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"EN ATTENDANT GODOT" ? Par Stéphanie Mesnier-Angeli


La REVUE DE PRESSE de Stéphanie Mesnier-Angeli


 

 

     Ils ont eu beau vomir leur haine sur les réseaux sociaux, se répandre en déclarations injurieuses, profaner sa tombe, Robert BADINTER est entré au Panthéon avec les honneurs de la Nation. La cérémonie fut belle, et infiniment nombreux sont ceux qui continueront à faire vivre sa mémoire et ses valeurs, qui sont les nôtres.

 

   L'intermède terminé, retrouvons dans les journaux notre pain noir du jour : calculs et combinaisons, espoirs naissants ou douchés, crises de nerfs et crises d'égo, tout ce qui fait une chronique parlementaire obstinément navrante.

À la Une du Figaro, un nouveau sondage (Ifop) vient en confirmer d'autres : la crise politique profite au RN qui, en cas d'élections anticipées, raflerait la mise avec 36% des voix. Unie ou non, la gauche patauge loin derrière, avec au mieux 10 points de retard (les écolos plafonnent à 2%). Et LR fait maintenant jeu presque égal avec les macronistes... « L'heure de Le Pen est-elle arrivée ? » s'inquiète Die Zeit (il n'est pas le seul en Europe), qui dresse un constat : La France est à droite, le RN est aux portes du pouvoir, « aucun autre parti français ne peut se prévaloir d’une base électorale plus importante que la sienne».

Macron, qui préfèrerait éviter de rester dans l'Histoire comme celui qui a appelé Bardella à Matignon, veut éviter la dissolution et cherche désespérément un candidat pour Matignon. Ça urge : l’Élysée a jusqu’à lundi dernier délai pour présenter son projet de budget 2026, s’il veut qu’il soit voté dans les temps (avant le 31/12). Et puis, « la situation internationale est délicate, et tout le monde nous observe », confie un conseiller de Bercy à Politico. Sur la liste des roues de secours, donc : Jean-Louis Borloo (qui dit n'être au courant de rien), Lecornu bis (ou ter, je ne sais plus), Laurent Berger, Laurent Nuñez, Pierre Moscovici... (BFM).

À gauche, on s'accroche de tous ses petits crampons. Hier, PS, Verts et PC (sans LFI, donc) ont appelé Macron à « accepter une cohabitation ». Haussements d'épaules chez LFI et au RN : de toute façon, « il y aura censure »... Et si Macron ne comme pas un PM de gauche, les socialistes menacent de censurer aussi.

 

   Donald Trump se rendra dimanche en Israël et s'exprimera devant la Knesset. Il n'a pas exclu d'aller ensuite promener sa crinière blonde à Gaza, dans la foulée d'une étape à Charm-el-Cheik (Égypte) pour présider à la signature du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël. Et il veut être sur la photo au moment où les derniers otages seront libérés. Une tournée triomphale qui ne réussira toutefois pas à le consoler si, par guigne extrême, le prix Nobel de la Paix (décerné aujourd'hui), lui échappait.

Aux États-Unis comme en Europe, la presse reconnait que Trump est en passe d'obtenir « un immense succès diplomatique, plus important que les accords d'Abraham » (CNN). Sans lui et la pression maximale qu'il a exercée, tant sur le Netanyahou et son gouvernement que sur le Hamas et le Qatar,  « la survie des otages ne tiendrait qu'à un fil et l'effroyable guerre à Gaza ne verrait pas de fin » (Le Figaro). « Si le président américain parvient à faire respecter cet accord, si le Hamas libère les 20 derniers otages vivants ce week-end et renonce ainsi à son dernier moyen de pression, il s’agira d’une avancée colossale vers un véritable plan de paix » (NY Times).

Les premières étapes du plan de Trump sont les suivantes : 1)Début du cessez-le-feu et du retrait israélien de Gaza (de 70% de l'enclave, Tsahal n'en contrôlera que 50). Là, maintenant, tout de suite. 2)Puis, d'ici à lundi, le retour de tous les otages israéliens (morts et vivants) contre la libération de 2.000 prisonniers palestiniens (dont certains condamnés à vie) et l'entrée massive de l'aide humanitaire. L'UNRAW affirme d'ailleurs disposer désormais de quoi « nourrir tout Gaza pendant trois mois » et de tout ce qu'il faut en médicaments (L'Orient-le-Jour). Pour la suite du plan, c'est nettement plus flou, mais à chaque jour suffit sa peine.

Chacun retient son souffle, car tout peut encore capoter dans cet Orient compliqué. « Les planètes sont alignées, mais le diable est dans les détails », déclare David Khalfa (Fondation Jean-Jaurès) dans l'Opinion. Le Hamas parviendra-t-il à localiser tous les otages ou leurs dépouilles, et à convaincre la myriade de milices qui a participé au pogrom du 7 octobre de les rendre ? Qui se chargera de la démilitarisation de l'organisation terroriste ? Dans quels délais ? Qui contrôlera alors Gaza pour éviter chaos et règlements de comptes ? « Il faudrait 50.000 policiers palestiniens au bas mot, formés et équipés », pour maintenir l'ordre. Et l'Autorité palestinienne mènera-t-elle les réformes exigées ? Organisera-t-elle enfin des élections ? Quant à Netanyahou, selon David Khalfa, il espère « un faux pas du Hamas et que l'accord de cessez-le-feu explose lors de la 2e étape. Il y va de sa survie politique », et tous les sondages le donnent perdant en cas d'élections anticipées (l'Opinion).

 

   Le prix Nobel de littérature 2025 a été attribué à l’écrivain hongrois László Krasznahorkai (71 ans), pour « son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu d'une terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art ». Son chef-d'œuvre est sans doute Le Baron Wenckheim est de retour, qui concentre les thèmes de la plupart de ses récits. Tous ses personnages sont à la recherche d’un messie, qui finit par arriver, mais est consterné qu’on le considère comme un messie. Il finit haï de tous (comme Wenckheim), ou se pique au jeu et file avec la caisse (comme Irimias dans Tango de Satan). Le style de Krasznahorkai est unique, virtuose, indescriptible. Pour vous donner une idée, la 1re phrase du "Baron Wenckheim" fait cinq pages... Tours et détours offrent des profondeurs labyrinthiques. D'autres de ses romans ont des résonances très politiques, tel La Mélancolie de la résistance, minutieuse description de l'instauration d'un régime fasciste.

 

En Bref : La Poste a mis en vente hier un nouveau timbre à l’effigie et à l’odeur du croissant au beurre (si je vous le dis) - Selon le Guardian, l'IA va provoquer « une apocalypse de l'emploi pour la Gén Z » - « Où est l'argent ? » Rachida Dati accuse la Mairie de Paris d'avoir fait disparaitre plus de 300M€ du budget de la construction de la fameuse Tour Triangle (France 3) - Trump, lui, sait où est l'argent et s'est tourné vers les évangélistes avec cet argument : « Donner votre argent est un acte divin qui sauvera l'Amérique » (CNN) - Selon l'Insee, « l’immigration a franchi un record historique en France », dépassant l'an dernier les 7,7M, soit 11,3% de la population générale - Inquiets de la situation politique, les Français ne dépensent plus et attendent... Godot ?


Stéphanie Mesnier-Angeli est journaliste, écrivain et romancière. 

Auteur entre autres de Barnabé - Le Roman d'un chat  (Librinova, 2021), Tueuses mais pas trop (Fayard, 2015).

Egalement co-auteur de livres politiques (avec Claude Angeli): Les Micros du Canard (Les Arènes, 2014), En basse campagne (Grasset, 2002), Chirac, père et fille (Grasset, 2000), Fort Chirac (Grasset, 1999), Sale Temps pour la République (Grasset, 1997), Le Nid de serpents: bataille pour l'Elysée 1993-1995 (Grasset, 1995), Notre allié Saddam (Orban, 1992).

Stéphanie Mesnier-Angeli est une contributrice du PRé  et livre aimablement cette Revue de presse depuis septembre 2024.

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