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VIVIFIER LA DEMOCRATIE, Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


"Qu'est-ce que nous, les Français, on a à voir avec la Pologne ? Je sais même pas s'ils ont des pommes de terre là-bas", a déclaré Sébastien Delogu, député LFI et candidat à la mairie de Marseille, à propos d'un éventuel conflit de l'Europe avec la Russie (AL24 News, une chaine algérienne).

"Mourir pour Dantzig, non !", s'écriait l'ex-socialiste et pacifiste Marcel Déat en mai 1939, dans L'Œuvre. Il y critiquait les "va-t'en guerre" qui voulaient empêcher Hitler d'attaquer la Pologne. Sous l'occupation nazie, il fut un collabo zélé.

 

     Les réactions outrées d'une partie de la classe politique (LFI, PC, extrême droite...) après les propos du général Mandon, ont poussé la ministre des Armées, Catherine Vautrin, à rappeler que le chef d'état-major des armées était "pleinement légitime à s'exprimer" et qu'il était important que "les maires soient sensibilisés au contexte actuel". Elle a ajouté : "Notre responsabilité est d'éviter tout affrontement, mais de nous y préparer et de consolider l'esprit de défense".

"La Russie – je le sais par les éléments auxquels j’ai accès – se prépare à une confrontation à l’horizon 2030 avec nos pays", a dit le général Mandon. En 2030, l'armée russe sera forte d'une armée de 2M d'hommes, et 40% de l'économie va à l'industrie de défense. "Les Européens réunis, c’est plus d’1,4M de soldats, et la meilleure industrie de défense au monde", a rappelé Fabien Mandon. Mais ce qui pourrait nous manquer, "c'est la force d'âme (...) Si notre pays n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants (cad ses soldats), alors nous sommes en risque, et la Russie poussera son avantage".

Car la défaite commence par l'esprit de renoncement, et gare aux illusions : "Face à des régimes qui déclarent que la force est la seule raison (...) et que les démocraties sont lâches, il me parait dérisoire de parler perpétuellement de pacifisme", écrivait Raymond Aron (Croire en la démocratie).

 

   L'effort à consentir est immense. Des années de sous-investissement dans la défense, notre dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis et une longue et bienheureuse ère de paix que l'on pensait éternelle, ont endormi les Européens. À Londres, un rapport de la commission de défense du Parlement constate que "la Grande-Bretagne n'est aujourd'hui pas apte à se défendre contre une attaque" (The Guardian). Le réveil est lent, et il ne se fera pas sans une prise de conscience et le soutien des opinions publiques.

 

   La guerre moderne peut prendre bien des formes, et le centre d'Helsinki sur les menaces hybrides (Hybrid CoE) sonne l'alerte : Moscou perfectionne ses outils de désinformation. France et Allemagne sont ses premières cibles. Objectifs : diviser, démoraliser, miner la confiance en la démocratie. En ce domaine, l'IA est devenue une arme de destruction massive, capable de produire des milliers de messages adaptés à chacun de nous, et d’orchestrer des campagnes locales : intox ultra crédibles, faux sites copiant la presse, micro-récits territorialisés générés en continu... On n'est plus très loin de la prophétie de Yuval Harari (auteur de Sapiens) : la possibilité offerte à nos ennemis de "pirater" le cerveau humain en les nourrissant de fake news sur mesure.

 

   Autre "guerre", autre réveil difficile : "La France est dans une situation dramatique, car elle a ignoré la question du narcotrafic pendant 30 ans", déclare Roberto Saviano dans un long entretien au Figaro. L'écrivain napolitain vit sous protection policière depuis 20 ans pour avoir dénoncé les méfaits de la Camorra, et il sait de quoi il parle.

"La France doit comprendre qu’il s’agit d’un problème mafieux et pas de criminalité ordinaire. (Si) le segment opérationnel criminel est souvent maghrébin, corse ou italien, l’argent qui ressort de ces opérations va directement dans les banques françaises, ça irrigue toute l’économie du pays (...) La France est devenue une plaque tournante dans le trafic mondial de la cocaïne. En 2024, la police en a saisi 50 tonnes, qui correspondent à 10% seulement du trafic qui arrive en France".

Macron a fustigé la consommation des "bourgeois des centres-villes qui financent parfois les narcotrafiquants". Mais c'est bien au-delà de ça ! La tempête de poudre blanche a déferlé sur les petites villes et les campagnes. On compte un point de deal pour 7 bureaux de tabac, des millions de consommateurs de cannabis, et la consommation de cocaïne, elle, a été multipliée par 10 en 30 ans. Le nombre de salariés testés positifs sur leur lieu de travail a explosé (x13 depuis 2017). Et désormais, la DZ Mafia (DZ renvoie à l’Algérie) concurrence les pouvoirs publics. Dans de nombreuses parties du territoire, les narcotrafiquants tiennent des péages, vérifient les papiers, font respecter leurs règles iniques. La police lutte contre cette hydre, mais si "la société ne se mobilise pas, l’État aura perdu la partie" (Le Figaro, Libé d'hier).

 

   À la Une du Monde, le mouvement MAGA (Make America Great Again) et l'entourage de Trump qui se fissure, submergé par "l'antisémitisme, le racisme et la misogynie". The Guardian pointe l'influence grandissante du néo-nazi Nick Fuentes, qui reproche à JD Vance (vice-pt) d'être devenu "traître à sa race" en épousant une Indienne et rend les juifs responsables de tous les maux de la société. Une mouvance "antiélitiste, antidémocratique et xénophobe" se met ainsi en place et les idées qu'elle défend sont "en voie de banalisation auprès d'une frange croissante des jeunes Républicains" (Le Monde). On a du souci à se faire...

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Pas de brèves aujourd'hui, afin de ne pas vous accabler davantage. Mais le retour de Lily Allen, après 7 ans d'absence.


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste (Canard Enchaîné), écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé et livre gracieusement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

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