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APRES LA CRISE, QUELLE RECHERCHE ? par Philippe Folliot, député du Tarn

Série PRé Le monde d’après, c’est maintenant

Une contribution de Philippe Folliot

 

Le constat est cruel, certains diraient même alarmant : la France voit sa position en nombre de brevets déposés s’éroder dangereusement pour, dans certains domaines, devenir quasi marginale.

Un rapport, un livre, un essai, ne suffiraient pas à expliquer les tenants et aboutissants de ce phénomène particulièrement complexe qui finalement n’est que la conséquence d’un système qui montre cruellement ses limites.

 

 

 

 

Les maux de la recherche publique, universitaire, les difficultés de la recherche-développement dans les entreprises, les problèmes de certaines jeunes pousses (start-up), le manque d’incubateurs, la fuite des cerveaux… ont été dûment analysés par nombre de spécialistes bien plus calés que je ne le suis et ne pourrai jamais l’être.

 

En fait, il y a un domaine, un secteur de la recherche, où tous nos maux, nos travers, nos erreurs, je dirais même nos fautes, sont concentrées. Ce sont les biotechnologies.

 

Pendant longtemps, la France fut pionnière et en avance, exemplaire même, puis l’irruption du politique, l’instrumentalisation du médiatique, le dévoiement du principe de précaution ont fait qu’aujourd’hui nous sommes en retard, pour ne pas dire bientôt irrémédiablement décrochés.

 

Le fait, par un fallacieux raccourci, d’assimiler biotechnologies aux OGM et à de grandes multinationales qui les produisent nous a lentement mais surement fait glisser vers une forme d’obscurantisme qui fait du chercheur en la matière un suspect, qui fit qu’une chape de plomb voire une chasse aux sorcières est organisé par certaines organisations qui, in fine, font le jeu des « mastodontes » qu’elles sont censées combattre. Si on ne peut pas rechercher sereinement, faire des essais encadrés par une des législations les plus strictes au monde qui soit, sans qu’ils ne soient saccagés, nous perdrons des facultés d’expertise, de connaissance et de progrès. N’est-il pas contradictoire, par exemple, de vouloir légitimement moins d’intrants et de produits phytosanitaires dans l’agriculture et refuser toute recherche permettant d’améliorer la sélection, la résistance, la performance des plantes ?

 

C’est ainsi que la classification des organismes issus des nouvelles techniques de modification du génome interpelle. Nous nous tirons, l’Europe nous tire, une balle dans le pied en les classifiant OGM avec les contraintes de la législation OGM alors que la mutagenèse ciblée peut faire une mutation précise de l’ADN étranger, permettrait un coût de fabrication de plantes avec des caractères nouveaux à la portée des laboratoires publics et des petites et moyennes entreprises semencières notamment Françaises.

 

Au-delà de diminuer notre dépendance aux majors américaines aujourd’hui, et chinoises demain, une telle faculté de recherche par cette technique innovante permettrait à notre agriculture, dans le cadre d’un schéma de développement durable, de mieux relever les défis du dérèglement climatique lié à l’émission des gaz à effet de serre, de la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, et de la protection de la biodiversité comme des insectes pollinisateurs. C’est ainsi qu’en refusant cette technique, on refuse entre autres la possibilité de faire progresser la recherche pour l’utilisation de végétaux permettant de se substituer au plastique (pour contenants et emballages notamment), ou on passe à côté de choses très prometteuses comme les plantes qui produisent de la lipase gastrique contre la mucoviscidose ou qui résistent au stress hydrique…

 

Le politico-médiatiquement correct aurait dû me conduire à ne pas écrire ces quelques lignes, ma liberté de penser, de dire, d’écrire, de témoigner fait que je l’assume tout comme mon soutien à nos chercheurs, scientifiques, professeurs, qui doivent dans ce domaine des biotechnologies tout au moins pouvoir retrouver une certaine liberté à… chercher !


Philippe Folliot est député du Tarn, spécialiste des questions marines et ultramarines.

Vice-président en exercice et Pt de la délégation française à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, membre de la commission de la Défense et des Forces armées ; pt de son groupe spécial "Méditerranée et Moyen-Orient" depuis 2018.

Pt du Groupe d’amitié France/Égypte. Capitaine et talonneur du XV parlementaire.

Auteur notamment de « La Passion-Clipperton, l’île sacrifiée » avec Christian JOST (professeur à l’Université de Polynésie Française, chercheur au Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement)(Ed. Bibliotèca, Nov. 2018, préface de Jean-Louis Etienne, médecin, explorateur et écrivain) et de (avec Xavier Louy) de « France-sur-Mer: un empire oublié » (Ed du Rocher, 2009).

Philippe Folliot est membre du conseil scientifique du PRé.

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