
Nous sommes tristes de devoir annoncer le décès de notre ami François CAILLAUD, ancien du conseil des membres (CA) du PRé, survenu le 17 décembre 2025.
Directeur chez VEOLIA Environnement, Région Nord-Ouest, il avait pris sa retraite en juin dernier. Il y avait été directeur immobilier, moyens généraux & sureté (2017-2025) ; directeur Risk Management et immobilier (2013-2017) ; directeur des Etudes et de la Gestion des Risques (2011-2013) ; directeur technique régional (2008-2010) ; directeur de la société normande de valorisation énergétique (2006-2007). Auparavant, il avait évolué au sein du Groupe de la Poste (directeur Centre de traitement industriel du courrier, à Toulon, 2002-2005 ; directeur technique, Rik Manager et Pt du CHSCT au CRSF Orléans, 1998-2002); et précédemment au sein du groupe Caisse d’épargne.
Fils aîné d’un couple d’instituteurs, directeurs de groupes scolaires, Il fait ses Humanités aux lycées Fontanes et Jean Macé de Niort (Deux-Sèvres, Nouvelle Aquitaine), qui lui donneront un bagage de culture générale, comme on n’en offre plus guère, lui apprendront à pratiquer l'argumentation, à appréhender les enjeux du monde contemporain, à penser l’Homme dans sa dimension historique. Il poursuivra par des études de droit à la Faculté de Poitiers, puis des formations complémentaires à l'ITB (Institut des Techniques Bancaires) et au CESI (Centre d'Études Supérieures Industrielles).
On ne nait pas "impunément" à Niort, la « capitale des mutuelles » : leurs valeurs, leur engagement en faveur de la solidarité et du bien-être collectif contribueront pareillement à forger son esprit solidariste et son engagement citoyen. Entré dans la vie professionnelle, il fait le choix de prolonger son militantisme politique et s’engage dans le monde associatif au sein notamment du GIPE (groupement d'insertion par l'économie), Mutualistes & Développement durable, mais aussi dans le réseau d’intelligence économique de la Gendarmerie Nationale, DCRI du 76, et fut intervenant départemental sécurité routière pour la Préfecture de Seine Maritime.
Également au service de ses concitoyens en devenant conseiller municipal en Seine-Maritime, à Boos, sur le plateau Est de Rouen, en se positionnant en faveur d'une transition écologique et sociale, soucieux qu'il était des conséquences du dérèglement climatique, de la pollution des terres et des eaux. Dans sa commune, il milite en faveur du développement des transports doux, ainsi que d'une politique pour les jeunes, dans une démarche tentant d’activer l’esprit coopératif.
La politique nationale, ça n’était pas ce qui l’emballait le plus. Autrefois oui. Plus encore depuis ces dix dernières années, dans lesquelles il ne se retrouvait plus, tant la situation de déréliction sociale, politique et morale du pays lui était devenu insupportable. Tant il était devenu allergique à ce qu’il voyait comme le cynisme des gouvernants et de nombre de dirigeants politiques. En termes d'appartenance partisane, il était devenu comme un orphelin. Cela ne l'empêchait nullement de rester farouchement attaché aux idéaux de notre République. Il s'était mis à relire Victor Hugo, frénétiquement, comme pour ne pas lâcher la barre. L'état de la France, de l'Europe et du monde lui avait fait perdre un peu son goût pour l'humour. Mais pas sa volonté de voir les choses changer. A ses yeux, l'humour, comme « arme blanche des hommes désarmés » ne suffisait plus. Il souffrait moyennement que Romain Gary continuât à lui souffler à l'oreille, comme lorsqu’il avait vingt-cinq ans, qu'il est « une forme de révolution pacifique et passive que l'on fait en désamorçant les réalités pénibles qui vous arrivent dessus », nonobstant son admiration pour l’écrivain et pour l’homme. Ou alors un humour noir, absurde.
Par-dessus tout, il ne voulait pas s’habituer au monde tel qu’il était en train de devenir.
Il en était arrivé à adopter une rhétorique des plus radicales, quasi ultraïste, à cette nuance près qu'il s'efforçait de rester arrimé à cette philosophie aristotélicienne qui le faisait tenir debout, malgré tout : « L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » qu'il avait mis en exergue, comme pour qu'on ne se méprenne pas.
Il luttait presque chaque jour pour se faire violence contre tout ce qui l'exaspérait. En premier lieu contre le renoncement de ses contemporains. Ces derniers mois contre la maladie en plus. Il entendait rester raisonnablement optimiste en tout et sur tout. L'amour de sa famille, ses amitiés fraternelles le rassérénaient et lui permettaient de trouver un certain équilibre tout en n'abandonnant pas la visée d'un état d’être meilleur et plus harmonieux pour tous. Même ces derniers mois, il n'avait pas abandonné l'idée de manier l'équerre et le compas le plus longtemps possible. Il avait encore tant de pain sur la planche. Et n’était pas davantage prêt à renoncer à mettre ses mains sur ses hanches. Celles de sa bien-aimée.
Friand de nourritures terrestres et spirituelles, également affectives, de celles qui ne font pas qu'alimenter et fortifier le corps et l'âme, mais invitent à une réflexion sur notre rapport aux autres et au monde, au plaisir, aux émotions partagées. Sur le sens de la vie, convoquant avec ses commensaux aussi bien Socrate et Kierkegaard, que Hugo, Zweig, Aragon, Eluard, ou encore les Monty Python, Pierre Dac, Francis Blanche, Pierre Desproges…
L'un de ses amis de jeunesse - également au PRé - un de ses compères en gastrosophie, en politique ou encore sur les terrains de tennis depuis les années lycée, le décrit comme un ami véritable, dont l’affection n’était pas avide, n’exigeait rien, mais offrait tout. Il se souvient que lorsqu'ils se mettaient à table à l’époque, nouaient leur serviette à leur cou, à la manière de Brillat-Savarin, dont ils ne cessèrent de vénérer la mémoire par la suite, pour s'apprêter à déguster une préparation culinaire, une poêlée de champignons, une volaille rôtie de leur confection, apprise dans la cuisine de leurs mères et grands-mères, ce n'était pas tant pour satisfaire un besoin d'ingestion et de possession, somme toute assez naturelle à l'adolescence ou lorsque l'on est de jeunes hommes, que pour communier avec la nature, pour s'incorporer à elle, tout en fêtant la sensualité gastronomique. Jouissant des mets avec la vue, l'odorat et le toucher. Pour supputer pleinement des plaisirs à suivre, des voluptés du goût et de la mise en bouche.
François CAILLAUD aimait aussi lire et relire. Il était particulièrement féru de littératures espagnole et Sud-américaine d'où il tirait une force et une paix sans égales. Dans une époque de selfies généralisés, elles lui offraient la possibilité de tourner son regard vers le monde, vers l’autre, différent de soi-même, étranger de langue, de pratiques culturelles, de croyances, au-delà des vérités intimes auxquelles le conduisaient ses réflexions philosophiques.
Sensible au créationnisme et à la tendance joyeusement baroque qu'incarne notamment un Ramón Gómez de la Serna dans le Madrid ultraïque des années vingt puis à Buenos Aires, auteur du fameux Senos ("Seins"), cet humaniste aimait nous faire partager à l'occasion des poèmes de Pablo NERUDA, dernièrement encore, extraits de Les Vers du capitaine et de La centaine d'amour. NERUDA, ce grand poète qu'il citait encore à propos du monde comme il n'allait (déjà) pas bien : « Si seulement avec une goutte de poésie ou d'amour, nous pouvions apaiser la haine du monde ».
Il avait une vraie même passion pour la poésie, pour la vérité et pour la féminité. Pour les valeurs de tendresse, de compassion et d'amour.
François n’aura eu de cesse au fond de pratiquer depuis ses jeunes années une philosophie de vie à la recherche du temps à venir, du bonheur, invitant à cultiver une vie intérieure, dans le même temps la découverte et le dialogue avec le monde entier. Et sa soif d'existence l'aura conduit en toutes circonstances à cueillir le jour au sens du fameux Carpe Diem horacien, habité qu’il était aussi par le mot de son indispensable Cervantès : « Je vis de mon désir de vivre ». Il n'aura eu de cesse d'interroger le sens de la vie, le sens de sa vie, jusqu'à ses derniers instants.
Baudelaire l'inspirait aussi, sans pour autant se laisser happer complètement par sa vision désenchantée de la condition humaine, enfin juste ce qu’il faut pour ne pas être dupe : « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise » (In Les petits poèmes en prose).
Mercredi 17 décembre, le fil tendu du cerf-volant de son enfance qu’il avait toujours gardé, s'est brusquement rompu, foudroyé par la même saloperie de maladie qui avait emporté, il y a quatre ans, notre très cher ami Gilles SOHM, (1966-2021†) co-fondateur du PRé, l'obligeant à lâcher de l'autre main, celle de Nathalie, sa Lila.
Il n'aura même pas pu jouer sa dernière balle de match.
Une cérémonie a eu lieu mardi 23 décembre dans sa ville natale, à Niort (Deux-Sèvres, Nouvelle Aquitaine), autour de Nathalie, de leurs trois enfants Laurie, Alexandre et Flora, de son frère Olivier et de toute leur famille.
Fidèle en amitiés, François était le plus délicat des amis, au point qu'il ne voulut pas les déranger à cause de sa mort.
Que 2026 soit plus douce à sa famille que 2025, moins cruelle, moins injuste. Plus lumineuse.
Également à ses amis. Comme à nous tous. Nous ne voulons pas être tristes.
« Demain, dès l’aube », confronté les uns et les autres au chagrin, au sentiment d’injustice, la peur, l’ignorance, le sectarisme, gardons-nous de la mélancolie. Gardons au contraire, face à la cruauté de la vie, face au chaos du monde et la folie des Hommes, face à l'épouvante, le sourire aux lèvres, le regard vers le haut, vers l’horizon, vers nos rêves, le courage en bandoulière, comme le faisait déjà cet esprit libre qu'était Cendrars il y a quelques cent deux ans dans des années d’effondrements. Ce devrait être notre Feuille de route.
Que 2026 nous enivre tous du désir de mieux faire, de rendre la nouvelle année meilleure, de repousser tous les vents mauvais. Ensemble. Il n'y a que la mort qui soit irréversible. Le présent ne cesse d'être impatient.
Mille et une choses à tous, ainsi qu'à celles et ceux que vous aimez, que nous aimons, et qui nous aiment.
Jacques Lemercier est président du PRé et Dominique Lévèque, son secrétaire général
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