· 

QUAND LA SONDE INSIGHT SE POSE SUR MARS, IL EST TEMPS QUE JUPITER ATTERRISSE, par Jérôme Hébert

 

Je garde un souvenir consterné de la réponse politique qui avait été faite à la Coordination infirmière en 1988. Je me rappelle, comme si c’était hier, de Claude Evin alors ministre de la Santé, se refusant à rencontrer des membres de ce mouvement et, répondant sur France Inter, à une question sur les solutions qu'il entendait apporter aux revendications des infirmières, déclarer qu'il allait lancer un grand plan appelé "Hop, Hôpital !"

Eh bien ! moi, demain, je ne veux pas que, face au mouvement des gilets jaunes, on nous resserve des mesures cosmétiques de ce type.

 

 

J'ai bien compris qu'il y avait une évolution de ce mouvement bien difficile à cerner.

Quels que soient les désaccords entre tels « gilets jaunes » et tels « gilets jaunes » (ça ne fait pas de mal du reste les désaccords en démocratie), j'ai noté que beaucoup d'entre eux, après avoir au préalable dénoncé les violences de samedi et celles exercées à l'encontre de personnes physiques comme les journalistes, avaient élaboré une plate-forme revendicative qui, quoi qu'on puisse en penser, peut être un outil pour réinstaurer un dialogue entre l'exécutif et les « gilets jaunes ».

J'ai noté également la désignation de 8 délégués porte-paroles du mouvement. Si la désignation de délégués pour un mouvement aussi basiste donne lieu à contestation et qu'on peut à bon droit se demander quels ont été les critères qui leur ont permis d'être sélectionnés, on doit acter que sans ces désignations de porte-paroles, on ne peut pas prétendre négocier avec qui que ce soit.

 

À l'exécutif de se montrer à la hauteur de l'enjeu. Le problème n'est presque plus de baisser ou d'éliminer la taxe sur les carburants (même si c'est presque un préalable ?) mais bien de proposer une action d'ampleur concertée et cohérente qui rééquilibre les politiques publiques en faveur des territoires ruraux et qui puisse redonner du pouvoir d'achat aux salariés les moins bien payés et dont le statut est le plus précaire.

 

Ça ne se fera pas en 15 jours et il faudra autre chose que des « mesurettes » !

C'est non seulement la seule chance de permettre aux « gilets jaunes » de sortir la tête de l'eau mais c'est également la seule chance pour le gouvernement et le Président de réussir leur quinquennat.

En politique, il faut également compter avec l'imprévu et s'en saisir comme d'une chance.

Il est par ailleurs admirable de respecter les règles rigoureuses de la comptabilité publique et d'éviter de creuser les déficits par de nouvelles dettes mais ce n'est pas en rabotant 5€ par ci ou en rognant 7€ par là qu'on rétablira l'équilibre de nos comptes publics et la confiance avec la Nation.

Si notre cher et vieux pays attire plus d'entreprises, je ne peux que m'en réjouir mais j'attends toujours le 1 million d'emplois que s'était engagé à créer Pierre Gattaz, alors patron du Medef, lors de l'instauration du CICE et autres pactes de compétitivité.

 

En ce sens, une offre plus conditionnelle aux entreprises nous donnerait quelques marges de manœuvre. La défiscalisation des heures supplémentaires doit être également une priorité pour redonner de l'argent sonnant et trébuchant aux salariés les plus modestes.

Si l'Etat ne répond pas à cette colère, je vous fiche mon billet qu'on aura une liste "gilets jaunes" aux prochaines Européennes qui fera un tabac. Compte tenu de l'extrême hétérogénéité des opinions au sein de ce mouvement, cela consisterait de fait à porter sur les fonts baptismaux une sorte de mouvement 5 étoiles à la française alternant simultanément et successivement des positions "progressistes" et des positions "réactionnaires" sans trop de cohérence. Et je n'ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous rappeler avec qui le mouvement 5 étoiles à fait alliance en Italie et avec qui un mouvement gilet jaune pourrait le faire en France. Et, arrêtons, par pitié de nous croire plus finauds que nos cousins transalpins !

 

Ceci étant dit, il faudra que les « gilets jaunes » renouent également avec le consentement à l'impôt, retrouvent le chemin des urnes, acceptent le principe de la médiation et admettent les vertus et l'efficacité de la délégation et de la représentation.

 

J'ajoute qu'à titre personnel, j'aurais beaucoup à dire sur la pression fiscale qui s'est considérablement accrue ces dernières années également (+ 30 % au moins pour un foyer fiscal sans personne à charge et ne bénéficiant d'aucun abattement) - notamment au titre de l'impôt sur le revenu -, sur la hausse vertigineuses des loyers en ville et singulièrement à Paris et sur le coût de la vie dans la capitale. Preuve encore que les « gilets jaunes » s'illusionnent un peu sur le niveau de vie des urbains et, au premier chef, des parisiens.

J'ajouterais enfin que durant près de 10 ans, j'ai gagné le SMIC ou environ, tout en vivant à Paris (rare ville de France où on trouve du travail) et en cédant la moitié de mon salaire à des propriétaires peu scrupuleux et que je ne me suis pas résolu pour autant à abandonner mon devoir civique en refusant d'aller voter à toutes les élections (des Présidentielles aux prudhommales), pas plus que je ne me suis soustrait au paiement de l'impôt sur le revenu en dépit d'un budget très contraint.

Nous sommes en France et je suis attaché plus qu'à tout à notre système de solidarité nationale. Aux « gilets jaunes » AUSSI de s'en faire les défenseurs ardents...

 

Jérôme Hebert est collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale

Écrire commentaire

Commentaires: 0