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OU SONT LES PARADIS ? Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


 

     En France, toutes les 7 heures, une femme est victime d'un conjoint ou d'un ex-joint, qui la tue, tente de la tuer, la pousse au suicide ou à tenter de se suicider. En France, en 2025. Toutes les 7 heures... Les violences faites aux femmes sont à la Une du Parisien, qui invite à agir "à la source du mâle".

 

   Dans Le Figaro, depuis les bureaux des éditions Gallimard, Boualem Sansal livre le récit de sa détention. Menottes aux poignets et cagoule sur la tête, il a été "enlevé, kidnappé", restant, durant 6 jours, sans statut et sans savoir qui le retenait et pourquoi. Privé de ses appareils auditifs, il a été emmené finalement chez un procureur, qui l'a traité "comme un chien". Puis, il fut conduit à Koléa, une "prison de très haute sécurité construite par les Chinois". Au bout d'un mois, on lui a notifié les motifs de sa détention : "terrorisme, anti-islamisme, intelligence avec l'ennemi, etc.". La mobilisation en France et l'intervention d'Emmanuel Macron ont adouci ses conditions de survie. Lorsque le président français a parlé de "déshonneur de l'Algérie", Sansal a reçu "un traitement VIP". Il a échappé aux "toilettes épouvantables", et a eu accès à la bibliothèque de la prison : "L'arabisation était passée par là, et la rancune contre la France aussi. Beaucoup de corans et de livres sur l'islam (90% des ouvrages). Et puis, en vrac, les rescapés de la période française". Il relit Notre-Dame de Paris de Hugo, Maupassant, et un remarquable petit livre de Montherlant, Il y a encore des paradis. Les pensées de l'ancien otage vont à Christophe Gleizes, journaliste français retenu arbitrairement. Enfin, son ordinateur est resté en Algérie, "il y a 20 ans de travail dedans. Un long morceau de ma vie" (Le Figaro).

 

   Vous vous demandez à quoi servent les députés, rémunérés par les Français 7.493€ par mois ? Après une mauvaise comédie qui a duré des semaines, la partie recettes du budget a été rejetée, à l'unanimité moins une voix. Tout ça pour ça ? À part la décision (heureuse) d'interdire l'alcool à la buvette, la foire aux impôts les plus délirants (40Mds€ en tout) a fait flop. "Triste spectacle", commente La Tribune. Les sénateurs vont maintenant reprendre la copie à zéro, mais ils n'auront pas le dernier mot. Il n'est pas certain que le pays dispose d'un budget à la fin de l'année, et l'hypothèse se profile d'une "loi spéciale" pour sauver les meubles (la reprise pure et simple du budget de l'an dernier).

 

   Le prétendu plan Trump pour la paix en Ukraine n'étant que la reprise des exigences russes les plus maximalistes, les Européens cherchent en catastrophe, en accord avec Kiev, des "contre-propositions" plus acceptables. Des discussions ont lieu, à Genève, mais Kiev n'a obtenu aucune "garantie de sécurité". Les alliés de Zelensky sont divisés. L'Italienne Giorgia Meloni, par exemple, dit non à une contre-proposition de l'UE et demande de "travailler sur le plan de Trump" (Il Giornale). Pour ne rien arranger, Trump n'aime pas les Européens. Ses affects lui tenant lieu de boussole géopolitique, c'est important : "Les "dirigeants" (notez les guillemets) ukrainiens ont eu zéro gratitude pour nos efforts, et l'Europe continue d'acheter du pétrole russe", a-t-il dit, la mine dégoûtée, depuis le Bureau ovale.

Le plan de Trump revient pour l'Ukraine à une capitulation en rase campagne, souligne une majorité des médias. Les chefs de l'armée de Kiev le rejettent. Les Américains, comme une partie des pro-Poutine en Europe, feignent d'ignorer qui est l'agresseur de l'Ukraine...

 

   À partir de demain, et durant 13 semaines, l'audiovisuel public sera sur le grill à l'Assemblée nationale. La commission d'enquête lancée par Éric Ciotti a déjà programmé 50 auditions. Au programme : la neutralité du service public et son financement. Pour la droite, avec les 4Mds€ de budget (la moitié de celui de la Culture), "on pourrait faire beaucoup d'autres choses. Embaucher 100.000 enseignants ou policiers, ouvrir 20.000 places de prison ou 400 écoles", déclare le rapporteur Charles Alloncle (UDR). Dans l'entourage de Ciotti, on parle de "sortir les cadavres du placard, de dénoncer scandales et abus" (LCP, Sud Ouest).

 

   Nouveau dérapage antisémite à l'université de Lyon 2 : Julien Théry, prof d'histoire, a publié une liste de "juifs génocidaires à boycotter". Dans Le Progrès, l'université "condamne et se désolidarise", tout en "reconnaissant à ce collègue, qui n’exerce aucune fonction de représentation de notre établissement, un droit absolu d’expression à titre individuel et privé". Rappel : l'antisémitisme est un délit, pas une opinion. Le renvoi immédiat de ce professeur, non ?

 

   En Bref : Emmanuel Macron devrait annoncer jeudi, depuis la base militaire de Varces (Isère) une nouvelle mouture du service militaire volontaire, qui va remplacer le service national universel (La Tribune Dimanche) - Le général Mandon (CEMA) a convié ses homologues européens à Paris, le 5 décembre, pour discuter de la défense européenne (Politico) - Au Nigeria, après l'enlèvement de 25 lycéennes dans l’internat pour filles de Maga (Nord-Ouest), 227 élèves et des enseignants ont été enlevés dans une école catholique du centre du pays (RFI) - Un test sanguin a été autorisé aux États-Unis pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer - Rachida Dati s'est mise en scène avec des éboueurs, provoquant la colère de son concurrent de gauche, Emmanuel Grégoire, qui dénonce de la "démagogie". Alors qu'il avait fait strictement la même chose en 2017 - Dordogne, Corrèze et Gironde sont en alerte orange pour pluie et inondations - "L'Obsession cornichons" a saisi la France, et même le monde, s'enthousiasme Vogue. La chanteuse Dua Lipa boit son coca avec des cornichons et sa recette est devenue virale sur Tik Tok. Selena Gomez, elle, verse le jus des cornichons sur son pop-corn - "Cher Journal, voilà deux jours que je suis là. Je sais maintenant ce que ressentaient Mandela et Navalny. Les yaourts ont un goût amer et le lit est beaucoup trop grand"... Condamné à 5 ans ferme, mais libéré au bout de 20 jours, Sarkozy publie chez Fayard Journal d'un prisonnier.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

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