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L'HEURE EST A LA DESINFORMATION ET A LA PROPAGANDE, Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


     Lundi, après l'atterrissage à Dublin de l'avion du président Zelinsky, quatre grands drones militaires "non identifiés" ont violé l'espace aérien de l'Irlande et survolé l'aéroport. Si Zelensky n'avait pas été en avance sur l'horaire, les drones auraient survolé directement son appareil. Les autorités européennes dénoncent un "nouvel acte de guerre hybride" et une probable nouvelle "tentative d'assassinat" de Zelensky (The Telegraph).

 

   Chaque jour, la Russie se livre en Europe à des actes hostiles. Voilà ce qu'on appelle une "guerre hybride". Désinformation et propagande font partie des moyens de cette guerre hybride, et Moscou peut compter, en France et ailleurs, sur une série de personnalités pour diffuser complaisamment une idéologie pro-Poutine dans les médias, niant la réalité, ricanant à propos des chars russes sur les Champs-Élysées (on rappelle à ces benêts que le Royaume-Uni n'a pas eu besoin d'avoir des chars ou des bottes allemandes sur son sol durant la dernière guerre pour que Londres soit bombardé). Leurs noms sont connus, et Quotidien (TMC) a dressé la liste (non exhaustive) de "ces porte-paroles du Kremlin qui n'avancent plus masqués et sont rarement contredits" : Luc Ferry, Ségolène Royal, Zemmour, Sarah Knafo, Philippe de Villiers ("C'est pas not' guerre, c'est pas not'problème"), Pascal Praud, Vincent Hervouet ("Il n'y a plus que la France qui soutienne Zelensky"), l'ex-patronne de Russia Today, Xenia Fedorova, Caroline Calacatéros (poutinophile enragée), Philippe Mariani, etc. "Tous servent le narratif russe". Tous rabâchent que "l'agresseur, c'est l'Ukraine". Tous répètent en bons perroquets le narratif russe.

On peut y ajouter Henri Guaino : "Je crains plus l'attitude de nos dirigeants que celle de Poutine (...) Faire une guerre par procuration est la plus grande ignominie (...), la Russie est entrée en Ukraine, et alors ?" (BFM).

 

   En Europe, le Hongrois Orbán et le Slovaque Robert Fico sont acquis à la cause de Poutine. Et bien d'autres, tel le nationaliste belge Bart de Wever. Dans un entretien à la Libre Belgique, il a déclaré : "La Russie ne perdra pas", qualifiant l'idée de sa défaite de "totale illusion". Et il a appelé à restituer les avoirs russes", au risque de "représailles éternelles" de Moscou en cas de confiscation.

Poutine guettant toutes les failles sur le front européen, voilà qui a dû le réjouir.

Mais le discours du roi d'Angleterre, recevant le président allemand Steinmeier à Windsor, n'a pu que contrarier l'ogre du Kremlin. Charles III lui a lancé un avertissement direct : "Le Royaume-Uni et l'Allemagne sont solidaires de l'Ukraine et soutiennent l'Europe face à la menace d'une nouvelle agression russe". De tels propos dans la bouche du monarque, tenus lors d'un banquet d'État, sont extrêmement rares. Tout était calibré. Le moment : Poutine vient d'accuser l'Europe de "saper la paix" et se dit "prêt" en cas de guerre si Kiev ne cède pas. Le discours : stratégique, dont chaque mot est pesé. Charles III a mis en avant le bataillon germano-britannique stationné à Minden, "partenariat unique au cœur de l'Otan". Ce à quoi le président allemand a répondu : "Côte à côte pour une Europe libre, côte à côte pour soutenir l'Ukraine" (The Independant, The Times).

 

   Le New York Times consacre un article édifiant aux "idiots utiles d'Amérique dont Poutine joue comme d'une flûte". Les émissaires de Trump pour l'Ukraine ? "un groupe de gars de l'immobilier (...) Poutine est dans le secteur de l'immobilier en Ukraine, mais pas à la façon de Trump, Witkoff ou Kushner. Poutine est dans le secteur de l'immobilier en Ukraine de la même manière que Hitler était dans le secteur immobilier en Pologne. Hitler ne convoitait pas un territoire pour y construire un hôtel ou des résidences, mais pour réaliser un fantasme nationaliste. Idem Poutine."

Witkoff et Kushner, les émissaires de Trump, ne sont "pas des diplomates comme Henry Kissinger ou James Baker, qui comprenaient la différence entre l'immobilier et la guerre et la paix". Ce sont des "gros naïfs". Qui oserait dire comme Witkoff, à propos d'un dictateur qui assassine ses opposants : "Je ne considère pas Poutine comme un méchant" ? (NY Times).

 

   Poutine, lui, est en Inde, reçu comme une star. Il a déclaré sans rougir : "Notre opération militaire spéciale ne marque pas le début d'une guerre, mais vise à mettre fin à un conflit que l'Occident a déclenché en instrumentalisant les nationalistes ukrainiens. Voilà ce qui se passe réellement. Voilà le cœur du problème" (India Today).

Depuis la Chine, Macron a appelé explicitement Xi Jinping à "peser" sur la Russie pour encourager un cessez-le-feu en Ukraine. Il a demandé à Pékin de ne plus fournir d’aide "matérielle ou logistique" susceptible de prolonger le conflit (drones, pièces détachées, puces électroniques, etc.), mais il s'est heurté à une fin de non-recevoir. Xi refuse de condamner l'agression russe et renforce ses liens avec Moscou (Le Monde).

 

   En bref : Hier, l'ONU a adopté une résolution réclamant le retour immédiat et sans condition" en Ukraine des enfants déportés par la Russie - Auditionnée par le Sénat américain, l'avocate K. Rashevska, a annoncé que 1,6M d'enfants ukrainiens est en danger dans les territoires occupés par les Russes. Certains sont envoyés dans des camps militaires situés jusqu'en Corée du Nord, a-t-elle accusé en brandissant documents et photos (CNN) - Les services de renseignement de Kiev ont publié une analyse détaillée de la chaîne d'approvisionnement des missiles russes Iskander-M, révélant l'implication de 49 entreprises, dont 13 ne sont toujours pas soumises à des sanctions internationales (Kyiv Post) - À Washington, le United States Institute of Peace (USIP), fondé par le Congrès et que Trump a privé de ses crédits, vient de se voir rebaptisé "Donald Trump Institute of Peace" en l'honneur du "plus grand négociateur de paix du pays" (Reuters). Pour vous rendre à l'Institut de Paix Donald Trump, prenez l'avenue Donald Trump jusqu'au Monument Donald Trump (ex-Lincoln). Au passage, admirez l'Obélisque Trump (ex-Washington) fraichement repeinte en doré... Ubu roi ne ferait pas mieux !

Johnny Hallyday & Michel Berger, un duo inattendu revenu d'outre-tombe pour nous parler d’amour.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

 

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