethniques, religieuses ou sexuelles, acteurs influents du monde éditorial. Les "culture wars", où des groupes s'affrontent autour des valeurs, de la morale, de l’identité et de la représentation sociale, sont aussi stupides que dangereuses.

 

   En Bref : Volte-face de Trump sur l'Iran. Il affirme que "les tueries ont pris fin" mais annonce de nouvelles sanctions. Téhéran affirme avoir repris le "contrôle total" de la situation. Dramatique... - Trump encore, à propos des élections de mi-mandat (midterms) : "À bien y réfléchir, il ne devrait pas y avoir d'élections" - Lors de ses vœux aux armées, Emmanuel Macron a déclaré que "l’accélération des périls commande d’accélérer le réarmement de la France" car "pour être craint, il faut être puissant" - L’émissaire américain Steve Witkoff a lancé, hier, la "phase 2" du plan de paix de Trump pour la bande de Gaza. Soit "la démilitarisation et la reconstruction de Gaza", ainsi que la mise en place d'un "Conseil de paix" (CBS) - "2.000 patrons en colère", inquiets de l'instabilité politique et budgétaire ont lancé "Trop c'est trop !", un mouvement "apolitique" pour peser sur les prochaines élections (L'Express, Le Parisien) - Un Français sur quatre est à découvert sur son compte bancaire à partir du 18 du mois (BFM) - Le patron de Michelin et Renault a rencontré Bardella. D'ici à la fin du mois de janvier, la moitié des patrons du CAC 40 auront rencontré soit Le Pen soit Bardella (l'Opinion).

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Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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