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LIBRES DE DANSER, Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


     En Iran, le mouvement de contestation entre dans sa troisième semaine. Et est enfin à la Une de tous les médias. La dictature des mollahs est à bout de souffle et la répression se fait sanglante. Selon une estimation de l'ONG Human Right Activists in Iran (HRA), "au moins 500 manifestants ont été tués et 10.600 arrêtées". Acculé, le régime menace de "militariser sa réponse" et qualifie ses opposants de "terroristes manipulés par l'étranger". En clair, les États-Unis et Israël (CNN, Washington Post).
"La vie à Téhéran est quasiment paralysée, de très nombreuses boutiques et les écoles sont fermées", écrit Le Figaro, qui rapporte "la participation à la répression de combattants étrangers, arabes ou afghans, membres des milices pro-iraniennes qui ont quitté la Syrie après la chute de Bachar". Les témoignages et les vidéos montrant des manifestants abattus par la police, qui vise la tête et le cou, sont glaçants. Selon la BBC, "le nombre de tués et de blessés est si élevé que les soignants disent n'avoir jamais rien vu de pareil auparavant".
Après avoir menacé d’intervenir si la répression se durcissait, Trump dit plancher sur toutes les options, allant de cyberattaques à des frappes ciblées. Mais cette nuit, à bord d’Air Force One, il a déclaré : "L’Iran veut négocier ( … ) une rencontre est en cours de préparation".
   La République islamique peut-elle sombrer ? Selon Haaretz, le Mossad estime que "toutes les conditions ne sont pas encore réunies". Mais "la tentation du coup de grâce existe", et tout dépend de Trump, assure Le Parisien. Si les ayatollahs tombaient, cela aurait, selon The Independant, "des conséquences encore plus importantes pour le monde que la chute du mur de Berlin".
Depuis les États-Unis, Reza Pahlavi, 66 ans, fils du Shah d'Iran, s'imagine en homme providentiel et se dit "prêt à rentrer". Sa popularité, notamment chez les jeunes, est indéniable. "Reza Pahlavi incarne la modernité, la laïcité, la possibilité pour l'Iran de renouer avec la communauté internationale", assurent ses partisans. Mais l'héritage est lourd, et si son père favorisa certaines réformes (vote des femmes en 1963, modernisation de l'industrie, etc.), son nom est attaché à la violence de la Savak, sa police politique, que Reza Pahlavi n'a jamais dénoncée.
   Le politologue Dominique Reynié (Fondapol) explique le retard des médias à parler de la révolte en Iran et le "malaise de la gauche" par des "blocages idéologiques et la gêne vis-à-vis de l'islamisme". Pourtant, tout y est : féminisme, jeunesse en révolte, lutte contre l’obscurantisme religieux, opposition à un despotisme brutal. Mais pour une partie de la gauche, "l'islamisme n'est pas un despotisme comme les autres". De plus, l'Iran se définit par son "opposition radicale à Israël". Enfin, "la gauche s'est tournée vers un électorat de substitution : les musulmans. Critiquer le régime des mollahs est donc perçu comme "une critique de l'islam, inacceptable pour cet électorat" (Dominique Reynié, i24).
Illustration sur France Info, où l'eurodéputée Insoumise Manon Aubry répugne à dire "régime islamiste" ou "république islamique", préférant "régime théocratique d'Iran". Elle explique : "je ne veux pas jeter l'opprobre sur l'ensemble des musulmans du monde entier, qui ne sont pas responsables de ce régime, heu... politique".
   Les Européens menacent Téhéran de "nouvelles sanctions" (Politico), et se demandent comment défendre le Groenland d'une prise de contrôle par les Américains. A priori, il ne se passera pas grand-chose... "L'Europe ne s'opposera pas à Trump", prédit La Croix, "L'Europe ne se battra pas pour le Groenland", renchérit Le Figaro. Elle n'en a ni l'envie ni les moyens. La question n'est pas "quand Trump prendra-t-il le Groenland", mais "comment". Achat, partenariat renforcé, libre association, intervention militaire... ?
   Si l'Europe offre sa faiblesse en spectacle, que dire de la France en particulier ? "An utter merde show" (un merdier absolu), estime The Economist (libéral, Londres), qui rend tous les politiques, "collectivement", responsables de cette situation. Des "médiocres", autant à droite qu'à gauche, paralysent le pays. "Chaque acteur majeur de la politique française devrait avoir honte". La descente aux enfers a commencé quand Macron a suscité la colère de la gauche et des syndicats en voulant relever l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Puis le RN a remporté les élections européennes, et Macron a "bêtement renvoyé" les citoyens aux urnes. Les partis se sont montrés incapables de trouver des compromis. Selon The Economist, Les extrêmes en particulier se réjouissent du "bordel ambiant". Mélenchon a "les pieds fermement plantés sur les barricades", Le Pen et Bardella "attendent que Macron prenne feu" pour gagner en 2027. "Les socialistes et les Verts n'ont aucune vision pour résoudre la crise budgétaire, excepté augmenter les impôts. Les républicains ont renié leurs principes en votant la suspension de la réforme des retraites qui coûtera 100M€ rien qu'en 2026".
Politico confirme : les discussions budgétaires s’enlisent, à la grogne des agriculteurs s'ajoute celle des médecins libéraux, et le PM Lecornu va faire face à deux motions de censure mercredi, déposées par le RN et par LFI, à propos du Mercosur....
   En Bref : Le grand-père de Raphaël Glucksmann était un espion au service de l'URSS (manquait plus que ça) - Bruxelles va signer le traité du Mercosur, "contre l'avis de la France" - Pour Philippe de Villiers, expert en tout, "il faut sortir de l'Union européenne, sinon on va être broyés" (Cnews). Quelqu'un lui dit que les agriculteurs britanniques ont perdu 37% de leurs revenus depuis le Brexit ? (The Guardian) - Suis-je la seule à penser que JD Vance utilise de l'eye-liner ? - L'épargne des Français n'a jamais été aussi élevée : 6.477Mds€, soit presque deux fois la dette publique (BFM) - La britannique Elsie Wilkins, fan de rave party, a fêté ses 105 ans sur le dancefloor (BBC)
Pour Elsie, qui n'a pas toujours eu 105 ans. Et pour toutes les femmes, libres de danser, ou bientôt libres. Nous qui vivons en France, cheveux au vent, n'oublions pas notre chance et veillons sur nos libertés

Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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